‹ La société russeChapitre 4 sur 50 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

lisation étrangère. La prédominance toate^puissante qne la langue française et les mœurs françaises exer* cent dans les hautes classes^ n'est comparable qu'à l'influence que l'héllénisme avait conquise en Italie au temps d'Auguste. Les mots noblesse, aristocratie, n'y ont au reste aucun sens. On les remplace par le moi distinction. Durant de longues années, quiconque parlait le français se voyait incorporé dans le monde distingué. Et c'était le juxe extérieur, fruit de la manne des feveurs impériales qui constituait la haute distinction. Depuis que la plupart des anciennes fa« milles ont dissipé leur fortune ou ont eu le sol rogné sous leurs pieds par la suppression du servage, les manifestations du luxe, c'est-à-dire le fait de conduire quatre chevaux ou de n'avoir pas de locataires dans sa maison /ne caractérisent plus cette haute distinction. L'empereur lui-même se sert d'un simple attelage à deux chevaux, et sauf de rares exceptions, le rez-dechaussée des maisons distinguées est fréquemment loué à des modistes ou à des banquiers. Cela ne change cependant rien aux tendances exclusives des classes dirigeantes. L'habitude dcLdmettre des hommes d'af* faires ne date que de quelques années, et aujourd'hui encore cette tolérance rencontre pluâ d'un obstacle à vaincre. Tout en sacrifiant aux idées généreuses et en répondant invariablement par ceci : Moi je vais plus

JNTBODUGTION. v

ioin à toate reyendication démocratique^ lea membres de l'aristocratie pétersboargeoise professent généralement dans les relations sociales l'opinion du défunt ÂHred Windischgraetz, qui estimait que l'homme ne * commence qu'au baron.

Le monde distingué de Pétersbourg se distingue encore du monde distingué de certains pays, par un profond scepticisme en matière religieuse. Le temps n'est plus où, dans Faristocratie féminine, il était de mode de fidre étalage de prédilections ultramontaines à la façon de madame Schwetchine ou de la princesse Galjtzin. Quant à la religion orthodoxe dont la politique russe fiût en toute occasion son avant-garde, et à cause de laquelle la grande monarchie de l'Est s'appelle la Sainte Russie^ elle ne compte pas, à proprement parler, pour les classes de la société qui influent d'une manière décisive sur le gouvernement et sur le développement sociaL La noblesse et la bureaucratie ont toujours pris vis-à-vis des prêtres séculiers qui composent le bas clergé russe, ime attitude purement ironique qui, il est vrai, ne les empêche pas de faire à l'occasion une révérence au pope, objet de leur mépris. Le clergé dçs couvents, qui possède des biens inmienses et qui a la haute main sur les affaires ecclésiastiques, forme un monde à part où les personnes éclairées jettent un coup d'œil deux ou trois fois dans leur vie, ce qui leur

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