‹ La société provençale à la fin du Moyen Age d'après des documents inéditsChapitre 11 sur 65 · AU PATS DES ORANGERS · texte numérisé non relu

AU PATS DES ORANGERS

plus vivre là où il était florissant au moyen âge, et, au bord de la mer, la zone de l'oranger s'est réduite à des espaces de plus en plus étroits. Décimé qu'il a été par une succession d'hivers rigoureux ^ puis par des maladies autrefois inconnues, il a finipar en disparaître à peu près complètement devant la concurrence étrangère.

« Il n'y a, sous le ciel, climat plus plantureux et plus fructifiant que lenostre en toute sorte de citrons, écrivait, en 1551, Quiqueran de Beaujeu, célébrant les beautés et les richesses de sa Provence, car nous en avons des bocages et des forests. Toute la coste d'Hvères est éminemment douée de ces arbres précieux 2. »

Alore, on eût pu appliquer à ces parages ce que (iodeau traduisait plus tard en fleurs de poésie pour Grasse et pour Vence :

J'habite des rochers, mais que d'heureux deslins Ont partout parsemés de roses, de Jasmins. Des pieds jusqu'au sommet des arhres les tapissent, Les riches orangers dans les plaines fleurissent; L'émeraude en leur feuille étale sa couleur. L'or brille sur le fruit, et l'argent sur la lleur.

Lorsque Louis XIV visita Toulon en 1660, cet or

' « Les grands froids de 1679 et de i684 ont brûlé plus de a quatrième partie des oliviers, qu'il a fallu arracher. Ceux de 169 ont fait périr les autres et tous les or^ii^ers jusqu'il la racine. Ces arbres étoient d'un rapport très important, ils n'avoient été endommagés qu'aux branches par le froid de 1679 et 1684, et se trou voient repris en 1692. Le dernier froid les a tous fait périr l'aspect des jardins le dit assez. » — (Mémoire des consuls d'OUioules du 28 avril 1698, au sujet du reaffouagement de la province Archives du déparlement du Var.)

3 Traduction française, faite dans les premières années xvn* siècle, du De laudihus ProvincUs que Quiqueran de Beaujeu avait publié à Paris en 1551 ^

et cet argent continuaient à y briller dans des jardins sous ce rapport privilégiés, et le chevalier Paul y eut un grand succès auprès du roi et de sa cour, en leurfaisant cueillir dans le sien des oranges confites adroitement entremêlées aux oranges naturelles. « Quelques dames, rapporte un chroniqueur, en furent saisies au point de croire que les oranges croissoient ainsi en Provence ^ » Ce chevalier Paul est célèbre, dans les fastes de la marine française, par des exploits du genre de ceux qui, dans nos annales militaires, ont immortalisé le nom de Bayard. Ses origines ne ressemblaient en rien à celles du chevalier sans peur et sans reproche. En décembre 1597, une lavandière de Marseille lui avait donné naissance en mer, sur un bateau. D'abord, simple mousse, engagé sur un brigantin armé en course contre les Turcs, dès le premier jour il y acquit un tel ascendant que, le capitaine ayant été tué, l'équipage, d'une voix unanime, l'investit du commandement. Devenu la terreur des flottes turques, il s'était comporté en héros dans l'Archipel et les mers d'Espagne, avait été successivement promu chef d'escadre, lieutenant-général et vice-amiral des mers du Levant, D'une taille assez haute, sa figure lui prêtait l'aspect d'un loup de mer ; sa longue, moustache et son toupet hérissé se combinaient ensemble de façon à former une croix de Malte, et cependant, sous cet air rébarbatif, perçaient une humeur joviale, une douceur de mœurs et de rapports, qui le faisaient adorer.

Les orangers du chevalier Paul nous ont conduit à le crayonner lui-même, parce qu'il personnifie

> AcHARD, Hommes illustres de Provence (1787), t. II, p. 45.

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