‹ La société provençale à la fin du Moyen Age d'après des documents inéditsChapitre 26 sur 65 · AU XV* SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XV* SIÈCLE

de ce prince, autant de reines aux principales monarchies de l'Europe, et qui, en 1245, couronna son œuvre par le mariage de Béatrix, la dernière, avec Charles I" d'Anjou *. De son pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, il avait rapporté le prénom de Romieu qui, sous la forme française de Romée, est devenu, on le sait, héréditaire chez ses descendants^. Au xv* siècle, loin de la Provence, un autre exemple de ce fait nous est offert par une simple femme, mais à qui revient bien de droit un peu de rillustration de sa fille. En 1429, Isabelle Romée, mère de Jeanne d'Arc, devait prendre ce dernier prénom, au retour du grand jubilé, du grand pardon, donné cette année-là (25 mars) à Notre- Damedu-Puy en Velay, et auquel, plus que jamais, les terribles extrémités où était tombée la France prêtaient un caractère national •^. Jeanne l'y avait envoyée avec plusieurs de ses amies et de ses compatriotes, pour que le commencement de ses opé-

1 En 4234, Marguerite avait épousé saint Louis, roi de France ; en 4236. Eléonore, Henri III Plantagenet, roi d'Angleterre ; en 1244, Sancie^ Richard de Cornouailles, empereur (roi des Romains), frère du précédent. Dante a célébré le fait dans sa Divine Comédie :

Qualro figlie ebbe, e cicutcuna reina^ Ramondo Berenghieri, e do gli fece RomeOf persona umile e peregrina.

{Paradis, chant VI, vers 133-435).

* La qualification de Romieu ou Roumieu devient même, pour quelques-uns, un nom d'adoption qui finira par effacer celui porté par eux jusque-là. En 1430, à Lambesc, un notaire, dressant un acte pour un de ses clients, Joban Berenger, lui donne le nom sous lequel il était le plus connu : alias Romieu^ écrit-il.

• SiHÉON Luge, Jeanne d'Arc à Domremy. — Recherches sur les origines de la mission de la Pucelle (1886).

rations ci son entrée en campagne coïncidassent avec les prières des pèlerins *.

Enfin, chez combien de familles, encore subsis* tantes, ne trouve-t-on pas l'ancien mot de Romieu à Tétat de nom patronymique !

Quant à notre Deydier, il lui suffit de placer sa qualité et son titre de Romieu de Saint-(]!laude, en tête de son Livre de raison, ainsi que nous Tavons dit, comme un fait d'éclat.

* La Provence, elle aussi, semble avoir participé à ce mouvement. Deux notaires d*Alx, exprimant leurs regrets d*avoir manqué sous ce rapport à Taccomplissement d'un vœu, en témoignent pour leur propre compte. Le premier, Etienne Chaulan, a chargé Huga, sa veuve, de le tenir à sa place; et celle-ci, le 15 avril 1431, emprunte 4 florins et demi pour les dépenses du voyage. Quant au second, Laurent Duranti, qui avait promis de conduire à Notre- Dame-du-Puy sa femme et ses enfants, il fera plus. Par son testament du 3 mars 1432, il léguera 10 florins à la personne qui ex^cutera son engagement, si un de ses héritiers ne s'acquittsût pas de ce soin.

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