‹ La société française pendant le consulat (volume 5)Chapitre 19 sur 46 · Abccédaire de Mariettk, t. III · texte numérisé non relu

Abccédaire de Mariettk, t. III

tomie pour en connaître les précisions ; d'après nature, pour en saisir les finesses et réduire, si je puis, le tout dans mon dessin ; 2° je comparerai ensuite l'un avec l'autre, soit pour en connaître les rapports, soit pour en déuiôler les défectuosités. Outre ce, je consulterai souvent les grands maîtres, tels que Raphaël, Titien, Rubens, les uns pour les grâces, l'élégance du dessin, la finesse et le naturel sublime de l'expression; les autres, pour Fart ravissant du coloris, la belle ordonnance de la composition, la magie du clair-obscur, etc., etc.. h^ufin, je tâcherai de tirer parti du tout, suivant la portée de mon génie. Qu'en pensez-vous, monsieur? Il me tarde de mettre à exécution toutes ces choses. Plus la violence de mon désir me presse, plus je m'ennuie à Cluny. »

A Cluny, c'est-à-dire en sa province, dont il n'était point encore sorti.

Cette lettre lui donna satisfaction. Il passa trois années à Paris, de 1780 à 178;{, diseut ses Itiographcs. Puis, revenu à Dijon, il remporta le prix que l'école Devosges attribuait, chaque année, au concours, pour envoyer le lauréat à Rome. Imitation de ce qui se passait à Paris.

A Rome, Prud'lion refusa de s'inféoder aux doctrines de Lagrenée, directeur de l'Académie de France. A l'art académique il trouvait une sécheresse qui le rebutait. Il s'abandonna aux préférences de ses instincts d'artiste, étudiant Raphaël, Léonard de Vinci, tous ceux dont il admirait la grâce, la suavité, l'élégance du pinceau. C'étaient ces qualités vers lesquidles tendait son âme, pétrie de sensibilité et de tendresse. Son rêve, son idéal, se plaisaient aux conceptions allégoriques où pou-

vait s'épancher son besoin d'amour et de justice. Il recherchait la beauté, dans l'expression poétique d'une idée, fùt-elle nieuie un peu nuageuse, fùt-elle développée en une atmosphère vaporeuse où la forme ne se révélait qu'en des contours imprécis. Ce n'était ni le mouvement des personnages, ni la couleur, étendue sur la toile, qu'il appréciait dans les grands tableaux des musées de Rome, c'était la pensée de l'artiste, c'était le poète, qui s'était servi de sa palette pour démontrer l'ingéniosité de sa conception. Et tel fut Prud'hon, en toutes ses œuvres'. Oh ! qu'il était loin de l'école dominante en peinture, en ce temps-là, et que d'obstacles il accumulait ainsi contre le succès. Il en avait besoin pourtant, très besoin, s' étant marié de bonne heure \ à peine sorti de l'adolescence, et malheureusement mal marié, éprouvant à son foyer tous les soucis de la pauvreté et d'une incompatibilité avec le caractère de sa jeune femme. De plus, il avait deux enfants; et fixé à Paris, en 1789, il fut obligé, afin de

1. Delacroix a écrit de lui {Revue des Deiu- Mondes, nov. 181«) : -. Le Néritable géuie de Prud'iion, son doiaaino, sou empire, c'est rallégorie.Sur cr tei-raiuril retrouve ses mérites dans toute leur force. Les défauts^ de sa manière y sont moins sensibles et deviennent presque des qualités. Comme parmi ses allégories, il préfère ordinairement celles qui présentent des images gracieuses, le charme de son exécution fait oublier les incorrections (lu dessin et la monotonie des teintes. Ce ton vaporeux, cet! c espèce de crépuscule dans lecjuel il enveloppe ses ligures s'emi)are de limaginalion et la ronduit sans elfort dans un monde qui est de l'invention du pemtre. »

2. Mais, avant tout, il n'obéissait qu'il ses propres insiurations, et méprisait le bruit que d'autres recherchent. Une lettre écrite de Rome a un anu de Dijon, M. Fauconnier, nous révèle tout son caractère : Vous voulez mon ami, écrivait-il, <iue je vous parle des peintres qui sont arrives a Home ([uelque temps avant moi. De tous ceux-là, et même de li>us ceux qui y S'.nt .lepuis quehiurs années, M. Drouais est celui qui sr (hslmgue le plus. Il suit la manièie de M. David el recherche tout .-e ipu lu-ut fasciner et riilouir les veux de ceux qui n'ont pas le sentiment lier et d.-licat Le desir NJolent de faire du fracas et l'and^ition de la gloire et des ai)plaud.ssen.en s

.ut les guides qui le mènent... M. Drouais joint aune grande facilite de , uiceau tout ce que j'ai dit cv-dessus (le brillant du coloris l'elTel du clan- ..l.scur, la variété- goustcus.; (y „../„...■,) .l-s t.intcs . Il lu. manque le reste. ..

subvenir aux besoins de sa famille, de chercher des travaux chez les confiseurs, chez les marchands, dont il dessina les étiquettes, les têtes de lettres, les coins de prospectus. Il songeait peu, alors, aux grandes toiles de peinture qui auraient pu faire connaître son nom et lui attirer la sympathie des amateurs. Ses petits dessins, sur toutes ces feuilles commerciales, ne passèrent point inaperçus quand même. Les peintres, ses camarades, ne discernant point un rival dans l'artiste malheureux et réduit à cette besogne ingrate, louèrent avec exagération la finesse des dessins allégoriques, que Prud'hon inventait pour satisfaire la vanité de ses clients. Les libraires lui vinrent demander ensuite d'illustrer les éditions de leurs livres. Il composa des dessins pour l'Art d'aimer, pour la Tribu indienne de Lucien Bonaparte, pour Daphnis et Chloé, Vlmitation de Jésus-Christ, Paul et Virginie, la Nouvelle Héloïse, et il démontra, une fois de plus, ce que peut le talent partout où il s'applique. En ces infimes dessins de livres, en ces vignettes commerciales, on découvre une pensée poétique, un caractère de grandeur, que les grands tableaux le plus souvent ne réalisent point. N'importe! il restait toujours inconnu de la foule. Ses premières toiles exposées n'avaient produit aucun effet. David seul régnait dans les arts, et personne n'estimait la manière du jeune peintre : l'Amour séduisant l'Innocence ; la Sagesse et la Vérité descendant sur la terre; puis une jeune femme accompagnée de son enfant, la sienne peut-être ! David disait : « Celui-là a son genre à lui. C'est le Uoucher,le Watteau de notre temps. Il faut le laisser faire. Cela ne peut produire aucun mauvais effet, aujourd'hui, dans l'état où est l'école. Il se trompe, mais il nest pas donné à tout le monde de se troni-

per comme lui. Il a un talent sûr. Ce que je no lui pardonne pas, c'est de faire toujours la même tète, les mêmes bras, les mêmes mains. Toutes ces fip-ures ont la même expression, toujours la même (jrimace. Ce n'est pas ainsi que nous devons envisag-er la nature, nous autres, disciples et admirateurs des anciens. » (Delescluze : David et son temps.)

Prud'hon s'occupait-il de ce c[ue pensait David? sans doute, il n'en avait cure. Toujours en proie à lamisère, toujours obsédé des soucis de son ménage, il vivait malheureux, sortait peu, enclin au désespoir, et parfois résolu à se tuer, pour se délivrer de l'épouvantable existence qu'il menait avec sa femme. Dans ses moments les plus som])res, il prenait ses enfants sur ses genoux, les comblait de caresses, les posait ensuite devant son chevalet,et les peignait avec amour, dans toute leur naïveté et leur insouciance. Il quitta même Paris, durant un temps, et se réfugia en Franche-Comté, chez des amis. Là,il connut Frochot, qui devint plus tard préfet de la Seine. Le fonctionnaire et le peintre continuèrent de se voir. Frochot, estimant le caractère loyal et bon de l'artiste, le recevait souvent à sa table. Un jour,le préfet lui cita une phrase latine qui se rapportait au sujet de leur conversation :

r;iro anlecedentem acelesluin

Deseruil pœnn...

Excité par l'idée contenue en cette maxime, Prud'hon con(;ut tout de suite un sujet de peinture. Il demanda la permission de se retirer quelques instants dans la pièce à côté, et il y traça fiévreusement l'esquisse de son immortel tableau, «jui est au Louvre : la Justice poursuivant le criuie de Ca'in, apn's

la mort d'Abel. Frocliot approuva le dessin et encouragea le grand artiste à en faire une belle œuvre ^ Sa vie cependant ne cessait d'être triste et soucieuse. L'aisance ne lui arrivait pas, malgré ses travaux acharnes, et il souffrait, sans répit, du caractère tyrannique et acariâtre de sa fenime^ Ses amis

1. Tliéophile G lulier, dans son étude sui- le musée du Louvre, consacre une page éloquente à l'cruvre de Prud'lioii :

" En arrivant à Prud'hon, nous entrons dans une sphère où l'inlluence de David ne se fait plus sentir; Gros lui-même la subissait. Nous nous trouvons en face d'un g-énie neuf et prinie-sautiei-, tiui cherche l'idéal tout seul et par d'autres routes. Au milieu de son temps, Prud'hon est un l'ait imprévu. Il a créé une grâce nouvelle et trouvé une veine de beauté inconnue. Sa manière de comprendre l'anlicjue dilfère complètement de celle de ses contemporains.-Les statues que les élèves de David dessinent avec une sécheresse sculpturale, il semble les voir au clair de lune, argentées de molles lumières, baignées d'ombi-es et de reflets, ondoyantes, elTumées sur les contoiirs, enveloppant et noyant leurs lignes dans une vague brume. A la mythologie de l'Empire, il applique le lluu du Corrège. Il a la vapeur, le mystère, la rêverie et aussi un divin sourire qui n'appartient qu'à lui. Mais n'allez pas croire à un talent ell'éminé ; Prud'hon sait, quand il le faut, être mâle, sérieux et grand.

" Quoi de plus lragi(iue qui^ la ./iistirc rt l;i \'(>ii([i;tiice (liriiica iioiirsiiirunl le crime '.' Sur un site sauvaye, obstrué de pierres et de ronces, une lune, large et pleine, verse une lueur livide et sendjle se suspendre au ciel, comme une lampe révélatrice. Argenté par ses pâles rayons, le coi'ps de la victime git à terre, dans l'abandon i\- la mort, comme un autre Abel tué imr un autre Ca'in. Ses formes élégantes et pures, sa belle tète, renversée au milieu d'un (lot de cheveu.K, font un conti-aste frappant avec le type ignoble, bas, i)res(iue bestial du mcuitrier qui s'éloigne, la nuiin crispée sur son poignard sanglant. Le crime vient à peine d'être commis, et, déjà, dans le ciel, sillonnant l'air de leur essor rapide, les divinités vengeresses planent, les ailes ouvertes, les draperies volantes, prêtes à fondre sur l'assassin ti'emblant. L'une tient une torche dont la lueur jette un rellet roug-eâtre dans la froideur du clair de lune ; l'autre serre sur son cieur les balances de la loi et le glaive (jui i)unit les coupai)les. La tête de la Vengeance ou de la Nemésis, si ce nom antique vous plait mieux, éclairée à demi jiar la torche, est un chef-d'iruvre de couleur et de modelé. Celle de la Thémis exprime une sévéï-ité calme, une indignation sérieuse d'un caractère tout divin.

'■ (Juoicjue la scène se jjasse dans le monde allégori(jue, elle prend, par la vérité de la couleur et de l'effet, un aspect de réalité sur|)ri,'nant. Ces larges ondjres, ces reflets vagues, ces lumières pâles accrochées aux contours des oljjels et des figures, produisent un effroi involontaire et le frisson du meurtrier vous gagne. Nous ne savons rien de plus beau et de i)lus grand style, dans aucune école, que ces deux déesses (jui glissent d'un aii- ■i sur et si tranquille, à travers l'aii- bleu de la nuit ; rien de jdus dranuiti- (jueiuent sinistre (pie la silhouette de l'assassin et de plus touchant que la victime. ■- 2. Voici la lettre (ju'il adrcs.sait alors, le 7 vendémiaire an XII, à M. Denon,

affligés le poussaient à une séparation, qui lui rendrait sa liberté et affrancliirait son talent des nombreux soucis qui l'opprimaient. Tout, plutôt que la servitude, qui empêchait Tessor de son génie. Il s'y résolut et obtint judiciairement sa séparation. Désormais libre, il connut des jours plus heureux, malgré les charges qu'il avait assumées, la pension mensuelle à payer à sa femme pour l'éducation de ses enfants. Les privations, le travail âpre et prolongé, lui importaient peu, dans son indépendance morale, enfin recouvrée. Il était de ceux qui, vivant solitairement avec eux-mêmes, et ne comptant que sur eux, nont d'autre bonheur que la tranquillité de l'esprit et les satisfactions paisibles du cœur.

Il traversa le temps du Consulat, toujours inconnu et toujours obscur. En 1808 seulement, son nom acquit un peu de célébrité, après l'exposition du Meurtre de Caiii et de son Zéphir se balançant audessus d'une fontaine. Bonaparte admira l'œuvre du peintre et le décora de la Légion d'honneur. Mais l'envie commença à mordre cette renommée naissante. On rabaissa ses grandes œuvres, louant

surintendant des beaux-arts... Il demande qu'on le débarrasse de sa feninie et il ajoute : « Sans la considération particulière qu'ont pour moi mes confrères, ils auraient, dans le temps, porté des plaintes au ministère de l'intérieur, — il habitait alors au Louvre. — pour écarter quelqu'un dont la méchanceté soutenue récidivait journellement tout ce qui pouvait leur être désaffréable et incommode. MM. Girodet et Meynier ne l'ont que tropéi)rouvé puisque le premier s'est vu forcé, étant au Louvre, de transporter son travail et son atelier aux Capucins, place Vendôme. Il était temps pour le second, dont l'extrême bonté a soutenu la patience, que je la misse hors de chez moi, car il était excédé de ses invectives, de ses criailleries et du tapage qu'elle ne cessait de l'aire au-dessus de chez lui. Et combien n'était-ce pas désagréable et fâcheux pour moi. qui suis sensible et aime la paix, d avoir à répondre à des plaintes trop justes, réitérées à chaque instant, auxquelles il n'était pas possible de faire droit, avec un être de l'humeur et du caractère de celui-là... D'après ce. on sait combien une telle femme est un objet insupportable et scandaleux, dans un lieu comme la Sorbonne. et combuM» j'ai de raison de solliciter un ordre du ministre, pour lempècherdy remettre le pied. " M.VKiKFTK, Ah'cëdaire, t. VII.

surtout les dessins, faits jadis pour le commerce. Il ne fut, pour ses rivaux, qu'un dessinateur de vignettes, qu'un inventeur de devises ingénieuses et agréables. On les disait merveilleuses, adorables. On ne parla plus que des premiers travaux de l'immortel artiste, dès que son nom s'imposa à l'admiration du public. On lui enlevait ainsi les portraits que les grands personnages de l'Etat auraient pu lui demander. Eh ! quoi, se faire peindre par un dessinateur à la plume, par le graveur de tant de petites esquisses, y songerait-on * ?

L'infortuné allait avoir une compensation à toutes ces misères dans le dévouement et l'atrection d'une jeune femme. Greuze venait de mourir (1805) et l'une de ses élèves, M''° Mayer, s'adressa au peintre, qui se rapprochait le plus du genre de son vieux maître. « Enlevez à Prud'hon, a-t-on dit, le style, l'idéal, la poésie de ses conceptions, le grand art qui ennoblit toutes ses œuvres, vous retrouverez la grâce et l'élégance de Greuze, un peu de la sensualité et de la coquetterie de sa palette. » Prud'hon accepta de diriger les études de la jeune femme qui venait à lui. Elle avait vingt-huit ans, était douce, bonne, enjouée ; et si jamais il s'attachait à elle, il sentait bien qu'il n'éprouverait plus les soucis de sa première union. Entre eux, dans les commencements, il n'y eut que des relations de professeur à élève. Dans la suite, lorsque Prud'hon obtint un logement en Sorbonne, M"° Player, devenue maîtresse de sa fortune par la mort de ses parents, put se faire attribuer un atelier contigu à celui du pein-

1. On a de lui, cependant, deux beaux portraits souvent cités : celui de M°« Copia, la femme du g'raveur ; celui de l'impératrice Joséphine, si remarquable par son expression alang-uie de créole.

tre ; et, depuis lors, elle passa toutes ses journées en compagnie du maître, s'oecupant du ménage, dînant avec lui, assistant aux visites des amis, animant, de son rire provocant, la conversation, faisant valoir les œuvres de celui qu'elle admirait et qu'elle aimait déjà. Brune, vive, passionnée, dit Charles Blanc, elle avait un caractère fort gai, un regard malicieux, un sourire agréable qu'éclairaient de belles dents. Napoléon, grâce à elle, sans doute, voulut que Prud'bon donnât des leçons de dessin à la jeune impératrice, .Marie-Louise, et le berceau de l'enfant impérial attendu fut exécuté, d'après une esquisse du peintre. Grâce à elle, enfin, les riches amateurs se montrèrent dans l'atelier de Prud'hon. Le comte de Sommariva y ^"int commander des tableaux, et Talleyrand le ^'isita quelquefois.

Bientôt, Prud'hon donna son cœur à cette séduisante amie, et leur vie s'écoula heureuse dans cette communauté de labeur et de rêve. L'artiste s'abandonna à cette continuité de douce quiétude. Il se plaisait à ce point chez lui, qu'il n'en voulait plus sortir, qu'il passait des semaines, sans quitter son chevalet ; et il fallait que M"' Mayer usât de mensonges, et le forçât à rompre cette claustration volontaire, aussi nuisible à sa santé qu'à l'élaboration de son œuvre. Elle lui affirmait que l'un de ses jeunes amis, un débutant, l'attendait, le voulant consulter sur un tableau entrepris, et elle le forçait à s'habiller pour cette visite qu'elle seule avait imaginée. Tant que dura cette cohabitation, l'un et l'autre vécurent des jours remplis dineffnbles jouissances. Leur affection se doublait d'attentions câlines, et rien ne faisait prévoir une issue fâcheuse à cette existence si simple, si discrète, si pou bruyante. Mais il arriva qu'un jour, le gouvernement, sous la

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Hcstauration, eut besoin, en vue de coui's nouveaux (Ml Sorbonne, des pièces occupées par Prud'hon et ])ar M^'" Mayer. lis allaient être forcés de quitter les lieux témoins de leur bonheur. .M"° Mayer, à Viina- -ination vive, crut voir, en ce congé, un blâme ])ublic ; elle s'aftola, et, d;uis un instant de trouble cérébral, elle secoupa lai;ori;e avec un rasoir (1821). Prud'hon ne se consola jamais de cette perte. I']ncore une fois, le malheur l'accablait. La seule amie qu'il eût eue, ce vaillant cceni-, cet esprit ainiablc! et gracieux, n'existait plus. 11 tomba en uiu^ sorte» de torpeur qu'aucun raisonnement ne put chasser. Ses jou-'s se suivirent assombris, en un silence à peine rompu par les visites de ses amis. Ses forces allèrent en diminuant chacpie jour. Une langueur, causée par la désespérance, le mena insensiblement vers la tombe. Doux ans après la mort de M"" Mayer, il mourut dans les bras d'un ami, M. de Boisfremont, qui ne le quittait plus. « Mon Dieu, dit il, d'une voix faible, avant d'expirer, je te remercie de m'avoir donné un ami pour me fermer les yeux. » Quelque temps avant sa mort, la ville de Metz lui avait commandé un Christ mourant. Prud'hon le peig'nit, et sur le crucifix, dit M. Quatrcmère de (Juincy, on retrouvait l'expression des soufi'rances morales que subissait le malheureux artiste. 11 ne lui fut pas nécessaire de se figurer la douleur de l'homme, victime d'un destin mauvais. Son ànie en était pleine. Jamais œuvre ne fut plus éloquente, jamais plus émouvante à considérer.

« Gomme Greuze,(iiéricault,l]onnington, dit Charles Blanc, et tant d'autres encore, Prud'hon devait mourir avec le regret, snpréme jjour un artiste, d'avoir vu son talent méconnu par ses contemporains. L'ignorance ou l'aveuglement des amateurs

de son époque furent tels (et nous n'exceptons, ici, ni le musée du Louvre, ni le Cabinet des estampes, si pauvres l'un et l'autre des productions de cet artiste) que Prud'hon, qui est une des gloires de l'école française, fut condamné à composer, pour vivre, des vignettes destinées au commerce, ou à faire des têtes de lettres pour les administrations publiques. Meilleurs juges, cependant, des graveurs d'un haut mérite ne craignirent pas de confier leur réputation à son talent, et Copia, ainsi que son élève Roger, dessinateurs excellents dans leur genre, reproduisirent, avec un art admirable, les compositions de Prud'hon, comme les Marc-Antoine, les Wostermann et les de Penne ont reproduit celles de Raphaël, de Rubens, et de Poussin. Cet hommage public, rendu à Prud'hon, n'exerça aucune influence sur le goût des amateurs ; et ce n'est guère que dans ces derniers temps, que les éminentes qualités de ce peintre se sont révélées à leurs yeux, et que l'on a rendu, enfin, à ses ouvrages, la justice éclatante qui leur était due ^ »

Charles Blanc termine ses observations sur Prud'hon par la mention suivante, d'après M. Villot : C'est que Prud'hon n'a pas traité un seul sujet purement historique, qu'il n'a même emprunté que très rarement à la Bible. Ses riches fictions de la mythologie et surtout de Fallégorie convenaient particulièrement à sa nature.

1. Pendant les premières guerres dltalie. dit encore Charles Blanc, une Lf'da du Cori-6ge fut livrée au général en chef, comme portion d'une indemnité conve nue. Ce tableau, mal emballé par les soldats français, qui n'y étaient pas encore e.xercés, comme ils le devinrent plus tard, arriva au Louvre dans un état déplorable. La tète avait disparu. Prud'hon la refit si belle et tellement digne du Corrège que lors de la dévastation du musée un commissaire étranger, montrant cette merveille il un médecin français, lui disait naïvement : « Y aurait-il un homme, dans votre école, capable de peindre une tète aussi belle (jue celle du tableau '? ■■

Prud'hon a peint sur toile, sur bois et sur cartons. La plupart de ses ouvrages sont signés.

Prud'hon fit cinq compositions pour l'illustration d'un roman de Lucien Bonaparte : la Tribu indienne 1799. Les titres de ces dessins sont : La Vengeance ; la Soif de Vor ; l'Homme à la maison; la Pelite Diane; la GroUe. Tous les cinq ont été gravés par Roger.

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