CHAPITRE Vlll
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Les aristocrates, qui en politique professent des idées libérales, sont habituellement dans les relations sociales plus intolérants que des tories féodaux. Ce fait ne peut être mieux observé que dans nos salons à la nouvelle mode de Saint-Pétersbourg et de Moscou, qui même sous ce rapport offrent une analogie singulière avec ceux de la société libérale parisienne du dix-huitième siècle. Les hommeâ et les femmes, tout en sacrifiant solennellement au radicalisme et en répondant par un: « Mais moi, je vais plus loin » à toute revendication démocratique, n'hésitent pas à professer, dans les relations sociales, l'opinion du défunt Alfred Windischgraetz, qui estimait que Thorame ne commençait qu'à partir du baron. Ce phénomène trouve son explication dans l'histoire russe, depuis Pierre-le-Grand , dans la lutte d'extermination systématique, que la maison des Romanows a livrée aux prétentions de l'aristocratie russe à une part dans le gouvernement. Pendant le
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dix-huitième siècle, cette opposition de la noblesse offrait un caractère franchement aristocratique ; depuis Tempereur Alexandre I«', elle passe et se donne pour libérale, parce qu'elle partage l'aversion des libéraux pour Tabsolutisme. Cette opposition n'a jamais abouti à rien. Bien plus, à part le court épisode qui s'est produit lors de Tavénement de Timpératrice Anna Iwanowna, la noblesse russe, dans tous les conflits où elle a osé s'engager contre le pouvoir impérial, a toujours été battue et chassée de ses anciennes positions, pour faire place à des parvenus ou à des étrangers immigrés. Ces derniers ont toujours eu de bonnes raisons pour rester les partisans et les alliés de l'absolutisme, dont ils mangeaient le pain et chantaient les louanges. Ils y ont toujours trouvé leur compte, car leurs adversaires ont régulièrement battu en retraite. La dernière tentative de te genre, le soulèvement à la fois aristocratique et radical-démocratique de décembre 1825, s'est terminée par le complet anéantissement du prestige qu'avait gardé la noblesse russe au service de l'Etat , et qui fut reléguée dans la sphère des relations purement sociales. C'est dans les salons seulement que la noblesse russe put manifester son opposition à l'influence nivelante de cet absolutisme impérial qui foulait aux pieds l'aristocratie et s'eflbrçait d'appliquer la règle que, en Russie, il n'y a de gens distingués que ceux à qui le tsar adresse la parole. Nicolas tenta très-sérieusement de confier à des « hommes nouveaux » les plus hautes charges militaires et civiles de l'empire. Ce souverain, qui soi-disant était un prince vraiment
national, avait une préférence toute particulière pour les Allemands « soigneux, » parmi lesquels il choisit la piupart de ses serviteurs intimes et qui, à ce. prix, durent souffrir qu'on les traitât de « mamelouks de l'empire. » Mais il n'a jamais complètement réussi dans sa tentative ; les créatures de sa faveur n'avaient en effet rien de plus pressé que de s'identifier à l'ancienne caste dominante et de se faire imprimer par elle le sceau de l'égalité de condition, égalité qu'ils avaient en somme acquise, bien que tardivement. D'ailleurs, dans les dernières années de sa vie, l'empereur chercha à rentrer dans l'ancienne voie; animé depuis i 848 du désir de devenir « le rempart des intérêts conservateurs et nationaux » , il eut soin de favoriser plus qu'autrefois les membres de la noblesse russe dans les services civil et militaire.
Malgré tous les changements qui, pendant les quinze dernières années, se sont produits dans notre vie publique, la règle est encore aujourd'hui que la plupart des charges élevées sont aux mains de gentilshommes de haute naissance et que tout dignitaire, dans les veines duquel le sang bleu ne coule pas, est considéi'é comme un intrus. Si « l'homme nouveau » a une valeur réelle et s'il sait prendre position dans la classe dirigeante, il ne lui est sans doute pas trop difficile de se faire adopter par elle. Mais, aujourd'hui comme autrefois, la règle est que le pouvoir est possédé par les anciennes familles ou par celles dont la fortune date du dernier siècle. Les principaux chefs de la démocratie, à part quelques rares exceptions, appar-
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tiennent également à d'anciennes familles. Le prince Urussoff, lavocat radical bien connu de Moscou, descend d'une ancienne famille de boyards; le fameux Bakounine (dont le cousin et les frères occupent de très -hautes charges) est d'une noblesse encore plus ancienne; Samarin, KoschelefT et Tcherkawsky, les trois chefs du parti slavophile , qui déclament continuellement contre les classes privilégiées, sont de riches propriétaires nobles, et, dans la vie privée, des hobereaux de la plus belle eau. Si, à l'étranger, on ignore ces détails et si on n'y croit pas, c'est surtout parce que la plupart de nos familles illustres n'ont pas de titres nobiliaires et que la langue russe ne connaît pas la particule. Les deux tiers des familles qui prétendent constituer l'élite de la société russe, n'ont pas de titre et n'en veulent pas avoir, u Roi ne peut, prince ne veut » est encore la devise des Naryschkin, des DemidofT, des Buturlin, des BulgakofT, des Tanejew, qui ne le cèdent en rien aux familles souveraines ni aux comtes fabriqués seulemQAt aux dix-huitième et dix-neuvième siècles.
Dans toute la haute société de Saint-Pétersbourg, il n'y a qu't4n groupe d'hommes qui unissent le libéralisme social au libéralisme politique, qui ne sont pas des aristocrates et ne veulent pas passer pour tels. Ces hommes sont les partisans du ministre de la guerre Milioutine et de son frère décédé , l'ancien secrétaire d'État pour la Pologne. Le fait qu'un homme comme le général Dimitri Milioutine a pu devenir ministre de la guerre et garder ce poste pendant onze ans prouve
que, chez nous aussi, une nouvelle ère s'est ouverte avec de nouveaux besoins et de . nouvelles manières de voir; car justement ce poste était resté depuis plusieurs dizaines d'années aux mains de la haute noblesse, qui le considérait comme son domaine, aussi bien que le service dans la garde des chevaliers (garde du corps de rimpératrice) et dans la garde à cheval (régiment de Tempercur).
Pendant les dix dernières années du gouvernement de Tempereur Alexandre I*', la direction du ministre de la guerre était restée entre les mains du comte Araktscheïew, le dernier favori impérial à Tancienne mode, le dernier représentant haut placé de celte espèce de tyrans nationaux qui, pendant le dix-huitième siècle, ont créé un type spécial et ont été si nombreux pour le malheur de leur patrie. Cet homme singulier avait gagné la confiance de son maître, qui lui ressemblait si peu, par deux qualités, qui aux yeux du soupçonneux Alexandre, balançaient tous ses défauts : attachement et dévouement aveugle à la personne souveraine et incorruptibilité. Grâce à ces
qualités, Tofficier d'artillerie, né en n69 d'une famille noble ancienne mais peu connue , avait été déjà le favori de l'empereur Paul, qui, peu de temps avant sa mort, avait l'intention de rappeler à sa cour Araktscheïew, tombé en disgrâce pour un futile motif et d'en faire le gardien de sa personne. Pahlen, le chef du complot dirigé contre la vie de l'empereur, savait parfaitement que, cette fois, Paul avait choisi l'homme qu'il fallait et parvint à faire disparaître l'empe-
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reur, avant qu'Araktscheïew arrivât dans la capitale. Pendant les huit dernières années du gouvernement d'Alexandre, Araktscheïew fut un véritable grand-vizir, comme avant lui Biren et Potemkin seuls l'avaient été et comme aucun grand de Russie ne Ta été après lui. Les ministres étaient nommés et destitués par lui, par lui les réputations faites et défaites, par lui des systèmes créés, qui étaient en opposition directe avec toutes les tendances de Tempercur. La chute du prince Alexandre Galitzine fut son œuvre; c'est lui qui écarta tous les amis de jeunesse du souverain, des hommes libéraux; c'est lui qui convertit le monarque à un système de répression et de réaction impitoyables. Muni pendant le voyage de Tempereur, en 1872, de pouvoirs illimités pour les alTaires de l'armée, il fonda les abominables colonies militaires de Novgorod, qui ont fait de son nom l'objet des malédictions de la nation tout entière et ont été la cause pour laquelle Nicolas, presque au lendemain de son avènement, destitua ce ministre haï de tous. Le successeur immédiat d'Araktscheïew, le vieux général Tatischtschew , ne put se maintenir que peu de temps et sa charge passa au général (plus tard prince) Tschcrnitschew,dont la réputation datait des guerres contre Napoléon. Dès iSii, Tschel'nitschew, attaché militaire à la cour de Napoléon, avait jeté les bases de sa fortune en séduisant la femme d'un modeste fonctionnaire chargé de copier le plan des opérations dirigées contre la Russie ; dans une heure d'épanchement il arracha à cette malheureuse, qui mourut plus tard à Bicétre, cet important
documenl et s'enfuit avec son butin à Saint-Pétersbourg. Serviteur zélé, obéissant en esclave aux moindres caprices impériaux, viveur élégant, ordonnateur du « défilé de parade, » héros de revues, il gagna la confiance illimitée du grand -duc, plus tard l'empereur Nicolas. « Je peux me passer de vous tous, » aurait dit le monarque à son ami Orlofl" dans un accès de mauvaise humeur; « Tschernitschew seul m*est indispensable». Ce qui rendait Tschernitschew « indispensable », c'était la complaisance avec laquelle il exécutait, sans s'inquiéter des conséquences, les idées et les plans militaires de son souverain, plans d'amateur et idées superficielles. Il dut sa situation privilégiée à la part active qu'il prit à la répression de l'insurrection militaire de 1825 'et à l'empressement avec lequel il se chargera de commander l'exécution des chefs de la conspiration de décembre et de leurs complices, alors que les généraux les plus distingués avaient refusé par dignité de s'acquitter de cette mission. Le jour où il dirigea l'exécution de la sentence prononcée contre les conspirateurs est, dit-on, le seul de sa vie où ce fat déjà vieux se soit montré en public, sans s'être fait auparavant farder et friser. Ses efforts pour paraître toujours jeune et jouer le rôle de rival éprouvé et de vainqueur du grand Napoléon, en diplomatie aussi bien qu'à la guerre, ridiculisèrent le ministre de la guerre aux yeux des jeunes courtisans. Du reste, Tschernitschew, sévère, important, affairé (il donnait même à table des audiences et des signatures) était aussi détesté que redouté. Ministre de la guerre pen-
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dant vingt-quatre aas , c'est lui qui , en négligeant lentretien matériel du soldat, en favorisant les malversations et l'arbitraire chez les ofBciers supérieurs, en maintenant une discipline barbare et les vingt-cinq ans de Service, en flattant, par son obéissance servile, le goût de Tempereur pour les revues de parade, c'est lui qui a provoqué la profonde décadence de l'armée russe, décadence qui s'est manifestée à l'époque de la guerre de Grimée et a brisé le cœur de son souverain, esprit étroit, mais fier et honnête. Agé de soixantetreize ans, Tscbernitschew remit, en 4852, peu de temps avant la guerre de Grimée, sa charge aux mains du prince Wassili Dolgorouki, le même dont nous avons fait la connaissance comme prédécesseur de Schouvalofl dans les fonctions de » chef de la troisième section. » Dolgorouki avait fait sa carrière comme ofûcier noble de la garde et resta tel. Doux et bien intentionné, il ne se doutait nullement que le^ choses de la guerre constituaient une science sérieuse et difficile, qui exige un vrai soldat et un véritable homme d'Etat ; le prince était et resta officier de la garde; pendant son administration de cinq années, sa principale occupation fut de changer les uniformes des régiments de la garde, de présenter à l'empereur des projets et des dessins relatifs à cette importante question et de jouer le rôle d'un wojenni pomoï (tailleur pour militaires). Animé de la meilleure volonté, il entreprit avec ardeur la réorganisation complète de l'armée et de l'administration militaire, réorganisation qui était devenue absolument nécessaire. Mais il devint bientôt évident
que le ministre, élevé dans les traditions de Nicolas, n'était pas à la hauteur de cette tâche et Dolgorouki eut le bon goût de donner, de son plein gré, sa démission en 1857 et dépassera la « troisième section. »
Le successeur de Dolgorouki fut le général d'artillerie Suchosannet II, qui n'avait jamais joué de rôle important et avait, en réalité, quitté le service depuis plusieurs années, lorsqu'enfin, en 186i, il prit régulièrement sa retraite. Tout le monde savait que les plans de réorganisation préparés à cette époque étaient dus à la plume d'un jeune colonel , plus tard général d'étatmajor ; que cet homme était d'une famille inconnue et que, comme son frère le conseiller intime Nicolas Milioutine, il était un adversaire déclaré et résolu des privilèges accordés à la noblesse et du népotisme, abus qui dataient de l'ancien régime et avaient encore leur foyer dans la garde, cette haute école du dilettantisme élégaut. C'était son frère qui lui avait ouvert la voie pour arriver aux postes élevés. Dès 1857 et 1858, le nom de Milioutine avait été prononcé à plusieurs reprises. Celui qui le portait fit partie de la commission chargée par Alexandre II de préparer l'abolition du servage, et se distingua comme chef de la minorité radicale qui, animée de la haine bureaucratique contre la noblesse, s'efforça d'assurer aux paysans la propriété gratuite des terres qu'ils avaient possédées comme équivalents de leurs corvées. Instruit, actif et aussi ambitieux que fidèle à ses principes, ce fonctionnaire se fit remarquer par la franchise de son langage et par le zèle avec
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lequel il soutint qu'il était nécessaire d'introduire dans la nouvelle organisation agraire Tinstitution socialiste de la propriété communale indivise, excluant toute possession personnelle, et d*en faire la « pierre angulaire » de Tédifice social en Russie.
M. Milioutine ne réussit cependant qu'imparfaitement à faire adopter ses idées, tant qu'U s'agit de l'émancipation des paysans dans la Russie proprement dite. Le gouvernement consentit à maintenir la propriété communale et à appliquer le principe d'après lequel tous les membres d'une communauté rurale doivent être pourvus d'une parcelle égale de terrain. Mais il se refusa absolument à ruiner systématiquement la noblesse et à détacher les paysans sans qu'il leur en coûtât rien de la propriété noble, bien qu'il imposât aux propriétaires des sacrifices considérables. Milioutine mécontent se retira; mais déjà il était d'une part reconnu et fêté par tous les jeunes fonctionnaires libéraux comme leur chef et leur guide spirituel, de l'autre cordialement détesté et continuellement attaqué par la caste dirigeante.
On savait que son frère, le colonel Dimitri, partageait les opinions de son aine pour qui il avait un profond respect et qu'il était résolu â les faire autant que possible prévaloir dans la sphère ou il se mouvait. Les idées de réformes dont il était rempli se heurtèrent à cette époque à l'opposition d'un homme que plus tard et pendant longtemps les frères Milioutine ont considéré comme un de leurs plus dangereux adversaires. Le grand-duc Constantin avait déjà, avant même le début
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de Tère libérale, entrepris une série de réformes dans le département de la marine qu'il dirigeait ; il avait aboli les châtiments corporels, institué les écoles du dimanche, nettoyé vigoureusement lesécuries d'Augias du népotisme et de la corruption administrative, etc. Président de la commission pour Tabolition du servage (commission dite des paysans), le frère de l'empereur ne partageait pas^ il est vrai, les idées radicales de Milioutine, mais était résolument et passionnément opposé aux prétentions de la noblesse réactionnaire, et, à plusieurs reprises il avait eu l'occasion de dire leurs vérités aux défenseurs de ces idées, dans les termes les plus durs et les plus cruels^. Le grand-duc ne pouvait que se réjouir de voir appliquer au département de la guerre les principes qu'il avait fait prévaloir avec tant de succès dans son propre ministère et de voir ainsi mettre fin
1. Jusqa*ân 1863, le grand-duc Constantin, en dépit de ses préférences pour les libéraux européens (qu*on nommait les constantinows) , n*était pas mal vu des fractions libérales , parce qu'on le connaissait comme un ennemi de la noblesse et de Tancien régime. Mais s'élant opposé , comme lieutenant-général de la Pologne, à la politique de russification des Milieu tine et des Mourawieff, il vit se détacher de lui le parti national démocratique tout entier, et fut même attaqué personnellement par la Gazette de Moscou, Depuis cette époque, le grand-duc entra en meilleures relations avec les conservateurs russes, attendu que ces derniers étaient également les adversaires des démocrates de Moscou. Ces oppositions ont , en général , perdu dans les derniers temps leur caractère tranché, et le grand-duc entretient de bons rapports avec les mêmes nationaux qui Tont combattu pendant des années. Allié à eux, il intrigua, de 1866 à 1870, contre la Prusse et dans le sens d'une' alliance française; d'accord avec ses anciens adversaires, il s'efforça de venir en aide aux « frères slaves » d'Autriche et de Turquie , dont les chefs , pendant le congrès de Moscou de 1867, avaient été particulièrement distingués par lui.
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aul abus traditionnels causés par le cousinage et les parentés conjugales. Pour mettre ces réformes à exécution le général Milioutine était Thomme désigné. En janvier 1862, Saint-Pétersbourg apprit avec stupéfaction que cet «homme de rien du tout» était nommé ministre de la guerre, qu'il jouissait de Tentière confiance de Tempereur et que, sans parler d'autres idées dangereuses pour rÉtat, il nourrissait le projet subversif de supprimer la garde et ses privilèges et de mettre le corps où 8*épanouissait la fleur de la noblesse russe sur un pied d'égalité avec l'armée active jusque-là si méprisée. Ge ne furent pas seulement les mères, les pères et les sœurs de la jeunesse dorée de Saint-Pétersbourg qui s'émurent de l'élévation de Milioutine au poste de ministre de la guerre ; des hommes d'État sérieux et des amis sincères de la liberté furent également scandalisés de cette nomination. On savait en effet que le jeune général était non-seulement un homme très-instruit et intrépide , un libéral dévoué aux véritables intérêts de l'État, mais en même temps un panslaviste, et, par conséquent, un ennemi de l'élément européen et un partisan convaincu des idées de son frère.
Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que le ministre de la guerre nommé en 1862 ait reçu de la société pétersbourgeoise l'accueil le plus défavorable qu'on puisse imaginer et qu'il ait été considéré comme un dangereux ennemi non-seulement par les représentants du système de Nicolas, mais encore par les libéraux « européens. » Le général n'était pas homme à calmer cette hostilité par des concessions* Aux mines insolentes
et aux prétentions hautaines de la noblesse intolérante, il opposa Tindifférence et la conscience qu*un haut dignitaire parvenu aux honneurs par son propre mérite a de sa valeur. Non sans intention, il prit les dehors du savant, de Tofficier instruit qui n'a rien de commun avec les hobereaux chamarrés d'or et les élégants traîneurs de sabre de la garde à cheval. Il porta des lunettes, fréquenta de préférence les cercles instruits, choisit ses aides de camp non parmi les membres des anciennes Camilles, mais parmi les sujets distingués de l'académie militaire et du grand état-major, et ne négligea aucune occasion de manifester son mépris pour le dillettantisme et le gandinisme des héros de salons et son indifférence pour la société intolérante. Les précédents ministres de la guerre ne s'étaient jamais occupés de l'académie médico-chirurgicale qui était cependant de leur ressort : Milioutine s'intéressa chaleureusement à cette institution qui d'ailleurs est devenue depuis quinze ans le foyer du radicalisme le plus effréné. Grâce à son active sollicitude, les professeurs sont aujourd'hui mieux payés, les services d'anatomie et de clinique sont mieux organisés et sont augmentés; les étudiants, considérés jusque-là comme des élèves militaires, sont traités avec plus d'égards et sont débarrassés du gênant uniforme et des prescriptions disciplinaires de l'ancien régime. Il s'est acquis un mérite aussi grand en supprimant les écoles de recrues, dans lesquelles avant lui on faisait entrer de force les enfants des soldats et des sous-ofliciers.
Sans souci de Imdignation et des calomnies desfonc-
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tionnaires conservateurs, Milioutine entretint les relations les plus étroites avec plusieurs professeurs libéraux, destitués à Toceasion des troubles universitaires de 4861 , avec les Outine, les Kavéline, etc., qui vivaient en lutte ouverte avec le ministre de Tinstruction publique d*alors, Poutiatine, le curateur Philippson et autres coryphées de la réaction « distinguée. »
U va sans dire que Milioutine n*avait pas de relations avec les représentants de la haute noblesse, du parti allemand et du parti polonais.
Qu'avait-il besoin, lui qui possédait la confiance de Tempereur et pouvait compter sur Tappui de la jeune bureaucratie, lui qui faisait parler comme il le voulait non-seulement une grande partie des journaux, mais aussi plusieurs de ses collègues, et en particulier le ministre des domaines Selenny, qu'avait-il besoin d'un autre appui dans la bonne société ? U avait en effet le pouvoir de faire sentir son influence à ses ennemis, toutes les fois qu'ils demandaient de l'avancement pour leurs fils et pour leurs amis.
L'importance de ce démocratique ministre de la guerre ne fut entièrement comprise que dans les années i863 à 1866, à l'époque de l'insurrection de Pologne et de la rentrée au service- de son frère, M. Nicolas Milioutine. Ce personnage, qui avait beaucoup contribué à faire dégager, par le décret subit de 1863, les paysans lithuaniens de l'influence de leurs seigneurs polonais, prit, avec les pouvoirs les plus étendus, la direction du comité d'organisation qui fut institué à Varsovie pour réformer la situation des paysans du royaume de
Pologne. C'est grâce à lui que l'on adopta aussi à son égard une loi de libération qui ruina la noblesse et rendit les paysans propriétaires de ses terres, et que les biens du clergé furent confisqués et que la plupart des cloîtres ftirent supprimés.
En Pologne aussi on voulait donner toute l'importance politique aux classes inférieures ; on espérait les russifier et extirper ainsi la noblesse et faire de la fiationalité polonaise une qualité nobiliaire. La jeune Russie envoya les meilleurs des siens dans le sud pour qu'ils y prissent part, comme de véritables missionnaires, à la lutte contre l'élément polonais et contre le catholicisme ; une foule de chefs connus du parti slavophile, le prince Tcherkaski, Koschelefi* et d'autres, entrèrent au service de l'État et entreprirent de ruiner la noblesse polonaise par une loi de libération partiale et favorable aux paysans polonais, et de transformer le royaume, où vivaient six millions de polonais catholiques, en une province russe ou même grecque-orthodoxe. La démocratie russe espérait aussi pouvoir préparer en Pologne le terrain à la propriété communale ; y faire une brèche aux murailles des seigneuries et y mettre en pratique le principe socialiste en vertu duquel tous les hommes ont un droit égal à la propriété de la terre.
C'est en 1866 que le rôle politique de Nicolas MiHoutine devint le plus important. Le président du comité d organisation fut chargé, quelques semaines après l'attentat de KarakosofT contre la vie de l'empereur, au grand étonnement de tout le monde (on s'attendait alors à
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un revirement dans le sens conservateur), des fonctions les plus élevées qui fussent comprises dans sa sphère d'activité ; il fut nommé ministre secrétaire d'État pour la Pologne. Toutefois cette haute fortune ne dura pas longtemps : la trop grande fatigue intellectuelle que lui causaient ses travaux et les luttes violentes qu*il avait à soutenir contre le comte Berg, gouverneur de Varsovie; minèrent si vite la santé du nouveau secrétaire d'État qu'il Ait atteint» moins de* deux ans après son entrée en fonctions, d'une attaque d'apoplexie qui l'empêcha pour toujours de continuer de les remplir.
Ayant vainement cherché la guérison dans le Midi, Hilioutine se retira, il y a trois ou quatre ans, à Moscou, où il est mort l'an dernier après de longues souffrances, vivement regretté par la démocratie nationale russe, qui a honoré sa mémoire en créant une bourse, et estimé aussi, à cause de son honorabilité et de la fermeté de ses opinions, par ceux qui croyaient devoir condamner sa politique *.
Le ministre de la guerre Dimitri Milioutinc, frère de Nicolas, a pris aussi une part importante qm\ luttes politiques soutenues par ce dernier; sans cet appui, le secrétaire d'État n'aurait probablement pas été en état
1. Dès que Milioutine fut tombé malade, le prince Tcherkaski, Koscheleff, de Men^den , etc., quittèrent le service de l'État pour retourner de Varsovie à Âfoscou, où ils furent fêtés par les membres de leur parti, et furent chargés de remplir des fonctions dans l'administration communale et provinciale. Tcherkaski , dont nous reparlerons plus loin, a joué un rèle important comme maire de Moscou ; Koscheleff s'est rallié, au contraire, aux opinions conservatrices.
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de conserver jusqu^à la fin de sa vie sa position, qui était attaquée de bien des côtés. Le principal rôle de Dimitri se rattachait toutefois aux affaires de son ressort. La réorganisation radicale de Tarmée russe, commencée vers 1860, a été presque tout entière son œuvre. Bien qu'il n*ait pas réussi à exécuter complètement son programme et qu'il ait dû en particulier renoncer à dissoudre le corps de la garde et à supprimer les régiments de luxe tels que la garde des chevaliers, la garde achevai, les grenadiers achevai, etc., il peut se glorifier d'avoir balayé Tamas de corruption, de barbarie et de stupidité dont Tancien système avait rempli les institu-. tions militaires de la Russie. Il songea d'abord à raccourcir ladurée du service, que l'empereur Nicolas avait portée à 25 ans et qui fut la principale cause de l'insuccès de la campagne du Danube et de celle de Grimée. Cette importante réforme n'était devenue possible que grâce . à l'abolition du servage ; car, tant que cette institution avait existé, on ne pouvait, par égard pour les maîtres des serfs, songer à soumettre au service militaire la moitié des habitants des campagnes. L'état de servage des paysans russes cessait, comme on sait, lors de leur entrée dans l'armée ; les soldats libérés, en leur qualité de représentants de la liberté personnelle, étaient en outre considérés comme un élément dont le contact était dangereux pour la population rurale, et l'on désirait pour cette raison que leur nombre ne devint pas trop considérable. Le système des soldats en congé illimité, dont on avait fait pendant quelque temps l'essai, avait été considéré comme mauvais pour
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la même raison et avait été abandonné. L^abolition du servage rendit enfin possible une modification des près» criptions légales concernant le service militaire, et il n'était pas étonnant que Tauteur de cette réforme fût un aussi ardent partisan de la liberté des paysans que son frère Nicolas. On suivit avec zèle et succès la nouvelle voie qu'on était parvenu à s'ouvrir. Milioutine institua des levées annuelles et une durée de service qui était nominalement de dix-huit ans, et en réalité de trois à quatre ans seulement ; il transforma complètement le commissariat de l'armée, en décentralisant toute l'administration et toute l'intendance et en transférant le. siège de Saint-Pétersbourg aux chefs-lieux des nouvelles circonscriptions militaires, qui étaient au nombre de huit et furent portées plus tard au nombre de quatorze ; il abolit les peines corporelles vraiment barbares que prescrivait l'ancien règlement, veilla àceque les soldats fussent traités avec humanité, remplaça par des gymnases militaires les établissements de cadets qui étaient devenus des foyers de mauvaise éducation et d'immoralité, créa des écoles du dimanche dans les meilleurs régiments et sut, par les modifications qu'il apporta au service de l'approvisionnement et à celui de la comptabilité, faire cesser presque complètement les détournements auxquels se livraient autrefois les généraux et les colonels et mettre les soldats en état de ne souffrir de la faim qu'exceptionnellement. Les nominations et l'avancement cessèrent de dépendre entièrement de la protection, de la haute naissance et des amitiés influentes, bien que cet abus ne pût être détruit complé-
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iemeni et d'un seul coup. Le nouveau ministre de la guerre s'entoura d'hommes intelligents et capables ; U prouva dans toutes les occasions qu'il songeait surtout à améliorer la situation des soldats, à augmenter l'instruction des officiers et à créer une armée bien exercée, et qu'il méprisait du fond de son âme ceux qui jouaient aux soldats et aimaient seulement les uniformes bario* lés et les revues brillantes. Milioutine montra en outre une prédilection marquée pour le génie et l'artillerie, c'est-à-dire pour les armes savantes, qu'il favorisa en toute circonstance et ût sortir de la position secondaire dans laquelle les troupes de luxeles avait mises au point de vue social.
Les réformes de Milioutine améliorèrent non^seule* ment la qualité de l'armée, mais augmentèrent aussi considérablement le nombre et l'étendue de nos forces militaires. Grâce au système -enfin devenu pratique des soldats en congé illimité {bés-^trotschno)€pxi peuvent être rappelés à volonté, on put sans peine augmenter le nombre des cadres. Vers 1870, le nombre des divisions d'infanterie avait déjà été porté de vingt-huit à quarante-sept; la diminution des escadrons de cavalerie qui eut lieu à la même époque et qui fut vivement critiquée par les adversaires de Milioutine, fut accompagnée d'une augmentation considérable de l'effectif de la ca* Valérie irrégulière, qui a toujours fait la force de la Russie. On fit surtout faire des progrès à l'artillerie en améliorant les pièces, en adoptant les canons se chargeant par la culasse et en instruisant mieux les officiers au point de vue théorique et au point de vue pra-
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tique. Le général BaranzofF, chef de rartillerie, est un de nos officiers supérieurs les plus instruits et les plus habiles et a rendu des services importants et durables en réorganisant Técole d'artillerie, appelée à présent TAcadémie d'artillerie *.
Jusqu'en 4870) l'influence et le prestige de Milioutine n'avaient cessé de s'accrottre, et les nombreux adversaires de cet homme d'État, qui avaient à leur tète le feld-maréchal prince Bariatinsky, n'avaient rien pu contre lui. En vain, le général FadéïefF, l'aide de camp bien connu de Bariatinsky, avait, à l'instigation de ce dernier, cherché à prouver, dans son livre Sur lapuis* sance et la politique militaires de la Ihasie, que les forces dont on disposait n'étaient pas suffisantes pour un État aussi étendu que la Russie et ne pourraient résister & une attaque de l'Allemagne ou de la France; en vain les partisans de l'ancien système avaient fait valoir que le ministre de la guerre avait, sur plusieurs points, poussé trop loin l'imitation des institutions étrangères, qu'il n'avait pas compris la différence qui existe entre la nation russe et la nation française, et qu'il avait prouvé par là qu'il était un doctrinaire et un théoricien, et non pas un homme pratique; la faveur dont jouissait Milioutine ne fut nullement diminuée.
Les tendances humanitaires de Dimitri Milioutine devançaient, il est vrai, de beaucoup le degré d'éducation
1. On a fait dernièrement d'excellentes choses en ce qui concerne cette arme, grâce au talent inné des Russes pour les études mathématiques^ qui sont dirigées par des maîtres très-habiles à TAcadémie d*artillerie et à l'Académie d'éta^major.
morale et intellectuelle du peuple dans lequel se recrutait Tarmée russe; la discipline était devenue beaucoup moins rigoureuse depuis 1862 (le Jtusftt mir, inspiré par Fadéïeff, démontrait que le nombre des crimes .et délits contre la discipline avait quintuplé), et la plupart des officiers montraient depuis plusieurs années un pessimisme et un scepticisme blasé qui étaient bien plus dangereux que la brutalité de sergent qu'ils faisaient voir sous l'ancien régime; mais on ne voulait ni ne pouvait croire à tout cela en haut lieu, et on ne croyait pas non plus que les réformes opérées en Russie eussent été devancées par les modifications adoptées en même temps dans les armées de l'Europe occidentale. Le revirement ne se produisit que lorsque l'explosion de la guerre franco-allemande et la dénonciation du traité de Paris créèrent une nouvelle situation et que la Russie courut le danger d'être forcée de prendre part à la lutte ; la position du ministre de la guerre fut alors sérieusement menacée, et les adversaires de ce foncGonnaire eurent un moment le dessus. Les succès inattendus de la Prusse, dont l'empereur et ses amis intimes se réjouissaient ingénument, produisirent un effet vraiment étourdissant sur l'armée et en particulier sur les officiers, qui professaient une sorte de culte pour la France. Chacun reconnut tout à coup la nécessité de remplacer par le service obligatoire pour tous le système en vigueur jusqu'alors, en vertu duquel les hautes classes étaient exemptées du service militaire, et l'on trouva que les services rendus par Milioutine avant 1870 étaient tout à fait insuffisants. Les amis du ministre de
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la guerre furent eux-mêmes saisis d*une frayeur panique, lorsqu'ils apprirent que l'organisation militaire française, considérée par Milioutine comme un modèle, avait fait le plus honteux fiasco , et Ton se demandait avec inquiétude dans toute Tannée russe : « Que nous serait-il arrivé, à nous, si nous avions été à la place des Français? » Toute la presse demanda à cor et à cri que Ton réformât de nouveau Tarmée depuis les généraux jusqu'aux simples soldats, et la fidèle alliée du ministre, la Gazette de Moscou^ partagea elle-même la surexcitation qui s'était emparée de tous les esprits ; des lettres publiées dans ses colonnes par un vieil officier, peignirent la démoralisation et le pessimisme des jeunes officiers sous des couleurs telles que Ton put se se demander si c'étaient les Français ou leurs admirateurs russes qui étaient le plus affectés des victoires de la Prusse. Dans ces conditions, il était tout naturel que les adversaires de Milioutine fussent fortement représentés dans le comité institué pour discuter la réorganisation militaire et présidé par l'empereur lui-même, et que Bariatinsky pût, de concert avec les partisans de l'ancien système, repousser un grand nombre de propositions présentées par le ministre de la guerre. L'opposition tenait surtout à faire supprimer les circonscriptions militaires dont la France avait fourni le modèle, et leurs commandements indépendants ; tout le monde était d'avis que le ministre de la guerre ne survivrait pas à l'abolition de sa création favorite. Mais le dénouement de la crise fut favorable à Milioutine, et l'empereur déclara expressément qu'il désirait que la seconde
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réorganisation de son. armée fût accomplie par celui qui avait opéré la première avec tant de succès. Le prince Bariatinsky se retira dans ses terres de Pologne, et les articles publiés par Fadéïeff dans le Rtaki Mir n'eurent pas la moindre efficacité; le danger était passé et Milioutine se trouvait en état de réparer les fautes qu'il avait commises et d'accomplir une œuvre dont le succès (encore douteux aujourd'hui) n'était devenu possible que gr&ce au travail d*Hercule par lequel le ministre de la guerre avait nettoyé lea teuries d'Augias de ses prédécesseurs.
Depuis la crise survenue pendant l'hiver de 1870 à 1871, Milioutine a complètement renoncé à la grande politique pour ne s'occuper que de son département et de la tâche qui s'y rattache. La mort de son frère , la réconciliation de Gortchakoff avec l'Autriche, le fiasco du système adopté en Lithuanie et en Pologne pour donner la félicité démocratique aux paysans, ont fait de lui un autre homme. Le général est vivement satisfait d'avoir cédé à Fadéïeff le rôle de champion du panslavisme et de le laisser déclamer en faveur de la délivrance des frères du Danube et de la Mer Noire. Il est plus âgé, plus froid et plus calme; il affecte de plus en plus de jouer le rôle prétentieux à'honnéte homme à la cour et est heureux de se réconcilier petit à petit avec ses anciens adversaires, les conservateurs et les aristocrates. Son action et la prépondérance dont a joui quelque temps le parti de la bourgeoisie, qui s'était groupé autour de lui, ont donné à la nouvelle ère russe un caractère qu'elle gardera encore longtemps. Qu*il
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réussisse ou non à mettre en \dgueur le service obligatoire pour tous, son nom figurera toujours dans l'histoire de la plus grande transformation que les institutions militaires de la Russie aient subie depuis Tépoque de Pierre-le-Grand.