Moniteur^ 1" vendémiaire, an IX
manquera jamais de produire la plus vive émotion sur tout cœur enclin à la vertu ; celui que la renommée proclama chez tous les peuples, et qu'elle doit proposer à toutes les générations, comme le modèle des héros. Demain, nous célébrons la fête de la République ; préparons cette fête par l'apothéose de ce que nous laissèrent de louable et de justement illustre les siècles antérieurs. Ce temple n'est pas réservé à ceux que le hasard fit ou doit faire exister, sous l'ère républicaine, mais à ceux qui, dans tous les temps, montrèrent des vertus dignes d'elle. Désormais, ô Turenne, tes mânes habiteront cette ,,. enceinte ; ils demeureront naturalisés parmi les
I* fondateurs de la République ; ils embelliront leurs
triomphes et participeront à leurs fêtes nationales... Ce n'est qu'à ses vertus que Turenne dut, après sa l r mort, cet éloge si sublime dans la bouche d'un rival
généreux, grand homme lui-même, de Montecuculli: « Il est mort en homme l qui faisait honneur à l'homme. »
<p Ce n'est pas assez. Il institue ce qu'il appelle les
| parades. Tous les quintidis du mois, il passait en
£ revue au Carrousel, devant le palais des Tuileries,
►v ' les troupes qui étaient à Paris, et celles qu'il y man-
£ dait de province, pour être inspectées. Les étran-
gers ne manquaient pas d'assister à ce spectacle imposant, afin de contempler le jeune général, monté sur un cheval blanc, le Désiré, traversant ses brigades au pas lent de l'animal et suivi de ses lieutenants luxueusement parés de leur riche costume : « Junot, en son brillant uniforme de hussard, dit C; Saint- Hilaire, Savary et Rapp, à la figure si grave,
£ Duroc élégant comme un gentilhomme, et Marmont*
1. Dans le même temps, dit le Pubîiciste, on faisait rechercher le cœur de Duguesclin, dans l'église des Dominicains, à Dinan.
l'armée 15 . ^
toujours triste, comme si, sur son visage, eût été | écrite la destinée que les événements politiques lui ?| réservaient un jour *. » ^ Lui, au contraire, était drapé simplement en sa :| redingote grise et coiffé de son petit chapeau pro- ^ fondement enfoncé sur les yeux. Kotzebue, en ses ; d Souvenirs % parle de Tune de ces revues à laquelle \% il assista : « Les salles et les escaliers, dit-il, étaient fi bordés de soldats rangés en haie et placés à deux ;| pas l'un de l'autre. Quatre ou cinq régiments d'in- J fanterie étaient en bataille dans la cour. Leurs uni- vl formes sont simples et ces habits longs ne sem- | blaient ni beaux ni commodes ; mais les bonnets des $ grenadiers, garnis de peaux d'ours, ont quelque | chose de martial et d'imposant. Au-delà de la grille, | sur la place du Carrousel, on voyait la cavalerie, '■ jj composée de chasseurs à cheval, et de deux régiments de cuirassiers, de la plus grande beauté. La | petite troupe des Mamelucks se faisait remarquer v | par son costume oriental. » Après son passage | dans les rangs, Bonaparte descendait de cheval et g allait, au hasard, tutoyant les soldats, rappelant 1
1. « Il avait, en outre, près de lui, écrit la duchesse d'Abrantès, l'aide de '/$ camp de service, le ministre de la guerre, le général commandant la pr«- *.« mière division et le commandant de Paris, puis le commissaire ordonnateur, ^ enfin toutes les personnes auxquelles un ordre devait être immédiatement Q transmis, dans le cas où, dans le cours de son inspection, le premier consul ;* trouverait quelque chose à changer, ou bien une amélioration à commander. 'Â De cette manière, nul retard dans la communication des ordres. Tout se fai- [.-là sait avec rapidité, bien plus, avec contentement, car on savait qu'on était 5S observé, et que si Ton était puni, pour cause de négligence, l'exactitude -~é dans le service était aussi appréciée par le chef du gouvernement, qui voyait \i alors tout par lui-même. --M
La duchesse écrivait (T. IV, p. 20) au sujet de Rapp et à propos des aides >jjj
de camp de Bonaparte : « Le premier consul était pour eux ce qu'une ma!- *A tresse chérie est pour d'autres jeunes hommes, la pensée dominante qui commandait à toutes les autres. » Plus loin : « Rapp disait à Junot d'un ton mélancolique : « Et puis, ensuite, lorsqu'avec cet air tout triste, il repousse son déjeuner, sa chaise, jette sa serviette, se promène, demande trois tasses de café dans une heure, je me dis qu'il doit avoir quelque chose. »