SCÈNE II
Les Mêmes, ROBERT.
RORERT, à part , remarquant Catherine.
Elle est ici. (A Henriette.] Permettez vous, madame, au duc Robert d'entrer chez vous?
HENRIETTE. Le due Robert!... Que ma demeure lui soit souvent ouverte.
ROBERT. Merci.. (A part et entrant.') Cette jeune fille est bien belle... A Henriette.) Ce n'est pas à vous, belle dame... et je le regrette... que ma visite s’adresse en cimoment; mais h la soeur d’Irlande, qui est votre hôte h cette heure.
Catherine, se levant, d part. A mol...
Que me veut-il?...
Henriette. Je vais me retirer, milord.
rorert. Non , restez, je vous en prie; je désire que vous soyez témoin de notre entretien.
Catherine, à part. Est-ce qu’eu m’aurait reconnue?
rorert. Plus que tout autre, j’en suis certain , vous approuverez l'objet de ma démarche L'Ecosse reconnaissante a fait frapper une médaille qu’elle veut offrir en signe de gratitude à chacune des sœurs d’Irlande qui se sont dévouées pour elle. J’ai appris qti’unod’cDes, venue à Edimbourg, était entrée ici , et j’y viens pour m'acquitter envers elle , moi que le roi Jacques IV a rhargé de distribuer cette juste récompense... (A Catherine.) Recevez donc, ma sieur, cette médaille que le pays reconnaissant vous a destinée.
II lui donne une médaille.
Henriette, Elle l'a bien méritée. . . milord.
CATHERINE, prenant la médaille. Milord!., je remercie! Ecosse trop indulgente qui veut bien appeler zèle et courage ce qui n’a été que I accomplissement du devoir, et cette médaille aura pour moid’autam plus de prix, qu’elle porte l’effigie du roi Jacques IV, et le nom du pays qui me la donne,
HENRIETTE. Bienheureux, milord , celui qui, comme vous, moule au fait de la
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puissance , |>cut récompenser , absoudre et soulager.
rorert. Heureux!.... avez- tous dit....
Gardez , jeune femme, cette douce opinion des hommes et des choses!... Heureux...
inoi l'écho de toutes les douleurs!... le juge de tous les crimes... Moi, que suis obligé de me faire aujourd'hui, pour le repos de l'Ecosse, le secret agent de l'exécution d'une femme condamnée..
Henriette, line femme!...
ROBERT. Hélas! oui , le glaive de la justice que je suis souvent forcé de porter dans l'ombre, doit la frapper sans bruit...
HENRIETTE. Et pourquoi cela, milord?
ROBERT. Pourquoi? je vais vous
l'expliquer ; mais pour que vous puissez inc comprendre, il faut que je vous dise d'abord des choses passées... (A Henriette.) Que peut-ôtrevous, jeune fille, vous n’avez jamais sues... ( A Catherine.) Que peut-être, vous, ma sœur, vous avez oubliées !
Henriette. Asseyez-vous, milord... nous vous écoutons.
ROBERT , assit. Avant d'être notre roi d'Ecosse , Jacques IV, sous le nom de Henry, avait épouséune fille du peuple du nom de Catherine Patrick... (Catherine /ait un mouvement.) Quand la royale naissance de Jacques lui fut révélée... Catherine, sa femme, quivoutaillesuivrc au trône, fit assassiner sou père , Jacques III, qui heureusement put l'accuser en mourant par une lettre qu'il écrivit à son fils. . . Mais Catherine, aussi prudente qu'infâme , avait pris la fuite. . Ce|iendant les lords s'assemblèrent , et les preuves étant irrécusables, ils condamnèrent ,i mort cette Catherine qui fut exécutée par contumace. Dix-huit ans s’écoulèrent depuis lors, tout était oublié, lorsqu’on vint m'apprendre que cette Catherine, qui a eu l'audace de rentrer en Ecosse, cslinaintrnantàEdimbourg...
de sorte que moi le premier ministre je suis forcé d'ordonner aujourd'hui sou arrestation et de préparer son exécution publique. ( A Catherine.) Qu’avez-vous donc , ma sœur ?
Catherine. Je tremble (mur cette femme.
1.E chancelier, continuant. Or, maintenant que le pays est épuisé par les suites d’une peste qui le désole encore, maintenant que chacun, pleurant un des sieus, cherche dans la paix et la prière une cs|>érancc nécessaire... faut-il, dites-moi, dresser un échafaud, y traîner une femme (larricide, épouvanter les rues par son affreux cortège! maintenant que notre roi, souffrant, inquiet, cherche la santé dans le calme et le re|ios, faut-il lui rappeler tout à coup l'horrible assassinat de son père? Faut-il verser devant lui le sang
de la femme qui a jadis partagé sa couche et sa maison ?... Non!... voilà ce que je veux éviter pour mon pays et pour mon roi. Mais pourtant je ne peux sauver Catherine sans me rendre coupable d’un crime de lése-nation...
Or, danscettcposition difficile j’ai assembléseerétement le conseil; il a été décidéque Catherine mourrait, sans quclcpays cil puisser ressortir ni secousse ni terreur. . . El v oilà ce que j'ai résolu... je veux m’approcher d’elle et lui dire : Ton échafaud s’apprête, et je viens, quand sonne l'heure de ton supplice, te sau- ! ver de l’horreur de l'exécution... Je t’apporte un (toison qui endort et fait mourir... quand tu l'auras bu, nous dirons que la peste a signalé ta dernière heure... et tu auras la sépulture à côté de tes frères... Alors il faudra que j’aie le courage de lui verser le poison, et de faire à moi scui la terrible justice...
Henriette. C’est horrible... oh! mon Dieu!
robert. Croyez -vous, jeune fille, que l'on puisse appeler le duc Robert bien heureux... et le condamnerez vous pour sou criminel et douloureux courage?
Henriette. Je vous plains, milord...
ROBERT, à Catherine. Et vous, ma sœur...
Catherine ne peut répondre.
ROBERT, à Henriette. Maintenant, madame, il me reste quelques mots confidentiels à dire à la sœur d’Irlande. Permettezvous que je sois un instant seul avec elle?
HENRIETTE. Je me retire, milord.
Robert la reconduit à droit»'.
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