De Legrand d'Aussy, t. I, p
ce Ce mode de recrutement (la conscription) d'abord exécuté avec une Certaine modération devint peu à peu une étrange vexation par les ambitieux projets de Bonaparte, au point que toute la jeunesse française depuis vingt ans jusqu'à trente ans et plus, se vit menacée d'un appel forcé au drapeau. D'abord de quatre-vingt à cent mille hommes.les conscriptions s'élevèrent successivement depuis deux cent mille jusqu'à trois cent mille hommes. Chose étonnante, ces conscrits qui s'étaient cachés pour ne pas tirer au sort, ou qui n'avaient marché, qu'en tremblant, vers le lieu du tirage, étaient devenus au bout de moins de trois mois de bons soldats, et capables de faire trembler l'ennemi qui se moquait de leur jeunesse. »
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capables de supporter, sans faiblir, les dures corvées de la guerre l .
Elles étaient dures, en effet ; on va en juger.
Pour répondre aux provocations des Anglais, Bonaparte avait résolu d'aller porter la guerre jusque dans leur île, et il réunit, dans les départements qui faisaient face à la terre ennemie, les troupes •destinées à cette invasion. Pendant que Ton construisait les bateaux plats qui les devaient transporter, il soumit les régiments à des manœuvres incessantes dans le but de donner de la cohésion et de l'endurance aux conscrits, formant plus des deux tiers de chaque corps.
i. Faber qui écrivait sous l'Empire a laissé un tableau fort piquant de ta situation militaire du conscrit : « Les conscrits, écrivait-il, ne forment poioi des corps particuliers. Chaque arrondissement de préfecture est destimpour cinq ans, au recrutement du même corps de l'armée. Les officiers d^ ces corps résident dans l'arrondissement et conduisent les conscrits de leur département au dépôt. Là, on leur apprend à marcher, à tourner à droite et a gauche, à se servir du fusil pour le besoin. Ils apprennent à connaître le commandement. L'apprentissage est très superficiel. Sa durée dépend des circonstances et des besoins qu'ont les corps de se compléter. Elle est de six semaines, d'un mois, de quinze jours ; quelquefois les conscrits sont envoyés directement à l'armée ; on cherche au régiment dans les moments 4e relâche à les dresser à la hâte. On ne leur enseigne pas ce qu'ils doivent oublier à la guerre ; on n'en a pas le temps : on leur apprend ce que la guerre demande et doit perfectionner. Ainsi ébauchés, ils sont encadrés dans les compagnies par rang de taille. Leur chef de file, leurs voisins de droite et de gauche leur servent d'exemple ; ils marchent comme ceux-là, et la pratique supplée au défaut de théorie. Les conscrits doivent toucher la solde , dès qu'ils sont réunis dans leur département. Ils sont payés en route et au dépôt, comme tous les militaires français c'est-à-dire très irrégulièrement, L'habillement est le dernier objet auquel on pense. Ayant reçu la giberne et le fusil, ils font ordinairement leur temps du dépôt, dans les vêtements habituels qu'ils apportent. Les remplaçants se distinguent par la mise. Connaissant le manque d'habillement dans le corps, ils font comme condition de contrat avec ceux qu'ils remplacent, d'être habillés complètement. Poil r uniformes des conscrits : on les coiffe quelquefois du bonnet de police ; pour leur donner l'air militaire on le leur place sur l'oreille. Ce bonnet est souvent la seule pièce d'habillement des conscrits, quand ils quittent le -dépôt. Si en route ils passent par un pays, ou conquis, ou allié, on les y fait habiller,... un régiment d'infanterie française qui vient de se compléter de conscrits, ne présente point d'ensemble à l'œil. Il a l'air, à l'exception des grenadiers, d'une troupe de recrues ramassées à la hâte, réunies sans choix et sans règle. Le conscrit fait le métier de soldat, avant d'en avoir H
De ces soldats nouvellement appelés, il composa plusieurs armées, chacune sous le commandement de l'un de ses lieutenants, dans des camps qui portèrent un numéro d'ordre, et qu'il nomma € camps d'instruction ». Le premier eut pour chef Bernadotte, en Hanovre. Bernadotte avait pris la succession de Mortier qui avait fait la conquête de ce pays et l'avait dépouillé de toute sa cavalerie pour remonter la cavalerie française, de nouveau démontée.
A la suite de ce premier camp, venait celui de Marmont portant le numéro 2. Ce général avait établi à Utrecht son commandement qu'il exerçait jusqu'à Flessingue; et il avait cédé sa place d'inspecteur général de l'artillerie au général Songis, parce qu'il trouvait une satisfaction plus grande à sa vanité dans cette situation nouvelle ; vanité sans mesure : c'est bien ce qui le perdit plus tard. En Italie, où il avait accompagné Bonaparte, chaque fois qu'un aide de camp était envoyé à Paris porter au Directoire les drapeaux pris à l'ennemi, Marmont était jaloux, s'il n'était pas désigné. Son tour vint après les défaites successives de Wurmser. Il emportait avec lui vingt-deux drapeaux enlevés aux Autrichiens. « Allez, lui dit son général en chef ; racontez tout ce que nous avons fait et annoncez l'arrivée des quinze mille prisonniers tombés en notre pouvoir. Vous n'aurez, point perdu pour attendre ; une autre fois, ne doutez point de ma justice.» Il disposait de 35.000 hommes, autour d'Utrecht ; et l'amour-propre le dominant, il mit la plus grande ardeur à les instruire pour qu'ils ne fussent pas inférieurs à ceux des autres camps.
Il reçut un honneur qui le combla d'aise, un jour
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que les magistrats d'Amsterdam l'invitèrent avec sa femme,M llo Perregaux,àune fête organisée pour eux. il y vint, et satisfait des hommages qui lui furent offerts, il voulut recevoir, à son tour, à sa tente magnifiquement décorée, les magistrats qui lui avaient fait fête, et il leur donna, en spectacle, des manœuvres exécutées par ses troupes. Marmont s'entendait à ces démonstrations d'apparat. Il y était porté par son caractère, par son désir de briller partout où il se trouvait. Après son mariage avec la fille du grand banquier, on le vit souvent passer sur les boulevards aux heures de la promenade, en calèche attelée de quatre chevaux. Il lui fallait, comme un besoin, le luxe d'un grand seigneur.
Le camp numéro 3 était commandé par le géné- Tal Davout qui avait établi son quartier général à Ostende. Son autorité s'étendait jusqu'à Dunkerque. 11 jouissait, alors, des faveurs de Bonaparte, qu'il n'avait obtenues qu'à force de souplesse et de flagorneries. En Egypte, d'après Bourrienne, le jeune général en chef le considérait comme une « foutue bête » . Mais, parmi les officiers, restés en Orient, après le départ du chef qu'attendaient de nouvelles destinées, il fut celui qui, devant Kléber, pris le plus obstinément la défense de l'absent. Cette conduite, ces démonstrations de sympathie, dont l'écho retentit jusqu'en France, lui attirèrent la bienveillance de Bonaparte. D'ailleurs, avec sa finesse de courtisan, louant toujours et copiant son chef, en toutes ses habitudes, apportant, à l'examen des dépenses, la plus grande rigidité, à son administration l'ordre le plus scrupuleux, ce flatteur réussit à gagner l'intime confiance du premier Consul, qui lui donna le commandement des grenadiers de la garde. Aussi bien, le camp d'Ostende était cité
comme un modèle. Le général ne cessait de s'occu-*per de ses soldats *, de les instruire, de les entraîner, de satisfaire à leur bien-être, en attachant, à chacun de ses régiments, toutes les industries, auxquelles des troupes en campagne pouvaient recourir en cas de besoin. Le camp semblait ainsi une € ville armée. ».
La discipline y était inflexible, Davout la poussait à l'extrême, jusqu'à la rendre cruelle, s'excusant de cette fermeté inexorable, par son désir d'épargnerdes punitions trop fortes à ses inférieurs. Bourru même avec ses officiers généraux, qu'il recevait en robe de chambre, sans se lever, poussant le sansgêne jusqu'à les blesser, devant leurs camarades, par des propos trop libres, disant à l'un qu'il montait à cheval en pincettes, à un autre qu'il dessinait comme un cochon. En revanche, son armée ne manquait de rien; ses hommes étaient en parfaite santé, toujours prêts au départ, sans transition, car il les tenait en haleine et sans aucun repos, les formant aux longues marches, aux privations, à tous lea hasards de la guerre. Gentilhomme de l'ancien régime, il était né soldat, ainsi que tous ceux de sa race. Un dicton de son pays de Bourgogne rapportait : « Quand naît un Davot, une épée sort du fourreau. » Mais avec ce caractère intraitable, il n'eut aucun ami ; les familiers de Bonaparte le tenaient en suspicion. Il n'était aimé que de sa femme et de ses enfants qu'il adorait \
Le quatrième camp d'instruction était situé à
1. Il fit acheter pour 30.000 francs de sabots qu'il leur distribua.
2. Goldsmith, en son Histoire secrète, puisqu'il faut tout dire, l'accuse d'avoir fait fusiller un espion à Ostende, pour s'emparer de son argent r 50.000 francs. « La veuve de la victime, dit-il, ne put jamais retirer cet argent ? »