‹ La société française pendant le consulat (volume 5)Chapitre 15 sur 46 · Kot/.ebuc. Souvenirs de Paris. T. II, p · texte numérisé non relu

Kot/.ebuc. Souvenirs de Paris. T. II, p

Sur David : " Pour voir le tableau des Snhines, on paie en entrant une bagatelle et l'on i)ent aussi acheter une i)rocliure dans laquelle David justifie son procédé i)ar rexenii)Ie des anciens et conclut en disant qu'il se trouve heureux dt; pouvoir, comme Apcdles, recueillir les jugements du public. U pourrait bien aussi, comme ce peintre, rencontrer quelque cordonnier. Après tout; il ne doit pas être indiiritrent d'avoir déjà acquis, de cette manière, une soixantaine de mille francs... Il y a, en outre, dans son atelier q\ielques tableaux aussi précieux que celui des Sahinct et qu'il montre gratis aux amateurs. Le Serment des Iloraces pourrait être regardé comme supérieur aux Sahines, sous le rapport de la composition, de la simplicité et de la force ; car il y a un reproche que plusieurs criticpies font aux Sahines et qui est peut-être vrai, c'est qu'en regardant les figures de ce tableau et surtout celles des hommes, on ne peut s empêcher de penser au théâtre

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raient, sans doute, que sauf k-s modestes soniines qu'avait reçues Da^•id sur ses premiers ouvrages, il n'avait plus touché d'arçent, et qu'il en avait besoin. Ensuite, ceux qui avaient cru voir rcrdèvoiiient des Sabines blâmèrent la composition du peintre, plaçant les jeunes femmes, devenues mères, entre les soldats ennemis, et montrant leurs enfants pour arrêter le combat. Comme si l'artiste n'avait pas le choix de son sujet! Les académiciens de l'époque, enracinés aux principes de la vieille école, furent les plus sévères et reprochèrent au tableau les femmes à demi nues, les chevaux de la cavalerie sans harnais et sans brides, le nu, enfin, trionqdiant. Malgré ces critiques, l'œuvre attirait les visiteurs en nombre chez David ; la foule admirait. Elle s'arrêtait devant la femme en évidence auj)remier plan, une brune au corps svelte et admirablement dessiné, dont la figure, disait-on, reproduisait celle de M"' de Bellegarde * qui, un jour de visite, avant la terminaison de cette toile émouvante, avait permis à David de corriger son premier modèle et de lui substituer son portrait. Flattée, d'ailleurs, de ce désir du peintre, la noble dame s'attachait à c<q)ier l'héroïne du tableau ; elle changea sa coiffure afm d'approcher d'une ressemblance plus frappante encore.

du grand opéra. Les mains des hommes sont belles au delà de ♦oiile expression.... J'ai vu avec moins de plaisir, le tableau de nriiliis condamnant ses enfants ii la mort. .\ la vérité, le peintre a réussi dans l'expression de la tète ; il a, aussi, bien rendu la contraction des muscles qui se fait sentir jusque dans l'orteil, mais cotte peinture est diviséi» en deux parties : la mère avec ses deux filles et la grandmcre sont séparées du reste du l.ibleau par une colonne et \me draperie. La fifrurc d'une des filles est remarquable par son air abattu. Peut-être il vaudrait mieux qu'elle p.init «herclier h se consoler... .Mais la belle pensée est que Brutus sappuie sur l'autel de Home, comme son unique consolation, quand il remplit un devoir aussi cruel. »

1. Celte dame de Bellegarde était la femme du général qui combattait en Autriche contre la France.

Tant de curiosité, tant de bruit autour des Sabines, eurent un résultat. Dans les ateliers de peinture, on n'étudia plus que le nu, et la sculpture, l'architecture, la littérature même, se modifièrent dans toutes les manifestations de l'art ; on ne s'attacha plus qu'à l'imitation des chefs-d'œuvre de la Grèce.

Dès que Bonaparte fut installé rue Chantereine, à son retour d'Egypte, ses relations avec David ne cessèrent plus. David recherchait le jeune héros ; il était ilatté de la bienveillance du général, maître alors des destinées de la France. De même, Bonaparte s'attachait au §;rand artiste, le peintre des scènes fameuses de l'histoire romaine et des hauts faits de ceux qui s'étaient sacrifiés pour leur patrie. Déjà, le peintre avait oublié Robespierre et Marat. Gomme tous les Jacobins, il avait cédé à l'influence du génie, fût-il ennemi de la liberté. Le Gonsul lui avait fait visite au Louvre. David s'en était enorgueilli et, devant ses élèves, le maître parlait, avec enthousiasme, de ce j^rofil anguleux de médaille, qu'il avait admiré en son visiteur. Bonaparte, en effet, était venu un jour, avec ses aides de camp, heurter à la petite porte de l'atelier de l'artiste. En entrant, il avait levé son chapeau, gardant la tête nue, pendant qu'il jetait un regard rapide sur les toiles suspendues aux murailles. Puis, il en avait parlé, non pas comme un professionnel, ni même en homme de goût, — il en avait peu, — mais en philosophe, qui juge les annales de l'histoire. Le lendemain, David, encore sous le charme de cette visite, déplorait devant ses élèves que pas un graveur n'eût tiré de cette tête, frappée au coin, une médaille de toute beauté. — Tenez! vous allez voir,

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leur disait-il ; et, montaat à la table du luodèle, il traçait sur une toile libre, au crayon blanc, le profil du général dont il voulait faire lo portrait ; protîl plein de vie et de relief. Il devait même se servir de cette ébauche pour un tableau qu'il méditait... Bonaparte tenant un traité de paix devant l'Empereur d'Allemagne, et les aides de camp et les chevaux des deux personnages dans le fond de la toile, à l'écart.

Lorsque le général fut empereur, David accepta le titre de premier peintre de l'Empire, avec les prérogatives qui en découlaient sous la Monarchie . Ce fut à lui, en effet, que revint le droit de composer le tableau de la Distribution des aigles à l'armée ' et celui du Couronnement . Pour ce dernier, il avait préparé le portrait du cardinal Gaprara et celui de Pie VII qui y devaient figurer. Mais ce portrait de Pie VII, si vivant pour quelques-uns, est inférieur à celui que fit le peintre anglais Lawrence. Ce qui n'était point théâtral, ce qui manquait de pompe extérieure, une simple figure, résistait au génie du grand artiste. Il suivait trop minutieusement la nature, toutes les sinuosités des traits, sans y faire briller cette flamme de vie où se concentre le mérite d'un portrait. Il n'était supérieur que dans les scènes de vaste conception où il surpassait presque tous ses rivaux par li pensée, par le style de ses compositions toujours nobles et empreintes de grandeur «.

1 . '< David y travailla quatre ans, d'abord avec quelque mélianc.e. Ce >;raud tableau moderne linquiétait. A mesure quTI avançait pourtant, il sy int»-ressa davantage, et il pensait avoir trouvé dans le lonar vêtement des prêtres, dans la pompe des prélats, dans l'ajustement des dames d'honneur, l'Iiabil des officiers généraux, plus de ressources pour l'ai't qu'il ne s y rtail attemiu. " (André Michel. Ecole franç.iisp de David ;i Delncntir.)

2. Parmi les portraits peints par David, il faut citerceux de Bailly, «le l'abhi- Grégoire, de Prieur de la Marne, de Uobe.spierre, de Saint-Just, de Jean Bon-

C'est pourquoi, dès qu'il eut ouvert un atelier, les élèves y furent, tout de suite, nombreux, — soixante environ. Il arrivait à midi faire sa visite quotidienne, distriliuer le blâme ou l'éloge, dans une tenue irréprochable, vêtu simplement mais éléiiamineiit et s'exprimant avec une politesse afiable envers les élèves qu'il savait d'une opinion politique, contraire à la sienne. Sa haute taille, sa belle prestance malgré la difformité de son visage que causaient la protul)érancc de la joue et la déviation de la bouclie, son attitude imposante, émouvaient toujours ses élèves, qui gardaient un silence respectueux en sa présence. Ils attendaient ses premières paroles. S'il voyait^ à son entrée, la caricature des nouveaux venus, sur les murs, il jugeait à haute voix ces pochades, disant : « Celle-ci est réussie ; celle-là est mauvaise » ; et la mauvaise était effacée aussitôt. Puis il commençait sa promenade le long des chevalets

Au temps du Consulat, a écrit un de ses disciples (Delescluze : Louis David et son temps), « l'atelier était dégarni de tous les élèves forts qui avaient achevé leurs études depuis quelques années : Fabre, Wicar, Girodet, Gérard, Sérangelé, Gros '. La plu-

Saint-André, de Mario-Josoph de ClK'nicr, d(> Boissy d'Anglas. Puis les portraits de M""" Verninac, de M™" de Pastorct, de M"" de Trudaine, de M"" F^écamier, ébauche qui est au Louvre dans le grand salon des peintres français... A Versailles, Bonapai'te gravissant achevai le mont Saint-Hernard... Au Louvre, se trouvent les Ilornces, Li'onitlus uu.r 'J'Iierniopyles ; les Sahines ; les Licteurs rapporlnnl à liriituii les corjis de s<'s /ils qu'il a coniLiiiinés n mort; Bélisaire demandant l'aumône (repétition réduite) ; les Amoum de Paris et d'Hélène, composé pour le comte d'Artois, avant la Révolution ; le portrait du P;ti>c Pie VII, peint en 1803 : Lèonidits avant le combat des Thermojiijles, (Dessin à la plume et lavis ù l'encre de Chine). Charles Blanc : Histoire des peintres.

1. Un des élèves préférés de David fut Jean-Germain Drouais qui mourut jeune en 1788. Il était né en 17C.3 à Paris. Il avait 25 ans. Son père" était peintre de portraits. A son premier concours pour le prix de Rome, n'étant point satisfait de sa composition, il la coiipa en deux. Un de ses camarades eut le pri.x. L'année suivante, le sujet de la composition était

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part étaient grands prix de Rome ou jugés dignes de l'être. Fabre avait été couronné par l'Académie et avait exposé sa figure de Cam, dont .M"* de Noailles avait fait l'acquisition. Girodet avait envoyé son Endymion et même son Hippocrate, de Rome. Sérangelé, à Milan, avait terminé son Orp/ire et Eiinjdice, ouvrage dont le succès fut bien plus grand que le mérite. Gérard avait fait paraître son Bésilaire. Parmi ceux qui restaient on peut citer: « Pierre et Joseph Fouque, deux frères jumeaux, natifs du Jura, auxquels la Convention avait alloué une petite pension, à cause des dispositions qu'ils avaient montrées, pendant qu'ils gardaient leurs troupeaux, dans les montagnes. Après eux, Rroc, gascon qui ne manquait pas de dispositions, mais d'une vanité puérile. Mulard, bavard, épithète méritée, sans imagination, sans talent. Gautherot, homme de six pieds, vieux républicain, avec perruque blanche, oreilles de chien qui cachaient une dartre vive sur une joue. » Puis Ducis, réquisitionné pour la guerre de la Vendée, en qualité de soldat républicain. Après Quiberon, il avait obtenu son congé et il était venu se réfugier dans l'atelier de David. Lui, et Roland, et Moriès, un aristocrate qui avait abandonné la carrière mili-

la Canawenne aux pieds du Christ. Le tableau étonna toute l'Académie. Sauf la Cananéenne, les critiques du temps trouvèrent les autres personnages trop froids, ituiniieijuiniscs. Cependant le tableau est au Louvre. Jamais pareil honneur ne fut fait à un élève. De Rome, Drouais enyova un Gladiateur vaincu et blessé. Travaillant sans relâche, ne voulant point aller dans le monde, il se levait tous les Jours à i heures du matin, dit Suard, et travaillait jusqu';i la lin du jour, quelquefois sans avoir pris aucune nourriture, d'ordinaire n'ayant manfjé qu'un morceau de pain jus(|u a la nuit. Pour retenir son modèle auprès de lui, il lui donnait le diner qu'apportait le cuisini<r de l'Académie. David qui était à Rome, en ce temps-là, avait beau lui représenter que cet excès de travail altérait sa .santé et nuirait même à son talent, que l'esprit comme le cn\ys a besoin de repos, toutes les remontrances étaient inutiles. <• Vaincre ou mourir, disail-il. il faut que je sois peintre ou rien "... David le regretta longtemps. Il conservait dans son habitation un petit mausolée qu'il visitait tons les matins .'i ■son lever, et sur le(|uel il avait dé])osé, dans un vase de marbre, la correspondance entretenue avec ses élèves, pendant son séjour à Rome.

taire pour la peinture, ne dissimulaient pas leur hostilité envers les Jacobins. Roland était de Martinique et travaillait coinine un galérien dans le but de se refaire une position, après la ruine de sa famille aux colonies. On l'avait surnommé : le FurU'ux.

Lorsque David entrait ; « Eh bien ! disait-il au plus vieux de ses élèves, qui persistait à porter ses cheveux noués en queue, de la longueur de dix-huit pouces ; toi, tu es de l'ancien régime, corps et Ame ; tu peines comme tu te coiffes. Va, mon pauvre gar- <;on, tu es venu trop tôt ou trop tard, tu as manqué le coche ; tu aurais fait un excellent académicien. » Puis, après une pause : « Allons, va ton train, continuait-il ; dans ton genre, ça va très bien ce que tu fais. » Et comme il avait réellement de l'afîection pour ce vieil élève, sans aucun talent, mais qui avait besoin de son pinceau pour vivre, il l'enseignait gratis, et, ajoute Delescluze, lui donnait ainsi l'occasion de profiter, dans le monde, du titre « d'élève de David », recommandation puissante alors. — « Oh ! toi, c'est différent, disait-il, en s'approchant delà peinture de Broc, tu te crois du génie; mais prends-y garde, ça ne pousse pas tout seul dans la tête, et il faut le cultiver. C'est comme une plante! » Et alors il faisait une de ses comparaisons favorites dans laquelle il se perdait toujours. Mais il ne manquait pas de dire : « Vous me comprenez, n'est-ce pas ? » Et de tous côtés : « Oui, oui, monsieur David. » — « Enfin, tu m'entends. Broc, tu as des dispositions, pour le coloris surtout, écoute bien, pour le coloris. Ainsi, ne va pas te mettre dans l'esprit que tu es un Raphaël. Vois, étudie les maîtres qui te vont, qui te conviennent, Titien, Tintoret, Giorgione, les Italiens, enfin, et puis, reviens devant le

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modèle, oublie les maîtres et copie la nature, comme tu copierais un tableau, sans science, sans idée faite d'avance, avec naïveté, et tu seras tout étonné d'avoir bien fait. Allons, bon courag-e; je ne suis pas mécontent de ton travail, mais dis-toi bien que tu n'es pas encore un homme de çénie.» A Mular(l,il disait : « Tu fais maigre de dessin, et froid de couleur. » A Ducis : « Il y a de la vérité et de la naïveté même dans le mouvement et la couleur de la fisrure. » — « Pour vous, mon cher ami, il faut faire peau neuve. » C'est ainsi qu'il apostrophait Oranger, transfuge de l'école rivale de Regnault, dans celle de David... « 11 faut oublier tout ce que vous savez et tâcher d'arriver devant la nature, comme un enfant qui ne sait rien. » — « Qu'est-ce que vous faites là? demandait peu après David à un jeune homme qui peignait comme un fou, sans s'apercevoir que son maître était derrière lui ; mais arrêtez donc un instant, continuait-il en lui frappant sur l'épaule, écoutez-moi... vos parents payent douze francs par mois pour que vous travailliez ici. Or, je ne veux pas voler leur argent. Croyez-moi, vous n'avez aucune disposition et vous ne ferez aucun progrès. Ainsi, quittez l'art de la peinture. » Puis après : « Je ne sais vraiment pas pourquoi on a de la répugnance à se faire cordonnier ou maçon, quand on peut exercer honnêtement et habilement ces professions.. Mais être peintre médiocre, mauvais, oh ! non, messieurs, je vous aime trop pour souffrir que cela arrive à aucun d'entre vous. » Et à un autre qui était coloriste, non dessinateur : « ... Mais c'est égal, fais comme tu sens, copie comme tu vois, étudie comme tu l'entends, parce qu'un peintre n'est réputé tel «lue par la grande qualité qu'il possède, quelle qu'elle soit. Il vaut mieux faire de bonnes bambochades.

comme Téniers, ou Van Ostade, que des tableaux d'histoire comme Philippe de Champagne... » Il faisait une guerre continuelle à ceux de ses élèves qui ne se soignaient pas. « Essuie bien ta chaise, disait-il à Robin (l'un des fils de l'ancien horloger du roi), car tu es si dégoûtant que j'appréhende de m'asseoir à ta place! » Gomme Félèvo tirait un mouchoir sale et déguenillé de sa poche pour épousseter son siège : « ÎNIerci, merci de ta précaution; renverse la chaise et secoue-la bien... 11 n'y arien de si traître que la peinture. Dans l'ouvrage se peint l'homme qui l'a fait. On ne saurait pas que celui-ci (et il montrait Robin) est le plus grand saligaud de la terre, qu'on le reconnaîtrait pour tel en voyant son dessin... Tenez, voyez plutôt. » Et tous les élèves de rire... « Oh! toutes vos plaisanteries n'y feront rien. Il mourra comme il est — un crassous. » — « Celui-là a des idées ; il a son genre. Ce sera un coloriste. Il aime le clair-obscur et les beaux effets de lumière. Je suis toujours content quand je vois qu'un homme a des goûts bien prononcés. C'est toujours bon signe. Tâchez de dessiner, mon cher Granet, mais suivez votre idée ^ »

Telle était sa manière d'enseigner, de développer

1. " Pas un peinti-e, a écrit Dclcscluze fp. 240) ne sut se renouveler comme David. Il éloigna de sa pensée ses souvenirs de l'antiquité lorsqu'il résolut de faire son talileau du Couronnement, une pointure porirnit de Napoléon. Gros peint la Prsie de J.///'.i. et David se sent pris d'un noble désir d'émulation... Vers le temps où Drouais mourut à Rome (lévrier 1788), David avait achevé le Socrule et le Brûlas à Paris, et comptait, au noml^re de ses élèves, Fabre, Girodet, Gros, Gérard, se disputant le prix du concours pour devenir pensionnaires de France à Rome. L'ainé de ces quatre rivaux, Fabre, entra dans la carrière avec éclat. Couronné à l'Académie de Paris, il peipnit l)i?ntùt à Rome son tableau de Cim, qui fut reçu avec beaucoup d'api.laudissemeiils à Paris et acheté par la belle-mère de M"" de NoaiUcs.Il resta en Italie pendant la Terreur, et ne rentra à Pans que pour y faire le portrait du général Clarke, destiné à la décoration de la salle des Marécliaux. Il était paresseux et goutteux. Il s'enrichit en achetant des tableaux. »

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en ses élèves la qualité dominante, de leur apprendre à discerner dans la nature ce qui répondait surtout à leur talent. Il ne leur parlait jamais en pédant, sur la manière de poser les couleurs et de considérer lobjet qu'ils voulaient peindre, mais sur l'ensemble d un sujet, sur la perspective à lui donner, sur la pensée qu'il fallait en faire jaillir ; en lui, l'artiste de haute envergure se révélait toujours dans le maître ; et ses élèves, conquis par ces aper(;us ingénieux, lui donnaient toute leur confiance '. Sans cesse, son esprit demeurait en éveil sur le mieux à atteindre. Il aimait son art par-dessus tout, et depuis qu'il avait dépouillé l'homme politique, il s'absorbait dans son rêve d'artiste, qui s'élevait aux plus hautes cimes.

Entre tous ces élèves, il s'était formé trois sectes : celle des Crassoiis, dont Robin était le chef. N'en faisaient partie que ceux qui, par jour, fumaient au moins trois pipes et ne changeaient de linge qu'à la dernière extrémité, lorsqu'il ne tenait plus sur le corps. Les adhérents en étaient assez rares. Celle des Penseur s, formée depuis que David s'était engoué de l'art grec et s'éloignait des Italiens, prétendant qu'il n'y avait de belles que les œuvres produites avant Phidias et de son temps. Maurice (Juaï, plus influent que les autres, imlm de ces idées de David, les exagérait, comme il arrive de l'élève au maîtr(\

I. « Le moyen infaillible de captiver son alTection paternelle, dit un de - élèves, Auguste Couder {Coiisid ■râlions sur le hut mor.il des Beaux- Arts), c'était l'ardeur et le succès de l'émulation. Pour ceux-là, il lui arrivait parfois de les emmener au Musée. Ce n'était pas sans un certain étonnement que l'on voyait le peintre austère et Tur, l'aulmir d'ivuvres du plus haut style, apprécier le mérite, admirer les beautés d'art de peintres tels que Van Ostade, Téniers, Rembrandt, et parmi les peintres français tels que Subleyras <t autres, tous si opposés pourtant à son propre talent. « (BocH-NA.ND : Histoire de l'Art.)

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et cependant il avait réussi à les imposer aux frères FoU(|ue, à Ik'oc, le gascon, à d'autres encore. Si le modèle de l'atelier n'était pas d'une réelle beauté, ils refusaient de le peindre ^ Puis, dans leurs études, ils diminuaient d'intensité les ombres, les plaçaient pâles sur la toile, pour ne rien produire de trop violent ; et afin que la beauté de la forme ne fût pas détruite par le heurt trop brusque du contraste, Quaï s'était mis en tête de réformer la société, en réformant le costume. Jusqu'en 1803, lui et ses camarades, parmi lesquels était Charles Nodier, se montrèrent en public vêtus comme les anciens Grecs. Enfin s'étaient groupés, autour d'Augustin de Forbin, les jeunes gens qui répudiaient ces mœurs étranges de rapins, et conservaient dans leur tenue, dans leurs actions, dans leurs pensées, la correction des gens du monde. C'étaient Saint-Aignan, Granet, puis Richard Flcury et Révoil, de familles lyonnaises très honorées ; c'étaient Langlois, d'Houdetot et d'iiautpoul, assistant aux leçons de David, par distraction plus que par nécessité.

Cet atelier n'était pas meublé comme ceux de l'époque, avec les sièges et les bergères traditionnels. Les chaises de David étaient recouvertes de drap rouge, avec application de palmes en drap noir, sortes de chaises curules, en bois d'acajou.

1. "Il (Quai) pi-étendait, dit Delescluze, que loul ce qui avait été fait depuis Phidias était maniéré, faux, théâtral, alTrcnx, ignolilc ; que les maîtres italiens, y compris le plus célèbre même étaient entachés des vices des Kcoles modernes ; (juil ne fallait plus travailler à l'atelier de David pour peu que le modèle ne fût pas beau. « Delesclu/.e ajoute : « David se sentait entraîné plus que jamais i)ar le goût diîs ouvrantes de l'antiquité ; il en était venu à restreindre son admiration pour les œu\-res modernes, au point de ne plus. se propos(>r pour modèles que les ouvrages grecs que l'on supposait faits à •Tépoque de Phidias. Parmi les bas-reliefs, il recherchait ceux dont le style était 1(^ i)Ius ancien. Il en faisait autant, au sujet des médailles et vantait particulièrement le naturel et l'élégance du trait des figures peintes sur les vases, dits rlrus'jiics. Il voulait faire un tableau plus grec. »

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fabriquées sur les modèles incrustés dans les vases étrusques. Parmi les tableaux, plaqués aux murailles, on y pouvait remarquer le portrait de M"* Hécamier, toujours inachevé, par un caprice inexplicable de la belle dame, amoureuse d'elle-même, croyant sans doute apparaître plus divine et plus belle encore, si elle demandait l'imasTe de sa personne au peintre Gérard, alors à la mode. Mais lorsque, par un retour de son caprice, elle revint au grand artiste et le pria de terminer son portrait, David lui répondit : « Les artistes, madame, ont des lubies comme les grandes dames : je ne me sens plus le courage, ni la faculté de continuer cette œuvre, naguère délaissée. Soufi'rez que je la garde en l'état où elle se trouve. »Et il congédia, fort surprise et décontenancée, la trop belle personne.

Un projet de tableau hantait alors son esprit : Léonidas aux Thermopi/lps. Il en causait souvent avec ses élèves préférés, développant devant eux la composition de son œuvre et lidée qu'il y voulait faire sentir ; ce qu'il y a d'émouvant, de grave, de saint même dans le sacrifice de l'homme à sa patrie. Les compagnons de Léonidas savaient bien que pas un d'eux n'échapperait à la mort, et ils acceptèrent cette fin tragique avec une niAle résignation, à la gloire de la cité qui les avait vus naître. Et David découvrait ce qu'il éprouvait lui-même, la noblesse de ce dévouement à la patrie, sans autre espérance que celle d'avoir des imitateurs, héros obscurs, soutonus simplement par la pensée du devoir. (Juoi de l)lus beau, de plus généreux ? La petite troupe. <lisait-il, doit être calme et s'apprêter au combat, non par une surexcitation de nerfs, qui dénaturerait le caractère de ce moment solennel, mais par un»'

résolution silencieuse, qui n'en sera que plus énergique et visible dans leur attitude. Et pour que cette mort apparut sous cotte transfiguration glorieuse, plusieurs tresseraient des couronnes, comme une palme de martyr, qu'ils emporteraient au sombre royaume de Pluton ; d'autres, pleins d'entrain, encourageraient celui que l'on verrait tracer, sur le rocher, cette phrase immortelle ; « Passant, va dire à Sparte que ses enfants sont morts pour elle ! » Après un silence... « Serai-je compris ? N'est-ce point une composition sujette à de sévères critiques? Elle se présentera sans coup de théâtre, que l'on aime tant aujourd'hui, c'est-à dire sans passion violente, avec une expression, sur les visages, qui va jusqu'à la grimace . Qui est-ce qui s'interroge devant un tableau ; qui en recherche le sens profond et la morale ? Les yeux seuls veulent être réjouis par de la couleur. Le style est négligé et le plus souvent reste obscur. »

Bonaparte lui-même critiqua ce sujet. Il voulut savoir, un jour, les projets du grand artiste. « Oue faites-vous, en ce moment ? » lui dit-il. Et David de lui narrer la conception de son tableau de Léonidas. «Tant pis, répliqua Bonaparte. Je ne l'approuve pas ! — Comment cela, citoyen Consul ? — Ce sont des vaincus, et la foule ne va qu'au succès. » Delescluze a narré cette conversation. «Ces vaincus, reprit David, sont autant de héros qui meurent pour la patrie, et malgré leur défaite, ils ont repoussé, pendant plus de cent ans, les Perses de la Grèce. — N'importe ! le seul nom de Léonidas est venu jusqu'à nous. Tout le reste est perdu pour l'histoire ! — Tout ! interrompit David, excepté cette résistance à une armée innombrable. Tout !... excepté leur dévouement auquel leur nom ne saurait ajouter.

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Tout !... excepté les usa^^es, les mœurs austères des Lacédénioniens, dont il est utile de rappeler le souvenir à des soldats. »

Nobles paroles que lionaparte dut estiiuer.

Coïncidence extraordinaire ! David aclieva le tableau le jour de l'entrée des Alliés à Paris.

Proudhon a laissé sur cette œuvre des pa^es intéressantes que je dois citer : « Lorsque j'étais étudiant à Paris, il m'arrivait quelquefois, le diinauclie,d aller visiter la galerie du Louvre. Là, je m'arrêtais prescpie toujours, pendant quelques instants, devant le Léonidas aux Thprniojyi/les. J'aimais, je l'avoue, cette peinture héroïque ; je sentais un soupir naître dans ma poitrine, mes yeux devenir humides, en présence de ce Léonidas si calme, disant à ses trois cents Spartiates : ce soir, nous souperons chez Pluton. Je regardais avec une émotion religieuse ces guerriers si beaux, pleins d'un enthousiasme sacré, gravant de la pointe de leurs épées, sur le rocher, au pied duquel ils allaient faire le sacrifice de leur vie, cette simple et sublime épitaphe : Passant va dire à Lacédémone, que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois. Plus tard, j'ai entendu dénigrer cette œuvre de David, exemple achevé du genre c lassiq ue, ou acadf' m ique. Mais (pie prouvent, me disais-je, ces épitliètes ? (Ju'aurait donc fait, ici, à la place de David, le plus habile romantique ? L'art, tel que l'entendent les critiques de David lui-même, n'a-t-il pas pour but la représentation idéalisée de Ihomme ? Kt ({iiand cette représentation produit un ellVl pareil à celui que j'éprouve, ne peut-on pas dire (|ue l'artiste ;i atteint son but, qu'il s'est élevé au sommet de l'art? Qui dit classique, dit conforme à la tradition grec-

que. Et pourquoi pas? Tant mieux pour les Grecs, si, après plus de deux mille ans, les œuvres de leurs artistes nous servent de modèles, de même que le patriotisme de leurs guerriers nous sert d'exemple. Aussi l)ien, ce tableau ne venait-il pas à son heure, pendant notre grande époque révolutionnaire? Classiques ou non, y a-t-il beaucoup de peintres de la force de David? Notre génération serait-elle capable d'en inspirer, d'en produire de cette valeur,..?

« Tel était mon sentiment que je donne pour ce qu'il vaut, et que je laisse chacun maître d'apprécier, d'après son goût personnel.

« Plus tard, quand l'impression se fut calmée, il me vint des doutes qui se formulèrent peu à peu, dans la critique suivante:

« Sans doute, l'idée fondamentale du tableau, le dévouement à la patrie est excellent, et l'entreprise venait à propos. Mais pourquoi être allé choisir ce sujet de Léonidas ? Une telle peinture, très bonne assurément pour servir d'illustration à l'histoire d'Hérodote, propre à édifier un élève de rhétorique sachant le grec, n'en est pas moins irrationnelle, fausse en elle-même, et sous plus d'un rapport. D'abord, elle ne signifie rien pour le peuple appelé à la contempler, et qui, noji seulement ne sait pas le grec, n'a jamais lu Hérodote, ne connaît point les démêlés du roi de Perse avec les Hellènes, mais encore est absolument hors d'état de comprendre pourquoi ces guerriers sont tout nus, hors la tête, armée d'un casque ; pourquoi le peintre leur a fait de si l)eaux corps et de si beaux visages qu'on les prendrait pour des anges, dépouillés de leurs ailes ; pourquoi aussi ils se ressemblent tous. Histoire grecque, type grec, nudité grecque, comme il convient aux atldètes et aux dieux de la Grèce,

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inscription grecque et tout grec ; ce peut être lort agréal)le pour un helléniste, un archéologue ; mais qu'importe aux Parisiens do 48;{8?... Aussi étais-je

toujours seul à contempler le Léonitlas

Dira-t-on, pour excuse, que ce ne sont ni Léonidas et ses Spartiates, ni les Grecs et les Perses, qu'il faut voir dans cette grande composition ; que c'est l'enthousiasme de 92 que le peintre a eu en vue, et la France républicaine sauvée de la coalition ? Mais à quoi bon cette allégorie ? Quelle nécessité de passer par le défilé des Thermopyles et de rétrograder de vingt-trois siècles, pour arriver au cœur du Français ? N'avions-nous pas nos héros, nos victoires ? De toutes manières, la conception de David, soumise à la critique rationnelle, apparaît décidément fausse ; or, dès qu'une conception artistique est reconnue fausse, l'exécution même la plus correcte ne nous touche plus ; inutile de savoir en quoi elle pourrait être défectueuse. »

En ce temps-là, c'est-à-dire pendant le Consulat, Bonaparte demandait à David son portrait, mais il ne voulait point poser. « Et comuient aurai-je une ressemblance ? répliqua le peintre. — Une ressemblance ! à quoi bon ? reprit Bonaparte. Est-ce là ce que la postérité recherche ; et croyez-vous qu'Alexandre ait posé devant Apelles ? Ce (juo je veux, dans mon portrait, ce que les âges futurs voudront connaître, c'est l'expression de mon visage, c'est le caractère de ma nature, c'est le Bonaparte, premier Consul, et non le Napoleom de Corse. » David écoutait cette leeon, avec intérêt, et frappé de sa justesse : « Vous m'apprenez, citoyen Consul. Part du portrait. Eh bien ! laissez-moi faire, je suivrai votre idée. »

Ce fut ensuite le dessin des costumes que le chef du Gouvernement voulait imposer aux fonctionnaires. David le lui apporta, l'ayant composé d'après l'uniforme des élèves de VÉcole de Mars. La composition du peintre n'a^sréa point à Bonaparte, qui remit à la mode l'habit fran<,'ais, la culotte courte, les souliers à boucles, avec l'épée et le chapeau. Et David, lui-môme, pour paraître dans les salons des Tuileries, se revêtit de ce costume, emprunté à celui de la Monarchie, qu'il avait déjà porté, et qu'il portait avec plus d'aisance et d'élégance que tous les autres républicains, devenus courtisans.

Mais, depuis Maurice Quai, et surtout après les premiers tableaux de Gros, il y eut, contre l'école de David, une réaction, dont l'explosion se ht jour à la Restauration. Bonaparte laissait dire qu'il voulait imiter Gharlemagne et se faire proclamer empereur par ses « preux », — les grands généraux de son armée ; — et la jeunesse revint aux études du moyen ;lge. aux légendes de notre histoire nationale. Quelques-uns des élèves de David étaient moins assidus au Louvre, davantage au musée des Petits-Augustins,créé par Lenoir. C'étaient, d'après Delescluze, « Roquefort, l'auteur d'un dictionnaire de la langue romane ; Révoil, peintre antiquaire et son ami Richard Fleury, qui se consacrèrent, dès cette époque, à représenter des sujets tirés de l'histoire de France ; c'était le comte de Forbin, que son goût portait vers les scènes chevaleresques, et son ami Granet, dont toute l'Europe a si vivement goûté les intérieurs de cloître et de couvents ; puis Vermay, le jeune homme si étourdi, si turbulent d'abord, qui, devant les statues des rois et des

DAVID — SON (HCLVRE 101

grands homines de notre pays, sentit naître en lui le désir de se livrer à un irenre où il eût obtenu certainement de grands succès, si la mort ne l'eût pas arrêté au milieu de sa carrière. >

On sait que la Restauration bannit le grand artiste, qui se réfugia en Belgique. 11 ne put jamais obtenir sa grâce, ni revoir la France. Il mourut en exil. (Quelques instants avant sa fin, il se fit apporter le dessin de son Léonidas, l'œuvre où il avait mis le meilleur de lui-même. Il le considéra longtemps avec émotion, les yeux embrumés de larmes, mais heureux de se rappeler les heures de lièvre vécues, pendant cette composition admirable. Ensuite, de sa voix éteinte : « 11 n'y avait que moi pour donner à ce sujet cette qrandeur épique. » Ce furent ses dernières paroles '■.

1. Parmi les gravures issues des temps de la Terreur, il faut citer If dessina la plume représentant la Reine Marie- Anloi nette allant à l'èchafaud, par Da^"id. •• La main du peintre, a écrit M. \\'allon, tpii a su idéaliser l'horrible l'ace de Marat mourant, est restée insensible, implacal)le, insultante presque, devant cette reine, fille des Césars, qu'il regardait d'une fenêtre, passant sur le tombereati des condamnés. » — Une copie faite sur l'original est dans la colleclion Hennin, cabinet des Estampes.

^ Théophile Gautier (Porlrails à lu jtlutne sur David :

" Certes, il a fallu à cet homme une rare puissance de volonté, une foi biea âpre dans ses doctrines et un fanatisme étrange chez ses disciples, pour s'imposer, comme il le fit de son vivant, et se perpétuer comme nous le voyons encore, à travers des événements si variés et des civilisations si diverses. David est parti d'une idée, d'une autitlièse, <levrions-nous dire, et en a fait jaillir les conséquences les plus extrêmes, les plus violentes. Les galeries françaises du Louvre nous olfrent, à cet égard, le plus curieux rapprochement, entre le point de départ et l'apogée de ce célèbre artiste.

'< A Rome, il rêvera de ramener au sérieux, à la dignité, à l'idéal, la pointure française, tombée dans un débraillé qui tient de la démence...

" Malheuieusemeut, le vrai sens de l'antique a manqué à David, comme aux Httérateurs. Les Sabine^el Lèoniilas sont aussi loin des morceaux antiques que les Gi^orgiques de l'abbé Delille.de celles de Virgile; que les tragédies de La Harpe, de celles de Sophocle.

'< Nous avions le rococo (lambovant, nous eûmes le rococo raide. »

Voici, d'après Ch. Blanc, le catalogue des œuvres dq David. Charles Blanc fait précéder cette nomenclature des lignes suivantes :

« Nous ne pouvons donner ici le catalogue entier des ouvrages de Louis David. Nous nous bornerons à marquer les principaux, en indiquant les salons où ils furent exposés. »

1772 : Combal de Minerve contre Mars secouru par Vénus. Ce tableau obtint le second prix de Rome.

1775 : Les amours iVAnliochus et de Slralonice. Ce tableau obtint le grand prix. Il est à l'école des Beaux- Arts.

Le plafond et les décorations latérales du salon de M"° Guimard ( Temple de Terpsichore), rue du Mont- Blanc, (Chaussée d'Antin), à Paris,

Salon de 1781 : Bêlisaire. Il est reconnu par un soldat, au moment qu'une femme lui lait l'aumône.

Saint Roch intercédant auprès de la Vierge pour la fjuérison des pestiférés. Ce tableau est à Marseille, à la consigne.

Portrait de M. le comte de Potocki, à cheval.

Salon de 1783 : (David agréé). La douleur d' Andromaque. C'est son tableau de réception à l'Académie.

Portraits de M. Desmaisons, oncle de David ; — de jYIme Pécoul; — de M. Leroy, médecin ; — de M. le comte de Clermont-d'Amboise ; — de M. Joubert; (ébauche).

Salon de 1785 : (David, académicien). Serment des Horaces, peint à Rome pour le roi, en 1784.

Bêlisaire; (répétition réduite).

Portrait de M. P.... (Pécoul).

Salon de 1787 : Socrate^ au moment de prendre la ciç/uë. Appartient à M. de Trudaine.

Répétition réduite des Horaces. Presque tout entière de la main de Girodet. Appartient à M. Firmin Didot.

Salon de 1789 : Junius Brutus, premier consul, de retour en sa m aison, après avoir condamné ses deux lils qui s'étaient unis a ux Tarquins et avaient conspiré contre la liberté romaine; des licteurs rapportent leur corps.

DAVID — SO.N OliUVUE !(»;{

Les Hwours de Paris et iV Hélène.

Portraits en pied de M. el M"» Lavoisier; — de M. Thélusson de Sorcy. de M™"^ de Sorcy; — de AI™" d'Orvilliers; — de jM'»« de Bréhan; — de M. et M"» Vassal ;

— de M""" Lecoulteux et de M'"« IIocquarL.

Louis XVI entrant dans le lien des séunces de IWssemblée constituante. On ionore ce que ce tableau est devcMiu,

Le Serment du Jeu de Paume. Dessin tracé à la plume et lavé au bistre; le plus capital et le plus terminé qui ait été fait par David. Il appartient à M. Goupiii.

1793 : David n'expose point au Salon de cette année.

Derniers moments de M. Michel Lepelletier de Saint- Farc/eau. Ce tableau fut exposé dans la salle des séances de la Convention.

Portrait de M^^^ Lepelletier, fille adoplivc de la nation française.

Marat assassiné dans sa J)aic/noire. Denii-lig-ure, ;;randc comme nature. Ce tableau lij,'^urait,en 1816, à l'exposition du boulevard Bonne-Nouvelle.

La mort du jeune Barra (ébauche).

Portraits de Bailly ; — de Grégoire; — de Prieur de la Marne; — de Robespierre; — de Saint-Just; — de Jean Bon Saint-André; — de Marie-Joseph de Chénier ; — de Boissy d'Anglas ; — les cinq derniers faisant partie de la galerie de M. de Saint-Albin.

Salon an IV (1795) : Portrait d'une femme et de son enfant.

1799 : Sapho et Phaon; maintenant en Russie. Bomulus : variante des Sabines avec douv guerriers

morts et un autre au fond.

1800 : Portrait équestre du premier consul, grarissanl le Saint-liernard. Il en existe quatre répétitions dont une est au Musée de Versailles.

Portraits de M^^de Verninac ; — de M'"" de Pastoret; — de M'"» de Trudaine ; — de M'"" Récamier (ébauche). C'est celui qui est au Louvre aujourd'hui, dans le grand salon des|)einlres français. — Des ambassadeurs Blau el .Meyer ;

— (le M. Pellerin-N'illandois.

1804 : Le pape Pie VII et le cardiDnl (^nprara. Eludes pour le couronnement.

1805 : Par (rail de Pie VII.

Salon de 1808 : (David), premier peintre de l'Empereur).

Le Couronnement. Aujourd'hui au Musée de Versailles.

Le portrait en pied de V Empereur, revêtu de ses habits impériaux. Ce portrait appartient au roi de Westplialie.

Les Sa bines.

Salon de 1810 : Serment de Varmée, après la distribution des aigles. Au musée de Versailles.

L'Empereur debout dans son cabinet. L'original appartient au marquis de Doublas, en Anf,deterre. Il en existe quatre répétitions. Ce tableau a été gravé parMassard.

1814 : Les Thermopyles; j^randeur de nature.

Portraits de MM. Estève ; — François de Nantes; — Comte de ïurenne ; — Mongez; — des généraux Meunier et Jcannin, gendi'cs de David; — de M™'^ Daru.

1816 : (David en exil). L'amour quittant Psyché au lever de l'aurore, vendu 2.300 francs en 18i2, à la vente de la galerie Sommariva.

Télémaque et Eucharis, tableau de chevalet, (figures à mi-corps), exécuté pour le compte de Sch(cnbornà Munich.

Répétition du précédent avec quelques changements ; appartient à M. Didol, fils.

Répétition du couronnement de Napoléon, même dimension que l'original, avec plusieurs changements importants, exposée successivement en Angleterre et aux Etats-Unis. Cette toile, d'abord payée 75,000 francs par MM. Lojard de Montpellier, a été mise aux enchères en 1842, à Paris, et n'a pu dépasser 1.500 francs.

Portraits du baron Alquier ; — de M""" la comtesse Vilain XIV avec sa fille; — du général Gérard; — du jeune ])rince de Gavres ; — du comte Siéyès et de Ramel, compagnons d'exil de David; — de M""" Ramel; de M"' Juliette de Villeneuve, nièce de Joseph Bonaparte et de ses deux filles.

La colère (T Achille, ligures à mi-corps; faisant partie

DAVID SON OEUVRE 105

de la collection Parmentier, vendue à Enj^hien en 1835.

Répétition du même, avec de grands chanj^ements, terminée par Stapleaux, sous les yeux de David.

Une vieille bohémienne disant la honne nvenliire /i une jeune fille, figures à mi-corps.

1824 : Mars désarmé par Vénus el les Grâces. Ce tableau fut exposé d'abord au profit de l'hospice des vieillards à Bruxelles, en 1824, et ensuite à Paris, au profit de l'auteur, auquel il ne rapporta pas moins de 45.000 francs,

A la vente Gérard :

Le portrait de David, 650 francs.

A la vente Gros :

Un portrait d'une jeune femme à carnation blanche, par David, 495 francs.

Même vente :

Apelles peignant Campaspe, dessin remarquable, 200 francs.

Le dernier dessin de David fut le Viol de Lucrèce.

La liste des innombrables dessins de David tiendrait trop de place. Consulter à cet égard la notice de M. Coupin.

Le Musée du Louvre renferme en tableaux de David :

Le serment des Horaces;

Léonidas aux Thermopyles ;

Les Sahines;

Les licteurs rapportant à Brufus les corps de ses fis qu'il a condamnés à mort;

Bélisaire demandant l'aumône; (la répétition réduite).

Les amours de Paris et d'Hélène ;

Portrait du pape Pie VII, peint en 1804.

En dessins :

Les g-rands et superbes carions du Serment du Jeu de Paume, où chaque figure est dessinée en académie nue, pour être ensuite recouverte du costume moderne. Du distingue les têles de Mirabeau, de lîarnave, de Dubois- Crancé et du j)ère Gérard.

Homère endormi; deux jeunes flics lui appurtenl du pain : esquisse à l'encre de Chine;

Cinq croquis de paysages, dessins à l'encre de Chine sur une feuille.

David a eu, comme tous les grands peintres, de bons graveurs qui ont très bien conservé le caractère de ses peintures. V^oici les pièces princi])ales de son (x.'uvre gravée :

Alexandre Morel a gravé le Bclisaii'e, le Serment des IJoraces. Raphaël-LJrl)ain Massard a gravé les Sahines. Jaset a fait une grande aq\iatinte du Serment du Jeu de Paume. Les épreuves de cette planche, — qui, sous la Restauration fut saisie par la police, — s'élevèrent à un très haut prix. LeLéonidas aux Thermopyles a été gravé par Laugier.

David signait ordinairement ses tableaux en lettres capitales comme suit ; DAVID, f '>:•', anno. »

En son étude sur David, Charles Blanc s'exprime ainsi :

« Deux choses feront vivre David, son école et ses ouvrages. Ses tableaux, il est vrai, ne sont pas ses plus beaux titres, et Gros, Girodel, Gérard valent peut-être mieux que les Sahines. L'influence énorme que David exerça sur une époque déjà si grande, sera, je crois, sa véritable gloire. Cette influence fut continentale ; elle transforma toutes les écoles de l'I'^urope. David persuada aux Flamands qu'il fallait dessiner. Il fit croire aux peintres de Rome que l'art païen était supérieur à l'art catholique. En France, il ramena la peinture à un but sérieux. Il organisa des fêles éclatantes; il opéra une révolution dans les costumes, les meubles, les ornements, les décorations. Il fut le maître absolu des arts.

« Et, du reste, parallèlement à celte beauté qui est redevable de ses succès aux idées contemporaines, il en est une indépendante des circonstances et des modes, beauté absolue qui est de tous les pays et de tous les temps : celle-là s'est aussi rencontrée chez David, lorsqu'en présence du cadavre de Lepelletier, ou de la baignoire de Marat, il oubliait des procédés devenus systématiques, pour s'attaquer franchement à la nature elle-même. Le

DAVID SON OF,UVRE 1(»7

peintre vivra donc autant que le chef d'école, et s'il arrivait que la postérité oubliât l'iniluence de David, pour ne songer qu'à des œuvres personnelles, il en resterait encore dans l'esprit de nos descendants, une image passionnée comme le Serment du Jeu de Paume, ou bien calme, imposante et sublime, comme la Mort de Socrate. »

Chkrles Blanc écrit encore :

« Compromis parmi les vaincus de thermidor, David fut décrété d'accusation, détenu au Luxembourg pendant cinq mois, puis élargi, puis arrêté encore, et enfin, appuvé à la Convention par Thibaudeau, Chénier, Merlin de Douai, Boissy d'Anglas, qui lui avaient reconnu de la bonhomie dans la vie intime, il reconquit sa liberté. C'est alors qu'il peignit les Sahines. Disons comment lui vint l'idée de ce tableau. Dans le temps de sa captivité, David apprit que sa femme, quoique brouillée depuis longtemps avec lui, faisait, pour le sauver, les plus périlleuses démarches. Touché de ce dévouement, il résolut de le peindre, mais en y réfléchissant, il comprit que lui, David, le législateur de la peinture, il devait envelopper son allusion, dans une donnée historique et générale. Les Sahines se présentèrent à sa pensée. »

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