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paient alors les départements. Sur le point d'être arrêté, il s'enfuit en Suisse, de là en Amérique, à New-York où, pendant trois ans, il dut chercher ses moyens d'existence, en donnant des leçons de français et, le soir, en coopérant à l'orchestre d'un théâtre. Ses biens aussitôt furent saisis, comme Tétaient ceux des émigrés, biens contenant un vignoble excellent qui fut vendu et qu'il regretta toujours.
Rentré en France après Thermidor, il réussit à se faire replacer dans la magistrature. Certain, dès lors, de son avenir, il se livra, durant ses loisirs, à une ïétude qui le passionnait, à la physiologie du goût, qu'il émailla d'anecdotes piquantes, d'observations spirituelles, de fines critiques. 11 l'écrivit à petits coups, sans hâte, et tellement attaché à son oeuvre, qu'il ne se séparait point de son manuscrit, l'emportait au tribunal où tous les feuillets, un jour, furent égarés et heureusement retrouvés. Son style est élégant, solennel, très châtié, mais grave, comme s'il émettait des aphorismes sur le bonheur du genre humain. Il en est persuadé, au surplus ; on le dent pénétré de l'importance de son sujet, et il lui arrive de dire : « Celui qui découvre une étoile n'est point aussi utile au genre humain et contribue moins à son bonheur que celui qui lui enseigne un mets nouveau *. »
>Tels furent les magistrats du Consulat.
i. Brillât-Savarin était né à Belley en 1755. Très haut de taille, il était cependant .homme d'esprit. Son ouvrage sur le goût est aussi attrayant que varié. Il contient une foule de réflexions sur les plaisirs les plus délicats de la table ; des règles pour préparer certains mets, des recommandations pour épurer le goût. Et quoique écrit en un style de puriste, il est plein de néologismes.Il y emploie les mots de truffivores, s'indifférer, obésiffène. Un exemple donnera une idée de sa manière, quand il écrit : « Un dessert sans fromage est une belle à qui manque un œil » — ou bien « convier quelqu'un, c'est se charger de son bonheur, pendant tout le temps qu'il est sous votre toit. » Mais sa gastronomie n'était point de l'intempérance. Il disait que ceux qui s'indigèrent, ou qui s'enivrent, ne savent point manger. Il mourut à la suite d'un rhume, en 1826.