‹ La société provençale à la fin du Moyen Age d'après des documents inéditsChapitre 15 sur 65 · AC PAYS DES OHANGKRS · texte numérisé non relu

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faveur de deux foires qui lui furent demandées et d un marché pour chaque semaine, » attendu que la dicte ville estoit assise au bord de la mer, en bon, fertile et commode pays, le chemin passaal à Tentour d'icelle, qu'il y croissoit et aflluoit quantité de fruicts et de denrées. » Mais le sombre défdé de ses gorges ne lui fut pas, semble-t-il, d'un grand charme. — « Samedi, 4 novembre, écrivait Abel Jouan dans son Journal ^^ Charles IX disna à Rioll (Olioll), belle petite ville où il fist son entrée, et, après disner, passa par rochers fort hauts et fascheux pour aller coucher à La Cadière^. » De même, les voyageurs qui avaient à les traverser pour se rendre en Italie, ne les abordaient pas sans appréhension. Fâcheux devenaient-ils surtout lorsqu'ils étaient infestés de « mauvais garçons )> aux époques de troubles, et, en tout temps quand ils servaient de refuge aux gibiers de potence y cherchant un refuge contre les poursuites de la maréchaussée. Un d'eux, le fameux Gaspard de Besse, en fit, au dernier siècle, le théâtre d'exploits restés légen-

* Voyaffc de Charles IX en France. Pièces fugitives pour servir à rhistotre de France, par le marquis d'Aubais, t. I.

* Trois siècles auparavant, c'est également par les gorges d'OIiioules que saint Louis, revenant de la première croisade, avait passé, après être débarqué à Hyëres, le 10 juillet 1254. Elles étaient alors habitées par des Frères Templiers, lesquels y avaient un hospice qu'il visita, et dont les ruines subsistent encore. Naguère, explorant un passé beaucoup plus lointain, M. C. Bottin trouvait là d'autres vestiges remontant aux temps préhistoriques. Des fouilles, pratiquées sur la rive gauche de la Reppe et dans le territoire d'Evenos, lui faisaient découvrir, en dehors de grottes qui forent pour les premiers habitants des gorges des lieux de sépultare, des ossements humains et des restes de la faune animale, des instruments de Tépoque de pierre associés à des poteries d'origine barbare et de Tépoque gallo-romaine, et des objets de parure, etc. — C. Bottin, Haines des gorges d'Ollioides (18U6).

daires. Mais il y avait déjà plusieurs années que le Parlement d'Aix en avait purgé la contrée (25 octobre 1781), lorsque, en septembre 1789, Arthur Young y passa en curieux, jaloux d'aller voir une agriculture bien différente de celle de sa brumeuse Angleterre.

A Taspect de ce spectacle inattendu, oubliant sa mauvaise humeur contre la chaleur et la poussière, il fut émerveillé : « En approchant de Toulon, notait-il dans son journal, le pays change en mieux, les montagnes sont plus imposantes; la mer se joint au tableau, et une certaine gorge entre des rochers produit un effet sublime*. »

Du côté du nord, sur un rocher à pic qui semble défier le ciel, et sous une lumière qui rapproche les distances, se dressent les ruines du château d'Evenos, longtemps regardé comme imprenable *, et où, en 1592, aux derniers jours de la Ligue, les gens d'Ollioules donnèrent des preuves de vaillance qui leur firent le plus grand honneur.

Lorsqu'éclatèrent les guerres de religion, la meilleure partie du peuple provençal, en embrassant la cause de la Ligue comme sa cause propre,

1 AnTHUK YouNO, Voyages en France, t. I, p. 315 de l'édit. Guillaumin.

Aux environs de Toulon, ajoutait-il, surtout à Ollioules, il y a dans les buissons des grenadiers, € avec des fruits aussi gros que des pommes de nonpareille ».

- Au Congrès scientifique de France, dans sa 33* session tenue à Aix en 1866, M. Grinda, architecte à Marseille, étudiant les caractères distinctifs de lîarchitecture militaire dans le Midi de la France, aux xir, xui* et xiv siècles, présenta sur le château d'Evenos un très intéressant travail. Il jugeait comme remarquables le choix de son assiette et l'art avec lequel étaient disposées ses défenses.

ICst à mentionner également la belle et vieille église romane d'Kvenos qui, elle, est encore debout.

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y porta moins des passions politiques qu*un inviolable attachement à sa foi. Il suffit d'avoir parcouru quelques-uns des innombrables textes à nous légués par la vieille Provence, et dans lesquels elle s'est survécu, pour se faire une idée de ce qu'y étaient les mœurs chrétiennes. Les minutes des notaires du temps abondent, sous ce rapport, en témoignages de toute nature, et nous aurons occasion de leur en emprunter qui éclairent d'un jour nouveau notre ancienne formation communale elle-même.

« En Provence, par les services immenses qu'il avait rendus et rendait encore à la commune, dit le moderne historien de ses guerres de religion, le catholicisme en était arrivé à si bien pénétrer le corps social qu'on peut dire qu'il ne faisait qu'un avec lui. Il aidait les lois, protégeait les coutumes et réglait les mœurs, et prêtres et consuls, les uns comme les autres, étaient des officiers municipaux. « C'est, en effet, dans cette alliance étroite, qui existait chez nous entre la religion et les libertés municipales, qu'il faut chercher les plus puissants motifs des luttes que le peuple soutint contre la Réforraation.

« Cela est si vrai que, tandis que les commissions données par les procureurs du pays, gouvernant pour la Ligue, portaient invariablement : " Contre les rebelles hérétiques, leurs fauteurs et adhérens », la commune de Marseille, au pouvoir de la démocratie, déclarait combattre « pour les fleurs de lys et les libertés françaises ». L'esprit des guerres de religion se trouve tout entier dans ces deux formules. Le peuple regardait la religion catholique comme la première loi du pays, et les libertés municipales comme inhérentes au catholi-

cisme qui les avait toujours protégées et pouvait seul les maintenir ^ »

Cn enfant d^Ollioules, nommé Isnard, commandait comme capitaine au château d'Evenos, lorsque en 1592 il fut assiégé par Lesdiguières, et il s'y comporta en héros. « Petit, osseux, boiteux, avec des poils roux et hérissés qui lui couvraient le visage, il cachait dans un corps presque difforme une âme haute et fière'% » Quatre jours durant, sans se laisser entamer, il essuya deux cents coups de canon, se défendant avec la plus grande inlelligonce, unie à une extrême bravoure, si bien que Lesdiguières dut renoncer à réduire la place et leva le siège.

« Quand on aperçoit Evenos du fond de la vallée, en levant les yeux vers le zénith, écrivait J. Méry dans une de ces brillantes pages où il excellait à peindre les magnificences de la nature provençale ce n'est qu'un monceau de ruines féodales mêlées aux scories noires d'un volcan éteint. Mais, si l'audace vous prend de gravir ces sentiers brûlés de lave dans le voisinage du ciel, vous trouverez là-haut des plaisirs pour votre vue; car jamais la nature n'aura semé autant de contrastes à vos pieds. A l'ouest, en cllet, ce ne sont que rochers grisâtres et pelés ; les gorges d'OUioules apparaissent comme une immense déchirure de la montagne ; mais, à l'est, là où expire la dernière dentelure du roc, commencent une végétation de fleurs d'or et une suite de collines couvertes d'oliviers... A l'horizon, la campagne fuit vers la mer en ondu-

^ Gustave Lambert, Histoire des guerres de religion en Provence^

t. 1, p. XIII.

* Gustave Lambert, Ibid., t. Il, p. 292.

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lations de verdure; et, quand la terre manque au regard, c'est l'éblouissement de la Méditerranée, c'est la rade de Toulon, dont vous voyez les mâts gigantesques à travers les bois de pins, jetés sur le rivage comme pour présenter leur ombre aux matelots. »

De proportions plus réduites était le château d'OUioules, qui faisait pendant à celui d'Evenos dans la direction de la mer. Avec son donjon central, sa double enceinte et sa poterne ouverte du côté des gorges, il semblait posé là comme une sentinelle à rentrée d'un détroit des Thermopylcs, le défendant contre les descentes des corsaires barbaresques ou contre l'invasion subite de bandes armées. Par les beaux restes qui subsistent des remparts communaux, à Tangle supérieur desquels il s'élevait, et que trois siècles de démolitions n'ont pu achever de mettre à bas, on peut juger de ce que fut sa puissante structure*. La ville ancienne que protégea cette enceinte n'est plus qu'à l'état de ruine. Ca nouvelle, installée au bas du mamelon, sur les bords de la Reppe, s'est édifiée avec les indestructibles matériaux qui lui sont venus des fortifications de celle du moyen âge.

Ce moyen âge s'est conservé dans le vieux 01lioules, sans rien perdre, en ce qu'y a épargné le temps, de sa physionomie originale; et tout un dédale de rues grimpantes y rappelle bien les lointaines époques où les populations rurales y cher-

' Ces ruines sont dominées par une montagne dite du Grand Cerveau, dont les fortifications qu'y a construites le Génie militaire occupent aujourd'hui le point culminant. Une belle route, accessible à rartiUerie, a été tracée sur le flanc oriental, et aboutit à Olliouies, derrière le château.

i6 UNE PETITE VILLE PROVENÇALE

chèrent, à Tabri du donjon seigneurial, la sécurité qui manquait aux champs. De distance en distance, des por/pgues, comme on les appelle dans le pays, c'est-à-dire des arceaux jetés à travers les rues et servant d'arcs-boutants, y soutiennent des passages couverts qui font communiquer entre elles des maisons d'un mAme voisinage. On se croirait à Alger ou dans quelques villes de TOrient. La rareté du terrain à bâtir, dans cette petite place de guerre, avait rendu les gens ingénieux, et, au moyen de ponts suspendus, ils empruntaient une paiiie de leur logis à la voie publique. Pressées les unes contre les autres qu'étaient alors les habitations, elles se détaillaient, se divisaient et se subdivisaient, étage par étage. Les remparts, derrière lesquels s'abritait la petite ville féodale, en rendaient Tenceinte des plus étroites. Il fallait cependant que tous trouvassent à s'y loger ; mais y avoir son home à soi de la cave aux greniers y était presque un luxe. Là-dessus, le héros de nos récits. Jaunie Deydier, qui bientôt ne nous y promènera plus simplement en touristes, mais nous y en fera une sorte d'observatoire social, nous conte une piquante anecdote le concernant. Un peu à la légère, et sans avoir suffisamment pris connaissance des titres de propriété, il acquit une maison avec la confiance qu'il en aurait, du haut en bas, la possession tranquille ; mais, tout juriste qu'il fût, il s'était trompé, et il avait payé cher son inadvertance. Car, à peine venait-il de la remettre à neuf qu'un voisin, François Isnard, lui avait prouvé, pièces en mains, son droit à la terrasse d'en haut, sobeyrana^ oh il comptait établir un séchoir pour ses figues. L'immeuble lui avait coûté 40 florins et, par-dessus le marché, il lui

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en avait fallu débourser encore 13, pour conquérir la terrasse.

Très pittoresques sont la plupart de ces vieilles maisons avec leurs porches en ogives, leurs pignons et encorbellements, leurs fenêtres à croisillons et sculptures, leurs escaliers au style moresque. Quelques-unes le sont, sous d'autres rapports, dans les profondeurs de leurs substructions. M. Louis Guibert, décrivant le Limoges du moyen âge, mentionne parmi ses curiosités, les immenses sou terrains que Ton y voit se joindre, se croiser, s'enchevêtrer sous les maisons, avec les aqueducs et les égouts. « Le plus souvent, dit-il, ces caves présentent deux étages superposés. L'étage supérieur est maçonné et voûté ; celui d'en bas, auquel on accède par des degrés de pierre ou par des rampes, est creusé dans le tuf et de dimensions plus modestes ^ » Certains caveaux des maisons du même temps, à Ollioules, ou il en est formant labyrinthe, offrent quelque chose de semblable. Sans doute, les creusait-on pour se prémunir contre les nécessités d'un siège, en y emmagasinant des provisions de bouche ^.

Mais, parmi les monuments laissés debout à Ollioules par les temps féodaux, ilenestunquiles efface tous, et auquel nous ne pouvons ne pas spécialement nous arrêter. C'est la tour quadrangulaire dominant le mamelon, où s'élevait la forteresse dont elle demeure le dernier débris.

' L. GuiBERT, Le Limoges d'autrefois, sa physionomie^ ses habitants, ses mœurs et ses institutions (188G), p 11.

- Ces labyrinthes ne sontpas particuUers à OlUoules. Le château des Arcs en aurait eu, assure-t-on, de pareils, et plus singuliers seraient encore ceux de Tourves, à ce que disent des visiteurs qui les ont explorés.

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