‹ La société française pendant le ConsulatChapitre 21 sur 37 · PP · texte numérisé non relu

PP

beaucoup. Eh bien ! j'ai appris avec un vrai plaisir, qu'après ma chute, il est demeuré constamment très bien. Il a montré, là, cette élévation d'âme, qui honore et classe les gens. Du reste, c'est un vrai patriote ; c'est une réponse à bien des choses.»

Kellermann (1735-1820)

François-Christophe Kellermann, le vainqueur de Valmy, naquit à Strasbourg, en 1735, d'une vieille fa:nille saxonne, depuis deux siècles installée en France. Dès l'âge de quinze ans, il porta les armes, fit la guerre de Sept Ans, pendant laquelle il conquit le grade de capitaine et la croix de Saint-Louis. Puis, il fut choisi par le baron de Viosménil, général des troupes françaises envoyées en Pologne, pour réorganiser la cavalerie du Palatinat de Cracovie. A la révolution, pénétré des idées nouvelles, il se maintint à son poste, et fut confirmé dans son grade de général de brigade.

Le gouvernement lui confia la garde de la Lorraine, pays qu'il connaissait bien, et lui donna la succession du vieux Lukner, en face des armées coalisées contre la France. Kellermann s'empressa de fortifier Metz et Thionville, afin de couvrir Châlons et de barrer la route aux Allemands qui menaçaient la Champagne où campait l'armée de Dumouriez. 130.000 Prussiens, Hessois, Autrichiens, Emigrés, s'avançaient, sous les ordres du roi de Prusse et de ses lieutenants, le duc de Brunswick, le maréchal de Clairfait, et le prince de Hohenlohe. Kellermann se dirige à marches forcées sur Vitry, obéissant à Du-

mouriez, qui l'appelait sur sa gauche. Il s'aperçoit, tout de suite, que pour sauver son corps d'armée, bien inférieur en nombre aux troupes de l'ennemi, il doit s'emparer des hauteurs de Valmy. Il se hâte ; il y arrive, avant les Prussiens, place ses batteries près du moulin et engage la bataille. Sa canonnade est terrible. Les colonnes prussiennes attaquent ses positions avec rage. Alors, le général élevant son chapeau sur la pointe de son épée, et se plaçant audevant de ses troupes, pousse un cri formidable de Vive la Nation ! Toute l'armée répond à ce cri héroïque, et le hourra domine le profond roulement de la canonnade. Les Prussiens, saisis de stupeur, s'arrêtent ; leur élan faiblit. Kellermann reprend : « Mes enfants, du courage ; la victoire est à nous.» Cette nouvelle apostrophe enlève la masse des soldats, les précipite avec fureur sur l'ennemi, qui s'enfuit en désordre (20 septembre 1792) ; et le champ de bataille reste à Kellermann. Ce n'était pas assez. Il fallait empêcher les Allemands de s'établir sur les hauteurs voisines de Dampierre et de Voilmont. Après deux heures de repos, le vainqueur remet ses troupes en marche et s'installe sur ces hauteurs dont les Prussiens voulaient aussi s'emparer. Sa victoire était donc définitivement gagnée ; Châlons et Paris dégagés. A ce moment, si les conseils de Kellermann eussent été suivis, Dumouriez, le général en chef, aurait refusé à nos ennemis coalisés la suspension d'armes que, par ruse, sollicitait le roi de Prusse, et ils auraient pu être, sinon anéantis, au moins fortement éprouvés. C'est pourquoi, dès que Dumouriez fut parti, Kellermann s'empressa de rouvrir les hostilités ; il reprit Longwy et Verdun, et le territoire français se trouva purgé de toutes les armées étrangères.

Alors, fait étrange ! l'Alsacien, qui connaissait son pays, qui avait défendu la Champagne, la Lorraine, F Alsace, pied à pied, fut envoyé vers les Alpes, contre le roi do Sardaigne. Et ce qu'il a fait au Nord, il le recommence au Midi. Il parcourt la frontière et met en état de défense le territoire qui lui est soumis. Pendant ce temps-là, Toulon se donnait aux Anglais et Lyon s'insurgeait. Les commissaires de la ■Convention voulaient que Lyon fût assiégé. Kellermann refuse. Il ne doute pas que si on empêche les Piémontais d'arriver jusqu'à Lyon, cette grande ville ne puisse résister longtemps. « C'est à la frontière* leur dit-il, qu'il faut reprendre Lyon. » La Convention lui répond, en envoyant l'ordre de comparaître à sa barre. Pendant treize mois, il fut incarcéré, «t le général était perdu, si la Révolution de Thermidor ne l'eût délivré.

Il repart aussitôt pour l'armée des Alpes, et à dater du 31 août 1795, en l'espace de quatre mois, il livre quarante combats avec 47.000 hommes contre 150.000 Autrichiens, Piémontais, Napolitains et Barbets l . Son armée, d'ailleurs, devait être bientôt renforcée de la majeure partie des troupes des Pyrénées, après le traité signé avec l'Espagne. Le plan qu'il a conçu est approuvé à Paris, mais c'est Schérer qu'on envoie à la tête de l'armée d'Italie, ne lui laissant à lui que celle des Alpes. Schérer éprouvant revers sur revers, Bonaparte lui succède. La guerre, alors, reçoit une impulsion vigoureuse, même toujours heureuse, tandis que Kellermann seconde les prodigieux succès, dus au génie du nouveau général.

Lorsque Bonaparte s'empara du pouvoir, en Bru-

Page 1