‹ La sociologieChapitre 19 sur 45 · DYNAMIQUE SOCIALE · texte numérisé non relu

DYNAMIQUE SOCIALE

des espérancos relatives à la vie l'ulure, qui n'ont pu acquérir ([ue très tard une haute importance sociale, comme l'histoire le confirme.

La philosophie théologique a d'abord développé l'énergie morale, en même temps que l'activité mentale, en faisant entrevoir dans toutes les entreprises la possibiUté d'une assistance surhumaine. Si même aux époques plus avancées on analyse rintluence de l'esprit religieux sur la conduite de la vie, on trouvera toujours que la confiance qu'il inspire résulte bien plus de la croyance à un secours actuel et spécial que de l'unirorme perspective d'une existence future. Tel est le caractère de la situation remarquable que produit dans le cerveau le phénomène intellectuel et moral de la prière.

Depuis la décroissance de l'esprit religieux, on a dû créer la notion de miracle pour caractériser les événements, dès lors exceptionnels, attribués à l'intervention divine. Mais une telle notion indique clairement que le principe des lois naturelles a déjà commencé à devenir très familier, et même, à certains égards, prépondérant, puisqu'elle ne saurait avoir d'autre sens que d'en désigner la suppression momentanée.

Pendant la domination complète de la philosophie théologique, il n'y a pas de miracles, parce que tout paraît également merveilleux, comme le témoignent les naïves descriptions de la -poésie antique, où les événements les plus vulgaires sont intimement mêlés aux plus monstrueux prodiges, et reçoivent des explications analogues. Minerve intervient pour ramasser le fouet d'un guerrier dans de simples jeux militaires, aussi bien que pour le protéger contre toute une armée. De nos jours, quel est le dévot qui n'importune presque autant la divinité en raison de ses moindres convenances personnelles qu'au sujet des plus grands intérêts humains? En tout temps, le ministère sacerdotal a dû être plus occupé des demandes journalières de ses fidèles relativement à la sollicitation des faveurs immédiates de la Providence qu'à l'égard du salut éternel de chacun d'eux. D'ailleurs cette distinction n'altère pas la propriété qu'a la philosophie théologique de pouvoir seule, à l'origine, animer et soutenir le courage moral, aussi bien qu'éveiller et diriger l'activité intellectuelle.

Il faut enfin remarquer, pour apprécier Ténergie de la tendance primitive de Thomme à une telle philosophie, que l'influence affective a dû fortifier l'influence spéculative pour l'y attacher encore plus. On conçoit, en effet, quelle importance a dû avoir, pour l'excitation mentale de l'homme, la perspective du pouvoir de modifier la nature entière. Ainsi cette philosophie correspondait, au point de vue intellectuel, au seul mode possible alors de l'investigation humaine et à la nature de ses recherches ; au point de vue moral, elle pouvait seule développer l'énergie en faisant briller l'espoir d'un empire absolu sur le monde extérieur comme une digne récompense promise aux efforts spéculatifs.

Nous pouvons nous borner à indiquer sommairement les considérations sociales qui établissent à leur tour cette nécessité, puisqu'elles doivent se représenter dans l'histoire de l'état théologique. Il faut apprécier à deux points de vue la destination sociale de la philosophie théologique, soit pour présider à l'organisation de la société, soit pour y permettre l'existence d'une classe spéculative. La formation de toute société susceptible de consistance et de durée suppose l'influence prépondérante d'opinions communes, propres à contenir les divergences individuelles. Une telle obligation est irrécusable dans l'état social le mieux développé, où tant de causes concourent à unir profondément l'individu à la société.

Quelque puissance sociale qu'on attribue au concours des intérêts et même à la sympathie des sentiments, ce concours et cette sympathie ne sauraient suffire pour constituer la moindre société durable, si la communauté intellectuelle, déterminée par l'adhésion unanime à certaines notions fondamentales, ne venait pas prévenir ou corriger d'inévitables dis cordances.

L'intelligence préside à la vie sociale, et à plus forte raison à la vie politique : elle peut seule organiser la réaction générale de la société sur les individus, qui caractérise la destination du gouvernement, et qui exige un système d'opinions communes relativement au monde et à l'humanité. On ne saurait donc méconnaître la nécessité politique d'un tel système, à une époque quelconque, et encore moins dans l'enfance de la société. L'esprit humain, dont l'activité doit

Page 1