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tir. Il serait donc contradictoire de supposer que la partie contemplative de l'homme doive être priv(H^ de culture propre et de direction distincte dans l'état social où l'intelligence aura le plus d'activité, tandis que cette séparation a déjà existé, au moyen Age, dans une civilisation moins avancée. En un tem})s où tout le monde reconnaît la nécessité d'une division entre la théorie et la pratique pour le perfectionnement simultané de l'une et de l'autre, on ne peut pas hésitera étendre le même principe aux opérations les plus difticiles et les plus importantes. Or, sous l'aspect intellectuel, la séparation des pouvoirs ne fera que réaliser la distinction de la science et de l'art dans l'ordre des idées sociales.
Le catholicisme a développé la sociabilité en atîranchissant la morale de la politique. Cette sublime opération, encore si peu comprise, a placé les lois relatives aux besoins généraux à l'abri des inspirations émanées des intérêts secondaires et particuliers. Or un tel progrès n'aurait eu aucune consistance en présence du contlit des passions, si, reposant seulement sur une doctrine abstraite, il n'avait pas été vivifié par un pouvoir moral, distinct et indépendant du pouvoir politique. Les constitutions métaphysiques elles-mêmes, tout en confondant les deux ordres d'attributions, ont sanctionné ce progrès en instituant jusque chez les moindres citoyens un contrôle général de toutes les mesures politiques. C'est une faible image et un équivalent imparfait des moyens énergiques que l'organisme catholique procurait à chaque croyant pour résister à toute injonction contraire à la morale établie, en évitant néanmoins de s'insurger contre une économie fondée sur une telle séparation.
L'hostilité de la progression moderne contre l'ordre catholique ne doit pas laisser dominer indéfiniment les préjugés révolutionnaires propres à son développement. Tandis que la nature de la civilisation prescrit la division des pouvoirs comme une condition de son progrès, elle tend à la réaliser comme une conséquence de son cours spontané. Dans l'état social du moyen âge, une telle séparation a présenté, à beaucoup d'égards, un caractère forcé et contradictoire, parce quelle était opposée à l'esprit militaire. Rien d'équivalent nest possible sous l'influence de la vie industrielle, dont la nature doit, au contraire, empêcher toute confusion entre la
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puissance spéculative et la puissance active, qui n'y peuven jamais résider à un haut degré dans les mêmes organes. L diversité des mœurs n'est pas moins incompatible avec 1 concentration des pouvoirs que la distinction des capacités Bien que le caractère des différentes classes modernes ne soit pas encore très prononcé, il est pourtant irrécusable que la supériorité de richesse, principal résultat de la prééminence industrielle, ne conférera jamais des droits sérieux à la suprême décision des affaires humaines. De môme, malgré la honteuse ardeur de tant d'artistes et de savants pour rivaliser de fortune avec les chefs industriels, il n'est pas à craindre que les carrières esthétiques ou scientifiques puissent conduire au plus haut ascendant pécuniaire. La généreuse imprévoyance des uns, quand il y a vocation réelle, est incompatible avec la scrupuleuse sollicitude qu'exigent les succès des autres.
Une secte éphémère, sans portée comme sans moralité, a voulu, de nos jours, tenter de prendre la richesse pour base du classement social en y voyant l'unique récompense de tous les services. Ses vains efforts ont abouti à faire mieux sentir que, dans l'économie moderne, les opérations d'une utilité immédiate et matérielle constitueront toujours la principale source de richesse, quelles que soient les améliorations de l'état social. Au contraire, les divers travaux spéculatifs, susceptibles d'une appréciation moins évidente en raison de leur destination plus indirecte et plus lointaine, doivent trouver leur récompense dans une plus grande considération. Il serait i aussi désastreux que chimérique de vouloir toujours unir la plus haute fortune à la plus haute considération.
Les nécessités sociales se manifestent chez ceux-là mêmes qui tentent de les éluder. Aussi existe-t-il aujourd'hui une sorte de pouvoir spirituel disséminé parmi les littérateurs et les métaphysiciens qui, par un enseignement journalier, soit oral, soit écrit, dirigent, au sein des divers partis, l'application des doctrines sociales. L'irrégularité d'une telle puissance ne l'empêche pas de faire sentir son action, et d'une manière I souvent déplorable. Les plus systématiques adversaires de la séparation des pouvoirs ne sont pas les moins servilement | soumis à une telle nécessité. Il s'agit de décider si les popula- | tions modernes, au lieu d'avoir une organisation spirituelle
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oiulée sur une nouvelle philosophie, doivent être indéfiniment H^nduiles par des organes dépourvus de connaissances et de ronvictions, et qui, grAce à une déplorable l'acililé à soutenir ouïes les thèses, viennent s'ériger en guides spéculatiCs de "humanité. Plus on approfondira une telle discussion, plus :>n sentira que la civilisation doit ollVir le principal dévelop- HMuent de la division des pouvoirs, qui fut seulement ébau- •hée au moyen âge.
Notre sociabilité tend à rendre le gouvernement plus moral ^t moins politique. La réorganisation spirituelle est, non seuemenl la plus urgente, mais encore la mieux préparée. D'une )art. les gouvernements actuels, en renonçant à diriger une elle opération, tendent à la confier à la philosophie qui se uontrera digne d'y présider. D'autre part, les populations, lésabusées des illusions métaphysiques, comprennent, après in demi-siècle d'expériences, que tout le progrès social compaible avec les doctrines vulgaires a été réalisé, et qu'aucune mportante fondation politique ne peut plus surgir sans reposer sur une philosophie nouvelle.
Quand cette opération sera assez développée pour faire sentir partout sa tendance générale, elle exercera sur les ?sprits les plus actifs et sur la masse des intelligences une nlluence favorable, en indiquant aux uns et aux autres la marche la plus conforme à une sage réalisation de leurs »œux. J'ai déjà établi en principe, au sujet de l'avènement lu catholicisme, que le prétendu règne de l'esprit, rêvé par a métaphysique grecque, constitue une conception non moins :ontraire aux conditions du progrès qu'à celles de l'ordre, lette conception, si elle pouvait prévaloir, organiserait une mmobilité analogue à celle des théocraties en livrant l'empire du monde à de inédiocres intelligences, dès lors privées le frein et de stimulation. La même utopie, écartée par le -•égime du moyen âge, reparut avec la philosophie métaphysique, dont elle émanait, quand la décomposition du catholicisme rétablit au profit des chefs temporels l'antique confusion des pouvoirs. Depuis cette époque, presque tous les esprits actifs ont été plus ou moins animés, souvent à leur insu, d'une tendance insurrectionnelle contre l'ensemble de 'ordre existant, qui cessait de leur offrir une position légale. V mesure que lo mouvement négatif s'accomplissait, cette
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opposition excitait les ambitieux à rechercher les grandeurs temporelles, qui étaient seules constituées. Une telle influence se développait à peu près également soit dans les pays protestants, où la confusion des pouvoirs était solennellement consacrée, soit dans les nations catholiques, chez lesquelles la suprématie temporelle n'était pas moins réelle, et où l'abaissement des barrières aristocratiques favorisait de telles prétentions.
La révolution a stimulé, surtout en France, de semblables espérances, qui ne reconnaissent plus aucune limite. Sans doute le dérèglement des ambitions philosophiques ne saurait altérer la nature de la civilisation moderne. Ces folles tentatives, privées du point d'appui religieux, viendront toujours échouer contre la prépondérance matérielle, désormais mesurée surtout par la supériorité de richesse, et de plus en, plus inhérente à la prééminence industrielle. Mais elles n'en, sont pas moins, au sein des sociétés, une source constante, de perturbation, et sont d'autant plus dangereuses qu'elles| paraissent reposer sur la tendance de la civilisation à aug-l menter l'influence sociale de l'intelligence.
L'esprit est destiné à inspirer à la puissance matérielle le respect des lois morales, dont toute activité, soit privée, soitf publique, tend à s'écarter. Ainsi conçue, la suprématie sociale n'appartient ni à la force ni à la raison, mais àja morale, qui domine les actes de l'une et les conseils de l'autre. Telle est la limite idéale dont la réalité doit s'approcher graduelle-i ment, sans pouvoir jamais l'atteindre. L'esprit doit renoncer^ au règne chimérique de la capacité ; car son véritable office,^ aussi propre à entretenir son activité qu'à récompenser ses; services, consiste dans l'éducation et dans une influence con-i sultative sur tout le cours de la vie.
La réorganisation spirituelle exercera également une salu-. taire influence sur la masse des intelligences, poussées, par la confusion qui existe entre l'ordre spirituel et l'ordre temporel, à chercher dans les institutions politiques la solution des problèmes sociaux. Cette disposition des masses s'est développée en Europe pendant les cinq siècles qui ont suivi la désorganisation catholique, à mesure que s'accomplissait la concentration temporelle ; elle est parvenue à une déplorable intensité ; elle seule fournit un point d'appui aux pré-