‹ La société russeChapitre 17 sur 50 · LE OOMTB PB0TAB60FF · texte numérisé non relu

LE OOMTB PB0TAB60FF

« Une seule loi, une seule langue, une seule croyance >> , telle était la devise que Tempereur Nicolas avait choisie pour résumer sa profession de foi politique. Chacune de ces trois impériales idées était représentée par un génie spécial; la création d'une loi unitaire devait être réalisée parle petit comte Bloudoff, chef de la deuxième section de la chancellerie particulière de Sa Majesté, et, plus tard, président du conseil de Tempire; la domination de la langue unique devait s'étendre sur les Polonais, les Suédois, les Finnois, les Allemands, les Tartares, les Samoïèdes et les Gircassiens par les soins du ministre de Tinstruction publique OuwarofT. Le génie de la foi orthodoxe unique, qui devait être octroyée aux catholiques, aux juifs et aux protestants comme une route impériale qu'on était autorisé à suivre pour aller au ciel, portait un uniforme rouge de hussards, avait aux pieds de bruyants éperons au lieu d'ailes et brandissait un énorme sabre destiné alternativement à indiquer par son éclat aux régiments de hussards de la garde de Sa Majesté, le chemin des glorieuses revues et

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des glorieuses manœuvres ou à montrer la route du ciel aux patriarches réunis dans le très-saint synode dirigeant. L*autorité supérieure ecclésiastique de la Russie, composée d'archevêques et de supérieurs de couvent, se succédant les uns aux autres d*une façon périodique avait, après i830, pour procureur en chef le comte Protassofif, aide de camp général de Tempereur, attaché au régiment des hussards de la garde ; ce personnage était ainsi le représentant de l'empereur dans toutes les affaires ecclésiastiques. Bien que Pierre-le- Grand eût déjà ordonné, en abolissant la dignité de patriarche et en créant le synode (1700 à 172i), que le procureur en chef de ce département devait être un homme courageux^ autant que possible un militaire, afin de pouvoir étouffer avec Ténergie nécessaire toutes les velléités d'indépendance du clergé et réaliser d'une manière efficace le césaropapisme; on fut généralement étonné de voir l'empereur Nicolas conférer, après une longue interruption, la dignité de procureur à un élégant général de la garde, connu comme un des lions du grand monde ; les métropolitains et archevêques orthodoxes étaient surtout intéressés dans cette affaire, et il leur fallut des semaines et même des mois pour s'habituer à l'uniforme rouge et au son de voix temporellement brusque de leur nouveau chef.

On disait bien qu'un oncle deProtassoff avait été, au dix-huitième siècle, archevêque d'une éparchié du sud de la Russie et avait laissé différents ouvrages dont on s'était beaucoup occupé autrefois; mais il y a trop longtemps de cela pour que cette circonstance pût ex-

pliquer le moiiiB du monde le caprice de Teropereur. Cependant on vit bientôt que le choix du monarque était plus heureux et plus convenable que ne le pensaient les laïques et les ecclésiastiques qui le critiquaient. Dans la période d'environ vingt années pendant laquelle Protassoff administra les affaires ecclésiastiques, U ne fut, il est vrai, jamais question de faire faire des progrès à Torganisation intérieure de TÉglise, d'animer le formalisme sans vie du culte orthodoxe, de réprimer Tesprit de domination et la cupidité du haut clergé monastique ou d'augmenter Tinstruction du clergé séculier, qui croupissait dans l'ignorance, la grossièreté et la pauvreté. Au contraire, jamais les établissements d'instruction ecclésiastique ne furent plus misérables; jamais les popes ne furent plus sots et plus méprisés que pendant cette période; jamais on ne vola plus effrontément et sur une plus grande échelle; jamais les moines russes ne furent aussi bas au point de vue intellectuel et moral que sous Tadmii^istration de Protassoff; mais il faut dire aussi qu'on n'avait pas songé à tous ces détails insignifiants en confiant à cet homme au sabre retentissant le rôle d'archange du s3mode; Protassoff s'était seulement chargé de combattre l'indolence et l'apathie du clergé orthodoxe en lui inoculant la dose de fanatisme et d'intolérance nécessaire pour rendre l'Église nationale capable de tenir tète aux autres cultes chrétiens et pour en faire un instrument avec lequel l'empereur pût réaliser ses projets d'unité. U fallait pour cela un homme qui réunit, dans les proportions convenables , les qualités du bu-

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reaucrate despotique et celles du fanatique, mais du fanatique par réflexion. Nicolas découvrit ces qualités dans son élégant aide de camp général et les utilisa immédiatement pour le bien de Tempire de ce monde et de l'autre monde. Ce fut là un des plus grands mérites de Vimmortel champion des intérêts de TEurope chrétienne et conservatrice.

ProtassofT, qui fut élevé dans la suite au rang de comte, comme tous les autres grands hommes du temps de Nicolas, n'a jamais été très-connu à l'étranger et a été oublié dans son pays plus vite que ses deux collègues de ^ langue unique et du droit unique. Ce n'est que dans ces derniers temps que l'école toute récente pour laquelle M. N. Mourawieff est le type de l'homme d'État russe comme il doit être, a essayé de remettre en honneur la mémoire de ProtassofT et de faire de ce fanatique, qui était détesté du temps de l'ancien régime par tous les Russes aux idées libérales et humanitaires, un des hommes les plus éckurés, les plus civilisés et les plus distingués du règne de Nicolas /•' ^

Les néophytes de Mourawie£r avaient, il est vrai,

l. Voir la Lettre à M. A, de Treitschke (Leipzig, S. Hirzel, 1874). L*auteur de cette brochure , écrite en vue d'amener un rapprochement entre les Grecs orthodoxes et les vieux catholiques, essaie de réhabiliter TÉglise russe aux yeux de l'Europe libérale, de démontrer qu'elle ne dépend pas du bon plaisir du gouvernement, et de prouver au monde que la situation de cette Église est tout à fait normale et répond mieux que toutes les autres Eglises actuelles aux besoins de Tépoque présente. Pour arriver à ce but , le publiciste dénature les faits les plus connus et produit des arguments que tous ceux qui connaissent la Russie ne pourront lire sans sonrirej qulls soient orthodoxes ou catholiques, Russes ou étrangers. On

quelque peu raison, à leur point de vue; car Protassoff a rendu dans son département des services dont les fruits ont survécu à leur auteur et sur lesquels vivent encore de temps en temps nos démocrates nationaux, qui sont, du reste, peu disposés à dire du bien de Tem-

trouvera surtout comiques les efforts que Fauteur de la brochure fait pour prouver l*indépendance du synode et le peu d'importance de son chef réel, le procureur en chef. Il dit, par exemple, dans ce but, que le seul membre laïque de notre corps ecclésiastique suprême n'a que voix consultative; mais il oublie de constater qu'aucune des décisions du synode n'est mise en vigueur avant que le procureur en chef l'ait approuvée , que ce fonctionnaire a le droit de faire un rapport direct & l'empereur pour lui demander de se prononcer dans le cas où l'avis du procureur en chef diffère de celui de la majorité, et que les établissements d'instruction ecclésiastique, l'administration des biens de l'Église et les secrétariats des consistoires (autorités ecclésiastiques des éparchies) sont soumis directement aux ordres du procureur en chef. CSe fonctionnaire a une chancellerie spéciale, très-nombreuse, qui travaille toute l'année, tandis que le synode ne siège que 180 jours par an, en vertu d'une prescription expresse de la loi et ne délibère jamais pendant plus de trois heures. Toutes les affaires courantes sont réglées à la chancellerie du procureur en chef et sont seulement soumises à la signature des membres du synode; mais le procureur en chef et le directeur de sa chancellerie désignent eux-mêmes les affaires qui doivent être considérées comme courantes et celles qui doivent être considérées comme extraordinaires. Les formes restent dans tous les cas les mêmes ; en d'autres termes, toutes les décisions sont portées au procès-verbal comme ayant été prises par le synode. Comme la composition du synode change continuellement et que le procureur est permanent, il est évident que tout dépend de lui et du directeur de sa chancellerie ; outre ces deux laïques, les deux personnes dont on doive tenir compte , sont le métropolitain de Novgorod et de Saint-Pétersbourg et le confesseur de l'empereur. La seule branche de l'administration qui soit réellement dans les mains des membres ecclésiastiques du synode, est la censure des ouvrages ecclésiastiques. Ceux qui veulent se renseigner comme il faut à ce si^et, n'ont qu'À lire un ouvrage excellent dans son genre : Roiukoté tchomoîé i biiloti doukhowenstwo (Le cierge russe noir et blanc). (Leipzig, 1866, chez Fran^Wagner. 2 vol.)

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