AD PATS DES ORANGERS
bien ce pays, dont il était devenu un enfant d'adoption, dans ses luttes incessantes contre la piraterie. Mais revenons à ceux d'OUioules. Dans les temps auxquels vont nous reporter nos récits, au xv" siècle, ils formaient de vrais bocages, et nous entendrons là-dessus un Provençal de Tépoque, économiste et statisticien à sa façon, nous traduire en chiffres ce qu'ils représentaient dans les richesses agricoles d'un pays alors des plus prospères.
Faute d'avoir appris à la connaître, dans les textes encore si peu explorés où elle nous a laissé une image vraie d'elle-même, notre vieille Provence, partageant en cela le sort de la vieille France, ne nous a été guère dépeinte jusqu'ici que sous les couleurs les plus sombres. Sans doute, elle eut à traverser des époques de dure souffrance; mais elle en eut d'admirablement réparatrices, et un des princi|>aux objets de nos esquisses va être d'en retracer une qui fut brillante entre toutes.
Dans le moment, bornant notre point de vue à OUioules, nous sommes frappé de rencontrer ce trait fourni par un très ancien parchemin de 1447 : « OUioules, y est-il dit, est comme un jardin avec ses arbres fruitiers. » Or, ces arbres, oliviers, orangers, figuiers, etc., l'intérêt de tous était de les préserver de la dent du bétail, et, en des temps où le pâturage s'exerçait sans limites, de les placer, ainsi que les cultures maraîchères, sous une commune sauvegarde. De là, la transaction du 2 février 1447, ouvrant la série de celles que nous verrons résoudre en paix les questions les plus épineuses entre seigneurs et tenanciers, transaction par laquelle les deux parties en arrivèrent à déterminer rigoureusement les quartiers du territoire interdits à la
6 tNE PETITE VILLE PROVENÇALE
dépaissance, à l'élevage même des bœufs, bêles à laine, porcs, et surtout des chèvres. — « Pour cause de cultivaige et des fruicls », tous s'engagèrent réciproquement, sous peine de fortes amendes, « à ne tenir dans leurs maisons ou dans la maison d'aultruy aulcuns moutons ou aigneaux >». Seules étaient exceptées quelques chèvres, destinées à « allaiter les petits enfans, à nourrir personnes malades ou infirmes », pourvu qu'elles fussent gardées à l'attache. Il était formellement stipulé que les bêtes de labour seraient menées à travers champs, le museau serré par des morailles, amorrailhatz.
Dans ces divers traits, commence à se dessiner ce qui se montrera plus tard en plein relief, le genre de vie champêtre que les seigneurs menaient alors au village. Ceux d'OUioules se soumirent à la condition commune sans difficulté.
La transaction de 144:7 fut et demeura jusqu'à la Révolution la grande charte agricole du pays. Depuis lors, les savoureux produits de ses jardins devinrent de plus en plus les principaux éléments de sa fortune, et il s'y constitua une confrérie très industrieuse de jardinieis, laquelle, le 22 juillet, fêtait avec éclat sa patronae sainte Madeleine *, la sainte par excellence de la Provence.
1 Au XVII' siècle, lorsque les corporations se donnèrent le luxe d'armoiries, sous forme d'armes parlantes, les jardiniers provençaux et notamment ceux de Marseille en prirent des plus originales : <L D'azur, à une Madeleine de carnation, vôtue d'or et de gueules, les cheveux épars d'or, à genoux au pied d'un arbre de uiAme, contournée vers un Christ de carnation, la tête entourée d'une gloire d'or, les mains percées de gueules, vtHu d'argent, en forme de jardinier, donnant la bénédiction de sa main dextre et tenant de la senestre abaissée un panier d'osier au naturel, rempli de verdure, le tout sur une terrasse de sinople. >