‹ La société française pendant le ConsulatChapitre 23 sur 37 · Désiré Lacroix, Les Maréchaux de Napoléon, f · texte numérisé non relu

Désiré Lacroix, Les Maréchaux de Napoléon, f

il y avait dix-huit cents drapeaux, suspendus aux voûtes de l'église Saint-Louis, conquis aux bataillesgagnées par les armées françaises. Les abandonnerait-il à nos ennemis, comme un témoignage de nos défaites ? L'épée et les insignes du grand Frédéric étaient déposés aux Invalides. Que faire de ces précieuses reliques attestant notre gloire ? Serrurier craignant que, dans une cachette, elles ne fussent découvertes, résolut de les anéantir. Dans la cour de l'hôtel, il fit allumer un grand feu où toutes ces loques glorieuses furent jetées avec une résignation muette par les vieux soldats mutilés qui attisaient le brasier, ne voulant point prolonger leur douleur. Il n'en resta que des cendres.

A la deuxième restauration, les Bourbons ne rétablirent pas le vieux maréchal dans ses anciens honneurs. Il était revenu à l'Empereur, durant les Cent Jours. Noblement, le vieillard se confina dans une retraite rigoureuse.il n'en sortit plus jusqu'à sa mort, le 21 décembre 1819.

Moncey (1754-1842).

Le maréchal Moncey était un < honnête homme »- Ce sont les paroles de l'Empereur à Sainte-Hélène.

Il naquit à Palise, près de Besançon en 1754 *. Son père était avocat au Parlement de cette grandeville, et il destinait son fils à sa suppléance. Mais le fils avait un caractère indocile, un tempérament

1. Son nom était Bon Adrien Jeannot. Moncey n'était que le nom dun village qu'habitait sa famille et qu'il prit pour effacer le nom de- Jeanr.*t.

très ardent. Il s'évada du collège à quinze ans, pour s'enrôler dans le régiment de Conti-infanterie. Son père, qui ne pouvait se résigner au coup de tête de l'enfant, le racheta au bout de six mois. De nouveau, le jeune Moncey, très déterminé à suivre ses goûts batailleurs, s'engagea dans le régiment de Champagne-infanterie. Une deuxième fois, le père, plus affligé encore, paya la rançon du fils et le ramena près de lui. Une troisième fois, cette volonté indéracinable du fils d'être soldat le conduisit dans la gendarmerie de Luné ville. Cette fois, il y resta, espérant arriver au grade de sous-lieutenant, après quatre ans de service.

La Révolution donna un essor rapide à cette carrière de jeune homme, si souvent interrompue. En 1791, à trente-sept ans, il est capitaine dans un bataillon de volontaires ; en 1792, il fait partie de l'armée des Pyrénées et, à chaque bataille, il montre l'entrain d'un vieux soldat. Sa bravoure lui donne accès, alors, aux grades les plus élevés, et en 1794, il est nommé général de division. Puis, sur la proposition de Barrère, la Convention lui confie le commandement en chef de l'armée des Pyrénées occidentales. Il envahit la vallée de Roncevaux, met en fuite les Espagnols qu'il poursuit dans les montagnes, et s'empare, à la fin, de la Navarre espagnole. L'année suivante, il entre à Bilbao et se rend maître de la Biscaye l .

1. Dans son rapport à la Convention. Moncey écrivait : « La colonne par. tie de Tardet, après quatre jours de marche, dans les montagnes presque inaccessibles n'ayant eu, pour toute subsistance, que trois biscuits, ne s'est pas plainte, et s'est contentée de crier « vive la République », lorsqu'arrivée à Orbeycette,je n'ai pu lui faire donner du pain, qu'elle était venue me demander. L'ennemi avait brûlé ses fours ; on ne pouvait faire du pain. On lui a distribué de la farine pour en faire de la bouillie. Elle a oublié, dans ce frugal repas, ses peines, ses fatigues, et n'a plus songé qu'au triompha de la République. »

Le comité de salut public ne le laissa point jouir de ses succès en Espagne. Il l'appela sur les côtes de Brest contre les insurgés bretons. Mission douloureuse pour Moncey de combattre des Français. Mais, par sa modération et sa loyauté, il sut tempérer la rigueur de ses attaques et s'attirer l'estime de ses adversaires. Le trouvait-on trop modéré ? Du nord, il est envoyé au midi, prendre le commandement, à Bayonne, de la 11 e division militaire, ensuite de la 15 e division, et successivement en Allemagne où il devient le lieutenant du général en chef de l'armée du Rhin.

C'est là que Bonaparte, au 18 brumaire de l'an VIII, le trouve; là, que, premier Consul, il lui ordonne de lui amener 20.000 hommes en Italie où il va prendre le commandement de Farmée ; et pendant que Bonaparte fait gravir à ses soldats le Saint- Bernard, Moncey s'engage, avec les siens, sur les pentes du Saint-Gothard et après s'être emparé de Monzambano et Bélinzona, il prend part à la bataille de Marengo et, pendant l'armistice, occupe la Valteline.

La paix, signée à Luné ville, le 9 février 1801, le premier Consul le place à la tête des provinces de l'Oglio et de l'Adda, destinées à devenir françaises ; enfin, il lui confie la direction générale de la gendarmerie, poste de confiance, qui le mit en relations personnelles avec le premier Consul, le rendit témoin des événements les plus secrets de la politique de Bonaparte, en même temps que contrôleur de la police de Fouché et de toutes les autres polices du chef de l'État. Pour cette police suprême, il disposait de sommes très importantes, dont il ne rendait compte qu'au premier Consul ; et son désintéressement absolu, sa grande loyauté lui ont valu,

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à Sainte-Hélène, l'éloge bien mérité de l'Empereur • Il fut toujours un « honnête homme. »

A la proclamation de FEmpire, il est compris •dans le nombre des premiers maréchaux créés par Napoléon ; quelque temps après, il reçoit le titre de duc de Conegliano.

La guerre d'Espagne, que suscita l'abdication de Charles IV, conduisit, de nouveau, le maréchal Moncey, en Navarre, puis en Biscaye, puis dans le royaume de Valence, enfin devant Saragosse dont il commença le second siège contre Palafox, qui défendait la ville avec 37.000 hommes et 15.000 paysans. Les tranchées étaient ouvertes, lorsque Moncey dut céder le commandement au duc d'Abrantès, l'empereur l'envoyant en Hollande, contre les Anglais, qui, en 1809, y avaient porté la guerre.

En 1814, major général de la garde nationale parisienne, il défendit vaillamment, contre les Rusres, l'entrée de la capitale, à la barrière de Clichy, et l'armistice seul mit fin à cette défense héroïque l .

Il céda aux Bourbons, lors de la première Restauration, mais il racheta cette faiblesse par la lettre très digne qu'il écrivit au roi Louis XVIII, en refusant sa coopération au jugement du maréchal Ney. Cette lettre lui valut trois mois d'arrêt au château de Ham. La voici :

« Placé dans la cruelle alternative de désobéir à Votre Majesté, ou de manquer à ma conscience, j'ai •dû m'en expliquer à Votre Majesté. Je n'entre pas dans la question de savoir si le maréchal Ney est innocent ou coupable. Ah ! Sire, si ceux qui dirigent vos conseils ne voulaient que le bien de Votre

1. Une statue de Moncey, due au statuaire Doublemard, a été érigée en 18«9 sur la place Clichy à Paris, pour perpétuer le souvenir de cette défense acharnée.

Majesté, ils lui diraient que jamais l'échafaud ne fit des amis. Croient-ils donc que la mort soit si redoutable pour ceux qui la bravèrent si souvent ? C'est au passage de la Bérézina, Sire, c'est dans cette affreuse catastrophe, que Ney sauva les débris de l'armée ; j'y avais des parents, des amis, des soldats, enfin, qui sont très aimés de leurs chefs, et j'enverrais à la mort celui à qui tant de Français doivent la vie, tant de familles leurs fils, leurs époux et leurs parents ! Non, Sire, s'il ne m'est pas permis de sauver mon pays, ni ma propre existence, je sauverai du moins l'honneur; et, ajoutait-il, s'il me reste un regret, c'est d'avoir trop vécu, puisque je survis à la gloire de ma patrie. Quel est, je ne dis pas le Maréchal, mais l'homme d'honneur qui ne sera pas forcé de regretter de n'avoir pas trouvé la mort dans les champs de Waterloo? Ohl peutêtre, si le malheureux Ney avait fait, là, ce qu'il avait fait tant de fois ailleurs, peut-être ne seraitil point traîné devant une commission militaire, peut-être que ceux qui demandent aujourd'hui sa mort imploreraient sa protection. Excusez, Sire, la franchise d'un vieux soldat qui, toujours éloigné des intrigues, n'a connu que son métier et la patrie. Il a cru que la même voix qui avait blâmé les guerres d'Espagne et de Russie, pouvait aussi parler le langage de la vérité au meilleur des rois, au père de ses sujets. Je ne me dissimule pas que, auprès de tout autre monarque, ma démarche aurait été dangereuse. Je ne me dissimule pas non plus qu'elle peut m'attirer la haine des courtisans ; mais, si, en descendant dans la tombe, je peux avec l'un de vos illustres aïeux m'écrier : « tout est perdu fors l'honneur », alors je mourrai content. »

Quand le maréchal Jourdan mourut aux Invali-

des, en 1833, le maréchal Moncey l'y remplaça, comme gouverneur. Il y était encore lorsque lescendres de Napoléon y furent déposées le 15 décembre 1840, et, malade, il se fit descendre sur son fauteuil, dans la chapelle, afin d'assister à cette cérémonie funèbre.

Il se considérait, disait-il, « comme étant de garde près de l'empereur ». Il y mourut au moisd'avril 1842, et y fut enterré dans les caveaux l .

Masséna (1758-1817).

Masséna naquit à Nice, en 1758, d'une familleobscure. Son père était un marchand de vins peu riche. Presque dès sa naissance, l'enfant devint orphelin et fut élevé par son oncle qui l'engagea comme mousse, à treize ans. Deux ans il resta sur mer et ne quitta la marine que pour entrer, comme soldat, dans le régiment Royal-Italien. A.

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