‹ La société future (volume 2)Chapitre 40 sur 57 · Elie Reclus · texte numérisé non relu

Elie Reclus

Les Primitifs d'Australie.

LA SOCIÉTÉ FUTURE 329 Ne

tique du père, cherchait à replonge la dépendance étroite du mäle.

avalucettéwariété de lois et de tions sexuelles.

Que de lois n'a-t-on Pas faites, pour réglementer les rapports de l'homme et de la

femme, que d'erreurs et de préjugés que la morale officielle a con-

tribué à maintenir et à enraciner, mais que Ja nature

s'est toujours plu à culbuter sans jamais se plier à

r la femme sous c'est ce qui nous préjugés sur les rela-

leurs décrets arbitraires !

L'homme, en sa qualité de maitre, trouve

trés bien de butiner sur la propriété

du voisin; cela est très bien porté ; même dans les sociétés les plus pudibondes, l'homme qui Peut se vanter de

nombreuses «conquêtes

» est considéré comme un heureux gaillard! Mais la femme-propriété, elle, de par la loi, de par l'éducation, de par les préjugés «t l'opinion tourante, il lui est défendu de donne ses sentiments. Les relations s fruit défendu, elle n' tionnée par devant |

r libre cours à exuelles sont pour elle a droit qu'à Ja copulation sance maire et le curé! Et voilà comment il se fait que, dans un acte

commis à deux, oute la honte est pour l'un et ]

a gloire pour l'autre.

C'est que, disent les masçulinistes, le mal

opéré par les deux participants,

n'est pas comparable. L'adutère de la femme risque d'introduire dans la famille des étrangers qui viendraient plus tard spolier ls propriétaires légitimes d'une part d'hérit ige. De &axiome capitaliste on peut en induire qu'il est très bien de faire du tort à son voisin, il n'v a de Mal que lorsqu'on l'éprouve soi-même. Voilà Morale capitaliste dans toute sa s Propriété, en

la plendeur, La femme.

ayant des complaisances pour le mâle

LA

dont la prestance l'a subjugucée, fait tort au mMaltré,

! Le mâle désinvolte qui, pareil au

haro! sur elice.

coucou, va nicher dans le nid du voisin, fait preuve

d'imelligence. On n est Pas plus régence.

La religion est ensuite venue apportér sa pari d'a nathème conire ceux qui ol éissaient davantage aux lois de la nature-qu'aux restrictions des moralistes et

des légistes. La théorie du péché originel est venue

peser de tout son poids sur l'ac omplissement de l'acte énésique.

Ne pouvant décrétet la continence absolue, l'Eglise a dû sanctionner el bénir l'union de l'homme et de la femme, mais pour en réglementer les rapports, Jé

plus forts anathèémes à ceux qui se |ivraient à

tant l'amour sans SON assentiMent. Les cérémonies qu'a omolissaient librement | primitifs au sein deh

tribu, pou bien établir leur entrée en menage, de: vinrent obligatoires a la religion et de là passérenl

de la plupart des PTrero*

dans le Code civil, l'héritier gutive de l'I ulise.

\ woir défendu de s'aimer san l'autorisation

du orètre, il fut défendu le s'aimer sans l'aut )risation L'opinion publiqu “entretenue dans |!

Horance Par prétre [ei le leg lateur, con pPua Cou qu'ils n'a aient besoin de l'autorist

1101 de personne pour sc pProux cr leur amour, Maïs

qui troavalent

toujours de par | idée de propi jeté, ce fut sur la femme

que tomba la réprobation; l'homme n'était blâm

que sil prenait cette uni n-là au sérieux, et trail

\"amante en véritable compagne

s pein

A ais cette fausse pu.leur, ainsi que toutes le ceux q

haiments que l'on a pu inventer conire

et

pratiquaient l'amour librement n'euren qu un eflet, rendre les individus fourbes, menteurs et hypocrites, sans Îles rendre plus chastes ni plus continents On dévie Ja nature quand on la comrarie, mais on ne la dompte pas. Ce qui se Passe dans notre société soi. disant civilisée est là pour Île prouver, On ÿ a poussé la pruderie à l'extrême, l' idultère, la Prostitution, la corruption, la transformation du Mariage légal en véritable maquerellage, sont les conséquences de cette intelligente organisation et législation. Les infanticides nous prouvent que la honte jetée sur la fille qui se livre à l'amour n'empêche personne d'v goûter à l'occasion, mai: que les consé Juences qui en dévoulen: peuvent entrainer au. rime pour cücher une sOidisant faute.

Aujourd'hui. pourtant, la socicté perd de son rivorisme, la religion, on n'en parle même plus, Sauf quelque grue qui veut étaler sa toilette blinche ou l'héritierqui veut se concilier le bonnes grâces de parents à héritage, un peu retardataires, } eu de personnes éprou-: vent le besoin d'aller S'agenouiller devant un mon- Sleur qui se déguise en dehors des jours de carnar al. Quant à la sanction légale, si on voulait faire le recensément parmi la population de nos grandes villes, on trouverait bien que tous les ménages ont Passé par la Maire, mais en examinant d'un Peu prés, on pourrait sapécevoir que les trois quarts ont rompu, sans tam bour ni trompette, les nœuds légaux pour en former d'aut:es sans aucune consécration officielle ce Coup-Ci, et que les ménages ne sont plus formés comme ils ont été inscrits à la mairie Il y à bien toujours un monsieur et une madame \., Un monsieur ct une ma-

daeB., mais la madame A. connue des voisins, se

> JS [en

LA SOCILTE FUTURI

trouve cire une madame NX. à la mairie, et la madame! 1. une madame Z, légale.

Cela est devenu si général que les bourgeois, quoi qu'ilsien aient, ont du inscrire le divorce dans leur code, Aujourd'hui celui qui veut se passer de la consécration of icielle pour son union libre, arrive à l'imposer à son entourage et à se faire respecter. L'opi nion publique commence à trouver l'union librement consentie, aussi valable que l'autre, et si la consécration ofhcielle ne peut disparaitre qu'avec les autres institutions sociales, car la propriété repose sur elle, les lois de l'héritage exigeant que la famille soit légale bien délimitée, et tenue en bride afin que la fortune ne se disperse pas, elle n'en a pas moins reçu le coup fatal du jour où le législateur a dû enregistrer les cas

i où elle pouvait être dissoute, N'était-il pas insensé, en effet, de vouloir forcer

deux individus à passer leur vie ensemble, alors qu'ils se rendaient mutuellement la vie insupportable. Parce que, dans le premier feu de la jeunesse, ils s'étaient plu, deux individus, mâle et femeile, étaient, de par la loi, forcés de terminer leur carrière ensemble, sans jamais pouvoir rompre cette chaine. Si Ja | 4 vie leur était trop insupportable, et que chacun voulit | À reprendre sa liberté d'allure, ce n'était qu'en se mettant en marge du Code et sans pouvoir faire recon- “| naître sa nouvelle famille comme valable, quelles que fussent ses préférences. I était forcé de cacher comme une ture l'inrégularité légale de sa situation, l'opinion publique éthnt aussi hôte que la loi.

Malheur à qui s'était trompé dans son croix, OÙ

qui s'était laissé engluer sous Famabilité de sourires

| trompeurs, des promesses fallacieuses, des serments perfides ou donnés, en toute sincérité, dans un moment

d'expansion, mais que les circonstances font, plus urd, envisager autrement ; une fois ke pas franchi, il n'était plus permis de retourner en arrière : c'en était fait pour toute la vie. Heur ou malheur, il fallait s'en accommoder. C'était tout simplement insensé,

L'indissolubilité du mariage était un idiotisme. | Deux individus peuvent se plaire pendant un jour, un mois, deux ans, et arriver à se hair à mort ensuite. Pourquoi les forcer à envenimer leur haine en les forçant à se supporter, quand il est si simple de tirer chacun de son côté,

C'est que, en dehors du préjugé religieux, le capital exigeait ce sacrifice. Les mariages, dans la société actuelle, sont le plus souvent l'association de deux fortunes — avec leurs espérances — plutôt que l'union de deux sexes, Permettre à l'association de se dissoudre, | c'était le désastre pour bien des calculs, il y avait aussi la question des enfants qui compliquait la situation,

non pas par l'amour que l'un ou l'autre des dissidents

püt leur porter, mais par la question plus vulgaire de qui doit les nourrir.

C'est comme l'autorité des ascendants pouvant opposer leur veto aux inclinations des jeunes, n'y avaitil pas là une autre absurdité sans excuse? De quel droit des individus qui ne peuvent p'us penser ni sentir comme des jeunes, avaient-ils le droit de s'interposer dans leurs sentiments d'aflection pour les tntraver ? Quand on pense que des jeunes gens qui, tontrariés dans leur passion, ont encore recours au suicide, quand il serait si logique d'envoyer promener leurs Gérontes,

Sd ||

| ü 50 it é etan dcbarrassée de toutes « entraves économiques, les relations sexuelles redeviendront plus naturelles et plus franches, en reprenant leur caractère l'entente libre de deux éires libres, L'homme ne cherchera plus ung dot ou des moÿens d'avancement, la femme un eutreteneur, Lorsqu'elle fera choix d'un compagnon, elle con ultera davantage si le mâle préféré repond à son idéal esthétique et éthi-

de lui assurer une vie de luxe

que, que s'ilest capal et d'oisiveté, Quand l'homme choisira une compagne, il recherchera chez elle des qualités morales et physiques plutôt que les « espérances »: quelques milliers de francs de plus dans la orbeille ne lui feront pas fermer les yeux sur les « tac es » des quatrièmes

pages des Journaux

ns 4:

fi On objecte que, s'iln ya plus de frein pour modéï rer le libertinage dans les relations sexuelles, il arrivera que les unions n'auront plus aucune stabilité. h Nous sommes à même, tous, de voir dans la société d actuelle que les lois répressives n ont aucune valeur À pour l'empêcher, Nous sommes même certains qu'el-

| les contribuent pour une bonne part aux Zizanies con-

jugales, pourquoi donc vouloir s entêter à réglementer

{ ce qui est incompressible : Xe vaut-il pas mieux lais-

’& ser les individus libres, pouvant ainsi conserver des

| égards l'un pour l'autre; lorsqu'ils ne seront plus 1 forcés de se supporter, au lieu que la contrainte en À fait, parfois, des adversaires féroces : l'rouve-t-0n 1 qu'il soit plus digne, comme cela se voit actuelle |

ment, que monsieur ait des maitresses en ville, ma-

dame des amants, où chacun se « trompe » au su de

{ ur lesquels tout le monde ferme |

eux, pourvu que l'on ite le scandale } | |

NehsON£Le et ypocrisie, L'adultière est son corollaire indispen-

sable, comme le lupanar est l'ac )mpagnement oblige de cett fausse pudeur qui ut que l'on rougisse en par] a le l'a icl, On sc h lcprouver le besoin de l'accomplit l 1 tourn \ Lignoble lorsqu'on )

Parc ju un | 1 lu lat | | ui homm morale couran uatrait ju Ile f O1) damnée à n'avoir dx lations qu'a lui, P urquoi S'il nt trompés l'un ou l'aut ne peuvent-il pas chercher mieux? C'est la porte ouverte au liber tinage, répon-on Regardez donc votre société. tas de malheureux !

Nous avons cité le cas des filles séduite jui ne trouvent rien de mieux, ensuite, pour cacher Jeur

pou

voyt

enaue faute, que l'avortement et l'infanticide, Et.

run cas Où l'adultère fait scandale, combien en

ns-NOUSs autour de nous, qui vont leur petit bon- | l

homme de chemin, sous l'œil curieux des voisin:

Lorsque la femme aime, nous la prenons omme

exemple, puisque c'est elle jui a davantage à en crain

d re

et de tout lc rest

les suites, elle se moque des lois, de l'opinion,

Si donc, on ne peut entrave ui

sentimentque dessiècles et des siècles de co npression

ont

cher

bien pu forcer à se dissimuler, mais non empé-

, laissons-le donc scpancher librement, nous 1

gagnérons toujours Ja franchise et la bonne foi dans

nos

tion

relations, ce qui serait une véritable améliora

Mais cela ne serait pas la seule amélioration, car nous, hou prétend hs, que «u Jour ou la contrainte

et l'intervention officielle seront abolie

insi que les consiicrations ÉCONOMIQUE les a: ociations sexuelles étant plus normales, loin de se relâcher, deviendront plus stables et plus resserrées, La femme qui possède la véritable pudeur, ne se donne pas au premier venu,

Darwin prouve qu'il en est de même, du reste, chez

les animaux, il faut, lorsque la cupidité n'est plus en jeu, qu'elle se sente attire vers un individu pour se donner à lui, Même en ce cas encore, que de luttes et de débats, avant l'abandon tinal! Quelles meilleures Laurutrtie peut-on demande:

sous avons vu que, dans la société actuelle, les unions sexuelles étaient plutôt basées sur des considérations économiques que d'aflection, c'est une des causes qui font qu'au bout de très peu de temps de cohabitation, les individus se orennent en grippe, et deviennent insupportables lun pour lauire: surtout s'il s'est trouvé des déceptions à la suite de leurs « ESPÉTANCES ».

Dans les mariages même où l'amour a pu entrer

pour quelque chose, | éducation et |

CS PreJuges HNICTviennent pour amener des sentiments de discorde. Les individus homme et femme sachant qu'ils sont liés pour la vie, d'une fäçon indissoluble, per dent graduellement ces petites attentions, ces prévenances qui som ce que lon pourrait appeler le piment de l'amour; peu à peu, l'habitude, la satiété des sens, détachent insensiblement les amants l'un de l'autre; l'homme et la femme oublient ces soins personnels que l'autre aimait au moment de leur « cour »; cha-

un regrette l'idéal qu'il avait rève, et qu'il est loin

de reconnaître dans son compagnon de chaîne: cet

idéal il croit le retrouver dans de :

iouvelles relations :

arrive le moment psychologique où il peut posséder

ce nouvel idéal, qui le satisfait, le

hxe, ou bien le désillusionne, mais ayant toujours Pour cilet, de le

détacher d'autant plus de son premier choix, Du jour où l'homme et la femme

ne se sentiront plus enchaînés de par

la loi et les conx enances, celui qui aimera, voudra s'assurer la durée de la possession

il comprendra qu'il doit continuer, envers lui les soins,

de l'objet aimé:

les prévenances qu'il a employés Pour en faire la conquête: qu'il doit cominuer à l'emporter sur ses rivaux, sil veut toujours être aimé lui-même, \u plus aimant de savoir prolonger |'

mour qu il a su inspirer.

Cela ne peut être qu'utile à l'évolution morale et physique de l'espèce

D'un autre côté, lorsque la femme ne sera plus

lorcée de se vendre pour manger ou Pour se procurer le luxe qu'elle convoite, elle choisira chez celui qu'elle aura clu, les qualités qu'elle préfère, et est une

la constance de celles-là, Ordinairement aussi, elle est plus stable dans ses atlections, elle fera donc aussi son possible pour s'attacher son amant,

D'autre part, lorsqu'ils ont vécu un certain laps de temps ensemble, l'homme et la femme cprouvent un

sentiment d'estime et d’aflection qui survit aux élans

passionnés de la Première possession, et leur

fait né:

gliger les Passionnettes d

aventure, 5i Ja monogamie est le but de l'évolution humaine, il n'ya que Ja liberté la plus complète qui puisse l'y conduire. L'é-

Preuve est faite de la compression,

ll se peut que, alors qu'il est jeune, ardent, plein Ke

LÉ "ht

d'activité ét d'expansion, que l'homme soit porté au changement et à l'inconstance ; mais nous le voyons s'assagir lorsque réellement il aîme, par Ja crainte de froisser l’objet de son amour, Laissons donc ici, la

nature se corriger elle-même.

Certains admettent tout cela, mais prétendent que, dans la société actuelle, le mariage est une garantie pour la femme, Erreur, C'est nomme qui fait les lois, il n'a en garde d'oublier de les faire à son avantage, Nous l'avons dit, la femme riche, elle, est affranchie, elle trouvera dans la loi une protection ét peut se rendre libre; l'homme riche lui-même, n'est-il pas absolument libre, et qu'a-t-il à tant s'inquiéter des lois? L'argent dans la société actuelle est le grand libérateur. Mais pour la femme prolétaire, le mariage légal n'offre que des garanties illusoirescontrel'homme qui voudrait la lâcher avec ses gosses.

Il faut de Fargent pour intenter des poursuites, et pour obtenir l'assistance judiciaire, il faut bien du temps et des démarches. Et ensuite, quel recours peut elle avoir contre l'homme qui n'a pas le sou, et peut rendre vaines les saisies d'appointements en changeant d'atelier, de résidence à chaque opposition. S'il a de l'argent, il y a bien des détours dans les lois, sans compter les moyens d'intimidation.

Quant à celle qui aurait un mari ivrogne, brutal, qui l’éëxploitera et la battra, elle ne pourrait s'en séparer ni s'en défaire, la loi l’a faite sa propriété, le maître a droit d‘user et d'abuser. Que de tortures, que d'avanies faudra-t-il qu'elle subisse avant d'obtenir la rupture dela chaîne qui l’atiache à lui! Et en-

core! la loi intervient bien en cas de sévices graves,

mais elle est désarmée devant les sévices moraux. Que de cas où la femme aurait le temps de mourir à la peine, si elle ne trouvait pas de protection plus efficace que la loi!

La femme-prolétaire ne PEUT, comme le travailleur, s'affranchir que par Ja révolution sociale, Ceux qui Jui font espérer son émancipation dans la société actuelle, la trompent effrontément. Considérée comme une ilote par l'homme et Par la loi, il faut qu elle aussi, conquière sa place au soleil Par sa volonté, mais elle n'y arrivera qu'en s'associant et faisant cause ‘ommune avec ceux qui Poursuivent l'émancipation de tous les êtres humains.sans distinction de sexe ni

de race.

Lemerer mod dc Hit. ! à.

AE at fo 2 Me à à.

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