‹ La société provençale à la fin du Moyen Age d'après des documents inéditsChapitre 13 sur 65 · AU PAYS D£S ORANGERS · texte numérisé non relu

AU PAYS D£S ORANGERS

Un ordre tutélaire avait été établi, en ce qui touchait la protection des cultures ; mais il fallut d^autres mesures, d'autres efforts, pour les régulariser à une époque où elles offraient tout un chaos à débrouiller dans un enchevêtrement de parcelles qui formaient d'inextricables fouillis. Aussi, les jardins, ou plutôt les jardinets d'Ollioules, prèteraient-ils à bien des anecdotes. Réservons-les pour le moment où le héros de notre histoire sera en situation de nous les conter en personne, lorsqu'il nous initiera à Tétat d'extrême morcellement où, de son temps, se trouvait la propriété foncière.

Cet aperçu sur le passé explique ce que nous voyons dans le présent.

S'il est vrai en biologie qu'il n'y a pas, qu'il ne peut y avoir de génération spontanée, que rien ne vient de rien, que toute chose naît d'un germe préexistant, l'histoire ne met pas moins hors de doute le pouvoir de la tradition, dans le monde moral et le monde économique.

Les modestes possesseurs des anciens jardinets d'Ollioules, qui de père en fils y étaient de petits maraîchers, ont singulièrement progressé de nos jours. Ce sont des jardiniers émérites et importants, maîtres es arts dans leur profession. La facilité nouvelle des transports leur a ouvert des horizons jadis inconnus, et leurs produits vont au loin sur de grands marchés où ils se paient à des prix qu'ils ne trouveraient pas dans la région. Grâce à eux, se sont concentrées, sur ce point privilégié, des cultures que des aptitudes héréditaires ont pu seules pousser au degré de perfection où elles sont parvenues ; sont nées et se sont déve-

s tSE PETITE VILLE PROVENÇALE

loppées des indastries qa'ignorèrent leurs devanciers.

C'est ainsi que, de nos jours, a pris une exten- ^ion considérable la production d'autres primeurs, celles-ci toutes parfumées et répondant aux besoins nouveaux d'une civilisation amoureuse du luxe des fleurs. Ollioules dessert pour une bonne part ce luxe à Paris, et jusqu à Berlin, Saint-Pélersboui^. Sous les chauds rayonsd'un soleil, que souvent l'aulomne et l'hiver ne voilent d'aucun nuage, roses, œillets, narcisses, jacinthes, jonquilles, violettes, anémones, tulipes, s'y épanouissent, lorsque en bien des contrées la nature commence à secouer son linceul de neige.

Dans les terres de colline, on cultive l'immortelle jaune, helichrysinn orientale. La plante, donl nous ornons les tombeaux, vient à souhait et a été longtemps l'objet d'un grand commerce dans les pays les plus ensoleillés et les plus gais.

Au nord, et de Test à l'ouest, court une chaîne de montagnes des plus remarquables en géologie, comme renfermant une^ série complète de tous les terrains connus. Les géologues en ont décrit les nappes basaltiques, ils nous parlent du volcan d'Evenos, comme étant encore en activité à l'époque de la formation jurassique.

Les masses calcaires, au milieu desquelles çà et là se montrent les éruptions, sont d'une ossature décharnée, crevassée et aride. Quelques pins, aux-

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