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PREFACE IX

servitude temporelle et spirituelle, qu'il appartient de faire appel à l'esprit d'initiative pour réaliser tous les progrès matériels, intellectuels et moraux, compatibles avec notre génie national et le degré de notre civilisation.

L'état actuel de l'éducation en France exige impérieusement le libre concours des plus hautes intelligences et de toutes les capacités disponibles. Un trop grand nombre d'hommes éminents sont malheureusement détournés de ce but, qui doit primer tous les autres, par les mirages de la politique.

Application du principe de la division du travail. — La division du travail, qui existe dans la société, doit exister aussi dans l'école.

Il faut faire, dans l'école, deux parts bien distinctes, l'une à l'instruction, l'autre à l'éducation.

A côté d'un grand établissement où les élèves recevront l'instruction, on bâtira des villas dans lesquelles on leur donnera l'éducation, en leur faisant connaître et surtout appHquer les principes de la morale, les préceptes de l'hygiène et les règles du savoir-vivre.

Combien de côtés de l'éducation, presque entièrement délaissés aujourd'hui, à signaler à la vigilance des éducateurs : l'ordre et l'économie, la politesse, l'urbanité des manières, la délicatesse du langage, la modestie et la tempérance, le caractère, le cœur, les sentiments d'indulgence, de bienveillance et de solidarité, tout ce qui élève l'idéal et la dignité de la nature humaine !

Comment on doit enseigner, ou la méthode et les milieux. — Dans la société, c'est en travaillant avec des maîtres, et non pas en récitant des leçons en classe et en faisant des devoirs dans une salle d'étude, qu'on acquiert un métier, un art, une science, une capacité de quelque genre qu'elle soit.

C'est de la même manière que l'élève doit travailler à l'école, sous la direction, sous la surveillance, sous l'œil du maître.

Il faut appliquer la méthode scientifique ou pratique non seulement à l'enseignement de la science, mais encore à tout autre enseignement.

On subit, dans la société, Tinfluence du milieu dans lequel on est placé.

C'est cette influence si puissante du milieu qu'il s'agit d'utiliser en éducation.

Nous ne pouvons pas disposer du milieu social ni refaire la société d'après nos conceptions ; mais nous pouvons organiser dans l'école les milieux les plus favorables à l'éducation et à l'instruction.

C'est ainsi que sera trouvée scientifiquement la réponse à cette question : Comment doit-on enseigner ?

Comme on enseigne partout en dehors de l'école, par la pratique et non pas au moyen de la théorie, par l'usage, par le travail, par l'expérience, et non pas exclusivement au moyen des livres.

L'ordre didactique se conformera ainsi à l'ordre historique, qu'on a trop longtemps méconnu en éducation.

En tout temps et en tout lieu, la pratique a précédé la théorie ; les connaissances réelles ont précédé les livres.

De la pratique et des connaissances réelles, voilà ce qu'il faut donner d'abord aux élèves, et c'est ce que demandent leurs familles sans pouvoir l'obtenir ; ensuite des théories et des livres tant qu'on voudra, ou plutôt autant qu'ils en voudront eux-mêmes et qu'ils en pourront digérer.

Ce qu'on doit enseigner, ou la doctrine. — La science fournit de même la réponse à la question : que doit-on enseigner?

Au lieu d'employer presque exclusivement les lettres au développement intellectuel, et de donner ainsi une place prépondérante à l'imagination et au style, au détriment du simple bon sens, du jugement et de la raison, il faut introduire dans l'école les différentes formes de l'activité humaine qui existent dans la société.

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L'iiulujîtno, la morale, rari et la science (Mant les éléments de toute civilisation, ces mêmes éléments sociaux doivent se trouver réunis dans l'école, afin que tous les élèves soient de leur temps et de leur pays, et qu'ils deviennent des hommes, dans la plus haute acception de ce terme.

Que la maison d'éducation soit un milieu moral ; que l'école contienne non seulement un milieu littéraire, mais aussi un milieu artistique et un milieu scientifique.

Créons dans l'école un milieu actif ou industriel, dans lequel l'action soit employée à satisfaire différents besoins sociaux, soustraite à l'appât du gain, mais honorée sous toutes ses formes et ennoblie par une juste appréciation des services dont la société est redevable à l'industrie, au commerce et à l'agriculture.

Organisée à l'image de la société, l'école progressera avec elle, et le progrès scolaire favorisera le progrès social, actuellement ralenti par l'enseignement, public ou privé, tel qu'il existe en France.

Les programmes. — Ici se place la question des programmes, que la science seule permet de résoudre, à l'abri de tout arbitraire.

Dans le cours de la vie, excepté pendant les années d'école, chacun apprend ou enseigne ce qu'il peut apprendre ou enseigner, sans être gêné ni limité par aucune réglementation artificielle. Une réglementation naturelle ou un ordre, d'abord spontané, ensuite systématique, résulte forcément, selon la théorie de Comte confirmée parles faits, de la réalisation de toute œuvre sociale.

Ce qui a lieu dans la société doit avoir lieu également dans l'école.

Chaque élève doit s'y mouvoir librement et y marchera son allure.

Chaque maître doit avoir la liberté de donner à son enseignement toute l'ampleur que comporte son sujet ou sa manière de le traiter. Il doit pouvoir aussi peser et distribuer la

nourriture intellectuelle à des doses inégales, suivant les aptitude de chacun de ses élèves.

Cette inégalité dans la distribution du savoir, qui n'est pas applicable à renseignement théorique, s'adapte, au contraire, fort bien à l'enseignement pratique.

Le programme vivant, c'est le maître ; il n'en faut pas d'autre.

L'indépendance des études. — La suppression des programmes, permettra à chaque enfant de s'instruire en y mettant tout le temps nécessaire, de suivre une même voie tant que ses forces le soutiendront, et de s'arrêter au point où il lui sera impossible d'avancer plus loin.

La même marche qui convient à l'acquisition de chaque connaissance particulière doit convenir également à l'acquisition de l'ensemble des connaissances.

L'indépendance des études est une des règles de la pédagogie scientifique.

Cette indépendance existe dans la société pour toute espèce de travail. Chacun peut embrasser la profession qu'il lui plaît, sans que personne ait le droit de l'en empêcher sous un prétexte quelconque. C'est l'un des résultats de notre grande Révolution. Pourquoi ce résultat n'a-t-il pas encore pénétré dans l'école? Parce que l'ancien régime, temporel etspirituel, continue d'y régner, quoi qu'on dise.

Toute réglementation d'ordre et de durée du développement intellectuel est artificielle, oppressive, antiscientifique.

Chaque enfant doit grandir et se développer librement dans un milieu moral, industriel, artistique, scientifique, sans qu'aucun censeur lui impose le nombre de centimètres dont il devra grandir, chaque année, en moralité, en art et en science.

Ce qu'on ne fait pas pour la croissance physique, qui ne se prêterait pas à une pareille réglementation, pourquoi l'imposer à la croissance intellectuelle, dont les limites de variation sont bien plus étendues? N'est-ce pas un crime social,

PHEl ACE XIII

comme autrefois la torture appliquée aux inculpés ? Celte coutume barbare, que la raison moderne et la science condamnent, et que la tradition et la routine ont seules pu maintenir jusqu'ici, est d'autant plus coupable qu'elle s'applique à des êtres sans défense, à des enfants.

Et qu'importe que l'enfant aille du beau au vrai, et du vrai au juste, ou qu'il suive toute autre marche, pourvu qu'il explore les plus nobles domaines de Tactivité de l'homme?

L'éducation doit placer l'enfant dans les milieux et dans les conditions les plus favorables au libre développement de tout son être.

Qu'y a-t-il dans un bloc de marbre ? Toutes les formes que le statuaire saura lui donner.

Chaque enfant contient des puissances dont il n'a pas conscience, et que personne ne peut soupçonner avant que l'exercice les ait manifestées.

Laissons l'enfant s'exercer dans l'école de la manière la plus variée et la plus complète. Ouvrons toutes les voies à son activité. Aidons-le à prendre la forme la plus belle, telle, du moins, que sa nature le comporte ; mais renonçons à lui imposer une forme de notre choix, et à couler en quelque sorte tous nos écoliers dans le même moule.

Les MAITRES. — La science fait connaître, sans longues recherches, quels sont ceux qui peuvent et qui doivent enseigner : ceux qui savent réellement et qui ont prouvé leur savoir par leurs œuvres, au lieu de s'être bornés à réciter des livres ou des formules devant un jury d'examen.

L'école doit être ouverte à tous les talents et à toutes les capacités, quels que soient, d'ailleurs, les titres et les grades des maîtres qui veulent bien offrir leur précieux concours.

Le talent et la dignité de la vie, telles sont les seules qualités à demander aux maîtres. Nulle autre qualité ne peut suppléer à celles-là.

La sanction. — Si l'on veut préparer réellement l'enfant à

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la vie, il faut renoncer à toutes les sanctions artificielles qu'on a établies dans Técole, et qui n'existent pas dans la société, aux récompenses, aux places, aux prix et aux diplômes. Toutes ces sanctions ont de graves inconvénients, à côté de

bien faibles avantages.

Combien de jeunes gens, après s'être reposés sur leurs succès scolaires, ne se sont-ils pas indignés des succès remportés dans la vie par d'anciens condisciples auxquels on les avait jugés supérieurs !

On rend la société responsable de ce que l'ancien fort en thème manque de pain .

Le lauréat du Concours général regarde telle besogne comme au-dessous de lui, et attend paresseusement qu'on lui offre une tâche plus belle.

C'est pour diminuer la disgonvenange croissante de l'éducation ET DE LA VIE qu'il faut supprimer dans l'école les sanctions artificielles, et s'attacher surtout à développer chez les écoliers l'esprit d'initiative, l'assiduité au travail, la persévérance et la continuité de l'effort.

La vie tout entière doit être la sanction de l'école.

Conclusion. — Qu'il me soit permis d'emprunter ma conclusion à mon premier opuscule surV Organisation des Ecoles . pratiques :

« Peu importe, en définitive, de laïciser l'école, si, au fond, l'enseignement reste le même et n'aboutit qu'au même résultat, c'est-à-dire à l'obtention des mêmes brevets et diplômes de tout ordre, sans aucune augmentation de savoir réel. Il ne sert de rien de remplacer les personnes, si, de part et d'autre, la même doctrine continue à régner en souveraine, si nos enfants vivent toujours en plein moyen âge, si leur jeune intelligence ne reçoit pour tout aliment que la quintessence de la forme, l'abstraction de la règle, la banalité du précepte.

« Que le savoir réel devienne enfin le maître de l'éducation, c'est par cet unique moyen (ju'il pourra devenir le maître du

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