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STATIQUE SOCIALE

quelques insectes. L'etïVt moral, dans l'un ou 1 autre cas, est malheureusement analogue. C'est toujours de tendre à inspirer une désastreuse inditlerence pour le cours général des alTaires humaines, pourvu qu'il y ait toujours des équations à résoudre et des épingles à fabriquer. Cette sorte d'automatisme humain ne constitue heureusement que l'extrême influence dispersivedu })rincipe de la spécialisation ; mais sa réalisation, déjà trop fréipicnte, doil y faire attacher une grande importance.

La destination du gouvernement consiste à contenir et à prévenir, autant que possible, la dispersion des idées, des sentiments et des intérêts, qui, si elle pouvait suivre son cours sans obstacles, finirait par arrêter la progression sociale. Cette conception constitue la base de la théorie du gouvernement, envisagé dans sa plus noble extension, c'est-à-dire comme caractérisé par la réaction, d'abord spontanée et ensuite régularisée, de l'ensemble sur les parties. En effet, le seul moyen d'empêcher une telle dispersion consiste à ériger cette réaction en une nouvelle fonction susceptible d'intervenir dans l'accomplissement de toutes les fonctions particulières, pour y rappeler la pensée de l'ensemble et le sentiment de la solidarité commune avec d'autant plus d'énergie que l'activité individuelle tend à les effacer davantage. C'est ainsi que doit être conçue la participation du gouvernement au développement de la vie sociale, indépendamment des grossières attributions d'ordre matériel auxquelles on veut réduire sa destination. Sans exécuter par lui-même aucun progrès déterminé, il contribue dès lors à tous ceux de la société.

L'intensité de cette fonction régulatrice, loin de décroître à mesure que l'évolution humaine s'accomplit, devient plus indispensable. C'est la prédominance de l'esprit d'ensemble qui constitue le caractère du gouvernement, sous quelque aspect qu'on l'envisage.

On peut concevoir combien est irrationnelle cette antipathie pour toute doctrine générale, qui distingue la plupart des savants actuels. L'esprit d'ensemble et l'esprit de détail sont également indispensables. Ils doivent alternativement prédominer dans le cours de l'évolution, suivant la nature des progrès que sa marche réserve à chaque époque. L'analyse des plus grands besoins de la société actuelle indique

que, si pendant les trois derniers siècles Tesprit de détail a dû être prépondérant pour opérer la décomposition de l'ancienne organisation, et pour faciliter le développement des éléments d'un ordre nouveau, c'est maintenant à l'esprit d'ensemble qu'il appartient de présidera la réorganisation.

Après avoir signalé la destination du gouvernement, je dois expliquer comment son action tend à résulter du cours de l'économie sociale. La tendance dispersive, inhérente à la spécialisation des travaux, a toujours existé, et s'est développée de plus en plus. Il a donc fallu aussi que l'influence destinée à la neutraliser suffisamment ait été également spontanée et croissante, pour que l'économie sociale ait pu subsister. En effet, la répartition des opérations établit une subordination croissante, qui tend à faire ressortir le gouvernement de la société elle-même. Cette subordination n'est pas seulement matérielle ; elle est surtout intellectuelle et morale, c'est-à-dire qu'elle exige, outre la soumission pratique, un' certain degré de confiance, soit dans la capacité, soit dans la probité des organes spéciaux, auxquels est exclusivement confiée une fonction précédemment universelle. Rien n'est plus sensible dans le système très développé de notre économie sociale, où chaque jour, par une suite nécessaire de la subdivision du travail, chacun de nous fait reposer le maintien de sa vie sur l'aptitude et la moralité d'une foule d'agents presque inconnus, dont l'ineptie ou la perversité pourraient exposer beaucoup de monde. Une telle condition appartient à tous les modes de l'existence sociale : si elle est surtout attribuée aux sociétés industrielles, c'est parce qu'elle y plus prononcée, à raison d'une spécialisation plus intime ; mais on la retrouve dans les sociétés militaires, comme le montre l'analyse statique d'une armée, d'un vaisseau, ou de toute autre corporation active.

L'appréciation de cette subordination spontanée en fait découvrir la loi, qui consiste en ce que les diverses sortes d'opérations particulières se placent naturellement sous la direction de celles qui sont du degré de généralité immédiatement supérieur. On peut s'en convaincre en analysant chaque spécialisation du travail à l'instant où elle prend un caractère nettement séparé. Une telle loi fait comprendre la liaison de la subordination sociale avec la subordination politiciue, qui

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