‹ La société provençale à la fin du Moyen Age d'après des documents inéditsChapitre 14 sur 65 · AU PAYS DES ORANGERS · texte numérisé non relu

AU PAYS DES ORANGERS

quels sont entremêlés des touffes de chêne-kermès et des genévriers sauvages, y croissent tordus par le vent dans les interstices de roches décomposées, derniers débris de bois qu'on a travaillé de nos jours à faire renaître par la soumission au régime forestier. Mais, lorsque les rayons du soleil couchant projettent sur elles leurs teintes violettes, elles se revêtent d'une parure que pourraient leur envier les sombres sapinières des Alpes. Ce que leur a enlevé la disparition des grands végétaux, de plus petits le lui rendent quelque peu avec des nuances qui ne sont pas sans charme dans le paysage, et les botanistes y font des excursions qui les ravissent.

M Généralement, les pentes presque droites sont nues; mais, en certains coins privilégiés, le câprier attache aux moindres anfractuosités ses longs et souples rameaux, garnis d'épines. La capillaire, dentelle si fine, si gracieuse, de nuances si variées, et quelques saxifrages, poussent encore sur ces roches brûlantes. L'intensité de la lumière, jointe aux couleurs multiples des flancs de la montagne, produit des mélanges de ton vraiment merveilleux ^ »

Une dislocation s'est faite dans ce massif grandiose, et, le coupant en deux, y a ouvert un passage à niveau entre la plaine qui aboutit à la mer et la large vallée où s'étendent en partie les territoires d'Ëvenos et du Beausset. Des escarpements à angle droit s'y dressent à des hauteurs démesurées. Si tortueux et parfois si resserré est le défilé que la route de Marseille à Toulon a peine à y fixer son

^ Yathibr D*AaiBHOYSB, le Littoral de la France^ L VI, p. 232.

assiette et à y circuler *. En dessous d'elle, serpente la Reppe, une de ces petites rivières, comme la Provence déboisée en a tant, que le moindre orage transforme en torrents et que Tété met presque à sec. Heureusement pour les jardins qui la bordent, des failles de la montagne sortent des sources; dont une est même chaude. Sans égaler la célèbre fontaine de Vaucluse, elles sont autant de sorguettes aux eaux abondantes, qui y répandent une fraîcheur et une fertilité bien rares sous le climat brûlant du Midi.

Quel n'est pas le contraste entre ces jolis jardins, cultivés en damier, et Tâpre désert dont ils sont précédés du côté du Nord ! Ceux-là seuls peuvent s'en représenter les sauvages beautés, qui se sont plongés dans ses déchirures profondes ; mais il lui faut le soleil et ses flots de lumière. Les hautes crôtes des rochers, dont chacune porte un nom approprié à sa forme, prennent alors leur plein relief. L'une d'elles, appelée le Château du diable^ ressemble à une fortification colossale posée là par la maison des Géants, et son sommet, se détachant sur l'azur du ciel, lorsque sa base est enveloppée d'ombre, produit un effet fantastique.

Les gorges d'Ollioules ! qui ne les connaît, et à qui n'ont-elles pas produit une impression de saisissement !

Dans le voyage qu'en 1564 Charles IX fit en Provence, il fut ravi des grâces coquettes des jardins qu'arrosait la Reppe, et, en témoignage de s(m contentement, il octroya aux habitants la

1 II l'est au point qu'à un certain endroit la roche est taillée en voûte pour lui laisser passage.

Page 1