‹ La société française pendant le ConsulatChapitre 7 sur 37 · Général Pelleport, Souvenirs, p · texte numérisé non relu

Général Pelleport, Souvenirs, p

2. La première fois qu'il s'adresse aux soldats, avant de transporter son quartier général à Albengo, voici ce qu'il leur dit : « Soldats, vous êtes nus, mal nourris ; le gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous ;'M donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces ro- ^ M chers, sont admirables. Mais ils ne vous procurent aucune gloire. Aucun . 4 éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plai- $ nés du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pou- <J Toir. Vous y trouverez honneur, gloire, richesse ! Soldats d'Italie, manque- *3 riez- vous de courage ou de constance ! » Ces dernières paroles furent cou- , >^ vertes d'acclamations. Le dévouement des soldats lui était acquis à jamais • ^jjjj

Arrivé à Milan, il adresse à l'armée une nouvelle proclamation, une des ' j

plus belles qu'il ait faites : « Soldats, vous vous êtes précipités comme un <!

torrent du haut de l'Apennin. Vous avez culbuté, dispersé tout ce qui s'op- .v3

posait à votre marche. Le Piémont, délivré de la tyrannie autrichienne , ^

s'est livré à ses sentiments naturels de paix et d'amitié pour la France. Milan jj

est à vous, et le pavillon républicain flotte dans toute la Lombardie. Les - ■'§

ducs de Parme et de Modène ne doivent leur existence politique qu'à votre . %

générosité. L'armée, qui vous menaçait avec tant d'orgueil, ne trouve plus # '-|j

de barrière qui la rassure contre votre courage. Le Pô, le Tessin et l'Adda, A

n'ont pu vous arrêter un seul jour. Ces boulevards si vantés de l'Italie ont $

été insuffisants. Vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin... <4

Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie. Vos représen- jjj

tants ont donné une fête, dédiée à vos victoires, et qui doit être célébrée .'Sj

dans toutes les communes de la république. Là, vos pères, vos mères, vos •» *

épouses, vos sœurs, vos amantes se réjouissent de vos succès et se vantent À

avec orgueil de vous appartenir... Oui, soldats, vous avez beaucoup fait. '%

Mais ne vous reste-t-il plus rien à faire ? Dira-t-on de nous que nous avons ï

su vaincre, mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire ? La posté- tf

rite vous reprochera-t-elle d'avoir trouvé Capoue dans la Lombardie. Mais f 3

je vous vois déjà courir aux armes ; un lâche repos vous fatigue. Les jour- 1

nées perdues pour la gloire le sont pour votre bonheur. Eh bien ! partons. 3

Nous avons encore des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, ;y

des lauriers à cueillir, des injures à venger !... que ceux qui ont aiguisé les J

poignards de la guerre civile en France, qui ont lâchement assassiné nos y ministres, incendié nos vaisseaux à Toulon, tremblent ! L'heure de la vengeance a sonné... Mais que les peuples soient sans inquiétude! Nous sommes amis de tous les peuples et particulièrement des descendants des Bru-

traversant la France, depuis son débarquement à Fréjus, il avait vu, sur les routes, les conscrits en ;marche, pousser des hurrahs, en son honneur et crier: « Vive Bonaparte ! vive notre père! » Le capitaine Coignet raconte qu'il était alors, comme grenadier, en garnison à Fontainebleau, lorsqu'on apprit le retour d'Egypte du général. « Nos officiers en deviennent fous, écrit-il, parce que le chef de bataillon le connaissait » et c'était de toutes parts une joie bruyante.

Sans doute, — Bonaparte le savait, — cette nouvelle armée serait peuplée de conscrits. Il avait laissé, en Egypte, ses vieilles moustaches,, ses grognards, comme il les avait appelés. Mais n'était-ce pas avec des conscrits qu'il avait jadis conquis l'Italie et détruit les armées piémontaises et autrichiennes ? Parmi toutes les pensées qui obsédaient son cerveau, celle-ci, la guerre future, était la plus absorbante *.

tus, des Scipion et des grands hommes que nous avons pris pour modèles. Rétablir le Capitole, y placer avec honneur les statues des héros qui le rendirent célèbre, réveiller le peuple romain engourdi par plusieurs siècles d'esclavage, tel sera le fruit de nos victoires. Elles feront époque dans la postérité. Vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe. Le peuple français, alors respecté du monde entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il aura faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront, en vous montrant, « il était de l'armée d'Italie».

Bonaparte.

1. Sur la guerre il était intarissable etBourrienne savait provoquer l'aveu de ses méditations. Bonaparte préférait Alexandre à César et il disait à Bourrienne (Mémoires, t. IV, p. 92). « Le motif de ma préférence pour le roi de Macédoine est dans la conception et surtout dans l'exécution de sa campagne d'Asie. Il ne faut pas avoir la moindre idée de la guerre pour blâmer ce prince d'avoir passé sept mois au siège de Tyr. Moi, j'y serais resté sept ans, s'il avait fallu. L'on fait de cela de grandes discussions dans les écoles ; * mais moi je regarde le siège de Tyr, la conquête de l'Egypte, et le voyage à l'oasis d'Ammont comme la preuve du génie de ce grand capitaine. Il voulait donner au roi de Perse, dont il n'avait pour ainsi dire battu qu'une faible avant-garde au Granique et à Issus, le temps de rassembler toutes ses forces pour pouvoir renverser, d'un seul coup, ce colosse qu'il n'avait fait qu'ébranler. Alexandre, en poursuivant Darius dans ses États, se serait éloigné aussitôt de ses renforts et n'aurait rencontré que des troupes épar-

L ARMEE V

Se promenant dans le parc de la Malmaison, il revenait toujours à ses premiers exploits. «Le soleil qui nous éclaire, disait-il à son secrétaire, est celui qui nous éclairait à Lodi, qui luisait sur Arcole, Je compte sur Masséna ; il tiendra dans Gênes. Mais, si la faim le fait succomber je reprendrai Gêm*, dans les plaines de la Scrivia. Oh ! avec quel plaisir, alors, je re verrai ma belle France! »

Les généraux aussi s'empressaient d'accourir. Plu s de soixante, disent les mémoires du temps, étaient réunis au petit hôtel de la rue Chanter eine, le matin de brumaire, avant de monter à Saint-Cloud. Ses compagnons d'armes durant ses campagnes d'Italie étaient là, et ceux qu'il avait ramenés d'Egypte, et quelques autres encore de l'armée de Moreau, comme Lefebvre, gagnés par le prestige de ce jeune chef d'armée dont ils espéraient de nouvelles victoires. Toute cette cohorte le suivit, avec enthousiasme, jusqu'au seuil de l'assemblée des Cinq-Cents. 11 s'était mis à leur tête, les fascinant du regard, les dominant de son verbe aigu et métallique. Devant lui, ils se taisaient ; les plus hardis, les plus indépendants. Partout il imposait le respect l .

ses, qui l'eussent attiré dans les déserts qui auraient enseveli son arm£e> En insistant sur la prise de Tyr, il assurait ses communications avec Ju Grèce, ce pays qu'il aimait tant, pour lequel il faisait tout, comme moi pour la France, et dans la gloire duquel il mettait la sienne ; et en s'emparau t de la riche province d'Egypte, si puissante à cette époque, il forçait Darius à venir la défendre, et la délivrer, et à faire la moitié du chemin pour maicher à lui. Il frappa, utilement pour ses desseins, l'esprit toujours exalté des Orientaux, en se faisant reconnaître pour fils de Jupiter. On sait combien cela l'a servi. Aussi, mort à trente-trois ans, quel nom il a laissé ! »

1. Las Cases (Mémorial, chap. I er ,) rapporte cette confidence de Decrt:*, ministre de la marine. « Decrès, écrit-il, m'a souvent répété que ce fut El Toulon qu'il apprit la nomination de Bonaparte au commandement de l'armée d'Italie. Il l'avait beaucoup connu à Paris; il se trouvait en toute familiarité avec lui. « Aussi, quand nous apprîmes, disait-il, que le nouveau .général va traverser la ville, je m'offre aussitôt à tous les camarades pour les présenter, en me faisant valoir de mes liaisons. Je cours, plein d'empressement, de joie. Le salon s'ouvre; je vais m'élancer, quand l'attitude*

En Egypte, il avait su réprimer tout de suite les velléités de révolte chez ceux qui, désabusés, regrettaient leur éloignement de la patrie, chez Lannea et Murât qui, emportés de colère,, à rentrée du désert, avaient foulé aux pieds leur chapeau sur le sable devant les soldats. D'autres généraux avaient comploté de ramener les drapeaux à Alexandrie et de repartir. Leur mauvaise humeur et leur fronde se manifestaient si ouvertement, qu'un jour Bonaparte intervint dans leur groupe et de sa voix impérieuse, s'adressant au plus excité : « Que dites- vous? Prenez garde ! Sachez bien que vos cinq pieds six pouces ne vous empêcheraient pas d'être fusillé avant deux heures l . » Ce fut assez; les murmures s'apaisèrent. D'ailleurs, si ce n'est Hoche qui avait

le regard, le son de voix suffisent pour m'arrêter. Il n'y avait, pourtant, en lui, rien d'injurieux; mais c'en fut assez. A partir de là, je n'ai jamais tenté de franchir la distance qui m'avait été imposée. »

— Marmont, en ses Mémoires (T. I, p. 290) juge ainsi Bonaparte chef d'armée : « Dès l'instant même où Bonaparte arriva à la tête de l'armée, il eut « dans sa personne, une autorité qui imposa à tout le monde. Quoiqu'il manquât d'une certaine dignité naturelle et qu'il fût même gauche dans son maintien et ses gestes, il y avait du maître dans son attitude, dans son regard, dans sa manière de parler, et chacun le sentant se trouvait disposé à obéir. En public, il ne négligeait rien pour maintenir cette disposition, pour l'augmenter et l'accroître, mais dans l'intérieur avec son État-major, il y avait, de sa part, une grande aisance, une bonhomie allant jusqu'à une douce familiarité. Il aimait à plaisanter, et ses plaisanteries n'avaient jamais rien d'amer. Elles étaient gaies et de bon goût. Il lui arrivait souvent de se mêler à nos jeux, et son exemple a plus d'une fois entraîné les graves plénipotentiaires autrichiens à en faire partie. Son travail était facile. Ses heures n'étaient pas réglées; et il était toujours abordable, au milieu du repas. Mais, une fois retiré en son cabinet, tout accès, non motivé par le service, était interdit. Quand il s'occupait du mouvement des troupes, et donnait des ordres à Berthier, son chef d'État- major, comme lorsqu'il recevait des rapports importants pouvant motiver un long examen et des discussions, il gardait seulement près de lui ceux qui devaient y prendre part et renvoyait toutes les autres personnes, quel que fût leur grade. »

— « Sa jeunesse, écrit Stendhal, établit un singulier usage à l'armée d'Italie. Après chaque bataille, les plus braves soldats se réunissaient en conseil, et donnaient un nouveau grade, à leur jeune général. Quand il rentrait au camp, il était reçu par les vieilles moustaches qui le saluaient de son nouveau titre. Il fut fait caporal à Lodi. De là, le surnom de « Petit Caporal » resté longtemps à Napoléon parmi les soldats. »

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