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château d'Angers, Yolande d'Aragon lui avait donné le deuxième de ses fils, celui-là même qui devait être le roi René, et Theureux père, alors en Provence où il se préparait à entreprendre à nouveau la conquête de Naples, s'était fait romieu à Mont- Majourpouren rendre grâces à Dieu.
Dans ces énormes foules populaires se produisaient des scènes d'un indescriptible enthousiasme, et Ton conçoit que les assistants en gardassent une impression ineffaçable.
Le 13 juillet 1510, Philippe de Vigneulles part de Metz avec sa femme et seize chevaucheurs, pour gagner le grand pardon de « Notre-Dame d'Ayx en AUemaigne » (Aix-la-Chapelle), que, depuis Charlemagne, y renouvelle tous les sept ans la solennelle ostension d'insignes reliques L Plus tard, revenu au foyer, que n'aura-t-il pas à écrire dans son Gedenkbxich !
A grand'peine, lui et ses compagnons ont-ils pu se loger dans la ville. A grand'peine, de très bon matin, ont-ils pu se confesser, trouver une place dans l'église pour s'y agenouiller, et s'approcher des autels, « au milieu d'une si grande et horrible presse qu'il sembloit que les gens se deussent crever ». Et ce n'est rien encore auprès de la scène de l'ostcnsion des « dignes reliques ».
« Si grant et horrible estoit la multitude du peuple que c'est chose incrédibile à gens qui n'y furent jamais. Et print ung chascun sa plaice du
^ Ce sont : 1" un vêtement de la sainte Vierge; 2* les langes de TEnfant Jésus: 3* Xg perizonium du Christ en croix; 4* le linge où fut enveloppé le chef de saint Jean-Baptiste
Naguère encore, en juillet i895, les irièmes solennités amenaient à Aix-la-Chapelle un très grand concours de fidèles.
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mieulx qu'il powoit ; car toutes les maisons, autour de ladite église, estoient sy très fort chargées de peuple et sy très fort de très grosses pièces de mairiens que c^estoit merveille. Et nous fumes mis pour nostre airgent sur Tune de ces maisons, et assez en bonne veue pour veoir les dites reliques. Et là, nous avions le regairt sur la plaice, et voïons tant grant peuple que Ton ne veoit que testes, et encore autant sur les maisons. Et, incontinent que Theure approche, on acomenco à sonner les grosses cloches... »
Suit la description de la cérémonie. Enfin, a lieu Fostension des reliques :
« Et à la veue d'ung chascun, vous diriez que lout le monde tremble du grand bruit des cornets et du cri des hommes et femmes, qui crient miséricorde, et n'y ait homme que les cheveulx ne luy dressent en la teste et que les lairmes ne (^iegnent à l'œil *. M
Transportons-nous maintenant, avec notre héros,
I Philippe visite « le sépulcre de Charlemagne ». — « Mais je vous promets qu'il y avoit telle presse que, se une pièce d or eust cheu des mains d*une personne, il ne luy eust esté possible de la pouvoir relever: et se pourtoient les gens tout en Tair, de force de presse. Et, quant une compaignie de pelle nus vouUoient entrer en Téglise, ou meisQie paisser parmi les rues, ils prenoient le plus fort homme de leur bande et luy faisoient pourter quelque enseigne au chief d'un bourdon comme une bannière, l^t ces gens, hdhimes et femmes, se tenoient tous Tung Taultre p^r le pan de leur roLe derrière, en suivant le premier... ; et, se Tun^ d'eulx se fust dcspairti ou abandonné la robe de son compaignon, il estoit digne d'estre perdu. . . » — Gedenkbuch des meslsr Burgera Philippe de Viffueitlles^ pp. 173 et suiv.
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en Franche -Comté, au grand pèlerinage de Saint- Claude.
Là, au xiu" siècle, dans une antique abbaye, avaient été découvertes la tombe et les reliques du saintde ce nom, Tapôtredela contrée ; dès que la nouvelle s'en était répandue, des multitudes y avaient afflué, et, dans ces lieux jusque-là déserts, une ville n'avait pas tardé à surgir. Il fallait bien que ce pèlerinage eût au loin un renom peu commun, pour que Philippe de Vigneulles, non content des scènes qui l'avaient pénétré d'enthousiasme à Aixla-Chapelle, voulût les revoir ailleurs. Un vendredi de Pâques de Tannée 1512, il se remit en marche pour Saint-Claude, en compagnie de sa femme, de son frère et de sa belle-sœur.
Combien de grands souvenirs ne devaient pas dans là suite s'attacher à ce pèlerinage ! C'est à Saint-Claude que M™* de Chantai, y ayant conduit son fils malade, eut avec François de Sales l'entrevue décisive où il se chargea de sa conduite spirituelle. C'est à Saint-Claude encore que le saint évoque, à la vue des protestants de Genève, dont il avait tout à craindre, accomplit le miracle de mener à pied c( avec les triomphales enseignes, au son des clochettes », plusieurs centaines de pieux fidèles de Thonon, sans qu'il lui survînt aucun obstacle * .
Nous parlions plus haut des courants de la pensée et des sentiments populaires, que les difficultés matérielles des communications n'empêchaient pas de s'étendre au loin. Cela s'applique particulièrement au culte des saints, aux entraînements que
1 Histoire de saint François de Sales^ par son neveu, t. I, de l'édit. Vives, pp. 390 et suiv. ; t. II, p. 8,
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suscitaient les pèlerinages ; et le fait de notre Deydier d'Ollioules, en quête d'un sanctuaire célèbre, allant chercher à des centaines de lieues ce qu'il avait tout près de lui, en est bien un exemple.
L< culte de saint Claude était à cette époque très répandu en Provence : témoins en sont les nombreux anciens autels qui lui sont consacrés, les tryptiques où il figure. Sans doute, l'occasion de ce lointain voyage vint-elle à Jaume do quelque grand pardon, donné en 1472 sur les lieux mêmes où étaient vénérées les reliques du saint. Sans doute aussi avait-il Thumeur remuante ; car la Sainte-Baume, qui lui était très proche, eût pu suffire, ce semble, à ses pieuses pérégrinations.
La Sainte-Baume était pour les Provençaux le centre d'un culte tout national, et qui y attirait des diverses parties du monde, est-il dit dans une bulle d'Eugène IV (11 mars 1431), des multitudes pleines de dévotion pour sainte Madeleine*. Marie d'Anjou, femme de Charles Vil et sœur de René, n'y avait-elle pas fait acte de pèlerinage ?et René lui-môme, àpeiné sorti de la prison où l'avait tenu Philippe de Bourgogne, dans ses préparatifs d'embarquement pour Naples où Alphonse d'Aragon lui disputait l'héritage de Jeanne 11, n'y avait-il pas passé neuf jours de retraite spirituelle, se mettant sous le patronage de sa sainte de prédilection, décorée par lui du titre de secretaria et sola apostola Chris ti^ ? Des testa-
1 « Cum autem, ob reverentiam ipsius sanctœ, de diversis mundi partibus, causœ devotionis, maxima sœpius illuc confluât peregrè populi uiulUtudo. » Paillon, t. II, p. 1121.
* Lecot db la Marche, le roi René^ t. I, p. 135 ; t. II, p. 48.
Nommons aussi Louis XI, lequel, n'étant encore que Dauphin, était venu au tombeau de sainte Madeleine, à Saint-Maxirain, demander é, Dieu par Tintercession de la sainte la naissance d'un