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Boulogne sous l'autorité du général Soult,qui commandait jusqu'à Gr avelines.
Le cinquième camp était sous la direction du général Ney, établi à Étaples et MontreuiL Plus tard, ce camp eut le numéro 6, parce qu'on forma, pour Lannes,un nouveau corps à Boulogne et qu'on lui attribua le numéro 5.
En ces lieux, surtout, les travaux des Ponts et chaussées prirent une extension considérable. L'armée de Boulogne creusa des ports, celui de Vimereux d'abord, à la place d'une butte qui s'élevait à trois mètres au-dessus du niveau des eaux les plus hautes. Au port, on ajouta une jetée, puis un pont de halage, puis une écluse de chasse ; et en moins d'un an, le port de Vimereux était assez vaste, pour contenir deux cents bâtiments de la flottille. Après Vimereux, les soldats s'attaquèrent au port d'Ambleteuse, qu'ils rendirent praticable, et tout autour, ils assainirent plusieurs milliers d'hectares submergés par les eaux. On reprit les travaux commencés sous Louis XVI ; la rivière fut remise en son lit ; les flaques d'eau desséchées, et les terrains rendus à la culture. La population, qui avait fui ces lieux de pestilence, y revint lorsqu'ils eurent été purifiés, et la prospérité renaquit dans cette contrée, ravagée naguère par les fièvres pernicieuses et la misère. Les soldats, toujours occupés, se disaient heureux, passant de l'exercice, 1 avec le fusil au maniement de la pioche ; et comme ils étaient bien payés, ils engendraient autour d'eux une aisance durable.
Rovigo, en ses mémoires, insiste sur l'activité qui régnait en ces camps, et il ajoute (t. II, p. 5) : «On construisait les bâtiments, on fondait l'artillerie, on
filait les cordages, on taillait les voiles, on confectionnait le biscuit, et on instruisait Tannée tout à la fois. Ces divers soins semblaient dépasser les forces humaines, et cependant le premier Consul trouvait encore le temps de s'occuper des affaires de France et d'Italie. Ce qu'il déploya d'activité ne peut se comprendre quand on n'en a pas été témoin. Il avait fait louer, près de Boulogne, le petit château appelé « le Pont de Brique », qui se trouve sur la route de Paris. Il y arrivait d'ordinaire, au moment où les corps s'y attendaient le moins, montait aussitôt à cheval, parcourait les camps, et était déjà rentré à Saint-Cloud, qu'on le croyait encore au milieu des troupes. J'ai fait plusieurs de ces voyages, dans ses voitures. Il partait ordinairement le soir, déjeûnait à la maison de poste de Chantilly, soupait à Abbeville, et arrivait le lendemain, de très bonne heure, au « Pont de Brique ».Ilne rentrait pas, qu'il n'eût vu le dernier soldat, le dernier atelier. Il descendait dans les bassins et s'assurait lui-même de la profondeur à laquelle on était parvenu depuis son dernier voyage... Il ramenait ordinairement, avec lui, pour dîner, à sept ou huit heures du soir, l'amiral Bruix, le général Soult, l'ingénieur Sganzin, qui dirigeait les travaux des Ponts et chaussées, le général Faultrier qui commandait le matériel de l'artillerie, enfin l'ordonnateur chargé des vivres, de sorte qu'avant de se coucher, il savait l'état de ses affaires
1. Constant parle, en ses Mémoires (t. I, p. 245) de la petite baraque en planches qui servait de pied à terre à Bonaparte avant la location de ce petit château. « Elle formait un carré long, dit-il, au milieu duquel se trouvait une vaste pièce qui servait au premier consul pour délibérer avec ses généraux. La chambre à coucher était fermée d'une porte vitrée et éclairée par une seule fenêtre. Son lit de fer était garni d'un sommier, de deux matelas, de deux traversins sans oreiller, de deux couvertures, Tune en coton blanc, l'autre en florence verte, ouatée et piquée. Un pot de nuit en porcelaine blanche avec un filet d'or, sous le lit, sans plus de cérémonie. »
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mieux que s'il avait lu des volumes de rapports. » « Je veux disait Soult à son chef, qui le congratulait sur l'entraînement de ses troupes, sur les immenses travaux qu'elles avaient accomplis,] e veux que quiconque n'est pas propre aux fatigues supportées par moi-même reste ici. Ceux que j'emmènerai seront à toute épreuve, propres à la conquête du monde. »
Quel langage pouvait plaire davantage à Bonaparte?
Soult était entré au service du premier Consul, sur la recommandation de Masséna, avec lequel il avait été enfermé dans Gênes, partageant toutes les horreurs du siège. Masséna consulté par Bonaparte, pour un quatrième commandant à sa garde, lui avait répondu : « Prenez Soult ; c'est un homme de tête et de cœur, au-dessus des forces duquel je ne connais rien. »
Comme Marmont, comme Davout,il se livra tout entier à l'instruction des troupes de son camp. Il avait, alors, un secrétaire, officier fort distingué, qui devint le général de Saint- Chamans. Dans ses mémoires, Saint-Chamans fait de son chef un éloge enthousiaste, vantant son intelligence, sa perspicacité, sa facilité de travail, sa compétence dans les détails de l'administration, et ensuite dans les combinaisons les plus ardues de la stratégie ; sa précision admirable, enfin, dans les ordres concernant la subsistance, le cantonnement, l'instruction, la police, la discipline de ses troupes et la surveillance des hôpitaux. Jamais las, toujours lucide dans ses explications, travailleur infatigable, mais à la guerre pratiquant une prudence exagérée, ne s'aventurant jamais au milieu du danger, et n'aimant les résolutions
courageuses, que sous la tente, pour ses lieutenants, et non pour lui. Ainsi que Davout, il recherchait le* faveurs de son chef par des flagorneries incessantes, par ses démonstrations patentes de zèle et d'ardeur. Au moment de la guerre d'Allemagnejil voulut consacrer la mémoire des grands travaux exécutés à Boulogne, par un monument grandiose, et il appela ses troupes à élever une colonne qui en perpétuerait le souvenir. Bonaparte fut flatté de cette initiative et il en accepta l'hommage. Soult en recueillit une recrudescence de faveurs qui ne lui coûtèrent rien, puisque la colonne fut érigée au moyen des souscriptions de son armée *.
Lannes qui reçut le commandement du cinquième camp, formé à Boulogne, était un tout autre général. Point homme de détails, ni de prudence, mais d'un courage héroïque et d'une franchise excessive envers son chef, lui dévoilant sa pensée dans toute la verdeur de sa conception, à l'armée comme aux Tuileries. Bonaparte et lui s'étaient connus aux journées de Vendémiaire, et ensuite ils s'étaient liés d'amitié. Lannes avait suivi le petit général corse, en ses premières campagnes d'Italie, où il avait été l'un des héros de Lodi et d'Arcole ; puis, en Egypte, où il
1. En ses Mémoires longtemps après la chute de l'Empire (t. III, p. 147), le général Thiébault qui avait été secrétaire de Masséna et avait publié sur le siège de Gênes, un mémoire où les hauts faits de Masséna étaient mis en évidence, écrivait, au sujet de cette colonne élevée par Soult... « Après le journal de la défense de Gênes, Soult qui était jaloux de la gloire qui en résultait pour Masséna, clamait très haut que ce journal fourmillait d'erreurs » et Thiébault répondait : « Qui m'accuse d'être un adulateur ? un. homme qui, par ambition, a spéculé sur la disgrâce de son bienfaiteur, un homme qui a poussé la flatterie envers Napoléon, jusqu'à faire élever (avec l'argent de son corps d'armée, il est vrai) le monument de Boulogne ; qui a dressé, plus tard, la colonne de Quiberon ; qui, pour le cordon bleu et la pairie a fait ses Pâques à Saint-Thomas d'Aquin, qui a porté le cierge aux processions de sa paroisse et qui, sous le règne même de Charles X, a été le seul maréchal de France qui ait galvaudé son habit à une procession des rues. »
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s'était distingué dans tous les combats meurtriers. Il était revenu en France avec lui, et au mois de Brumaire an VIII, il l'avait aidé à purger la France de tous les intrigants ; le quittant parce qu'ils n'étaient point d'accord, revenant malgré tout, se mettre à ses ordres, parce qu'il ne pouvait se passer de lui, disant qu'il était bien malheureux d'avoir une si grande passion pour cette catin. Et cette catin était Bonaparte *. On le vit donc, à Marengo, comme à Lodi, comme à Arcole, comme à toutes les grandes batailles de l'Egypte, lorsqu'une nouvelle brouillerie le fit partir, en ambassade, pour Lisbonne. Là encore, ses manières tranchantes, son langage de* soldat le forcèrent à se séparer du gouvernementportugais et il regagna Paris où Bonaparte lui donna le commandement d'un camp d'instruction, à Boulogne,
Ses qualités, très différentes de celles de ses émules, le rendaient, néanmoins, aussi populaire qu'eux, parmi les soldats. Son courage, poussé jusqu'à la témérité, soulevait ses brigades d'enthousiasme et les entraînait à sa suite au plus fort de la mêlée* Gascon, joignant l'action aux paroles, adorant le clinquant, risquant sa vie en tous les combats, sous son costume trop orné de général, sous son plumet aussi touffu et aussi haut que celui d'un mulet de Provence, (Arnault, Souvenirs, t. II, p. 341), il s'exposait plus qu'un autre aux coups de feu et aux blessures.il en avait reçu seize, lorsqu'à Arcole, au troisième jour de la bataille, quoique malade, ne pouvant résister à son ardeur impétueuse, il revêt son uniforme, se couvre de son panache, se porte aux premiers rangs de ses troupes et leur fait traver-