‹ La société française pendant le ConsulatChapitre 8 sur 37 · Mémorial. Chap. I", p · texte numérisé non relu

Mémorial. Chap. I", p

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donné jadis le scandale de ses mauvaises mœurs, les jeunes officiers de cette époque brillaient par leur patriotisme et leurs vertus ; et Marceau, et Desaix, et Duphot, et Joubert, qui venait de périr à Novi( 1799), tous avec le plus grand courage s'étaient soumis aux exigences de la guerre *.

1. Mémorial. Chap. VIII, p. 292. Voici ce que Bonaparte disait de Joubert : «Joubert avait une haute vénération pour moi. A chaque revers éprouva par la République, durant l'expédition d'Egypte, il déplorait mon absence. Se trouvant, en cet instant, chef de l'armée d'Italie, il m'avait pris pour modèle, aspirant à me recommencer, et ne prétendant à rien moins qu'à tenter ce que j'avais exécuté depuis en brumaire. Seulement il eût agi avec les Jacobins. Les mesures et les intrigues de ce parti, pour le mettre sur to voie de cette grande entreprise, l'avaient porté au commandement en Italf. . après les désastres de Schérer, de ce Schérer, dilapidateur, ignorant, dign.> de tous les blâmes. Mais Joubert fut tué à No vi, dans son premier choc contre Souvarow. Il n'eût exécuté à Paris qu'une échauffourée. Il n'a va if point encore assez de gloire, de consistance et de maturité. Il était de nature à acquérir tout cela. Mais, en cet instant, il n'était pas assez fait. [] était trop jeune encore, et cette entreprise était, pour le moment, au-dessus de ses forces. »

Las Cases ajoute encore, d'après l'exilé de Sainte-Hélène : « Joubert, né au département de l'Ain, dans l'ancienne Bresse, avait étudié pour le barreau. La Révolution lui fit prendre les armes. Il servit à l'armée d'Italie cl y fut fait général de brigade. Il était grand, maigre, semblait naturellement d'une faible complexion, mais il l'avait mise à l'épreuve des grandes fatigues, dans les Alpes, et s'y était endurci. Il était intrépide, vigilant, fort actif, marchant à la tête des colonnes. Il fut fait général de division pour remplacer Vaubois, dont il prit le corps d'armée. » Fouché, parlant de sa mort à Novi, insinue qu elle ne fut point due à une balle ennemie, mais à une balle tirée par un chasseur corse, d'une cassine isolée. A la lecture de ce passage des Mémoires de Fouché, on pourrait croire que cette mort fut un assassinat dont la perpétration était imposée par Bonaparte.

— La duchesse d'Abrantès, en ses Mémoires (T. II, p. 74), fait de la ma^ nière suivante le tableau de la douleur universelle qui suivit la mort do Joubert. « 11 faut avoir vu, dit-elle, l'effet que produisit la nouvelle de In mort de Joubert, lorsqu'elle arriva à Paris, pour en parler. Ce fut une do ces impressions qui jamais ne s'effacent.Et le jour où le Directoire,qui l'honorait alors, parce qu'il ne le craignait p^us, lui rendit les honneurs funèbres au Champ -de-Mars, qui de nous a oublié le caractère sacré que le regret unanime imprima à cette cérémonie ? Presque toutes les femmes étaient en deuil ; et lorsque le buste de Joubert, couronné de cyprès et entouré d'une écharpe de crêpe noir, fut posé sur l'autel de la patrie par le président du Directoire, il est impossible que ceux qui ont été présents, comme moi, h cette pompe funèbre, toute différente des autres cérémonies de ce genre , aient pu oublier le bruit très distinct des sanglots mêlés aux acclamations du peuple. Ce fut Garât qui prononça l'oraison funèbre de Joubert. Il y avait de belles choses, sans doute, mais une foule de mots, non seulement hors d'oeuvre, mais inconvenants, quoique certes ce ne fût pas l'intention du l'auteur. »

Aussi bien, n'eût-il pas voulu entreprendre une nouvelle campagne pour reconquérir l'Italie perdue, qu'il aurait été forcé de s'y résigner, à cause de ses lieutenants, ces jeunes ambitieux, dévorés d'ardeur, impatients de gloire et d'honneurs. Les plus intelligents, les plus audacieux, l'entouraient et lui demandaient de nouveaux combats. Augereau, qui ne s'était pas associé au coup d'État de brumaire, revenait le lendemain à résipiscence et sollicitait une faveur du premier Consul, quoiqu'il le jalousât, quoiqu'il le détestât. Les seuls qui boudèrent furent ceux que l'on appelait les « Spartiates du Rhin », d'après Ségur, ceux qui avaient fait partie de l'armée de Moreau, comme Lecourbe et Delmas.

Alors il se mit à l'œuvre. Il lui fallait des munitions, des habits, des chevaux. Rien ne lui fut refusé. Pour remonter la cavalerie dont les escadrons n'existaient plus que par les cadres, on requit le vingtième, puis le trentième cheval, dit Rovigo, et tous furent livrés sans délai, avec une exactitude inspirée par le patriotisme, parce qu'on avait confiance en lui. Des fourrages furent achetés et emmagasinés, afin que les bêtes, comme naguère, ne fussent plus nourries au jour le jour. Il savait, enfin, que 80.000 hommes étaient occupés à la guerre de Vendée et y restaient pour maintenir Tordre dans les provinces révoltées. Il ofirit la paix aux chefs rebelles, qui cédèrent à ses avances, si ce n'est Georges et Frotté. Et cette armée imposante devint disponible, grâce à ses paroles de conciliation et de sagesse. Son but était d'éteindre les divisions entre Français, afin de reporter contre l'ennemi les forces vives de la patrie. Il y réussit.

A ses soldats, il revenait sans cesse. Après Brumaire, il fait récompenser, par Joséphine, le grena-

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dier Thomé, qui l'a sauvé, dit-il, des poignards tournés contre lui, dans la salle des Cinq-Cents ; il revendique les locaux occupés à Versailles par une foule d'intrus, afin d'y installer les vieux guerriers infirmes ; il visite le palais de Mars *, appelle à lui les plus âgés des invalides, les interroge et les réconforte de bonnes paroles, en attendant que, quelques mois après, aux jours complémentaires de l'an VIII, il organisât, en grande pompe, au milieu de ces braves, la translation des ossements de Turenne dont la gloire sera' célébrée par un discours de Çarnot. Là, tous les drapeaux enlevés à l'ennemi, en Egypte *, sont suspendus aux murailles, et devant ces témoignages du courage des soldats, Carnot pourra évoquer le génie militaire, qui soutient les mâles vertus des armées.

« Vos yeux, dira Carnot 8 , sont fixés sur les restes du grand Turenne. Voilà le corps de ce guerrier si cher à tout Français, à tout ami de la gloire et de l'humanité. Voilà celui dont le nom seul ne

1. Nom que portaient alors les Invalides. Bonaparte nommait ce palais Y Elysée des braves.

2. Bourrienne, Mémoires, t. II. « Avant de partir pour le congrès de Rastadt, Bonaparte envoya Joubert porter au Directoire le drapeau de l'armée d'Italie. On lisait sur une des faces du drapeau : « A l'armée d'Italie, la patrie reconnaissante. » Sur l'autre côté, on voyait une énumération des combats livrés, des places prises et Ton remarquait surtout les inscriptions suivantes, abrégé simple et magnifique de l'histoire de la campagne d'Italie : 150,000 prisonniers; 170 drapeaux ; 550 pièces de canon, 600 pièces de campagne ; 5 équipages de pont ; 9 vaisseaux de 64 canons ; 12 frégates de 32; 12 corvettes ; 18 galères; armistice avec le roi de Sardaigne; convention avec Gênes ; armistice avec le duc de Parme ; armistice avec le roi de Naples ; armistice avec le Pape ; préliminaires de Léoben ; convention de Montebello avec la république de Gênes ; traité de paix avec l'empereur à Campo-Formio ; donné la liberté aux peuples de Bologne, Fer rare, Modène, Massa-Carrara, de la Romagne, de la Lombardie, de Brescia, de Bergame, de Mantoue, de Crémone, d'une partie du Veronnais, de Chiavenna, Bormio et de la Valteline ; aux peuples de Gênes, aux fiefs impériaux, aux peuples des départements de Gorcyre, de la mer Egée et d'Ithaque. Envoyé à Paris tous les chefs-d'œuvre de Michel- Ange, du Guerchin, du Titien, de Paul Véronèse, le Corrège, Albano, des Carrache, Raphaël et Léonard de Vinci. »

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