AGE DE LA GÉNÉRALITÉ
entions tic rintelli^onoe à la domination universelle. Sans ine pareille illusion sur reffîcacité des mesures politiques, >s masses ne seconderaient pas les etTorts perturbateurs des sprits les plus actifs. Non seulement la philosophie positive cartera Tulopie du règne de l'esprit en donnant à la capailé intellectuelle une lari>e destination, mais encore elle uiprimera aux réclamations populaires une direction plus norale que politique. Les principaux griefs des masses contre m régime sous lequel leurs besoins généraux sont si peu conullés se rapportent surtout à une rénovation des opinions et les mœurs. C'est incontestable quant aux abus Jnhérents à inégalité des richesses, abus qui constituent le plus dangeeux argument des agitateurs et des utopistes, et qui résulent du désordre intellectuel et moral bien plus que de l'im- )erfection des mesures politiques, dont l'influence est, à cet ^gard, fort limitée. La réorganisation spirituelle est donc usceptible de faciliter le retour d'une harmonie durable en atisfaisant aux conditions du progrès et à celles de l'ordre, gaiement indispensables pour que Finstinct des masses >uisse accueillir un semblable enseignement.
La nouvelle philosophie remplacera la détermination des Iroits par celle des devoirs respectifs. Le premier point de ne a prévalu tant que la réaction contre l'ancien régime n'a )as été suffisamment accomplie. Le second doit présider à 'organisation du nouvel état social. Au lieu de faire consister es devoirs particuliers dans le respect des droits généraux, )n concevra, en sens inverse, les droits de chacun comme ésultant des devoirs des autres envers lui, ce qui n'est nullenent équivalent ; car cette distinction représente la préponlérance de l'esprit métaphysique ou de l'esprit positif, l'un conduisant à une morale presque passive, dans laquelle iomine l'égoïsme, l'autre à une morale active, dirigée par la •harité. Cette transformation résultera de la priorité accordée i la réorganisation spirituelle.
' Tels sont les services immédiats que rendra l'œuvre philosophique qui doit réorganiser la société au point de vue spiiituel. Il me reste à indiquer la nature des attributions du louveau pouvoir spirituel, et par suite le caractère de son autorité.
Sous l'un et l'autre aspect, la puissance catholique du
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moyen âge est le seul exemple d'une telle organisation. Bien que ce rapprochement soit susceptible d'une véritable utilité, son usage exige certaines précautions, en raison du principe théologique de l'ancien organisme spirituel, dans lequel la destination sociale était subordonnée à un but chimérique, ' qui altérait l'exercice et le caractère de l'autorité spéculative. C'est seulement à ceux qui sauront écarter le point de vue religieux pour envisager l'office social du clergé catholique qu'un tel procédé comparatif pourra devenir, utile comme moyen empirique de faciliter les déterminations. Tous les j actes de la vie réelle qui comportaient, au moyen âge, l'action I spirituelle, donneront lieu à une intervention équivalente du : nouveau pouvoir, dont l'ascendant sera même, à divers titres, plus immédiat et plus complet. Mais uQtre appréciation doit conserver ici la forme abstraite, afin de prévenir toute interprétation erronée.
J'ai déjà posé le principe qui détermine les attributions respectives du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Cei principe consiste à regarder l'autorité spirituelle comme décisive en tout ce qui concerne V éducation, soit spéciale, soiti générale, et comme consultative en ce qui se rapporte à l'action, soit privée, soit publique, dans laquelle elle n'intervient que pour rappeler en chaque cas les règles de conduite primitivement établies. L'autorité temporelle, au contraire, souveraine relativement à l'action au point de pouvoir suivre une marche opposée aux conseils de l'autorité spirituelle, nel doit exercer sur l'éducation qu'une simple influence consultative en se bornant à y solliciter la revision ou le perfectionnement des préceptes que la pratique lui semblerait condamner. L'établissement d'un système d'éducation non seulement intellectuel, mais encore moral, constituera la principale attribution du nouveau pouvoir spirituel. C'est surtout pour servir de base à un tel système que la philosophie positive devra être coordonnée. D'une part, l'éducation moderne, jusqu'ici vague et flottante comme la sociabilité correspondante, ne peut être instituée sans un pareil fondement philosophique. D'autre part, sans cette destination, une telle philosophie n'aurait point un caractère assez marqué pour contenir la tendance qu'ont les sciences à se spécialiser.
C'est au catholicisme que l'humanité a dû, au moyeu âge.
AGK ni: \.\ l,V.>iVA\\\ATK 383
Ile premier établissement irune édiicalion universelle, qui, muilij^ré son imperfection, présentait déjà un Tond commun îiux plus humbles et aux plus éminents chrétiens. Il serait élranii^ede concevoir une institution moins générale dans une civilisation plus avancée. Sous cet aspect, les dogmes révolulitHinaires relatifs à l'égalité d'instruction contiennent, depuis la décadence de l'organisme catholique, un pressentiment confus de Tavenir social, sauf les inconvénients inhérents uux conceptions métaphysiques. Rien ne caractérise mieux l'anarchie actuelle ([ue la honteuse indifférence des classes supérieures pour l'éducation des masses. Le peuple, qu'elles lovraienl élever et qu'elles laissent dans une profonde igno- •ance, menace d'exercer sur leur sort une effroyable réacion. Ainsi la première condition de l'éducation positive, envisagée comme base d'un nouvel ordre social, doit consister lans son universalité.
L'éducation positive sera industrielle, esthétique, scientifique et philosophique ; le progrès moral y correspondra sans 3esse au progrès intellectuel. L'esprit scientifique, perdant 'nfin sa spécialité, sera poussé aux généralités, obligé de 'ondenser et de coordonner les principales branches de la science, qui devront toutes fournir leur contingent à la docrine commune. Quand les savants auront compris que la .ie active exige l'emploi simultané des notions que chacun l'eux isole de toutes les autres, ils sentiront la nécessité de généraliser toutes leurs conceptions.
La nouvelle éducation systématisera la morale, qui, affranchie delà théologie, reposera sur l'ensemble de la philosophie )ositive. Dans l'économie d'une telle éducation, de saines labitudes développeront, dès l'enfance, l'instinct social et le •entiment du devoir. On établira les obligations de l'homme ivilisé, successivement envisagé dans son existence personlelle, domestique, sociale. Toutes les écoles métaphysiques oncourent vainement à sanctionner la prétention qu'ont les loctrines théologiques à constituer la morale. L'expérience les trois derniers siècles a montré que ce mode indirect, ndispensable au premier ûge de l'humanité, n'est plus conenable à son âge mûr. L'application de ce procédé primitif a oujours subi un décroissement correspondant à celui de la philosophie dont il émanait, à mesure que l'intelligence et la
sociabilité ont pe.rmis au vulgaire d'apprécier les règles morales d'après l'ensemble de leur influence sur l'individu et sur la société. Le catholicisme a livré à la raison humaine beaucoup d'utiles prescriptions : ces prescriptions étaient autrefois soumises à la sanction religieuse, et les philosophes an ciens pensaient qu'on ne pourrait jamais les y soustraire.
Les croyances sont devenues individuelles ; il est impossible d'édifier sur d'aussi vains fondements. On méconnaît l'indépendance du sacerdoce, sans laquelle la philosophie rehgieuse ne saurait être efficace, au point de vue moral. Aucune inconséquence n'est comparable à celle des déistes! modernes, qui rêvent de consacrer la morale par une religio sans révélation, sans culte ni clergé. L'analyse du catholi cisme fait ressortir les conditions qui ont été indispensable à l'accomplissement de son office moral, conditions qu l'œuvre révolutionnaire a graduellement détruites. L'indépen dance de la morale à l'égard de toute croyance est si bie établie, que des observateurs d'une faible portée, mais d'un incontestable loyauté, en ont osé conclure l'inutilité de tou enseignement moral. L'adhérence trop prolongée des règle morales à la doctrine théologique est devenue contraire leur efficacité en faisant rejaillir sur elles le discrédit qui s'attache à cette doctrine. Une telle solidarité constitue même un obstacle au développement de la moralité en empêchant d'établir une théorie, contre laquelle, du reste, d'injustes déclamateurs religieux, catholiques, protestants ou déistes, s'efforcent de soulever d'avance des imputations calomnieuses, comme pour fermer à l'envi toute issue à l'anarchie actuelle.
L'esprit positif produira des convictions morales aussi stables qu'universelles, et permettra d'étabhr une autorité spirituelle assez indépendante pour en régulariser l'application sociale. La philosophie positive, faisant prévaloir la connaissance de la nature humaine, peut seule présider au développement du sentiment social, qui n'a été cultivé jusqu'ici que d'une manière indirecte, et même contradictoire, sous les inspirations de la philosophie théologique. La morale positive, qui prescrira la pratique du bien en avertissant avec franchise qu'il n'en résultera souvent d'autre récompense qu'une inévitable satisfaction intérieure, deviendra plus favo-
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rablo aux atVoclioiis bienvoillantos (juc. los doctrines suivant Icsiiuollos le dévouemenl uu^uio ôlait toujours rattaché à des calculs personnels. Mais une aveugle routine, entretenue par d'énergiques intérêts, continuera à méconnaître la possibilité de systématiser la morale sans aucune intervention religieuse jusqu'à ce que les faits eux-mêmes dissipent à ce sujet toute vaine controverse. Aussi aucune partie de l'œuvre philosophique n'a-t-elle autant d'importance pour régénérer la société. L'humanité restera dans un état d'enfance, tant que ses principales règles de conduite, au lieu d'être uniquement puisées dans la connaissance de sa nature, continueront de reposer sur des tictions.
Je dois signaler une autre propriété par laquelle Téduca-
lion positive, en caractérisant la destination européenne de la
nouvelle autorité spirituelle, satisfera à l'une des principales
exigences de notre époque. La crise sociale qui a commencé
:'n France est maintenant commune à tous les peuples de
Europe occidentale. Rien n'est plus propre qu'une telle
rivnergie à faire ressortir l'insuffisance de la philosophie
lîétaphysique, qui dirige encore les tentatives politiques,
Puisqu'il ne s'agit partout que d'essais nationaux, dans les-
juels la communauté européenne est oubliée. Cette lacune
subsistera tant que le principe de la séparation des pouvoirs
lera méconnu ; car la confusion qui existe entre le gouverne-
nent moral et le gouvernement politique prolonge l'isolement
les différents peuples, dont la réunion ne pourrait résulter
[ue de l'oppressive prépondérance de l'un d'eux. Malgré la
onnexité de leur civilisation homogène, les cinq grandes na-
ions qui composent aujourd'hui l'élite de l'humanité ne sau-
aient être, sans une intolérable tyrannie, assujetties à un
lême empire temporel. Cependant leurs contacts journaliers
xigeraient l'intervention d'une autorité correspondant à l'en-
emble de leurs tendances communes. Tel sera, comme au
loyen âge, l'éminent privilège de la puissance spirituelle,
ui, liant ces divers peuples par une même éducation, pourra
eule obtenir un assentiment unanime, et résoudre les pro-
èmes sociaux dans l'intérêt de toute l'Europe.
Il importe d'écarter les tendances vagues et absolues d'une
aine [)hilanthropie, et de restreindre l'établissement du pou-
:jïr spirituel aux peuples que leurs antécédents en rendent
(loMTi:. — Sociologie. 25
susceptibles, sous la réserve d'étendre plus tard un tel organisme au delà môme de la race blanche, à mesure que le reste de notre espèce sera suffisamment civilisé. Tout en consolidant les liens inhérents à l'identité de la nature humaine, la nouvelle philosophie, dont l'esprit est éminemment relatif, distinguera les nations positives des peuples théologiques ou même métaphysiques. Ainsi, au moyen âge, le même attribut qui réunissait les diverses populations catholiques les séparait aussi de celles qui étaient demeurées à Tétat polythéiste ou fétichiste. A cet égard, il n'y aura d'autre différence entre les deux cas que la destination plus étendue de l'organisme moderne et la tendance plus conciliante d'une doctrine qui rattache tous les états de l'humanité à une même évolution L'obligation d'étendre le nouveau régime, à l'ensemble de l'occident européen prouve la nécessité de faire précéder dans chaque pays, l'organisation temporelle par une organi sation spirituelle, qui peut seule être commune aux différent; peuples. L'établissement de Féducation positive constitue h meilleur moyen de satisfaire à cet impérieux besoin de notn état social en appelant les diverses nationalités à une œuvr*: identique, sous la direction d'une classe spéculative, animé j non pas d'un stérile cosmopolitisme, mais d'un actif patricj tisme européen.
L'attribution que nous venons d'apprécier comprend Ter semble des fonctions propres au nouveau pouvoir spiritue Ce pouvoir doit, en outre, organiser pour l'ensemble de vie une sorte de prolongement destiné à empêcher que mouvement spécial ne fasse oublier ou méconnaître les prii cipes généraux dont la notion primitive a besoin d'être soi vent rappelée. De là résulte pour le pouvoir spirituel non se» lement la nécessité de surveiller la marche de l'esprit huma: afin d'y rappeler les considérations d'ensemble, mais encore devoir d'instituer, à l'exemple du catholicisme, un systèn d'habitudes publiques et privées, propres à développer sentiment de la solidarité sociale. Ce sentiment ne saun être assez complet sans celui de la continuité historique q se rapporte à notre espèce. Le pouvoir spirituel organiseï un vaste système de commémoration, dont le catholicisïj n'a réalisé qu'une faible ébauche par suite de l'esprit ti étroit et trop absolu de la philosophie théologique. Un
\(.i: i)i: LA (iKMiuALiTi': 887
système, destiné à tçloritier les diverses phases de l'évolution luiniaine et les pi'ineipaiix promoteurs de ses proij^rès successil's, otVrira une haute ulililé iulellecluelle eu popularisant la connaissance de cette marche fondauuMitale.
On ne peut se faire une idée de riniluence sociale qu'obtiendra le nouveau pouvoir spirituel, parce que l'instruction actuelle, improprement qualifiée d'éducation, ne laisse aucune forte empreinte morale, d'où puisse résulter l'autorité ultérieure des instituteurs primitifs, dont le souvenir est bientôt ^ifacé. L'éducation positive fera témoigner une confiance ■^nérale à la corporation qui l'aura dirigée; elle lui conférera 'jne voix consultative dans toutes les entreprises usuelles, ?oit privées, soit publiques, afin d'y mieux assurer la pratique ournalière des principes établis pendant la durée de l'initiaion. Cette éminente autorité, animée d'une impartialité sans nditïérence, exercera un haut arbitrage dans les divers conlits déterminés par le mouvement social, conflits qu'il serait hipossible de soumettre à une plus sage appréciation.
Ne pouvant être soumis à aucune autorité temporelle, les apports internationaux resteraient abandonnés à un insuffiant antagonisme, s'ils n'étaient pas de la compétence de la 'uissance spirituelle, seule assez générale pour être partout espectée. Il en résultera un système diplomatique entièrelent nouveau. La môme autorité qui, dans l'éducation prorement dite, aura fondé la morale des peuples comme celle es individus et des classes, y subordonnera, dans la vie itive, les divergences particulières, tant nationales que péronnelles.
Après avoir indiqué les attributions du nouveau pouvoir
*)irituel, nous allons examiner le caractère social de son au-
)rité, surtout par comparaison ou plutôt par contraste avec
'lui de l'autorité catholique au moyen âge. La puissance
^^mporelle dépend d'une certaine prépondérance matérielle
; force ou de richesse, dont l'empire est souvent subi à
" ^,gret. L'autorité spirituelle, au contraire, à la fois plus douce
plus intime, repose sur une confiance spontanément accor-
'C à la supériorité intellectuelle et morale. Elle suppose un
ire assentiment à une commune doctrine, qui règle Texer-
ce et les conditions d'un tel ascendant. Mais la nature phi-
sophique de la doctrine doit influer sur ces caractères élé-
388 SOClOLOCilK
menlaires, qui sont applicables à tous les modes possibles du gouvernement moral. L'autorité théologique liée à une révélation à laquelle le croyant ne saurait participer, est absolue. L'autorité du nouveau pouvoir spirituel sera relative, comme l'esprit de la philosophie correspondante. Nul ne pouvant ni tout savoir ni tout juger, le crédit obtenu par le plus éminent penseur offre une parfaite analogie avec celui que lui-même accorde sur certains sujets à la plus humble intelligence. La terrible domination que, pendant l'enfance de notre espèce, l'homme a pu exercer sur l'homme, au nom d'une puissance qui s'étendait à des intérêts dont la prépondérance interdisait toute délibération, est à jamais abolie avec l'état mental dont elle émanait. Mais, bien que la nouvelle autorité spirituelle ne puisse être aussi intense que l'ancienne, l'expérience des trois derniers siècles a déjà montré que, par elle-même et sans aucune organisation régulière, elle peut déterminer un suffisant accord sur des sujets convenablement élaborés. L'universelle admission des principales notions scientifiques, malgré leur opposition aux croyances religieuses, permet d'entrevoir de quelle autorité sera susceptible, dans la virilité de la raison, humaine, la force logique des véritables démonstrations, sur-.: tout lorsqu'elles s'étendront aux questions morales et sociales. Néanmoins, si la nouvelle autorité ne comporte pas la même^ plénitude que l'ancienne, la nature de la philosophie et de la sociabilité ne l'exige pas non plus ; car il s'agit d'organiser l'unité spirituelle, sans la rigoureuse compression que l'étal, théologique avait laborieusement établie.
Ces considérations doivent dissiper les fâcheuses inquié' tudes que soulève toute pensée de réorganisation spirituelle , car la nature philosophique du nouveau gouvernement mora ne lui permettra pas de comporter des usurpations équiva lentes à celles de l'autorité théologique.
Cependant il ne faudrait pas croire que le régime positif ni fût pas susceptible de graves abus, inhérents à l'infirmité d la nature humaine. La science ne se prête que trop au chai latanisme, surtout chez les géomètres, dont le langage m^ téricmx peut aisément dissimuler auprès du vulgaire une prc[ fonde médiocrité intellectuelle. Les savants sont d'ailleuiij tout aussi disposés à l'oppression que les prêtres. L'esprit critique sociale, introduit par le régime du moyen ûge comml
AGK !)i: i.A (n'iNKirMin': 38()
une consét[ucnce de la séparation des pouvoiis, conliendra
les abus du nouveau régime. Sans doule, la vulgarisation de
ila science constituera la plus solide garantie contre le charla-
lanisnie des savants. Lorsiiue. par exemple, le langage algé-
l>rinue sera devenu vulgaire, le mérite de le parler ne dispen-
î?era plus de toute autre qualité plus essentielle. Mais ce
correctif ne pourrait sut'tire, si le régime positil' ne devait
en même temps développer la continuelle surveillance de la
eritiipie. Cette surveillance consolidera l'harmonie du pouvoir
spirituel, parce qu'elle résultera de sa constitution, d'après la-
[uelle il devra rester soumis, soit dans son origine, soit dans
^on exercice, à des conditions de capacité et de moralité dont
e principe pourra toujours être invoqué à l'appui de tout
eproche. Les conditions de capacité se rapportent à l'ensemble
es difficiles préparations qui doivent garantir l'aptitude des
iiembres de la corporation spéculative. Depuis que le catho-
icisme a proclamé la suprématie sociale de la morale non
eulement sur la force, mais encore sur l'intelligence, le plus
hétif croyant a le droit de remontrance sur toute autorité qui
urait enfreint les communes obligations, sans en excepter
autorité spirituelle. Si une telle faculté a existé sous le régime
iionothéiste, elle doit être plus compatible encore avec la na-
ure du régime positif, dans lequel tout devient discutable
ous des conditions convenables. Ceux qui aspireront au gou-
ernement spirituel de l'humanité apprendront que, pour un
emblable office, une profonde moralité n'est pas moins indis-
Wnsable qu'une haute capacité.
L'ensemble de ces considérations détermine suffisamment le
ut, la nature et le caractère de la réorganisation spirituelle.
)uant à la réorganisation temporelle, l'analyse en serait au-
Durd'hui prématurée. Cependant je crois devoir indiquer le
rincipe de la coordination des sociétés modernes. La notion
'un tel classement permettra au nouveau pouvoir spirituel
!e se former une idée assez nette du milieu social pour y
dapter l'ensemble de l'éducation positive, dont le but poli-
i<[ue resterait autrement trop peu déterminé.
Avant de procéder à cette indication, il faut écarter la disinction établie entre les deux sortes de fonctions qualifiées 'le publiques et de privées. Cette division empirique, propre nos mœurs transitoires, serait un obstacle à tout classement
social. Dans une société vraiment constituée, chaque membre peut et doit être envisagé comme un véritable fonctionnaire public, sauf les oisifs, que la sociabilité moderne fera bientôt disparaître. Il n'en est autrement qu'aux époques de transition, pendant lesquelles de nouveaux éléments sociaux, se développant dans une civilisation antérieure et hétérogène, paraissent se rapporter à des impulsions individuelles, dont l'accord n'est pas appréciable. Sous le régime théocratique, comme on le voit encore chez les peuples où ce régime a persisté, surtout dans l'Inde, le plus humble artisan offre un caractère public. La même remarque s'applique à l'ordre grec et à l'ordre romain ; mais il faut, dans ce cas, n'avoir égard qu'à la population libre, dont tous les membres avaient une destination militaire, les uns comme capitaines, les autres comme soldats, suivant une distinction héréditaire émanée du système précédent. Il en a été ainsi sous le régime du moyen âge, du moins tant que son génie propre a pu demeurer suffisamment prononcé. Tous les hommes libres présentaient un certain caractère politique, irrécusable jusque chez le moindre chevalier, sauf les inégalités de degré et les intermittences d'activité. C'est seulement quand l'industrie succéda partout à l'abolition de la servitude qu'on vit surgir une distinction entre les professions publiques et les professions privées, suivant qu'elles se rapportaient à l'ordre antérieur ou aux nouveaux éléments sociaux, dont nul n'apercevait alors la tendance vers une autre économie générale.
La plus complète intensité d'une semblable démarcation se rapporte à la deuxième phase de la transition moderne, époque où l'ancien régime conserve en apparence toute sa prépondérance politique. Sous la phase suivante, pendant laquelle^ l'industrie acquiert assez d'importance pour que les gouvernements européens commencent à y subordonner leurs combinaisons pratiques, les grandes existences industrielles prennent un véritable caractère public. Enfin, depuis la révolution, le nouvel état social est marqué par l'extinction presque totale du genre d'activité qui constituait les fonctions publiques et par la prépondérance des professions qui étaient regardées autrefois comme privées. Néanmoins une telle distinction persistera jusqu'à ce que la conception du nouveau système^ social soit devenue assez nette pour développer un sentiment
ACE DE I.A (.ÉNÉlîAl.lTÉ 89!
d'utilité publique d'abonl parmi les chefs des divers travaux, et ensuite chez leurs coopérateurs.
La diii'uité qui anime encore le plus obscur soldai dans l'exercice de ses modestes fonctions n'est pas sans doute particulière à l'ordre militaire. Une semblable dignité ennoblira les plus simples professions, quand l'éducation positive pourra faire apprécier à tous la participation de chaque activité partielle à l'économie commune.
Pour se représenter le nouveau système social, les philosophes doivent concevoir comme publiques toutes les professions actuellement qualifiées de privées, en éliminant toutefois les fonctions qui sont destinées à disparaître, c'est-à-dire tous les débris de l'état Ihéologique et métaphysique. Après une telle préparation, l'économie moderne ne présentant plus que des éléments homogènes dont les tendances sont nettement appréciables, il devient possible de concevoir l'ensemble de la hiérarchie sociale, qui resterait inintelligible tant qu'on voudrait y combiner les nouvelles classes avec celles qui sont sur leur déclin.
Nous avons établi la hiérarchie des sciences d'après le degré de généralité et d'abstraction des phénomènes correspondants. La même loi nous a fourni la distribution intérieure de chaque partie de la philosophie inorganique. Appliqué à Tordre des êtres eux-mêmes, ce principe taxinomique est devenu apte à représenter la coordination naturelle de la série animale. Par une dernière extension, nous y avons rattaché la base de la statique sociale et l'ordre des évolutions élémentaires propres à la sociabilité moderne. Une suite aussi étendue d'applications érige un tel i)rincipe en loi de toute hiérarchie.
Dans toute société régulière, les activités partielles se subordonnent entre elles suivant leur degré de généralité et d'abstraction. La société antique, théocratique ou militaire, la seule ({ui ait été jusqu'ici pleinement systématisée, présentait ' une coordination conforme à ce principe, dont la notion est éclaircie par les vestiges que notre civilisation en conserve I encore, surtout dans l'organisme militaire.
Considérée au point de vue philosophique, la progression sociale se présente comme un prolongement de la série animale, dans laquelle les êtres sont d'autant plus élevés qu'ils ' se rapprochent davantage du type humain. Cette conception
convient aussi bien à Tordre statique qu'à Tordre dynamique, d'après la connexité établie entre les lois d'harmonie et les lois de succession des phénomènes sociaux. Ainsi, la hiérarchie sociale offrant une extension de Téchelle animale, les caractères qui séparent les diverses classes doivent être analogues à ceux qui distinguent les différents degrés d'animalité. Telle est la base que la philosophie positive fournit au classement social.
La dignité animale est mesurée par l'ascendant du système nerveux, principal siège de Tanimalité ; la dignité sociale le sera par la prépondérance des plus éminentes facultés propres à ce système.
Une première application de cette théorie à l'ensemble de la nouvelle économie sociale conduit à Concevoir la classe spéculative au-dessus de la masse active. En effet, la première offre un développement plus complet des facultés de généralisation et d'abstraction qui distinguent le plus la nature humaine. Quand la séparation des pouvoirs a été introduite par le régime du moyen âge, la supériorité légale du clergé sur tous les autres ordres est résultée, non pas de son caractère religieux, mais de sa prééminence spéculative. Cette première subordination ne sera réalisable dans le régime positif que quand les éléments du nouveau pouvoir spirituel auront perdu la spécialité qui constitue encore le principal obstacle à leur influence sociale. Une superficielle appréciation pourrait faire envisager la prééminence de la dignité spéculative comme contraire au principe de la séparation des pouvoirs. Mais la considération et la puissance sont distribuées selon des lois tellement différentes, que leurs degrés supérieurs s'excluent. Or il s'agit ici de Tordre de la dignité et non de Tordre du pouvoir, du rang occupé dans l'estime universelle et non de l'influence directement exercée sur les actes. C'est de l'opposition de ces deux sortes de suprématie que résultera, entre les deux pouvoirs, un état de rivalité incompatible avec le despotisme d'aucun d'eux, et qui, malgré sa tendance à susciter quelquefois de graves conflits, deviendra l'origine du mouvement politique.
Nous venons d'apprécier la division sociale qui correspond aux deux modes les plus distincts de l'existence humaine, et qui régularise les deux manières les plus différentes de clas-
A(;i: DK l.\ r.KNKllM.ITK 3l>^
sor les hommes selon la capacité ou selon la puissance. Il devient dès lors facile de caractériser, d'après le même principe, la plus importante subdivision de chacune de ces deux classes. La classe spéculative se décompose en deux autres, selon qu'elle est scient ifuiue ou eslhéliipie. Malgré la similitude de mœurs et d'opinions qui rapproche ces deux ordres, eur diversité n'en constitue pas moins une nouvelle application de notre théorie. Ouelle que soit l'importance sociale des beaux-arts, le point de vue esthétique est moins général et moins abstrait cpie le point de vue scientifique. Celui-ci est relatif aux conceptions (|ui doivent diriger Texercice de la raison ; celui-là se rapporte seulement aux facultés d'expression. Le type humain se perfectionne davantage dans la classe scient itnpie par une activité supérieure des facultés d'absraire, de généraliser et de coordonner, qui constituent la principale prééminence de l'humanité sur l'animalité.
La classe active ou pratique, comprenant l'immense majorité, a déjà reçu un développement plus complet et plus prononcé, qui rend ses divisions plus tranchées. La théorie hiérarchique n'a qu'à régulariser les distinctions consacrées par 'usage. Il faut pour cela considérer d'abord la principale lécomposition de l'activité industrielle, suivant qu'elle se borne à la production ou qu'elle se rapporte à la transmission des produits. Le second cas est supérieur au premier par abstraction des travaux et la généralité des rapports. On doit ensuite subdiviser ces deux ordres, selon que le premier •oncerne la formation des matériaux ou celle de leurs proluits. et que le second est relatif aux produits mêmes ou à eurs signes représentatifs. Il est clair que le dernier ordre )résente un caractère plus général et plus abstrait que le précédent. Ces deux décompositions successives établissent la liérarchie industrielle : au premier rang sont placés les banquiers, à raison de la généralité et de l'abstraction de leurs opérations ; ensuite viennent les commerçants ; puis les manuacturiers ; enfin les agriculteurs, dont les travaux sont plus concrets et les relations plus spéciales.
Il serait déplacé d'ajouter aucune subdivision, spéculative ou active, à ce classement de la nouvelle économie sociale. Des distinctions trop multipliées auraient l'inconvénient de dissimuler l'unité des classes correspondantes. Je m'abstien-
drai donc de subdiviser Tordre spéculatif, soit scientifique, soit esthétique, pour éviter toute discussion prématurée. Je rappellerai seulement, à l'égard du premier, que, sous le nouveau régime, la science et la philosophie seront entièremeni confondues.
La seule considération que je doive signaler au sujet des subdivisions ultérieures de la hiérarchie positive, c'est qu'elles émaneront du même principe qui nous a fourni les distinctions primordiales. Il suffit, pour en donner un exemple, d'envisager la plus élémentaire relation industrielle, celle qui, dans chaque espèce de travaux, existe entre l'entrepreneur et l'opérateur. Le caractère de l'entrepreneur est plus général et plus abstrait que celui du simple ouvrier, dont l'action et la responsabilité sont moins étendues. Aussi cette dernière subordination, si importante à consolider, n'est-elle ni plus arbitraire ni moins immuable qu'aucune des autres. A l'état normal, elle ne constitue pas davantage un abus de la force ou de la richesse, et repose sur les mêmes titres que les relations les moins contestées.
En combinant les indications , précédentes, chacun peut concevoir une première esquisse de l'économie positive, qui sera consolidée par son homogénéité ; car, dans une telle économie, une classe quelconque ne pourrait méconnaître la dignité des classes supérieures qu'en altérant la sienne à l'égard des inférieures. Ces dernières ne devront pas oublier que le principe du classement se confond avec celui qui légitime la supériorité de l'homme sur tous les animaux. Le môme principe étendu à l'ordre domestique comprend la loi de la subordination des sexes.
Considérée en sens inverse, l'économie sociale ofirira une compensation propre à neutraliser toute prétention exorbitante. Car, à mesure que les travaux deviennent plus particuliers et plus concrets, leur utilité réelle devient aussi plus directe, moins contestable, et par suite mieux assurée. En même temps, l'existence est plus indépendante et la responsabilité moins étendue, en raison de relations plus circonscrites et d'une correspondance plus immédiate aux besoins les plus indispensables. Si les premiers rangs s'honorent d'une coopération plus éminente et plus difficile, les derniers pourront s'attribuer un office plus certain et plus urgent. En
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ivstivignant surnsammenl leurs désirs, ceux-ci subsisteraient I par eux-mêmes, tandis que ceux-là ne le pourraient aucunement.
Au point de vue des degrés successils de la prépondérance niatérielle mesurée surtout par la richesse, la hiérarchie positive présente des résultats opposés, selon qu'on y envisage Tordre spéculatif ou Tordre actif. Dans le premier, cette prépondérance diminue, tandis que dans le second elle augmente en suivant, de part et d'autre, la hiérarchie ascendante. En otVet, Taccroissemenl tle la richesse dépend de deux conditions distinctes, qui, dans leur plus grande intensité, sont dii-eclement opposées, Textension plus générale et l'utilité plus dii-^cte des diverses opérations. Tant que les travaux humains, en se généralisant, restent assez concrets pour que leur utilité demeure appréciable à la raison commune, cette extension tend à procurer une plus haute rétribution des services rendus. Mais, quand cet office social, devenu trop abstrait, ne comporte plus qu'une appréciation indirecte, lointaine et confuse, il procure une moindre richesse. C'est sur l'oubli d'une telle opposition que repose le sophisme d'après lequel on prétend ériger la richesse en mesure exclusive de la participation sociale, sans distinguer Tordre spéculatif de Tordre actif. Ce sophisme tend à bouleverser l'économie moderne en étendant au premier ordre la loi qui ne convient qu'au second.
Si, par exemple, les grandes découvertes astronomiques, qui ont tant perfectionné l'art nautique, avaient été rémunérées dans chaque expédition particulière, aucune fortune ne donnerait une idée de l'accumulation de richesses qui se serait ainsi réalisée chez les héritiers temporels d'un Kepler ou d'un Newton, eût-on fixé leur rétribution au taux le plus minime. De telles hypothèses rendent manifeste Tabsurdité du principe de la rémunération uniforme de tous les services. L'utilité la plus étendue, trop lointaine et trop diffuse par sa généralité supérieure, ne peut trouver sa récompense que dans une plus haute considération. Dans la classe spéculative? Tordre esthétique comporte une plus grande extension de richesses que Tordre scientifique, dont l'existence serait presque impossible sans l'intervention continue de la sollicitude publique.
Le principal ascendant pécuniaire doit résider vers le mi-
lieu de la hiérarchie, dans la classe des ban(iuiers, qui est placée à la tête du mouvement industriel, et dont les opérations, sans cesser de pouvoir être exactement appréciées, offrent le degré de généralité le plus convenable à l'accumulation des capitaux. L'habitude d'entreprises plus abstraites et plus étendues, en développant davantage l'esprit d'ensemble, suscite dans cette classe une plus grande aptitude aux combinaisons politiques que dans tout le reste de l'ordre pratique. C'est donc là que se trouvera placé le principal siège du pouvoir temporel. Il faut d'ailleurs noter que les banquiers formeront toujours la moins nombreuse des classes industrielles ; car la hiérarchie sociale doit offrir une extension numérique à mesure que les travaux, devenus plus particuliers et plus urgents, exigent des agents plus multipliés. Le caractère public que l'économie nouvelle imprimera aux fonctions qualifiées aujourd'hui de privées ne modifiera nullement le mode de leur accomplissement. A mesure que l'intelligence et la sociabilité se développent, l'activité individuelle devient susceptible de relations plus étendues. Les diverses opérations publiques peuvent donc être exécutées par l'industrie privée, quand elles offrent des avantages assez directs et assez prochains. Cette modification administrative ne doit altérer en aucune manière l'indispensable discipline des travaux correspondants. Mais, sous cet aspect, les fonctions de l'organisme positif présentent des différences essentielles : celles de l'ordre actif, même les plus éminentes, pourront être livrées sans danger au jeu des impulsions individuelles, préparées par une sage éducation. En y réservant toujours l'intervention facultative de la direction centrale, il importera d'éviter les abus de l'esprit réglementaire, qui tendrait à étouffer toute spontanéité. Dans l'ordre spéculatif, au contraire, une efficacité sociale trop détournée, trop lointaine et par suite trop peu sentie du vulgaire, sans être pourtant ni moins réelle ni moins intense, doit conduire à placer les divers travaux sous la protection de la munificence publique; ce qui fera ressortir le caractère de ces fonctions à mesure qu'elles deviendront plus générales, plus abstraites et moins susceptibles d'appréciation individuelle. Tel est le seul mode suivant lequel la distinction des professions en privées et en publiques devra subsister.
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La composilion des classes de la hiérarchie positive sera nécessairement mobile. L'éducation placera chacun dans la condition la plus convenable à ses principales aptitudes, en quehiue rani;- que sa naissance l'ait jeté. Il faut, d'une part, que l'accès de toute carrière reste ouvert à de justes prétentions individuelles, et que, d'autre part, l'exclusion des indit^nes demeure sans cesse praticable. Sans doute de telles mutations deviendront exceptionnelles, parce qu'elles seront neutralisées par la tendance à l'hérédité des professions. En olYet, la plupart des hommes n'ont pas de vocations déterminées, et la majeure partie des fonctions sociales n'en exigent pas ; ce qui conserve à l'imitation domestique une grande intluence. L'éducation constituera d'ailleurs la plus puissante garantie contre la direction oppressive que pourrait faire craindre la tendance héréditaire. 11 serait chimérique de redouter la transformation des classes en castes dans une économie dégagée du principe théologique ; car les castes , n'ont jamais pu exister sans une consécration religieuse.
Nous devons considérer un dernier attribut de la réorganisation spirituelle en indiquant son intime solidarité avec les justes réclamations des classes inférieures. 11 faut, à cet effet, signaler la principale influence d'une telle connexité soit sur la masse populaire, soit sur la classe spéculative.
Tout pouvoir spirituel doit être essentiellement populaire : sa mission consistant surtout à faire prévaloir la morale dans l'ensemble du mouvement social, son devoir le plus étendu se rapporte à la constante protection des classes les plus nombreuses, qui sont les plus exposées à l'oppression, et avec lesquelles l'éducation commune lui fait entretenir plus de contacts journaliers. La puissance catholique prouvait sa décadence en abandonnant, pendant le cours de la transition moderne, cette double fonction d'éclairer et de défendre le peuple, qui, au moyen âge, l'avait si noblement occupée. Sa répugnance pour l'instruction populaire et sa prédilection pour les intérêts aristocratiques sont aujourd'hui les signes les moins équivoques de son caractère rétrograde. De môme, les chétives autorités spirituelles émanées du i)rotestantisme ont manifesté leur nullité sociale par leur commune inaptitude à protéger les classes inférieures. Enfin il est trop facile d'apercevoir les tendances aristocratiques de tant de savants
et d'artistes, qui, oubliant leur origine prolétaire, dédaignent de consacrer à rinstruction et à la défense du peuple l'influence qu'ils ont obtenue, et qu'ils emploieraient plus volontiers à consolider des prétentions oppressives. Dans la nouvelle économie, la puissance spirituelle sera liée à la masse populaire par des sympathies communes, tenant à une certaine similitude de situation et à des habitudes équivalentes d'imprévoyance matérielle. Mais la classe spéculative devra surtout son ascendant sur le peuple à l'éducation qu'elle lui donnera et au rôle conciliant qu'elle saura jouer au milieu des conflits sociaux. Sous l'un et l'autre aspect, la principale sollicitudo de ce pouvoir sera pour les classes inférieures, qui ont plus besoin d'une éducation publique, à laquelle leurs ressources particulières ne sauraient suppléer.
Longtemps avant que l'organisme spirituel soit constitué, une noble ardeur privée entraînera la plupart des esprits spéculatifs à propager l'instruction positive, soit scientifique, soit esthétique, dans les classes encore dépourvues de toute culture. Même avec les éléments qui existent aujourd'hui, et sans aucune assistance du pouvoir, cette œuvre pour-' rait être bientôt poussée, surtout en France, au point d'im-j primer aux réclamations populaires une consistance et une dignité propres à déterminer une attention sérieuse de la part des classes dirigeantes. Le principal obstacle à cet égard serait levé, si les esprits spéculatifs étaient animés de convictions philosophiques susceptibles de refouler leur égoïsme-
Les heureux effets de l'éducation positive ne seront nij moins réels ni moins étendus, soit qu'ils éclairent le peuple sur ses vrais intérêts, soit qu'ils se rapportent à la défense de ces intérêts auprès des classes dirigeantes. En laissant prévaloir la réorganisation spirituelle, et en dissipant les erreurs relatives à l'efficacité illimitée des institutions, la philosophie positive imprimera aux vœux populaires la direction la plus convenable, parce qu'elle fera sentir les avantages des solutions morales sur les solutions politiques. Les tendances populaires, perdant ainsi tout caractère anarchique, cesseront de fournir aux agitateurs et aux utopistes un moyen de troubler la société et d'offrir aux classes dirigeantes un motif i ou un prétexte d'ajourner toute large transaction.
Après avoir expliqué la supériorité de richesse des chefs
AGE OE LA liKNÉRALITK Sç)Ç)
ndustriels, la philosophie positive fera sentir qu'il importe pou aux intérêts du pouplo ou quelles mains se trouvent les
•apitaux, pourvu que leur emploi soit utile à la masse. Des vues ôtroilos et dos passions haineuses auraient beau établir
les lois contre Taccumulation des capitaux au risque de para-
ysor toute activité sociale, ces procédés tyranniques seraient beaucou[> moins olTicaces que la réprobation appliquée par
a morale positive à tout usage trop égoïste des richesses, r.ette réprobation sera d'autant plus irrésistible que ceux qui
levront la subir n'en sauraient récuser le principe, inculqué :\ tous par l'étlucation commune. 11 en est ainsi de tous les Hangers inséparables de l'état de propriété. La philosophie positive démontrera que leur répression dépend surtout des opinions et des mœurs. Mais en signalant au peuple la nature morale de ses plus graves réclamations, la môme philosophie rappellera aux classes supérieures les devoirs qui leur incombent. Au sujet de la propriété, par exemple, les riches devront se considérer comme les dépositaires des capitaux publics.
D'après une étude approfondie de l'évolution moderne, la philosophie positive montrera que, depuis l'abolition de la servitude personnelle, les prolétaires n'ont pas encore été incorporés au système social, et que la puissance du capital
Est devenue exorbitante dans les transactions journalières, .es devoirs envers le peuple imposés aux classes supérieures ne seront pas réglés par le principe chrétien de l'aumône, qui ne peut plus comporter une haute destination sociale. Ces devoirs se formuleront surtout par l'obligation de procurer à tous l'éducation et le travail, et de régler avec plus d'équité les salaires journaliers. Mais il ne convient pas de soulever à ce sujet des discussions prématurées.
Tels sont les services que la cause populaire retirera de la philosophie positive. Quelle que soit l'importance de ces services, le peuple rendra aux philosophes plus qu'il n'en aura reçu. L'adhésion populaire constituera la plus sûre garantie du pouvoir spirituel. Bien que les causes perturbatrices propres à l'organisme théologique du moyen âge ne puissent pas agir sur l'organisme positif, les conflits politiques inhérents au jeu des passions n'y deviendront pas impossibles. La puissance catholique, au temps même de son [)lus grand triomphe, fut en butte aux usurpations temporelles. Le nou-
veau pouvoir spirituel n'en saurait donc être préservé, malgré la nature plus conciliante de Tactivité pratique et Tinfluence plus prononcée de Tintelligence sur la conduite. Les chefs temporels, principaux dispensateurs de la richesse, pourront témoigner à l'égard de la classe spéculative des sentiments d'orgueil, inspirés par leur supériorité de fortune, et peutêtre aigris par l'injuste dédain des théoriciens pour les praticiens. Mais la masse populaire, également liée à ces deux puissances, à l'une par l'éducation et l'assistance morale, à l'autre par le travail journalier et les secours matériels, sera le régulateur de leurs querelles. Le peuple favorisera l'autorité spirituelle, avec laquelle il n'aura que d'heureuses relations, tandis que ses contacts journaliers avec les chefs pratiques seront toujours plus ou moins altérés par des sentiments d'envie. C'est au temps de sa décadence que la puissance catholique a vu l'affection du peuple se tourner vers ses antagonistes temporels.
Si l'assistance populaire doit être envisagée comme indispensable à la nouvelle autorite spirituelle parvenue à son plein établissement, à plus forte raison un tel appui lui est-il nécessaire pour y arriver. C'est la défense des intérêts du peuple auprès des classes supérieures qui procurera une sérieuse importance à l'action philosophique en faisant sentir à toutes les classes l'utilité de son intervention morale, seule susceptible de tempérer l'antagonisme matériel. Les classes les plus disposées à ne reconnaître d'ascendant qu'à la richesse seront amenées, par des expériences peut-être douloureuses, à implorer la protection de ce même pouvoir spirituel qu'elles regardent maintenant comme chimérique. C'est ainsi que s'étabhra, en raison des services rendus, un pouvoir qui ne peut reposer que sur une libre adhésion. Les misérables débats qui s'agitent dans les classes supérieures tendent à écarter les esprits de toute réorganisation sociale pour réduire la politique à des luttes personnelles, aussi stériles que perturbatrices. Abstraction faite des intérêts populaires, on ne trouve que des ambitieux cherchant à conserver indéfiniment l'ancien organisme, pourvu que la direction leur en soit livrée. Les habitudes métaphysiques, entretenues par ces conflits, rendent les intelligences incapables de s'élever à l'idée d'un nouveau système social. Rien de fondamental ne
A(.i: ni: i.a (iKMcnALiTi'i: /|0i
peut être entrepris dans la splièie île [)liis en plus étroite de la politique: tous eeux qui tenlenl même aveui;lémenl d'en sortir exercent une utile influence.
Le point de vue po})ulaire est le seul qui soit conforme aux enseignements constants du i)assé. Les vaines substitutions de personnes, ministérielles ou même royales, qui préoccupent Icsdilïérents partis, deviennent indilïercntcs au peuple, dont les intérêts sont tout autres. Assurer à tous le travail et l'éducation constituera toujours l'objet essentiel de la politique populaire. Or, ce but, fort étranger aux intrigues el aux débats constitutionnels, ne peut être réalise que par une réorganisation d'abord spirituelle cl ensuite temporelle. Tel est le lien que la situation moderne institue entre les besoins du peuple et les tendances philosophiques, et d'après lequel le point de vue social prévaudra de plus en plus à mesure que les réclamations des prolétaires caractériseront le problème politique. Bien que les erreurs de la politique moderne exercent encore sur la raison du peuple une déplorable influence, elles y ont cependant moins d'empire que sur les autres classes de la société. Aussi, quand la philosophie positive aura pu pénétrer chez les prolétaires, y trouvera-t-elle un plus heureux accueil que partout ailleurs. L'antagonisme populaire est seul capable de susciter dans les classes supérieures, viciées par l'égoïsme aristocratique, des vues élevées ît des sentiments généreux.
Dans les douloureuses collisions que nous prépare l'anarchie actuelle sous l'empire de passions haineuses et d'utopies iubversives, les philosophes qui les auront prévues seront ^réparés à en tirer les grandes leçons qu'elles doivent offrir à ous en montrant aux uns et aux autres l'insuffisance des nesures purement politiques pour le but qu'ils poursuivent, es uns quant au progrès, les autres quant à l'ordre.
Quelque sommaires qu'aient été ces indications, j'espère îu'elles feront apercevoir à tous les esprits philosophiques la lolidarité qui rattache l'une à l'autre l'élaboration de la philopphie positive et l'avènement social de la cause populaire, de jianière à constituer une heureuse alliance entre une grande |ensée et une grande force.
Si les opinions et les habitudes actuelles n'étaient pas jussi éloignées de l'état que suppose une telle conception, la Comte. — Sociologie. 26
f^r, SOCIOLOGIE
philosophie positive trouverait partout un accueil favorable, puisqu'elle est apte à satisfaire simultanément aux conditions d'ordre et de progrès.
Au point de vue de l'ordre, aucun des efYorts politiques tentés à grands frais depuis le début de la révolution ne comporte autant defficacité que la simple opération phdosophique qui, prenant le désordre actuel à sa source, entreprend par la seule voie convenable, de réformer d abord les idées pour passer ensuite aux mœurs et enfin aux institutions. L'esprit positif peut seul dissiper les utopies subversives; tandis que l'esprit théologique compromet depuis longtemps les grandes notions sociales, soit pubhques, soit privées, qui ont été laissées sous son impuissante tutelle. La nouvelle philosophie politique, appréciant non seulement les doctrines mais encore les méthodes, fait prévaloir l'esprit d'ensemble sur l'esprit de détail et le sentimentdudevoir sur le sentiment du droit; elle montre la nature morale des principales difficultés sociales. Par cela seul elle dissipe une cause d'illusions, de désappointements et de troubles. Analysant l'insuifisance de la métaphysique, elle substitue le point de vue relatit auj point de vue absolu, et fait sentir que le seul moyen de jugerl sainement l'état actuel, c'est d'y voir un résultat du passe. Elle en caractérise les diverses phases comme les degrés d une môme évolution, par laquelle le type humain s'est de plus en plus développé. Appréciant l'inanité des études ontologiques ou littéraires par lesquelles on se prépare communément aux recherches sociales, elle fait ressortir de la position même de la sociologie dans la hiérarchie des sciences les difficiles con^ ditions (lue nécessite une semblable étude. Il en résulte 1 exclusion d'une foule d'esprits incompétents et la concentratioi^ de ces hautes questions parmi les intelligences capables d'^^ procéder convenablement. l
Pour que de telles propriétés ne soient pas senties par les hommes d'État qui cherchent sincèrement un moyen de contenir l'esprit de désordre, il faut qu'un déplorable empirism^ leur ait ôté toute aptitude à saisir le résultat de nos grandee^ expériences contemporaines. Ce nouveau résultat n'impos^ aux gouvernements européens aucun autre sacrifice ([ue celui de renoncer à l'espoir de conserver indéfiniment un an^ tique organisme dont les éléments essentiels sont déjà putréfies
A(;i: I)K l.A CKNKiJM.ii-,'
Lécole rcvolulionnairo, dans laquoll,- n^side encore oxcl,nemonl 1 ospnt ,1e progrès, est empOchée par ses hab udos ,n ,aphvsi,ues d'apprécier la phiLophio' posUi; Un
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tion complète ; mais ce point de départ ne fut pas re-ardé
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à in n Tr r- .^' '"""■"''' ™°"'^'^ '« "•^'^««^ité de confier a 1 tspnl positif la direction de l'école révolutionnaire Mais
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ou es' . 7?r' '" '""•• ''''"' '^"r ««'■aciére ab olu pour les rendre relatifs.
Lecole positive peut espérer des adhésions isolées dans outes les classes de la société, môme parmi les membres de la corporation sacerdotale qui sentent assez l'importance du mouvoir spirituel pour être choqués de la dégradation dans aquelle il est tombe sous l'ascendant de la puissance maté- •icile. La classe militaire pourrait aussi comprendre que, tout •n consacrant extinction de l'activité guerrière, dont l'office •SI accompli, I école positive justifie la destination tempo- .-ure des armées pour assurer le maintien de l'ordre matériel \ serait superflu de signaler les sympathies ,pic devrait xcter parmi les savants el les artistes une philosophie qui OMS la condition d'une réformalion de vues et de sentiments' « pousserait au gouvernement spirituel de l'humanité. Ouant ux chefs industriels, dont elle sanctionnerait la future préémience temporelle, et quelle seule pourrait garantir des graves
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collisions populaires que leur prépare l'anarchie actuelle, elle en devrait attendre le plus favorable accueil, si leurs dispositions intellectuelles et morales étaient en rapport avec leur situation sociale. L'école positive pourra compter sur Fadhésion des prolétaires, dès que le contact mutuel se sera suffisamment établi. Même dans les classes qui, appartenant à la période transitoire, sont destinées à disparaître ou à redevenir subalternes, la nouvelle philosophie peut encore trouver des adhérents. Ainsi, les philosophes métaphysiciens, qui sont choqués de la prépondérance des travaux de détail, et qui sentent la dignité des conceptions générales, pourraient saisir la valeur d'une école qui est seule apte à rétablir le règne de Fesprit d'ensemble. De même les littérateurs et les avocats y trouveraient le moyen d'alimenter le genre d'activité qui leur est propre.
Malgré ces relations avec les différentes classes de la société, l'école positive ne doit espérer aucune adhésion collective, parce que chacune des classes sera plus choquée des atteintes ainsi portées à ses préjugés et à ses passions que touchée de la satisfaction accordée à ses vœux légitimes. Elle ne doit pas même espérer, au début, l'active coopération de notre jeunesse, dont la partie la plus saine et la mieux préparée est déjà viciée par l'empirisme et Fégoïsme qui résultent de l'anarchie actuelle. La nouvelle philosophie politique rencontrera donc des obstacles chez tout ce qui est aujourd'hui classé à un titre quelconque. Elle n'obtiendra longtemps que des adhésions individuelles dans tous les rangs sociaux. Mais de tels appuis ne manqueront pas à une école apte à tout concilier sans rien compromettre. La philosophie négative du siècle dernier, malgré sa tendance anarchique, trouva par-| tout d'actifs protecteurs, même parmi les rois, parce qu'ell était alors en harmonie avec les besoins immédiats de Févo lution moderne.
Dans tout le cours de mon analyse historique et dans les', conclusions que je viens d'en tirer, je me suis conformé à lai prescription logique que j'avais formulée en ne considérant' qu'une seule série sociale, formée par l'enchaînement des civH| lisations les plus avancées. Il y aura lieu, quand la sociologie] sera suffisamment instituée, de poursuivre d'inq^ortantcs spéculations sur la marche des différents peuples arriérés. Cet
agi: de la généralité 4o5
élude supplônuMilairo in(ii((iiora l'arlion colloctive ([uc devra exercer l'élile de riuimaiiilé j)our accélérer et facililer ces civilisations secondaires, de manière à tendre à Tunité sociale de notre espèce. La connaissance de la lente et douloureuse progression des populations d'élite sera très efficace pour élever les peuples arriérés au niveau général. Par là, les relations des peui)les les plus civilisés avec les autres populations seront subordonnées aux sentiments d'une fraternité vraiment universelle, au lieu de rester dominées par l'orgueil ou par la cupidité. Mais les philosophes doivent éviter les séductions de cette heureuse perspective. Jusqu'à ce que la réorganisation positive soit suffisamment avancée, il importe beaucoup que leurs vues demeurent concentrées sur la majorité de la race blanche, qui compose l'avant-garde de l'humanité, et comprend les cinq grandes nations de l'occident européen.
Malgré l'homogénéité de cette population d'élite, il existe des dilTérences essentielles entre les cinq nations qui la composent, quant aux obstacles et aux ressources que doit y trouver la régénération positive. Notre théorie historique permet d'apprécier cette diversité, La double évolution, à la fois négative et positive, qui s'est accomplie pendant les cinq derniers siècles nous fournit une base pour cette détermination délicate.
Tout concourt à présenter la France comme le siège des plus grands progrès sociaux. L'ancien régime est plus déchu en France qu'en tout autre pays. L'évolution scientifique et même l'évolution esthétique, sans être plus avancées, y ont obtenu une plus grande influence. L'évolution industrielle a conduit le nouveau pouvoir temporel plus près d'une véritable suprématie politique. Enfin, l'unité nationale y est plus complète que dans tout le reste de l'Europe.
L'Italie est, après la France, le pays le mieux préparé à la régénération positive. L'esprit militaire y est peut-être plus éteint que partout ailleurs. La conservation du catholicisme a été moins favorable qu'en France au mouvement philosophique. Cependant la compression rétrograde, assez intense pour préserver le peuple de la métaphysique protestante ou même déiste, n'a pu empêcher l'émancipation de la plupart des esprits cultivés. L'évolution scientifique et l'évolution industrielle, presque aussi avancées qu'en France, ont pour-
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tant oljleiiLi une moindre importance sociale, par suite (l'une cxtinclion moins complèle de Tesprit religieux et aristocratique. L'évolution esthétique a réalisé sa propriété d'entretenir la vie spéculative chez les plus vulgaires intelligences.
La population allemande me paraît devoir être placée après les deux précédentes. L'esprit militaire ou féodal et même l'esprit religieux n'y sont pas aussi dangereusement incorporés qu'en Angleterre à la société moderne. La prépondérance politique du protestantisme est moins intime et moins générale. Elle n'a pas empêché la concentration temporelle d'aboutir à la monarchie. La plus fâcheuse influence qui distingue cette population est celle de Fesprit métaphysique. Mais cet esprit, inhérent au protestantisme, est, par cela même, beaucoup moins prononcé dans l'Allemagne catholique. A cela près, l'évolution germanique est, dans Tordre spéculatif de la progression esthétique ou scientifique, plus complète qu'en Angleterre, surtout à l'égard de l'ascendant social qui s'y rattache. L'esprit philosophique entretient en Allemagne une précieuse tendance aux méditations générales. L'évolution industrielle, sans être aussi développée qu'en Angleterre, est moins éloignée de sa principale destination sociale, parce que son essor a été plus indépendant de la suprématie aristocratique.
Le peuple anglais, malgré toutes ses qualités, est moins préparé à un régime nouveau que toute autre branche de la grande famille occidentale, sauf l'Espagne. L'esprit féodal et l'esprit théologique y ont conservé une prépondérance qui s'oppose à toute réorganisation. C'est là que le système rétrograde, ou du moins stationnaire, a été le plus complètement organisé, au spirituel comme au temporel. Le développement plus parfait de l'activité industrielle est devenu une source d'entraves politiques. Toutefois, il est permis de compter sur l'importante coopération des esprits les plus éclairés de ce pays. D'abord, leur position même les préserve de l'illusion qui, dans le reste de l'Europe, dispose les gouvernements à imiter le régime anglais. Ensuite, la prépondérance de l'es" prit {)ra tique leur imprime un caractère de netteté et de réalité qui n'existe au même degré ni en Allemagne ni en Italie. Enfin, par suite de l'infériorité sociale des corporations scientifiques, les savants, plus isolés, offrent une originalité plus réelle.
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Le relard ([iréprouvèrent, en Espagne, les deux dernières phases de révolution moderne est trop connu pour qu'il faille motiver le rang que nous assignons à cette nation, malgré ses éminents caractères. Le système rétrograde, sans avoir obtenu une consistance aussi durable qu'en Angleterre, y a pourtant exercé une compression plus intense. La prééminence trop prolongée du catholicisme n'a pu devenir aussi avantageuse (ju'en Italie au développement de l'esprit positif. L'esprit catholique a été gravement altéré par une incorporation trop intime au système gouvernemental. Il a suscité plutôt des tendances théocratiques que des dispositions à concilier le pouvoir moral et le pouvoir politique.
L'œuvre (jui est destinée à régénérer les cinq grandes nations européennes doit s'adapter aux convenances de chacune d'elles. Pour mieux remplir cette condition, il conviendrait de placer cette œuvre sous la direction d'une association d'abord peu nombreuse, mais réservée à un vaste développement. La dénomination de Comité positif occidental indiquerait que le but de cette association est de propager en Europe la réorganisation spirituelle.
Les conceptions sociales que nous avons déduites de l'analyse du passé complètent la philosophie qui a été préparée j)ar Aristote, annoncée par les scolastiques du moyen âge, et conçue dans son esprit général par Bacon et Descartes. Il nous reste, pour avoir atteint le terme de cet ouvrage, à coordonner cette philosophie, dont les éléments ont été successivement étudiés. Tel sera l'objet des trois chapitres suivants qui traiteront d'abord de la méthode, ensuite de la doctrine, et enfin des résultats de la philosophie positive.