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AGE DE I.A GÉNÉRALITÉ

l'existence île l'ancien systt^'me en subordonnant l'activité militaire aux succès industriels, envisagés comme but de la politique européenne. L'évolution esthétique et l'évolution scientitiijue, dont l'éclat se maintient, obtiennent un ascendant analogue. Elles commencent tx s'alTranchir de toute protection facultative et s'incorporent i\ la sociabilité moderne en exerçant une intluence croissante sur l'éducation. Tandis que ces trois évolutions deviennent incom|)atibles avec le régime primitif*, les vices inhérents à la spécialité exclusive, qui avait dirigé, ilepuis la tin du moyen âge, leur développement empirique, s'étendent au point d'entraver tout progrès.

Une immense crise sociale est déterminée tout à coup dans la nation chez laquelle l'évolution avait acquis la plus complète efflcacité politique, et qui, par l'ensemble de ses antécédents, était destinée au périlleux honneur d'une telle initiative. Ce mouvement révolutionnaire enlève tous les débris de l'ancien régime, sans en excepter le pouvoir central, autour duquel ils s'étaient rassemblés. Le but delà révolution devait être de réorganiser la société, puisque, loin d'avoir pour objet la ruine de l'ancienne économie, elle en était le résultat. Mais la marche empirique et le caractère spécial de la progression positive n'ayant pu faire ressortir sa véritable tendance politique, la réorganisation sociale est confiée à la métaphysique, qui avait dirigé le mouvement antérieur. Cette illusion réduit la pensée révolutionnaire à indiquer vaguement les conditions d'une régénération dont le principe reste indéterminé. La philosophie dirigeante conduit bientôt à fonder la régénération sociale sur une restauration du système théologique et militaire, que favorise une immense activité guerrière détournée peu à peu de son but. Mais le développement même de cette réaction, qui, malgré son intensité, n'établit rien de durable, prouve qu'elle est incompatible avec l'état des peuples modernes.

Le cours des événements du dernier demi-siècle montre que les conditions de l'ordre et celles du progrès ne peuvent être réalisées que par une véritable réorganisation. L'ensemble de la politique flotte, comme avant la révolution, entre la tendance rétrograde d'un pouvoir qui ne conçoit l'ordre que dans le type ancien et l'instinct anarchique d'une société qui n'imagine qu'un progrès purement négatif. Mais

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les faits eux-mêmes ont beaucoup amorli les passions correspondaiiles en signalant Tinanité commune des espérances opposées. L'ancienne dictature temporelle, dissoute par la décomposition du pouvoir central, se reconnaît impuissante à diriger la réorganisation spirituelle, et se borne exclusivement à maintenir Tordre matériel. Le gouvernement intellectuel et moral est abandonné à la concurrence des tentatives philosophiques. Les nouveaux éléments sociaux, continuant leurs évolutions partielles, font ressortir la nécessité d'une coordination générale. L'industrie rend irrécusable le besoin d'établir entre les entrepreneurs et les travailleurs une harmonie à laquelle leur antagonisme a cessé d'offrir des garanties suffisantes. Dans l'évolution scientifique, l'extension de la méthode positive à l'étude des corps vivants, y compris les phénomènes intellectuels et moraux, fait ressortir les vices d'une spécialisation devenue plus étroite et plus empirique, au temps même où la marche de l'esprit humain exige qu'on substitue le régime synthétique au régime analytique.

Ce résumé permet de constater que notre analyse historique est le simple développement de la loi des trois états, qui se trouve aussi pleinement démontrée que toute autre loi de la philosophie naturelle. A partir des moindres ébauches de civihsation jusqu'à l'état des peuples les plus avancés, cette loi explique le caractère de toutes les grandes phases de l'humanité, la part de chacune d'elles à l'œuvre commune, leur filiation successive, de manière à introduire enfin une unité parfaite et une rigoureuse continuité dans cet immense spectacle. Une loi qui a rempli de telles conditions ne peut plus passer pour un simple jeu de l'esprit philosophique, et contient certainement l'expression abstraite de la vérité générale : elle peut donc être employée à rattacher l'avenir au passé. Malgré la variété qui la caractérise, l'évolution sociale, sans être périodique, se trouve ainsi ramenée à une règle constante, qui, presque imperceptible dans l'étude isolée d'une phase trop circonscrite, devient irrécusable quand on examine la progression totale. Or l'usage de cette loi nous a conduits à déterminer, à l'abri de tout arbitraire, la tendance de la civilisation actuelle. Il en résulte la connaissance de la direction ([u'il faut imprimer au mouvement systématique pour le faire converger vers le mouvement spontané.

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Après avoir traversé toutes les phases de la vie théologii|ue, et même les divers degrés de la transition métaphysique, l'élite de l'humanité touche î\ Tavènement de la vie positive, dont les éléments, partiellement élaborés, n'attendent plus qu'une coordination générale pour constituer un nouveau système social. Celte coordination doit être d'abord intellectuelle, ensuite morale, enfin politique. Il s'agit de remplacer la méthode philosophique propre à l'enfance de l'humanité par celle qui convient à sa maturité. Toute tentative ne remontant pas à cette source serait impuissante contre le désoriire actuel, quiest surtout mental. Mais, sous cet aspect, la connaissance de la loi des trois états devient le principe d'une telle solutioîi en établissant une entière harmonie dans le système des connaissances humaines par la prépondérance ainsi procurée à la méthode positive. Cette méthode tend à l'aire prévaloir l'esprit d'ensemble, et par suite le sentiment du devoir, qui s'y trouve étroitement lié. Les règles morales sont aujourd'hui ébranlées, parce qu'elles continuent à reposer sur les conceptions théologiques. Elles reprendront une irrésistible vigueur quand elles seront rattachées aux idées positives. Sous l'aspect politique, la rénovation des doctrines sociales ne peut s'accomplir sans faire surgir de son exécution même une nouvelle autorité spirituelle, qui, après avoir discipliné les intelligences et reconstruit les mœurs, deviendra la base du nouveau régime de l'humanité. C'est ainsi que le même système philosophique, en dévoilant la nature du problème fondamental, fournit le principe de la véritable solution.

Rien n'est plus regrettable que la fatale erreur qui fait concourir tous les partis et toutes les écoles à repousser avec un aveugle dédain les travaux théoriques relatifs aux spéculations sociales. On n'accorde d'attention et de confiance qu'aux combinaisons pratiques destinées à modifier les institutions polili([ues, abstraction faite du désordre intellectuel et moral. Tant que ce désordre n'aura pas été dissipé par la seule voie conforme à sa nature, aucune institution ne deviendra possible, faute de base solide. Notre état social ne comportera que des mesures politiques provisoires, destinées à maintenir l'ordre matériel contre les convoitises excitées par le progrès de l'anarchie spirituelle. Pour remplir cet

office, les gouvernements, quelle que soit leur forme, seront forcés de s'appuyer, comme aujourd'hui, sur un vaste système de corruption, assisté au besoin d'une force répressive. Jusqu'au développement de la réorganisation mentale, et par suite morale, l'élaboration philosophique sera donc plus importante que l'action politique. Ce que les philosophes pourront attendre, à cet égard, de la part des gouvernements, c'est qu'ils ne troublent pas leurs travaux, et qu'ils en faci-j litent l'application graduelle. Sous cet aspect, la Convention française, du moins pendant sa phase ascensionnelle, est le| seul pouvoir qui ait eu, malgré d'immenses obstacles, levéri-| table instinct de sa position, comme l'indiquent ses créations progressives et cependant toujours provisoires. Toutes les puissances politiques ont cru bâtir pour l'éternité, même dans leurs édifices les plus éphémères.

Relativement à la réorganisation spirituelle, rien de ce qui] est aujourd'hui classé n'est susceptible de s'incorporer directement au nouveau régime, dont tous les éléments doivent! d'abord subir une régénération intellectuelle et morale. Le pouvoir spirituel résidera dans une classe nouvelle sans analogie avec aucune de celles qui existent, et composée de] membres issus, suivant leur propre vocation individuelle, de tous les rangs de la société. L'avènement de cette corporation sera d'ailleurs spontané ; car son ascendant social ne peut ré-j sulter que de l'adhésion volontaire des intelligences aux nou-J velles doctrines. Son établissement devant surgir peu à peu] de l'exécution même de son œuvre, toute spéculation détaillée! sur les formes propres à sa constitution future serait aujour-j d'hui aussi puérile qu'incertaine, bien que l'influence dej habitudes métaphysiques puisse faire excuser ces vaines recherches. L'action sociale d'un tel pouvoir doit, comme celh de la puissance catholique, précéder son organisation légale.] Il suffit d'indiquer son rôle dans le système de la sociabilitéj moderne.

Il est nécessaire qu'un pouvoir spirituel entièrement distinctl et indépendant du pouvoir temporel régisse les idées et les] mœurs, pendant que le pouvoir temporel s'apphque seulement aux actes accomplis. L'évolution humaine est caractérisée] par une influence croissante de la vie spéculative sur la vie active, bien que celle-ci conserve sans cesse l'ascendant elfec-

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