CHAPITRE II
PAR QUEL ESPRIT DE PAIX ET DANS QUELLES CONDI- TIONS ÉCONOMIQUES SE CONSTITUÈRENT, EN PRO- VENCE, LES LIBERTÉS COMMUNALES DES CVM- PAGNES.
Sommaire. — Formes de rhominage féodal dans la Provence du moyen âge. — Le baiser de paix donné par le seigneur à ses tenanciers. — Comment et avec quelles garanties sont conclus les règlements transactionnels de leurs intérêts réciproques. — Seigneurs et tenanciers ayant une égale crainte des gens de loi.
— Le diable dénoncé par eux comme Tauteur de toutes zizanies.
— Les transactions intervenues entre eux, et leur esprit de paix.
— L'histoire de ces transactions est celle même des communes rurales. — Les caps d*ostal et les parlements publics où ils délibèrent en assemblée plénière. — Les petits conseils établis pour les affaires courantes. — La statistique et un statisticien communal à la fin du xv* siècle. — Jaume Deydier dressant en 1491 et en 1516 un état des productions d'Ollioules. — Son Livre de raison, sorte de manuel d'un contribuable du temps. — Les affouagements et les cadastres, bases fixes pour Tassiette et U répartition de l'impôt foncier. — Les finances d'Ollioules à deux cents ans de distance : 1* en 1491, sous Charles VIU; 2* en 1698. sous Louis XIV.
Parmi les formes sous lesquelles au moyen âge se manifestaient Tidée de la paix, l'esprit de paix et de solidarité mutuelle, dans les rapports des principaux propriétaires du sol avec les populations des campagnes, comment pourrions-nous ne pas nommer V/iommage, en qui se symbolisait le lien féodal
GOMMENT s'étaient CONSTITUÉES LES LIBERTÉS 4^1
lui-même? Au xv* siècle, il est l'objet de tout un cérémonial, qui s'allie avec une extrême simplicité, et il donne lieu à des scènes des plus rustiques.
C'est bien une scène rustique, par exemple, que celle où, le 14 mai 1422, Marguerite de Rians, nouvellement investie de la seigneurie du lieu de Regusse, nous est représentée présidant au premier acte constitutif de sa juridiction. Installée au village même, et y prenant pour siège un banc devant la porte d'Alexis Gondran, un de ses habitants, comparaissent devant elle ses tenanciers, chefs de famille, venant reconnaître en sa personne leur c( dame et maîtresse ».
« A cet effet, porte le procès-verbal dressé pour la circonstance, eux à genoux*, les mains jointes entre les mains de ladite dame, sur un missel comme est de coutume, ont preste hommage et serment de fidélité, promettant lesdits hommes que, dores en là, et jusqu'au dernier soupir de leur vie, ils lui seront obéissans, loyaux et fidèles, à elle et aux siens, qu'ils ne feront conseil, traité et accord, par lesquels seroit machiné contre leur vie... Et, s'ils ont notice que aucune de ces choses se passe contre ladite dame, ils l'empêcheront de tout leur pouvoir. Et, s'ils n'ont moyen de résister et d'y mettre empêchement, le plus tost que faire se pourra, le feront entendre et déclareront à ladite dame ou aux siens, par eux ou par messagers exprès, et bailleront de tout leur pouvoir aide et secours. Et ce que, par ladite dame ou les siens, sera dit en secret à un desdits hommes, ne d(^cla-
1 Au XVIII* siècle, rhommage n'est plus prêté que debout, à moins qu'il n'existe un titre primordial servant de régie. — La Tou- LOfTBRS, Recueil de jurisprudence féodale (1165), t. I, p. 149.