LES PÈLERINAGES
ments d'alors nous initient à ce qu'était ce culte dans les familles. Le 10 novembre 1414, noble Bilette, femme de noble Urbain Geoffroy, seigneur de Collongue (aujourd'hui Simiane-les-Marseille), impose à son mari le devoir, sitôt après sa mort, de faire le Romipetagivm de la bienheureuse Marie-Madeleine au lieu de Saint-Maximin, au nom d'elle testatrice, avec un cierge d'un florin.
Non loin d'Ollioules, sur le territoire de Six-Fours et le long de la mer, était un vieux chemin pavé de laves noires se dirigeant dans le temps jadis sur Tauroentum, et jusqu'à nos jours appelé lo camin roumiou de Santa Madalena. Il conduisait à une chapelle souterraine, sur laquelle fut plus tard construite l'église sanctœ Mariœ et sancti Pétri de Ftirnis dont une des chapelles porta le nom de la sainte ^ Le chemin des pèlerins de sainte Madeleine, qui existait à Six-Fours, était analogue à tous ceux que distinguait la même dénomination signalée par Du Gange, de Camini Romei^ Romeorum via. Le long de ces voies s'élevaient des hospitalités, des maisons de refuge ; il y en avait jusque dans les hauteurs alpestres*. Celle du Lautaret, dédiée à sainte Madeleine, y occupait un point, ayant 2.057 mètres
héritier, puis était monté à la Sainte -Baume. < C'est lui qui fît construire dans la <2^rotte le monument gothique qui recouvrait jadis le maître-autel. > J.-H. Albanès, le Couvent t^oyal de Saint- Majcimin en Provence^ p. 494.
1 Marquis d'Audiffret, Annales de Six-Fours (1866).
s Elles étaient en petit ce qu'étaient en grand les hospices du mont Cenis et du mont Samt-Bernard. Parmi les parchemins des Deydier, nous en avons trouvé un, venant du mont Saint-Bernard, où l'on voit que, jusqu'au fond de la Provence, on recueillait pour eux des aumônes. Des indulgences in articulo mortis y sont accordées à Johan Deydier et à Delphine Fournier, sa femme, comme bienfaiteurs hospitii sancti Bemardi montis Sionis.
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d'altitude, où est la ligne de partage des eaux de la Duranceet de Tlsère.
Les pèlerinages à sainte Madeleine étaient de fondation, sitôt que les époux avaient reçu la bénédiction nuptiale, et la coutume s'en conserva longtemps après le moyen âge. « Souvent môme, au témoignage du comte de Villeneuve-Bargemon, ils étaient Tobjet de stipulations dans les contrats, et il était rare qu'ils ne s'effectuassent pas ; car cette omission aurait été regardée comme devant amener un défaut de tendresse de la part du mari. Quelques pierres, placées les unes sur les autres, sont le témoignage de l'accomplissement de ce vœu. Biles se nomment co^ ^^//^/«(petits châteaux). On en rencontre une grande quantité dans le bois, sur le chemin de la grotte, et jusqu'aux abords du Saint-Pilou*. »
Mais voici un témoignage plus intéressant encore que les castellets.
Vers le milieu du xvi' siècle, en janvier 1548, Jérôme des Laurens, jeune jurisconsulte d'Avignon, y épouse Elisabeth de Lopis, et, dès le lendemain de son mariage, il se fait pèlerin avec elle. Or, où Tamène-t-il? Près de lui est Saint-Gilles, un des lieux saints alors les plus célèbres. Les Belges, entre
^ M. Bérenger-Feraudf directeur du service de santé de la marine de Toulon, a publié récemment, sur les castellets^ de curieuses observations. € Ils présentent, dit-il, deux variétés assez distinctes pour mériter d*être différenciées. Les uns sont constitués par un amoncellement de quelques pierres, de trois à une douzaine, disposées de telle sorte qu'elles forment une pyramide grossière... Les autres le sont par une seule pierre plus longue et que Ton a eu soin de placer dans une des cavités ou fissures que présentent les rocs du sommet de la montagne, de manière à offrir un véritable menhir de petite dimension... » Revue (T Anthropologie^ 15 janvier 1880. V. aussi le Littoral de ta France j par Vattier d'Ambroysci t. VI, p. 183-184.
ils LES PÈLERINAGES
autres, y viennent en grand nombre *. Là n'est pas son attrait, et c'est à Sainl-Maximin, où Ton vénère le chef de sainte Madeleine, qu'il la conduit pour la récréer, ad limina beatœ Mariée Magdalenœ^ ejus animi recreandi gratia. Tout le long de la route, nous dit-il dans son Livre de raison, elle le charma par les grâces de sa parole, et gratiam sœpè in ore habebat peregrinatione^ par l'agrément de sa conversation, quoties de rébus jucundis loqtiebatur. Son voyage dura plus qu'il n'avait projeté ; mais les sacs des procès à juger* n'avaient qu'à attendre, et il déclarait être le plus heureux des hommes, puisque, dans la société d'une femme d'élite, il pouvait aller à travers le monde avec une conscience nette et un esprit libre. Beatus vir qui^ domum egrediensj sine scnipulo vadit et liberum animum ducit seçum ! Plus tard, dans ses vieux jours, ayant eu la douleur de perdre une épouse si accomplie, il lui consacrera tout un éloge plein des émotions et des inspirations de sa tendresse : Je ne pouvais trouver une femme meilleure et plus aimante ; aucune n^a été vénérée de son mari plus quelle ne Va été par moi^ pendant les cinquante années que nous avons passées ensemble. Elle fit la prospérité de ma maison. Fidèle
1 II en est même qu'on y envoie en réparation de certains méfaits. En 1431, à Tournai, un ménestrel du bas-jeu^ nommé Denis de la Rivière, est condamné à faire le pèlerinage de Saint-Gilles en Pro vence, € pour avoir battu et navré à sang Roger Bernard, ménestrel du haut-vent ». En 1432, c'est le tour de Jean Thomas, tailleur d'images, « pour avoir navré en péril d'affolure Tassart du Tielt, sans cause raisonnable ». Cii. de Linas, Bullelin de la Société scientifiqutf historique et archéologique de la Co/rèze (^1885, t. VII, pp. 114 et suiv.).
2 11 était alors juge de Saint-Pierre. Bientôt après, il fut élu primicier de TUniversité, puis nommé auditeur au tiibunal de la Rote. On le verra plus loin élevé à la dignité de comte es lois.