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PREFACE VU

et dans la vie, nous dit tout haut depuis quinze ans (i). n Tout commentaire paraîtrait bien faible après cet admirable plaidoyer contre notre système actuel d'éducation.

Indi^pendance de l'éducation a l'égard de la politique. — Si lélat actuel de l'éducation est peu satisfaisant au point de vue scientifique, il en est de même de l'état actuel de la politique avec cette aggravation, à l'égard de celle-ci, que l'immoralité et la corruption s'y rencontrent ; ce qui fort heureusement n'a pas lieu pour l'éducation.

Il y aurait donc un grand intérêt à soustraire l'éducation à la politique, et par conséquent à l'action gouvernementale.

On assurerait ainsi Findépendance du nouveau pouvoir spirituel, tout à la fois intellectuel et moral, suivant les vues d'Auguste Comte.

Il faut, à notre époque profondément troublée, un nouveau pouvoir moral, qui s impose aux consciences aussi bien qu'aux esprits^ suivant l'heureuse expression de Gambetta ; mais ce n'est pas l'affaire de la politique, c'est celle de l'éducation.

Application a l'école de l'idée d'ensemble. — L'idée d'ensemble et de généralité, opposée à l'idée de détail et de spécialité, doit présider à l'organisation et au fonctionnement de l'école.

Si quelques philosophes ont pu dire que l'homme est un microcosme, combien cette qualification ne s'applique-t-elle pas plus exactement à l'école !

Sans doute l'école doit ressembler à la famille agrandie, mais elle doit surtout refléter la société contemporaine dans ce qu'elle offre de meilleur et de plus parfait en tout genre. Aucune des formes de l'activité humaine n'y doit rester étrangère.

La principale fonction du chef d'établissement consiste à

(i) II. Taine, les Origines de la France contemporaine, le Régime mo- (ierne, t. II, pp. 2C)5, 296 et 297 ; Paris, Hachette et C'*,

remédier à la spécialité exclusive qui caractérise le professeur, et à Tétroitesse d'esprit qui en est la conséquence inévitable.

Suivant la judicieuse remarque d'Auguste Comte, c'est à ridée d'ensemble que se rattache l'idée de devoirs. A notre époque révolutionnaire, chacun est trop porté à n'envisager que ses droits, de préférence à ses devoirs, au lieu de songer que l'exercice des droits de chacun exige précisément l'accomplissement des devoirs de tous.

La considération de l'idée d'ensemble et par conséquent de devoirs sera le correctif de la préoccupation exclusive des droits individuels. Elle développera les sentiments de solidarité et de dévouement à l'œuvre commune, qui assureront à l'école sa dignité, sa force et le respect de tous les autres pouvoirs.

Introduction de la notion de progrès dans l'école. — L'ordre et le progrès étant les deux facteurs dont la civilisation est le produit, ces deux facteurs doivent se retrouver dans toutes les œuvres sociales.

Or l'ordre existe dans l'école, mais le progrès en est exclu, et l'école reste immobile comme l'Église.

Cette situation explique la disconvenance croissante de l'éducation et de la vie, signalée par Taine.

Introduite dans l'école, la notion de progrès conduit à celle d'évolution.

La nécessité de faire progresser ou évoluer l'école confirme ce que nous avons dit précédemment, suivant la théorie de Comte, au sujet de l'indépendance du nouveau pouvoir spirituel.

L'école doit être libre, afin de pouvoir progresser.

Le rôle du Gouvernement, que la grande idée d'ensemble doit dominer, n'est pas de réaliser le progrès. C'est ce qu'on oublie trop. Sa principale fonction consiste à assurer la liberté et la justice, et à garantir la sécurité, tant inlérieure qu'extérieure.

C'est à la nation, enfin émancipée après de longs siècles de

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