‹ La société russeChapitre 5 sur 50 · I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION

suffit pour le reste de leurs jours. La oonr et la sooîétë qui 8*7 rattache, ont ayec l'Église, une fois par an, à l'occasion de l'Epiphanie, des relations passagères et tout à fidt extérieures, qui n'ont pas la moindre conséquence. La coutume veut qu'en oe jour, les prêtres de la paroisse, accompagnés des diacies, sousdiacres, bedeaux et chantres, se rendent dans ohaque maison pour donner leur bénédiction et receroir en échange un don ea argent. <c Lorsque la bande a terminé ses chants et donné la bénédiction, le père de famille tire sa bourse aussi rite que possible et met dans la main du pope un billet brun (50 roubles), ou gris (25 roubles), ou rouge (10 roubles), ou bleu (5 roubles), ou vert (3 roubles)* Parfois lorsque la chance s'en mêle, le pope reçoit un artHm^del (billet de 100 roubles). 9

L'église orthodoxe a cependant, dit l'écrivain, été k la mode à plusieurs reprises, depuis le commencement de ce siècle, mais ce phénomène n'a jamais duré longtemps et a toujours eu un but politique détennlné. Pendant la guerre de 1813, pendant la guerre de Crimée et à l'époque qui suivit l'insurrection polonaise de 1868, la société diêtingfiée de Pétersbourg se rappela tout à coup qu'elle était orthodoxe et que son devoir était de professer ouvertement les saintes doctrines de la vieille Église d'Orient.

IMTBODUCTIOlt VU

Dbds mé étude sur le oomte Pfoiniioffi qtd atait an temps de Tentperear Nicolas re^ missioii de Mm Kmvèrain de réohaaiFer la pieté et de oombattre lei hérétiques, l'antear de la Société dû Péiersbourg montre ce qu'ont été oes réreilt passagers de la foi refigiense mise an senrioe des néoessités de la poKtiqiie. « Le génie de la foi orthodoxe, dit-il en par» knt dn comte Proiassoff, ayait ans pieds de broyants éperons au Hen d'ailes, et brandissait un énoime sabre, destiné alternativement à indiquer par son éclat ans régiments des hussards de la garde, le dbemin des glorieuses revues ou à montrer la route du ciel aux patriarches réunis dans le très-saint synode dirigeant, > Durant la période d'environ vingt années, pendant laquelle Protassoff administra les afiaires eoclésiasth qnes, c il nefut, il est vrai, jamais question de faire fiiire des progrès à l'administnition intérieure de l'Église, d'animer le fanatisme sans vie du ouUe ortihodoxe, de réprimer l'esprit de domination et la cupidité du hant dergé monastique on d'augmenter l'instruction du clergé séculier, qui croupissait dans l'ignorance, ht grossièreté et la pauvreté. Au contraire, jamais loi établissements d'instruction ecclésiastique ne furent plus misérables, jamais tes popes ne furent pkis sots et plus méprisés que pendant cette période, jamais on ne rola plus eAonténient et sur une plus grande échelle ;

VTII INTRODUCTION.

mais il faut dire qu'on n'avait pas songé à ions ces détails insignifiants^ en confiant à cet homme au sabie retentissant le rôle d'archange du synode. Protassoff s'était seulement chargé de combattre Imdolence et l'apathie du clergé orthodoxe en lui inoculant la dose de fimatisme et d'intolérance nécessaire pour rendre l'Eglise nationale capable de tenir tête aux autres cultes chrétiens et pour en &ire un instrument avec lequel l'empereur pût réaliser ses projets d'unité. »

n fidlaît pour cela un homme qui réunit dans des proportions convenables les qualités du bureaucrate despotique et celles du fanatique^ mais du fanatique par réflexion. Kicolas découvrit ces qualités dans son aide de camp Protassoff et il les utilisa pour le bien de l'empire de ce monde et de l'autre monde. ^ Ce fut là, ajoute l'auteur de la Société de Pétersbourg^ un des plus grand mérites de l'immorfe/champion des intérêts de l'Europe chrétienne et conservatrice. »

des derniers mots font allusion au. rôle de gardien des saintes traditions européennes qu'a voulu s'attribuer l'empereur Nicolas. L'auteur de la Société de Pétersbourg revient fréquemment sur ce sujet et il y trouve une inépuisable matière à railleries. On ne peut qu'approuver cette impitoyable critique des éloges enthousiastes et vraiment déplacés que certains écri-

INTHÛOUCTION. IX

vains ont prodigués pendant trente ans aja gouverne* ment de l'empereur Nicolas. Mais ce qui paraîtra certainement excessif, c'est que l'ëcrivain ne rende point hommage à l'esprit réformateur et souvent libéral du fils de Nicolas, c'est qu'il n'estime dans le gouvernement d'Al^candre U que ce qu'ilaprécisément reproché au gouvernement de son père, c'est qu'il fasse un crime au czarewitch de son désir de donner aux institutions de la Bussie une forme plus en rapport avec les institu* tions modernes, c'est qu'enfin il traite dédaigneusement « les velléités d'indépendance de la nation rudse, i>

Si geimanophile et si gallçphobe qu'il soit^ l'auteur de la Soetéié de Pitenbourg n'ignore pas — » nous n'en voulons pour preuve que sa Ijrès^remarquable étude sur les Tourguéniefif ^— que la Bussie n'est plus dans la situation o& elle était au temps des Ostennann et des Lestooq, que les affiiires de l'État ont cessé d'y être livrées à des coteries étrangères, qu'il y a depuis longtemps un parti national, une politique nationale et que c'est l'honneur du prince Gortchakoff de s'être mis Êranchement à la tête de ce parti et d'avoir sincèrement servi cette politique.

Qu'il existe, d'ancienne date, entre les cours de Péteisbourg et de Berlin des liens d'amitié ; que dans ces dernières années les considérations de famille jointes à l'identité réelle ou apparente ded intérêts

i IIITRODDCTIOM.

politiques aknfc resserré œs liens, cela ne sanrait être oontesté. Mais |1 est injuste de laisser entradre, sons le prétexte qne Padministnition intérieure de la Bussie compte un grand nombre de imctionnaires d'origine allemande, que cette administration n^est pas pénétrée de Tesprit national, de même qu'il est oftnsant pour le czarewitch de supposer qu'il puisse se dépaitir un jour de l'attitude essentiellement patriotique qui lui a Talu une si légitime popularité en Bussie.

Le chapitiw consacré à la £unille impériale de Russie et qui a pour titre Leê frère$ et la fiU de fempe-^ retar est, an reste, un des moins bien traités du liyre*

La touche en est lourde, souvent brutale. lies cro* quis que l'auteur de la Société de Pétersbaurg a tracés de la grande^lucbesse Hélène € la protectrioe des arts » et du grand-duc Micliel < trop occupé à ne rien fiiire » témoignent en revanche d'une grande légèreté de main. Bt le portrait du € beau Walouieff » devenu sur le retour c un homme d'État » n'est pas d'un dessin moins heureux.

Je pou)>i!ais, par des passages empruntés à ces différents chapitres aussi bien qu'à ceux qui parlent de la constitution de l'armée russe, de l'organisatbn des ser-» vices de l'instruction publique, des progrès des sciences et de l'attitude de k presse nationale, donner un aperçu eomplet du livre que je présente au public firançaisi

INTRODDOTION. XI

Mais les citations que j'ai déjà fidtes sont, je crois, suffisantes pour montrer ce qae sont les études sur la Société de Pétersbourg.

n est toutefois une dernière critique que je dois adresser à leur auteur. H néglige absolument de parler du peuple russe. On croirait, à l'entendre, que toute la vie politique de la Bussie est concentrée dans la cour et dans la ville, et qu'en dehors, il n'y a, ainsi que le disait Frédéric II, € qu'ignorance, ivrognerie et superstition. »

Ce dédain affecté pour la masse de la nation procède d*un travers commun à ces coteries de raffinés, qui dans tous les pays ne voient rien au delà de l'horizon borné dessalons. A cet égard, la lecture du livre sur ]& Société de Pétersbourg ne saurait être trop recommandée aux deshérités des joies mondaines. Us verront par cette lecture ce que certains gouvernants pensent d'eux-mêmes et ils en concevront une plus grande estime pour cetix qui ont, comme Alexandre II, fidt un pas vers la nation ou qui rêvent, comme certain prince très-calomnié par le pamphlétaire, de l'associer plus complètement au gouvernement de la Russie.

Paris» SS mai 1877.

ÀNTONHr PROÛSt.

LA

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