PRÉFACE VII
En nous reportant à des âges plus lointains, ils nous permettront de mieux nous initier à ce qui fut son génie propre. Ils nous fourniront l'occasion de la dépeindre, dans ses mœurs, au moment où, tout en étant près d'être réunie à la France, elle formait •encore une nationalité jalouse de se conserver pleine et entière dans ses coutumes, et aussi, au lendemain de cette réunion, lorsqu'elle continuait à garderies conditions essentielles de son autonomie.
Moment unique pour la considérer de près, que celui de sa première renaissance sous son bon roi, le roi René, puis de sa complète résurrection sous Louis XII ; pour essayer de la faire revivre dans ses foyers domestiques, dans son organisation et ses institutions populaires, dans ses libertés communales ; pour en explorer le monde rural, savoir ce qu y étaient le régime seigneurial, les rapports que nobles et paysans y avaient entre eux, le point auquel ceux-ci étaient parvenus dans leur travail de libération foncière.
Un incomparable modèle nous était offert, sous <îe rapport, dans le grand livre de Jean Janssen sur Y Allemagne à la fin du moyen dge *. Nous avons essayé de marcher, quoique de loin, sur ses traces.
Nous nous sommes également inspiré de la pen- ^e de l'homme éminent qui fut notre vénéré maître, M- F. Le Play.
' Traduit de rallemand sur la 14* édition, avec une préface de -M. C.-A. Heinrich (Paris, E. Pion, Nourrit, etc., 1887).
VIll PRÉFACE
Dans rintroduction du livre qui a illustré son nom, La Réforme sociale en France^ déduite de r observation comparée des peuples européens^ quelles pages lumineuses et éloquentes, dictées par le plus pur patriotisme, ne lisons-nous pas de lui sur les inappréciables services rendus à la science des sociétés « par les vieux écrits que déchiffrent les paléographes * » ! Nul n'a mieux caractérisé, avec cet intérêt scientifique, les autres attraits qui s'y attachent. « L'historien ou le romancier, dit-il, qui se placerait pour la première fois à ce point de vue (celui des beaux exemples d'harmonie sociale que découvre Tancienne France), en s'appuyant sur l'étude des faits et des mœurs, nous transporterait pour ainsi dire dans un monde inconnu. »
Or, c'est bien, en effet, un monde inconnu que nous allons voir reparaître au grand jour dans une multitude de textes, laissés par les notaires provençaux des xiv% XV® et xvi' siècles, et surtout dans un Livre de raison, comme il y en a peu, tenu de 1477 à 1521 par Jaume Deydier, un Provençal du charmant pays d'OUioules, près Toulon, représentant à cette époque une famille dont il nous dit l'histoire depuis le milieu du xiu* siècle, famille aujourd'hui toujours vivante.
Par quel miracle un tel document, et les riches archives qui l'accompagnent, ont-ils pu traverser la Révolution sans y périr?
• T. I, chap. VI, % 4, p. 43 de la 6- édition.