PRÉFACE V
tants, et peut-être encore seraient plus intéressants à entendre ! Ceux-là, il faut aller les chercher dans les profondeurs du pays, sur le théâtre même, si petit qu'il soit, où, obéissant au mouvement général, ils remplirent leur rôle. A eux, de nous traduire en faits ce qui est le grand charme de rhistoire comme expression de la vie sociale, de nous montrer en action comment, à peine sortie des désastres de la guerre de Cent Ans, d'un long siècle de souffrances et de misère, la France se releva si vite, et grâce à quelle étroite union entre les classes y devinrent si fécondes les énergies d'un travail réparateur.
Or, là-dessus, tous les témoignages, tous les documents de l'époque sont concordants et unanimes, et, parmi les traits qui les distinguent, il n'en est pas de plus saisissant que l'admirable esprit de concorde dont grands et petits apparaissent animés. La France d'alors est vraiment la France dans l'expansion et le rayonnement de ses qualités natives. Rien encore n'est venu en troubler l'équilibre moral et normal, l'économie intime. Elle est heureuse et fière d'un roi qui sait la comprendre, et, quand elle lui décerne le beau titre de Père du peuple ^ elle se glorifie elle-même en lui, parce qu'elle sent ses
1 On sait que ce beau titre fut donné à Louis XII, au milieu des acclamations des assistants, émus jusqu'aux larmes, par les États généraux réunis à Tours, le 14 mai 1506. L'orateur, parlant en leur nom, dit « qu'il avoit maintenu son royaume et son peuple en si bonne paix que, par le passé, n'avoit eu une plus grande tranquillité, tellement que les poules portaient le bassinet sur la teste... »
Tl PRÉFACE
<lestiDées, la prospérité de la famille nationale, grandir avec la puissance de celui qui en est le chef. Et ces sentiments ne seront pas d'un jour. Bien des années après, il y aura là des souvenirs de félicité sociale, d'autant plus vivants au cœur de la nation que les contrastes entre le présent et le passé s'accuseront davantage ; puis, lorsque, avec les guerres de religion, se sera déchaînée, sur cette société naguère si rassérénée, une efiFroyable tourmente entraînant de nouvelles souffrances, de nouvelles ruines, un grand Français d'alors demeuré le fidèle et incorruptible gardien des vieilles mœurs, L'Hospital, mettra une piété toute patriotique à les rappeler*.
Ces souvenirs ont aujourd'hui pour nous cela de mémorable qu'ils marquent, en quelque façon, la ligne de partage entre deux sociétés, qu'ils nous font toucher aux confins de deux mondes.
Tels sont ceux qui vont se dérouler dans des pages, encore une fois consacrées à la Provence et -destinées à compléter le tableau qu'au double point de vue domestique et social nous en avons déjà tracé, spécialement pour les deux derniers siècles ^.
1 Traité de la réformalion de la justice, t. I, pp. 356-379 (édit. Dufey, 1824).
- La vie domestique, ses modèles et ses règles, d* après des documents originaux, 2 vol. in-18, 3* édit. (Paris, Balteoweck, 1876). — Une famille au xvi' siècle, 1 vol. in-18, 3' édit. (Tours, Maine, 1879). — Les Familles et la Société en France avant la Révolution, 2 vol. in-18, 4" édit. (Tours, Marne, 1879). — Le Livre de famille, 1 vol. in-18 (Tours, Maine, 1879). — Une grande dame dans son ménage au temps de Louis XIV, d'après le journal de la comtesse de Rochefort, 1 vol. in-18, 2- édit. (Paris, Palmé, 1890).