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LA SOCIÉTI FUTURE 51

chure de Lanessan, l'Association dans la lutte'. La loi de solidarité est donc pour nous un fait acquis, nous nous bornerons à démontrer ce qu'elle pourraitaccomplir, sielle étaitappliquée et pratiquéedans lesrelations sociales et individuelles, dans toute son extension.

Il y a un autre ouvrage à consulter pour se rendre compte des gaspillages qu'entraîne la mauvaise organisation sociale, c'est le livre de M. Novicow : Les Gaspillages dans les sociétés modernes *. L'auteur sy place au point de vue économiste et capitaliste ; ses chiftres tiennent plus ou moins de la fantaisie, et il ne considère les pertes qu'au noint de vue capitaliste, ce qui est un mauvais point de vue pour juger toute leur étendue. Mais tel quel, le livre est bon à consulter, les aveux excellents à retenir.

L'antagonisme individuel, règle des sociétés actuelles ; le chacun pour soi, des organisations capitalistes, ont amené une-méconnaissance complète des vraies conditions de la richesse, La vraie richesse, certains économistes l'ont dit — j'ignore si ce sont eux qui l'ont trouvé — c'est l'adaptation de plus en plus parfaite de la planète à nos besoins. Or, au lieu de chercher à adapter la planète à nos besoins, chacun a cherché à s'accaparer le travail produit par les autres, à user d'un bénéfice momentané, mais qui détériorait la richesse sociale dans ses conséquences.

Ainsi, l'appropriation individuelle a fait que quelques-uns ont trouvé avantage d'abattre les forêts qui

1. Chez Douin, rue dé l'Odéon, 2, Un vol., chez Alcan, 108, boulevard Saint-Germain,

couronnaient les hauteurs de certaines montagnes. [ls trouvaient ainsi le moyen de réaliser immédiatement un bénéfice certain, mais personne n'étant directement iméressé à leur conservation, les hauteurs se sont découronnées de leurs forêts sans qu'on essayât de les replanter; les terres n'étant plus retenues par les racines, se sont éboulées, entrainées par les pluies et diflérentes autres Causes, jusqu'au pied de la montagne qui s'émiette sans Pro'it pour la plaine.

D'un autre côté, les pluies n'étant plus retenues par la terre végétale, ni pompées par les racines de la foréu, au lieu de couler goutte à goutte dans la plaine, et de régulariser le débit des rivières à un cours moyen, SC SON transformées en torrents dont la violence active la dégradation, cause, par moments, des débordements et des ruines dans la plaine, pendant que la rivière reste à sec en 1EMPS de sécheresse.

Une dégradation de climat s'enestsuivie. Les vents n'étant plus arrêtés par le rideau de la forêt, ne laissent plus égoutter les nuages qu'ils entrainent, Tel climat qui était tempéré, est devenu froid ou chaud, elon la latitude, par suite de la sécheresse ou de la perte de l'abri que lui offrait la forêt de la montagne.

Certaines parties de l'Esnagne sont aujourd'hui transformées en désert, alors que du temps des Maures, elles etaient admirablement cultivées, l'expulsion de ces derniers ayant entrainé la perte de l'admirable réseau de canaux d'irrigation qu'ils avaient su établir et entretenir. De même en Egypte où le désert de sable empiète sur la portion cultivée, depuis que la civilisation du temps des Pyramides est disparue. Ainsi

de certaines parties de l'ancienne Chaldée, de l'Ass;-

rie et de la Mésopotamie, autrefois florissantes et f-

condes, transformées aujourd'hui en déserts de sa

Voilà ce qu'ont produit les luttes entre individu et sociétés. Voilà un beau champ ouvert à la solidurité mutuelle, pour la reconquéte de ces terrains perdus pour la productio#f et s'il est vrai que Ja lutie est utile à l'homme, voilà de quoi exercer ses forces, Et ce n'est pus tout,

Nous avons encore des pays entiers couverts de marçccages, des dunes où les sables mouvants mar. chent à l'assaut des villages et des champs du littoral, des côtes à défendre contre les at: ques de Ja mer. Beaucoup de ces travaux sont entrepris, là où il y a chance de protits immédiats, mais combien da- Vantage ne seront jamais exécutés par les sociétés capitalistes, parce qu'elles n'y trouveraient pas une rémunération suffisante immédiate,

On parle, par exemple, de l'asséchement du Zuyder ze pour reconquérir les terres envahies. il ya des siècles, par la mer en fureur : mais qui peut savoir quand on se mettra sérieusement à l'œuvre, et combien d'autres semblables, qui offriraient à un nombre incalculable de’générations, l'occasion d'userleurs forces de combativité à des œuvres utiles et profitables à l'humanité entière, pendant qu'elles y trouveraient pour elles, la satisfaction de travailler au bonheur général. — Nous montrerons plus loin que, dans la société que nous voulons, Ja dépense de forces ne se rait pas une peine, mais une gymnastique nécessaire à la vitalité individuelle, Le temps et les cflorts ne seront comptés pour rien, les mobiles des actes

humains ayant été transformés par le milieu,

Il y a, en Europe, des terrains immenses, impro-

ductifs par suite de la sécheresse du sol; par contre, les fleuves entraînent à la mer, non seulement des milliards de mètres cubes d'eau, mais aussi les alluvions fertilisantes qu'ils arrachent au sol tout le long de leur parcours, entravant la navigation à leur embouchure :il suffirait d'un réseau de canaux bien combiné pour capter ces éléments fertiles qui vont se perdre sans protit pour personne, et rendre fécondes des landes improductives. Faut-il citer les mesures sanitaires contre les épidémies qui, aujourd'hui, restent inefficaces parce qu'elles sont prises isolément, mais qui, prises en commun, arrêteraient le fléau à ses débuts ?

On voit qu'il sufht d'énoncerles travaux qui restent à faire aux générations futures, €t rendraient la terre habitable sur toute sa surface et productive là où elle est stérile, pour comprendre que celte pénurie de vivres, dont les économistes nous rebattent les oreilles,

d'être, pour la société capitaliste, une raison de

s'étérniser, en est la condamnation la plus formelle, isque c'est sa mauvaise organis ation qui condamne des millions d'hommes à des travaux négatifs, pendant que tant de travaux productifs sollicitent notre activité, Et qu'il suffirait que Îles hommes s'entendissent et se concertassent Pour trouver, dans ces travaux mêmes, la récompense de leurs etloris: « l'entente » au lieu de la « lutte », et l'humanité échapperait à cette misère que l'on nous dit être inévitable, qui n'est que le fruit de la rapacité des uns, de l'imbécillité à l'endurer des autres.

Pour conclure sur ce que nous VEnons de dire, nous

ne saurions mieux terminer qu'en citant ce passage

d'un auteur qui ne saurait être suspect de révolutionnarisme, ni de subversion; mais qui, empoigné par la vérité se plait à la proclamer en termes émus, trop guidé, peut-être par le seul sentimentalisme. Mais, après tout, le sentimentalisme est une bonne chose en lui-même lorsqu'il ne s'écarte pas de la vérité et de la logique :

«.. Aujourd'hui le plus fort, le plus riche, le plus haut placé, le plus savant exerce un empire presque absolu, sur le faible, sur l'ignorant, sur l'homme des classes inférieures, et il leur semble tout naturel d'épuiser à leur profit personnel les forces deces derniers, La société entière doit nécessairement souffrir d'un tel état de choses; elle doit comprendre qu'il vaudrait mieux voir tous les individus concertant leurs efforts, se soutenant l'un l'autre, tendre au même but, c'est-à-dire, secouer le joug des forces naturelles, au lieu d'user le plus clair de leur vigueur à s'entre-dévorer, à s'exploiter mutuellement, La rivalité, si utile en soi, doit subsister, mais en dépouillant l'antique et rude forme guerrière et exterminatrice de la lutte pour vivre, en revêtam la forme ennoblie, mais vraiment humaine d'une concurrence ayant pour but l'intérêt général, En d'autres termes, au lieu de la lutte pour vivre, la lutte pour la vie en général ; au lieu de l'universelle haine, l'amour universel! A mesure que l'homme progresse dans cette voie, il s'éloigne davantage de son passé bestial, de sa subordination aux forces naturelles et à leurs inexorables lois, pour se rapprocher du développe-

ment idéal de l'humanité! Dans cette voie aussi l'homme retrouvera ce paradis dont la vision flottait dans l'imagination des plus anciens peuples, ce pa-

radis que, suivant la légende, le péché a ravi à l'homme ; avec cette différence toutefois, que le paradis futur n'est pas imaginaire, mais réel; qu'il ne se trouve pas à l'origine mais à la fin de l'évolution humaine, qu'il n'est pas le don d'un dieu, mais le résultat du travail, le gain del'homme et de l'humanité, » (Büchner. l'Homme selon la science, pp. 210 €t 311

[:t nous ajouterons

Paradis où il ne sera permis aux travailleurs d'y entrer, que lorsqu'ils auront compris que leurs maitres ne leur en ouvriront Jamais les portes, paradis qu'il ne leur sera permis d'habiter que lorsqu'ils auront l'énergie de vouloir le conquérir et de culbuter

eux qui leur en barrent l'entrée.

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