De Rovigo. Mémoires, t. 1, p
tait plus redoutable. Les négociations avec cette puissance suivaient leur cours. La paix était proche; la paix, pendant laquelle l'industrie, le commerce, les arts se développeraient sans crainte, tandis que ceux qui avaient acquis la richesse, durant les troubles de la période révolutionnaire, pourraient jouir du bien acquis par leur labeur, ou leurs rapines. Ce qui resta des soldats de xMoreau, Bonaparte s'empressa de l'expédier à Saint-Domingue, sous le commandement du général Leclerc, son beau-frère, afin de réprimer la révolte des noirs. Ceux qui partaient reviendraient-ils ?
Bientôt fut signé le traité d'Amiens et la France crut à la paix définitive. Bonaparte ne chercha point à la détromper. Il y eut, de sa part, moins d'ostentation à l'égard de l'armée, sans qu'il s'en désintéressât tout à fait, car on la vit représentée dans toutes les fêtes. Depuis le grade de chef de bataillon, les officiers étaient invités aux bals des Tuileries, à ceux de tous les ministères. Le premier Consul voulait habituer à leurs jeunes visages la société qui se reformait et faire aimer la gloire, par la caste la plus pacifique, celle des rentiers, des possesseurs du sol, des détenteurs de l'argent. Pendant ce temps, il s'empressait de faire rendre gorge aux fournisseurs qui, jadis, avaient volé le Trésor. Leurs comptes furent épluchés. Presque tous furent trouvés inexacts et majorés, et pour la première fois le Trésor était déclaré créancier et non débiteur l .
i. En ses Tableaux de Paris, t. IV, p. 199, Mercier nous a laissé une peinture fort réussie de ces fournisseurs d'armée. « On trouve parmi eux, dit-il, des hommes de chicane, d'anciens procureurs, des Juifs, des laquais et autres gens de cette farine, qui, ayant su prévoir de loin le discrédit du papier-monnaie, l'ont reçu de toutes les mains, dans la vigueur de sa jeunesse ; puis avec ce papier-monnaie ont accaparé toutes les marchandises, puis par le jeu savant de la hausse et de la baisse ont fait la rafle des écus et des louis. Puis, fiers de leurs nouvelles richesses ont formé des associa-
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Lannes même, quoique l'un des familiers de Bonaparte, dut restituer à la caisse de la garde consulaire, quatre cent mille francs qui y manquaient, soit qu'il les eût employés pendant qu'il commandait cette troupe d'élite, à ses besoins personnels, soit qu'ils eussent été soustraits par un défaut de surveillance. Nouvellement marié à la fille du sénateur Guéhéneuc, Lannes aurait été fort embarrassé de faire ce remboursement, si Àugereau, mis au courant de cette situation critique, n'eût envoyé les fonds de chez son notaire à la caisse de la garde. Ainsi Tordre se rétablissait peu à peu dans les finances militaires sous la surveillance rigide du premier Consul *•
A Tétat-major, dans le cabinet du chef de l'État, au ministère de la guerre, on ne visait alors qu'aux
tions, se sont présentés par devant les ministres et leur ont proposé Pcntreprise du service des différentes armées de la République. Ils n'ont pas eu !
de peine à se procurer des marchés, en y intéressant certains députés, ccr- i
tains chefs de bureau à langue dorée. Ils ont obtenu de fortes avances, pour j
les mettre à même de payer leurs fournisseurs, mais ils ont eu l'audace île I
garder les fonds, qui, alors, étaient presque toujours faits en numéraire, et ils les ont fait valoir, en achetant avec ces fonds, au meilleur marché possible, du papier sur la place, et ils ont payé, en mandats, les fournisseurs et par conséquent fait des bénéfices immenses de l'argent de la Trésorerie. Tout l'argent du Trésor public s'engouffra dans les coffres-forts de ces traitants avides, qui, sans cesse, en assiégeaient les portes. »
i. Marmont aussi dut restituer une somme de 325.000 francs qu'il s T éUît fait attribuer sur la vente du mercure des mines d'Idria.
— Bourrienne, au sujet de Lannes, attribue au général Lefebvre le secours d'argent que reçut Lannes pour se libérer.
— Las Cases, Mémorial, chapitre VI, cite encore ce fait. « Un joui il une des grandes audiences, Bonaparte attaqua un colonel, avec la plus grande chaleur, et tout à fait avec l'accent de la colère, sur de légers désordres commis par son régiment envers les habitants du pays qu'il venait de traverser, en rentrant en France ; et comme le colonel pensant la punition fort au-dessus de la faute commise, cherchait à se disculper et y revenait souvent, l'empereur lui disait à voix basse, sans discontinuer la mercuriale publique : c'eêt bien, mais taisez-vous ;je vous crois, mais demeurez tranquille ; et plus tard, en le revoyant seul, il lui dit : c'est que je fustigeais en vous des généraux qui vous entouraient, et qui, si je me fusse adresse directement à eux, se seraient trouvés mériter la dernière dégradation, peutêtre davantage. »
réformes et aux améliorations. Marmont, devenu inspecteur général de l'artillerie, fit accepter une refonte totale du matériel. Bonaparte y avait consenti, sur l'avis de Berthier, et Berthier avait reçu, sans défiance/ les projets du général Marmont dont il connaissait la compétence et le dévouement. « Tout le matériel de l'artillerie avait été conduit dans les grands établissements, écrit Rovigo, et déjà on avait commencé à scier les premiers canons, pour les jeter dans les fourneaux, lorsque tout à coup, le traité d'Amiens étant rompu, la guerre devint imminente ; cette refonte fut donc suspendue. »
Dans le même temps, Junot envoyé à Arras, parce que ses dépenses extravagantes à Paris causaient à Bonaparte mille soucis, Junot tâchait de se faire pardonner ses folies, en s'attachant à substituer le shako au chapeau à trois cornes de ses grenadiers et la coiffure à la Titus, c'est-à-dire la tête rase, à la coiffure poudrée et à la cadenette, si incommode et si salissante pour le soldat ; réforme que Bonaparte avait conseillée et approuvait.
Dans le même temps, enfin, le mode de recrutement fut consacré sous le nom de « conscription » *, c'est-à-dire le tirage au sort ; et Ton vit arriver au régiment de jeunes hommes solides, entraînés déjà aux besognes fatigantes par les travaux des champs,