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sont dans le second. Sans doute, Tastrologie du moyen âge, mal-ré sa supériorité sur Tastrologie anticiue, porlait, comme celle-ci, rempreinte de la philosophie théologique : elle supposait lunivers assujetti à l'homme, ou du moins dispose pour lui Néanmoins cette doctrine tendait à subordonner tous les phénomènes à d'invariables lois, comme la qualification d astrologie j«J/c/a/re le rappelait. L'analyse scientifique eiait alors trop imparfaite pour que Tesprit humain pût assigner aux phénomènes astronomiques leur véritable place dans 1 ensemble de la science. Aucun principe ne pouvait donc contenir rexagération attribuée aux influences célestes. Dans une telle situation, rintelligence, s'appuyant sur les seuls phénomènes dont elle avait ébauché les lois, cherchait à y ramener tous les autres. L'alchimie, liée à l'astrologie, était aussi rationnelle par rapport à l'état des connaissances chimiques. Les spéculations relatives aux phénomènes de composition et de décomposition, impossibles tant que l'anti(iue philosophie n'admettait (lu'un seul principe, avaient trouvé une base dans la doctrine d'Arislote sur les quatre éléments. Or ces éléments étaient communs à i)resque toutes les substances réelles, ou môme artificielles. La fameuse transmutation des métaux ne devait donc pas être jugée plus chimérique que les transformations qu'on voyait s'accomplir entre les diverses matières vé-étales ou animales. L'alchimie tendait, comme l'astro ogie, à propager le principe de la subordination de tous les phénomènes à des lois naturelles.
Telle est l'origine de l'évolution scientifique, dont nous allons examiner la marche pendant les trois phases que nous avons distinguées dans l'histoire moderne.
Dans la première phase, la marche de la science est spontanée c'est-à-dire (lu'elle résulte d'un simple prolongement des influences initiales du moyen âge, sans aucune intervenvention d'encouragements spéciaux. Les chimères astrolomques et les illusions alchimiques ont été d'une haute utilité pour soutenir, pendant cette période, la nouvelle classe spéculative. La philosophie naturelle, encore trop impariaite, ne pouvait i)as se recommander par les applications pratique. (,ui lui rattaclientaujourdliui les plus grossiers intérêts. Lan •1 seul le privilège d'exciter d'heureuses sympathies. Le: princes capables, comme Charlemagne et Frédéric, de goûte|
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les sciences sont 1res rares, tandis ([ue les inclinations esthc'v litiuesiles Franç:ois ï*' el des l.onis Xl^' sonl heaucouj) plus communes. Les astronomes el les cliimisles ne pouvaient être accueillis tpi'à titre d'astrologues et d'alchimistes. La science aurait élé exjn^sée à une désastreuse oppression si les conceptions astrolotiiipu^s el alcliimi(|ues ne lui avaient pas assuré partout, même au sein du clergé, d'actifs protecteurs. Il ne pouvait surgir, à cette épo(pu\ aucun grand progrès scientitique. La chimie devait se borner à rassembler des matériaux. L'astronomie et la géométrie pouvaient seules recevoir des améliorations. Mais la première n'avait })as encore épuisé les ressources ([ue comportait l'artifice des épicycles pour prolonger la durée de l'antique hypothèse des mouvements circulaires et uniformes, dont l'élimination élail réservée à la phase suivante ; la seconde était arrêtée, par l'imperfection de l'algèbre, au simple prolongement de l'ancien esprit géométrique. Aussi le })rincipal perfectionnement consista-t-il dans l'extension de l'algèbre naissante et de la trigonométrie, qui fut complétée par l'usage des tangentes. Un au Ire progrès s'ensuivit pour l'astronomie, où les calculs remplacèrent les procédés graphiques, en même temps que les observations angulaires et horaires devinrent plus précises.
La deuxième phase est pour la science, aussi bien que pour l'art, la période la plus importante. La science commence à recevoir des encouragements des différents États européens, qui la protègent contre la philosophie théologique et métaphysiciue. In admirable mouvement spéculatif, dû à un petit nombre d'hommes de génie, caractérise cette période, et présente deux progressions distinctes, mais solidaires: l'une scientifique ou positive, composée des découvertes mathématiques et astronomiques ; l'autre philosophique, représentée par les efforts de l'esprit scientifique pour se soustraire à la tutelle de l'ancienne philosophie. La seconde progression ne doit être envisagée que comme indispensable à la première. Or celle-ci, à laquelle l'Italie, l'Allemagne, la France et l'Angleterre prirent chacune une si noble part, est marquée par l'œuvre qui, due au génie de Kepler, et amenée par les découvertes de Copernic et l'élaboration de Tycho-Brahé, constitua le système de la géométrie céleste. Cette œuvre immense prépare la création de la mécanicjue céleste ; elle se lie à la décou-
verte de Newton par la formation de la théorie mathématique du mouvement, établie par Galilée et complétée par lluyghens. Entre ces deux séries de travaux, l'ordre historique interpose la révolution mathématique opérée par Descartes, qui aboutit à la découverte analytique de Leibniz. Chacune des deux séries offre une évidente filiation. La découverte du mouvement de la terre et la revision de toutes les données astronomiques ne permettaient plus de conserver, avec l'expédient caduc des épicycles, riiypothèse des mouvements circulaires et uniformes, qui fut enfin remplacée par Theureuse législation de Kepler. Ces dernières lois ne pouvaient conduire à la théorie de la gravitation sans la fondation de la doctrine abstraite du mouvement curviligne, soit libre, soit forcé. Préparée par l'esprit généralisateur de Viète, la conception de Descartes sur la géométrie analytique a constitué le principal progrès de la philosophie mathématique en organisant la relation de l'abstrait au concret.
Absorbé par ces éminentes découvertes, l'esprit scientifique soutint néanmoins une lutte décisive contre la philosophie dominante. Les découvertes astronomiques de Copernic et de Kepler, et même celles de Tycho-Brahé sur les comètes, étaient trop opposées à la nature de cette philosophie, ou même à ses dogmes, pour qu'un conflit pût être longtemps évité. La science devait combattre non seulement la théologie, mais encore la métaphysique. L'antagonisme se manifesta, au seizième siècle, par plusieurs symptômes, et surtout par la hardiesse de Ramus, dont la tragique destinée montre que les passions métaphysiques n'étaient pas moins redoutables que les haines théologiques. La découverte du double mouvement de la terre devint le sujet de la discussion principale, quand Galilée eut levé le seul obstacle qui avait jusqu'alors empêché de l'admettre ; l'odieuse persécution qui se rattache à son souvenir fut le résultat de la première collision directe entre la science et la théologie.
L'évolution scientifique de la deuxième phase devait être ici réduite aux grands progrès mathématiques et astronomiques qui l'ont caractérisée. Toutefois le dernier tiers de cette période est marqué par les travaux de Galilée sur la pesanteur qui, dévoilant les lois des })lus vulgaires phénomènes, constituent l'origine de la [)hysique proprement dite.
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La hiolou:io s'enricliil alors des découvertes dv llarvey sur la circulalion cl sur la génération. L'étrange hypothèse de Desoartes sur Tautoniatisme des animaux montre assez quel était l'état des idées physiologiques, ballottées entre les explications mécanicpies et les conceptions ontologiques. L'esprit positit' commeni^ait à manifester son caractère social et son intlnence populaire. La tendance des modernes à accorder leur confiance aux doctrines fondées sur des démonstrations réelles est hautement constatée, vers la fin de cette période, par l'adoption du douille mouvement de la terre, im siècle avant que la papauté, par une inconséquence superflue, en eût entin toléré ladmission. Ces! ainsi que la ruine de Fancienne discipline spirituelle était accompagnée d'une sorte de foi nouvelle, déterminée par l'accomplissement des prévisions scientifiques. En un temps où les divergences nationales étaient encore très énergiques, l'institution des académies prouva la tendance cosmopolite de Tesprit scientifique par l'usage qui s'introduisit partout d'y admettre des membres étrangers, de manière à présenter la nouvelle classe spéculative comme européenne. Cet heureux caractère est plus spécialement prononcé en France, où, depuis Charlemagne, le génie étranger re(jut toujours un généreux accueil, quelquefois même au détriment du génie national. L'influence de l'évolution scientifique sur l'éducation générale commence alors à se manifester. Le quadrivium acquiert une importance croissante, aux dépens du triviiim. Ce progrès eût été plus sensible, si l'éducation avait suivi fidèlement la marche des mœurs et des opinions.
Pendant la troisième phase, l'élément scientifique, incorporé à la sociabilité moderne, reçut un accroissement de puissance sociale analogue à celui que nous avons apprécié à l'égard de l'élément esthétique. Jusqu'alors la science avait reçu, comme l'art, des encouragements facultatifs. Maintenant au contraire, la protection des sciences devenait pour tous les gouvernements un devoir dont la néghgence eût entraîné un blûme général. Dans cette nouvelle situation, on voit se développer les différences que j'ai déjà signalées entre les deux systèmes de dictature temporelle. Entraîné à une philosophie négative en évitant la transition protestante, l'esprit français retienU'inslinct de contemplation et de généralité qui avait
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(Hé développé par réducaliou catholicjue. La France reçoit de la monarchie l'impulsion qui avait précédemment appartenu à l'Allemagne, à l'Italie et à l'Angleterre. La dictature aristocratique particulière à l'Angleterre laisse les savants assujettis à la dépendance des protections privées. L'esprit de nationalité, qui dès lors caractérise la politique anglaise, se fait sentir dans les sciences, surtout en mathématiques, où les méthodes et les découvertes indigènes sont seules adoptées, à l'exclusion de la géométrie analytique et des notations infinitésimales. Ces tendances sont d'autant plus choquantes qu'elles forment un contraste avec l'admiration exagérée dont la France est animée pour Newton, au détriment de Descartes, qui, d'un génie à la fois scientifique et philosophique, n'a eu, depuis, d'autres émules que Leibniz et Lagrange.
Le mouvement scientifique de cette troisième phase a une portée supérieure à celle du mouvement esthétique correspondant. Les mathématiques reçoivent deux séries de progrès : la première, qui résulte du principe établi par Newton, donne lieu aux diverses théories de la mécanique rationnelle ; la seconde, qui remonte à l'impulsion analytique de Leibniz, détermine le développement de l'analyse mathématique. Dans la première série, Maclaurin et Giairaut établissent la théorie générale de l'équilibre des fluides, pendant que Daniel Bernouilli construit la théorie des marées. D'Alembert et Euler complètent la dynamique des solides en constituant la difficile théorie du mouvement de rotation. En môme temps, le premier fonde, par son immortel principe, le système analytique de l'hydrodynamique, déjà ébauchée par Daniel Bernouilli. Enfin, Lagrange et Laplace complètent la théorie des perturbations. La seconde série est dominée par la grande figure d'Euler, vouant sa longue vie et son infatigable activité à étendre l'analyse mathématique et à développer la coordination de la géométrie et de la mécanique. L'Angleterre est punie de l'étroite nationalité (|u'elle avaii tenté de se constituer ; car les savants anglais ne prennent, à l'exception de Maclaurin, qu'une part très secondaire à l'élaboration de la théorie newtonienne, dont le développement appartient à la France, à l'Allemagne et à l'Italie
L'ensemble d(^ la physique, ébauché dans la phase précédente par la théorie de la [)esantcnr cl de Topticiue, se com-
\(;i. ni: i.\ sphcialité ^9A)
plôlr jKir ccWc (lo la l'haliMir cl do rôleclricilé. La première est (K'iiaiiôiMlosonlilos clnimM-iciiics et des tliiidcs iiiias^inairos par la dôcouviM'U^ de I^lark sur los changcnKMils ({"(Mai. î.a socondc, populariser par los tiavaiix de Franklin, osl ivnduo ralionnolle par les recluM'chos de Coulomb. L'astronomie, réduite à la t>éométrie céleste, perd la prépondérance qu'elle avait conservée jusqu'alors, et ne compte qu'un seul homme de ^énie, Bradley, dont les recherches sur l'aberration de la lumière constituent le plus grand |)rogrès qui ait été réalisé depuis Kepler.
Celte phase est mar([uée par la création de la chimie, qui subit, vers la même épo({ue, une transformation analogue à la préparation que rhy})olhèse des tourbillons avait opérée, un siècle auparavant, dans la mécanique céleste. Tel est le rùle, aujourd'hui trop méconnu, de la conception de Stahl, qui l'ut précédée de la tentative de Boerhaave, et détermina une marche plus rationnelle dans l'ensemble des recherches chimiques entre les mains de Bergmann et de Scheele. Préparée par les expériences de Priestley et de Cavendish, l'œuvre de Lavoisier constitua la chimie.
Bien que la science biologique ait reçu seulement de nos jours sa constitution rationnelle, il importe de signaler le mouvement dont elle devint l'objet. La taxinomie, l'anatomie et la physiologie donnèrent lieu à d'éminentes conceptions : la première, aux travaux de Linnée succédant aux inspirations de Bernard de Jussieu ; la deuxième, aux analyses comparatives de Daubanton et aux vues générales de Vicq-d'Azyr ; enfin la troisième, à l'exploration de Haller, suivie de l'ingénieuse expérimentation de Spallanzani. En même temps, le génie synthétique et concret de Bull'on, formulant les relations encyclopédiques de la science des corps vivants, en faisait sentir la destination morale et sociale, signalée par les indications secondaires de (ieorges Leroy et de Charles Bonnet.
Après avoir caractérisé le développement scientifique depuis le moyen âge, nous devons envisager le mouvement philosophi<[ue.
La transacti on scolaslique, avait réalisé le triomphe de la imélaphysique, qui, bornée précédemment à l'étude du monde inorganique, compléta son domaine en étendant ses entités à l'homme moral et social. En acceptant le secours de la rai-
son, la foi s'altéra d'une manière irréparable : elle cessa de reposer sur une révélation pour s'appuyer sur des démonstrations susceptibles de controverses, composant la nouvelle doctrine étrangement qualifiée de théologie naturelle. Un dualisme s'établit alors entre Fancienne notion de Dieu et la nouvelle entité de la Nature. L'antagonisme de ces deux conceptions paraissait suffisamment contenu parle principe qui, sousÉ l'influence inaperçue de l'instinct positif, les subordonnait l'une et l'autre à la nouvelle hypothèse d'un Dieu créateur de lois invariables dont l'application était confiée à la Nature. Cette étrange combinaison, où l'on tentait de concilier le principe théologique avec le principe positif, porte l'empreinte de l'esprit métaphysique, qui l'avait élaborée, et qui s'y était ménagé la plus belle part. La Nature faisait l'objet des contemplations et même des adorations journalières. L'action de la Divinité suprême était réduite à une intervention initiale, où la pensée remontait de moins en moins. Jamais le bon sens vulgaire n'a pu admettre ces subtilités doctorales, qui neutralisaient toutes les idées de volonté arbitraire et d'action permanente, sans lesquelles les croyances théologiques ne peuvent conserver leur caractère. Aussi doit-on peu s'étonner que l'instinct populaire poursuivit alors tant de docteurs de l'accusation d'athéisme.
Rien ne caractérise mieux une telle situation que la controverse des réalistes et des nominalistes.
La marche de ce long débat correspond à l'accroissement de l'influence philosophique, qui détermina le triomphe du nominahsme sur le réahsme. Sous ces formes, qui semblent aujourd'hui si vaines, c'était le commencement de la lutte de l'esprit positif contre l'esprit métaphysique, dont le caractère consiste à personnifier des abstractions qui n'ont qu'une existence nominale. Jamais les écoles grecques n'avaient oflert une contestation aussi élevée, ni surtout aussi imporlante soit pour ruiner le régime des entités, soit même pour faire soupçonner la nature relative de la vraie philosophie.
Pendant la première phase de l'évolution moderne, la métaphysique favorisait par sa critique la révolte du pouvoir temporel contre la conslilution catholique, tandis que la science naissante accumulait les observations provoquées par l'astrologie et l'alchimie. Malgré leur divergence croissante, aucun
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grave conflii, 110 pouvait donc s'élever entre elles. 11 n'en pouvait plus être ainsi pendant la deuxième phase, quand la réforme eut partout donné à la philosophie métaphysique l'autorité spirituelle quelle avait toujours convoitée. L'antagonisme fut tra])oril défavorable à la science, comme le prouvent les tristes exemples de Cardan et de Ramus. Toutes les Dations européennes, sauf l'Espagne, alors engourdie par la politique rétrograde, prirent part à cet immense débat, qui devait exercer tant d'inlluence sur les destinées humaines. [L'Allemagne avait, au siècle précédent, préparé la crise par a réforme et par les découvertes astronomiques de Copernic, de Tycho-Brahé et de Kepler. Mais, absorbée par les luttes religieuses, elle n'y put activement concourir. Au contraire, 'Angleterre, l'Italie et la France y firent participer trois phiosophes. Bacon, Galilée, Descartes, dont les génies très difl'érents étaient également nécessaires. L'action de Galilée, nséparable de ses découvertes, appartient à l'évolution scienifique; il serait donc superflu d'y revenir. Les travaux de 3acon et de Descartes, diriges contre l'ancienne philosophie ît destinés à constituer la nouvelle, présentent une remarjuable harmonie avec la nature de chaque philosophe et avec :elle du milieu correspondant. Chacun d'eux établit la néessité d'abandonner l'ancien régime intellectuel, et fait 'essortir les attributs du régime nouveau. L'un et l'autre narquent la tendance de leur analyse vers une synthèse gélérale.
Malgré cette conformité, le génie de Bacon et celui de Des- :artes présentent de nombreuses différences. D'une nature dIus active, mais moins rationnelle, préparé d'abord par une îducation vague et incohérente, soumis ensuite à l'influence l'un milieu où la spéculation était subordonnée à l'application itile. Bacon a caractérisé imparfaitement l'esprit scientifique, jui, dans ses préceptes, flotte entre l'empirisme et la métaphysique, surtout dans l'étude du monde extérieur. Descartes, ussi grand géomètre que profond philosophe, appréciant la Dositivité à sa source, en pose avec plus de fermeté et de précision les conditions essentielles dans cet admirable discours )ii il retrace son évolution individuelle, et décrit ainsi la narche de la raison humaine. Ce discours sera toujours relu nvec fruit, môme quand l'œuvre diffuse de Bacon n'offrira
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plus qu'un intérêt liislorique. Mais, dans l'étude de Ihommc et de la société, Bacon présente, à son tour une incontestable supériorité sur Descartes, qui, en constituant la philosophie inorganique, semble abandonner à l'ancienne méthode le domaine moral et social. Bacon a voulu renouveler cette seconde moitié du système philosophique, qu'il a conçue comme destinée à régénérer l'humanité. L'école cartésienne s'est efforcée de corriger les imperfections de son chef, dont la métaphysique n'a jamais obtenu en France l'influence qu'y! prenait sa théorie corpusculaire. L'école de Bacon, au contraire, a tendu à restreindre les hautes inspirations sociales de son fondateur, pour en exagérer les inconvénients abstraits, en laissant trop souvent dégénérer l'esprit d'observation enj un stérile empirisme.
L'état de l'esprit humain devait rester transitoire jusqu'au! moment de l'évolution de la chimie et surtout de la biologie.! Pour franchir cet intervalle, il suffisait d'apporter une dernière modification au partage organisé par Aristote et Platoi entre la philosophie naturelle et la philosophie morale. Descartes, appréciant plus nettement une telle situation, étendit le domaine positif autant qu'on pouvait l'oser de son temps] en y faisant rentrer l'étude intellectuelle et morale des ani-l maux. Par sa célèbre hypothèse d'automatisme, il ne laissa à la métaphysique que le seul domaine qui ne pouvait encore! lui être disputé en la réduisant à l'étude de l'homme moral! et de la société. Mais, en coordonnant ces attributions de l'ancienne philosophie, son génie systématique le porta à leur! donner trop d'importance. Aussi la seconde partie de son élaboration philosophique, moins en harmonie avec l'état des esprits, n'eut-elle pas, surtout en France, le succès de la première, même quand Malebranche s'en fut emparé. Bacon, qui poursuivait surtout la régénération des études morales et sociales, était à l'abri d'une pareille erreur. Mais l'impossibilité, bientôt constatée, de rendre positives ces deux parties extrêmes du système philosophique conduisit son école à reconnaître la nécessité de la répartition établie par Descartes. Ces tentatives prématurées ne pouvaient aboutir qu'à tout replacer sous la domination de la métaphysique, comme le montrèrent les efforts presque simultanés de Malebranche et de Leibniz pour établir une entière coorchnation philoso-
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phiquo, [1*1111 (raprôs sa prémotion [)lîysiqiio, l'autre par la conception des monades.
Tel était le premier résullal de l'impulsion imprimée par Hacon et Descaries. L'esprit positif devenait seul nuiître de la philosophie naturelle. L'esprit métaphysiciue, dès lors isolé, e\eri:ait sur la philosophie morale une domination dont le terme élail appréciable. Par suite d'un tel isolement, la métaphysii(ue perdit rapitlement le crédit qu'elle avait conservé juscpie-là, et i[ui tenait à sa solidarité avec l'évolution scienlitique. Les plus éminents penseurs s'étant tournés vers les sciences, sauf un très petit nombre d'exceptions, la philosophie, (pii cessait d'exii^er de sérieuses études, tomba bientôt aux mains des simples littérateurs. Ces derniers, en l'appli- ! (juant à démolir l'ancienne organisation spirituelle, reproduisirent les j)rincipales erreurs intellectuelles ou politiques qui \ avaient agité les anciennes écoles grecques. Ils envisagèrent j de diverses manières l'essor abstrait de l'entendement, les uns en appréciant les conditions extérieures, les autres, les conditions intérieures ; ce qui constitua deux systèmes également irrationnels, parce qu'ils séparaient les deux notions de milieu et d'organisme Ce n'était d'ailleurs qu'une reproduction de l'antique rivalité qui avait divisé jadis les écoles opposées d'Aristote et de Platon, et que la scolastique avait, au moyen Age, heureusement suspendue. La répartition européenne de ces deux ordres d'erreurs correspond, en général, à la division entre le catholicisme et le protestantisme.
Avant de cjuitter cette deuxième phase, aussi décisive pour l'évolution philosophique que pour l'évolution scientifique, j'y dois signaler les germes de la rénovation de la philosophie politique, que Hobbes et Bossuet ont préparée vers la fin de cette période, dont le début avait été marqué par quelques heureux essais de Machiavel pour rattacher à des causes naturelles l'explication de certains phénomènes politiques. La célèbre conception de Hobbes sur l'état primitif de guerre et sur le règne de la force est un heureux aperçu de la prépondérance des influences temporelles dans les conditions sociales et de l'état militaire des sociétés primitives. La participation de Bossuet est plus évidente et moins contestée : il tenta le premier de concevoir les phénomènes politiques comme assujettis à certaines lois invariables permettant de les déterminer
les uns par les autres. La prépondérance du principe théologique a profondément altéré une conception aussi avancée, sans en empêcher l'influence sur le perfectionnement des études historiques.
La troisième phase ne fut qu'une extension de la précédente. Dans l'ordre moral on y remarque surtout l'heureuse tendance de l'école écossaise. Cette école s'efforça de rectifier les erreurs de l'école française : l'un de ses principaux membres, le judicieux Hume, ébaucha le caractère des conceptions positives. Il faut aussi noter les ingénieux aperçus d'Adam Smith sur l'histoire des sciences, et surtout de l'astronomie, qui s'approchent peut-être davantage du vrai sentiment de la positivité. Quant à la marche de la philosophie politique, on doit d'abord remarquer l'amélioration qui s'introduisit, au siècle dernier, dans les compositions historiques où le développement social devint le but des plus célèbres productions. Il serait injuste d'oublier les travaux des érudits qui se dévouèrent à éclaircir les principaux points de l'histoire dans les intéressants mémoires de notre anciennes Académie des inscriptions et dans l'importante collection de Muratori.
La seule conception capitale qui appartienne réellement à la troisième phase consiste dans la notion du progrès. Cette notion résulta de l'ensemble du mouvement scientifique, qui, plus clairement que tout autre, suggère l'idée d'une progression dont les termes se succèdent nécessairement. Aussi Pascal avait-il formulé l'idée du progrès sous l'impulsion de l'histoire des sciences mathématiques. Toutefois, cette idée ne pouvait fructifier tant qu'elle n'était vérifiée que par une évolution partielle. Par une fâcheuse coïncidence, le mouvement de décomposition disposait, dès le quatorzième siècle, toutes les classes de la société à concevoir le moyen âge comme une période rétrograde. On comprend dès lors l'importance de la grande controverse, si heureusement agrandie par Fontenelle et Perrault, que provoqua l'aveugle obstination de certains classiques français à méconnaître le mérite de l'évolution esthétique moderne par rapporta l'ancienne. Une telle controverse appelait une discussion très approfondie, où tendaient à s'introduire les principaux aspects sociaux, malgré les efl'orts de Boileau et de ses coopérateurs pour restreindre une contestation philosophique dont ils se sentaient incapables de