‹ La société future (volume 2)Chapitre 5 sur 57 · LA LUTTE CONTRE LA NATURE ET EL APPUI MUTUEIT · texte numérisé non relu

LA LUTTE CONTRE LA NATURE ET EL APPUI MUTUEIT

Comme on le voit, sans avoir à rechercher d'autres arguments en faveur du droit à la révolte, dont nous nous réclamons, nous n'aurions qu'à nous saisir de ceux que nou: fournit la science bourgeoise ofticicile pour défendre ses privilèges, justifier l'exploitation qu'elle nous fait subir. Avecles théories bourgeoises rien de plus facile pour.saper les bases de l'ordre social qu'elles prétendent consolider

Mais nous avons des vues plus larges, une conc« ption plus nette des relations sociales, Nous savons que, même au milieu de l'abondance, l'homme ne peut être heureux, s'il est forcé de défendre sa situation contre les réclamations d'affamés, nous savoné que, quelle que soit son inconscience, le privilégié peut, parfois, être tenaillé par le remords lorsqu'il réfléchit que son luxe est le produit de la misère de

centaines de malheureux. Nous savons que la vio-

lence n'est pas une solution, et prétendons justifier

nos théories avec des arguments rationnels, positifs el non à l'aide de fausses conceptions des lois naturellesi Aussi, loin d'envisager les sociétés humaines comme un vaste champ de bataille où la victoire appartient aux appétits les plus larges, nous pensons, au contraire, que tous les efforts de l'homme doivent s'unir pour se tourner contre Ja seule nature qui lui présente assCzZ de difficuhiés à vaincre, assez d'obstacles à renverser, assez de résistance à lui produire ce qui est nécessaire à son existence, a$$C7 de mystères à éclaircir, pour \ user SCS instincts de combativité, y trouver les éléments d'un combat assez long, assez acharné, pour que ce ne soit pas de trop de tous les eflorts humains réunis, de tout le labeur accumulé ; des générations pour le mener à bien, combat bien plus profitable que de s'entre-déchirer mutuellement.

Que de forces perdues, que d'existences sacrifices, soit dans le dur combat pour la vie au sein des sociétés, soit dans ces guerres stupides que se livrent les sociétés sous le nom de luttes nationales! que d'in telligences dévoyces qui, dans un autre milieu, tourneraient au profit de l'évolution humaine, tandis qu'elles périssent misérablement sans avoir rien pu produire ! :

Les économistes disent que chaque homme représente un capital, et ils cherchent à justifier un ordre de choses qui — ils sont bien forcés de l'avouer — entraîne par sa mauvaise organisation, la disparition de milliers de malheureux qui meurent avant d'avoir fourni la moitié, le quart, et même bien moins de

Jeur carrière ! Quelle illogisme Er tous ces hommes qui servent et s'abrutissent

hns la vie des camps et des casernes, s'ils s'emloyaient à des travaux d'assainissement, de défrichement, Où autres travaux utiles, tels que, construction de routes, Canaux, endiguement de cours d'eaux, travaux de drainage et d'irrigation, rchoisige et percément de montagnes, desséchement de marais, cela ne serait-il pas plus AVantageux à l'humanité; que de les voir faire « Portez, armes! Présentez, armes! » toute une journée, ou faire ja faction au pied d'un mur où il ne passe personne, ou bien encore, à la porte d’une cour pour empêcher les chiens d ‘y entrer ? Quand comprendra-t-on qu'au lieu d'employer leurs forces à des nuisances destructives, il serait plus utile à l'humanité, qu'ils emploient leurs forces un traail producieur ? Quand s'apercevra-t-on que tout orfanisme qui se laisse envahir par le parasitisme, non seulément périt lui-même, mais Cntraine aussi la perte des parasites éux-mêmes, incapables qu'ils sont de s'accommoder à de nouvelles conditions 2

Si toutes les forces qui sont dépensées pour produire ces armes de guerre, ces engins explosibles, tout ce matériel de guerre, utile seulement à-la destruction, étaient occupées à produire les machines et les outils perfectionnés nécessaires à Ja production, Combien serait réduite Ja part d'efforts réclamée de chacun pour la coopération à la production générale, ombien peu de temps il faudrait à chacun Pour produire à la satisfaction de ses premiers besoins. On sent tout de suite qu'il n'y aurait plus besoin de Ja coer-

tltion sociale que les économistes jugent utile pour #Ssurer la subsistance de tous.

Si tous les efforts des inventeurs s'acharnant à déouvrir des cuirasses et blindages pour des navires

de

que leur poids empêche de marcher et que demain la création d'un nouveau canon, où d'un nouveau sÿsème de torpilles rendra inutiles, si tous leurs calculs, toutes leurs équations, loutes leurs facultés inventrices étaient tournées à trouver des formules pour augmenter la puissance productive de l'homme, des instruments nouveaux de production, ne serait-ce pas mieux que d'employer celles déjà existantes à ces travaux de Pénélope où le travail de demain détruira celui de la veille. Que de projets on pourrait réaliser ainsi qui, aujourd'hui, ne nous semblent encore que des rêves!

L'action de chercher, calculer, étant, chez l'inventeur un besoin incoercible, dans la société que nous voulons, où ne se ferait plus sentir le besoin d'armées si puissantes, toutes CES dépenses de.forces seraient, forcément, tournées vers la découverte de forces utiles, et ces découvertes seraient à l'avantage de tous puisque. la spéculation étant détruite, elle ne pourrait plus s'en emparer et les transformer en moyens d'exploitation au profit d'une minorité, au détriment du plus grand nombre, ainsi que cela se passe actuelle: ment, où l'on voit les découvertes les plus utiles n'apporter qu'un curcroît de charges et de misères aut producteurs pendant qu'elles décuplent les capitaut des oisifs.

Est-il bien utile enfin, de continuer à s'entre-déchirer d'individu à individu, de nation à nation, de ract à race, la terre n'est-elle pas assez vaste pour nourrif tout le monde, fournir à tous nos besoins? — Certains bourgeois le nient. Que vaut leur assertion ?

« Il n'y a pas assez de vivres pour que chaque in

dividu puisse ; puiser à sa suffisance », affirment les économistes bourgeois, et Pour justifier cette pénurie de vivres — qu'ils Prétendent exister — nos savants à courte vue ont établi, dans leurs livres, nous ne Savons sur quelles bases, des calcul@d'où il s'ensuivrait que les objets de consomm tion augmemteraient dans une proportion arithmétique 02,4, 6, à etc. tandis que Ja population augmenterait dans une proportion géométrique de 2, t 5, 16, etc. !

\ucun chiffre ne prouve cela. Les st itistiques les mieux faites sont forcées de laisser tant de points dans l'obscurité qu'il est impossible, surtout en ce qui concerne Ja production, de rien appuyer de positif sur elles, et il arrive que là, comme aillêurs, chacun voit dans les chiffres ve qu'il veut bien y trouver. Or, malgré cela, non seulement rien ne prouve Île bien fondé de l'assertion des économistes, mais aucun document ne fournit trace de ce calcul !

Mais, en faisant ronfler les mots : « proportion arithmétique! » « Proportion géométrique! » en entremélant cela de quelques formules algébriques que tout le monde n'est pas à même de conn iître, ces affirmations vous prennent un Petit air pédant et savanlasse tellement convaincu, cela clôt si bien le bec au vulgaire profane qu'il s'imagine la démonstration résider dans la formule qu'il n'a pas comprise,

Et les économistes, radieux de démontrer que, si On laissait les choses continuer ainsi, les vivres ne tarderaient pas à manquer complétengent, les hommes se verraient forcés de retourner à l'anthropophagie d'où ils sont sortis! « Heureusement », disent-ils, « que l'organisation sociale intervient avec tout son cortège

de fraudes, de guerres et de maladies occasionnées

EE

ee

par les excès où privations de toute sorte, Pour Taz tionner les hommes, les décimer et les empêcher de se manger entre eux... En les faisant crever de misère et de faim! »

Rien de plus faux que leurs caleuls et leurs aftifmations, car, à part LOULES les terres incultes que l'on pourrait rendre productives, ilest démontré que, malgré Île morcellement de la propriété qui empêche l'emploi rationnel des modes de culture intensifs, et où, par conséquent, la terre ne rend pas tout &Æ qu'elle pourrait rendre, la spéculation et l'agiotage font beaucoup plus pour la raréfaction des denrées, que le manque absolu lui-même.

Est-il besoin d'aller chercher au milieu des popujations primitives pour trouver des terres incultes faute de soins, quand ces terrains abondent au milieu des populations civilisées ? Fauril citer l'Écosse s€ transformant peu à peu en territoire de chasse? l'Irlande livrée au mouton, quand, en Australie, il pul- Jule et.n'est exploité que pour ja laine. Et les innombrables troupeaux de l'Amérique du Sud, sacrifiés pour le cuir seulement, la viande perdue, non pas à cause du manque de débouchés, puisque l'on se plaint qu'elle manque en Europe, mais tout simplement parce que l'abaissement de prix, que causerait son im-

. portation. Sur les troupeaux indigènes, serait préjudiciable à quelques éleveurs et agioteurs a5S€Z puissants pour faire passer leurs intérêts avant ceux du public, en faisant voter, par leurs valets du pouvoir législatif, des droits « protecteurs. »”

Est-ce la rareté du blé qui maintient des prix élevés? Non, la Russie méridionale, l'Amérique aux

vastes plaines fouillées, retournées en tous sens Par

les charrues à vapeur, où toute la culture, depuis le commencement jusqu'à la tin, s'opère à l’aide d'outils perfectionnés, quoique sans méthode, Pourtant, auraient déjà ruiné l'agriculture française en nous fournissant des grains à très bas prix. Aussi, là, éncore, des droits « protecteurs » sont intervenus et nous font payer le pain plus cher qu'il ne vaut,

Ne pouvant produire aussi bon marché que l'A mérique ou la Russi:, les agriculteurs français auraient eu à perfectionner leur outillage et leur façon de procéder, ou bien auraient produit autre chose. Cela aurait été trop simple. Et puis, là, encore, il y avait de gros intérêts à « protéger »! c’est le misérable

qui paie.

Puis, l'étude de l'histoire naturelle ne nous démontre-t-clle pas que la puissance prolifique des espéces est en raison inverse de leur degré de développement, c'est-à-dire que, plus les espèces sont bas dans l'échelle sociale, plus elles se multiplient pour combler les vides occasionnés par la guerre que leur font les espèces supérieures. Plus nombreuses sont les causes de destruction, plus intense est Ja puissance prolifique de l'espèce qui les subit,

C'est ainsi que chez certains végétaux, chaque pied produit annuellement des grains par milliers et par centaines de mille, Certaines espèces de poissons, hareng, EStUrgCON, CLC., SON tout autant prolifiques. La fécondité des lapins, des pigeons est proverbiale.

Chez les mammifères, espèce plus élevée puisqu'elle a donné naissance à l'homme, la fécondité est déjà plus restreinte, mais l'homme, qui est parvenu à do-

mestiquer les espèces les plus utiles à son alimenta-

tion et autres besoins, a trouvé le moyen d'en diriger la produ ion au mieux de ses intérêts, ainsi que celle des végétaux qui servent il leur alimentation et à la sienne.

Même pour les espèces sauvages, qu'on n'a pu domestiquer, si tous les hommes Sa aient solidariser leurs etforts, au lieu de se faire la guerre, ils pourraient leur creer des conditions d'existence qui en favoriscraient développement d'une façon rationnelle et tout à fait COnlOrme aux intérêts de lhuma-

nité entière.

Si la terre ne produit pas a8$€7 pour assurer l'exisence de la population qui la couvre — assertion fort contestable, mais que nous acceptons, car elle n'infirme en rien l'argumentation qui suit —-tlle est toute prête à fournir au delà de ce que nous pourrons cofrsommer, (Jue faudrait-il pour cela? organiser une société où la richesse des uns n'engenudrerait pas ja pauvreté des £utres, Une société où les individus auraient imtérét à s'aider mutuellement au lieu de se combattre.

sousavons vu que l'aide mutuelle était une des lois naturelles qui guident l'évolution de toutes les espèces, notre travail n'étant pas un OUVFAEE d'histoire naturelle ni d'anthropologie, on comprendra que nous ne citions pas tous Îles faits qui appuient cette thèse: nous renvoyons le lecteur aux divers articles que notre ami Kropotkine « publiés das la Société Nouvelle, reproduits dans le Supplément de la Révolte, sous le titre générique d'Appui mutuel! er à la bro-

Page 1