AL GÉNÉRAL
On avait cueilli 750 kilogrammes de feuilles, les déchets de toute nature, Févaporation, avaient donc amené une perte de 49 kilogrammes environ.
Mais la feuille distribuée aux vers à soie n*est pas utilisée en totalité pour leur alimentation : on en retrouve une quantité importante dans la litière. L'expérience de Dandolo a montré que 360 kilogrammes de feuilles avaient été réellement consommés par les vers, 275^», 100 de feuilles plus ou moins desséchées se retrouvaient dans les litières.
Les déterminations faites par Dandolo mettent en lumière des conclusions intéressantes : les vingt-sept mille vers de son éducation ont produit 57 kilogrammes de cocons : 360 kilogrammes de feuilles de mûrier ont été réellement consommés; on a trouvé d'autre part, dans la litière 275 kilogrammes de feuilles non mangées et 72^°, 800 d'excréments.
La perte de poids, représentée par de la vapeur d'eau, des gaz divers, est donc égale à 360 — (57 4- 72,800) =230^s9. Chaque ver, depuis l'éclosion jusqu'à sa mort, a consommé en moyenne, un peu moins de 14 grammes de feuilles de
i/da r, i.i: vtu a .soil<: kt le cocon
iijnric^r, mais en i t'alitr, par suite des déchets, il a fallu lui Iburnir près du double de cette quantité.
Toutefois, les chiffres établis par Dandolo n'ont rien d'absolu : on jieut les considérer comme des moyennes s'appli- (juant à la majorité des cas, mais pouvant se trouver en défaut [lar rapport à une éducation isolée. Il est facile, du reste, en ce qui concerne l'alimentation, de se guider sur l'appétit des vers. Dandolo recommande de oie pas leur donnrr de feuille neuve, tant qicil en reste qui paraisse man(jeahle .
Vers La iin du cinquième âge, le ver cesse presque de s'alimenter : il entre à cette phase dans la période de matui'it('. c'est celle qui précède immédiatement la confection du cocon. Avant d'aborder cette partie du sujet il convient d'examiner rapidement par quel mécanisme cette évolution nouvelle du ver peut s'effectuer.
Sécrétion de la soie. ~ Lorsque le ver a atteint son maximum de poids, qui varie de S»"", 5 à B^^S suivant les races, liuit jours environ après la quatrième mue, il ne mange plus que très peu : les glandes de la soie augmentent de volume et garnissent la majeure partie de la cavité du corps dans l'espace correspondant aux six premiers anneaux. Le ver achève de digérer les dernières portions de feuille qu'il a absorbées. Quand il a rejeté les derniers excréments, il émet une goutte d'un liquide alcalin, formé d'après M. Péligot, d'une solution de carbonate de potasse pur; à ce moment le ver est niùr, son poids a diminué de près de 1 gramme.
11 refuse ensuite toute nourriture et se déplace en agitant et relevant la tète; on dit qu'il est prêt à monter. Dès qu'il rencontre une paroi verticale il s'y attache en effet, et commence cà émettre une sorte de bave qui se solidifie presque aussitôt et forme un fil de soie.
On donno le nom de bave au liquide renfermé dans les glandes soyeuses au moment où il est vomi par le ver. Peu
1,K VKR A JiOlE 3[3
développées jusqu'à la quatrième mue, les glandes prennent un énorme accroissement au moment de la maturité, leur poids peut atteindre et dépasser 0«'",80, chez un ver pesant 4 grammes.
Le liquide soyeux existe dans les glandes àTétat de masse visqueuse sans consistance. Grevés dans Teau, les lobes soyeux laissent échapper leur contenu sous forme de liquide gluant qui se solidifie peu à peu : sous Tinfluence de Talcool absolu, de Tacide acétique dilué, les glandes soyeuses subissent une véritable coagulation analogue à celle de Talbumine de Tœuf sous l'action de la chaleur; à un certain moment, lorsque la solidification n'est pas trop avancée, on obtient en les étirant, un brin assez long, épais et tenace, utilisé par le pêcheur à la ligne, et connu sous le nom de crin de Florence.
Au sortir des glandes, le liquide soyeux traverse les tubes excréteurs, durcit et constitue un fil solide dès qu'il a franchi l'orifice buccal. La cause de ce durcissement est mal connue. Dans le fil de soie, on constate l'existence de plusieurs éléments distincts. La fraction centrale du fil est formée de fibroïne ou soie proprement dite ; cette fibroïne est comme enveloppée d'une substance soluble, dans ces solutions bouillantes de savon, dans les dissolutions d'alcali caustique, qui est appelée grès ; enfin, la soie émise par certaines races de vers contient une matière colorante jaune.
Tout récemment, M. Louis Blanc ^ a publié d'intéressantes recherches micrographiques sur la sécrétion de la soie et la structure du brin de soie. D'après cet auteur, la constitution du brin de soie est parfaitement homogène; il n'est nullement constitué, comme certains observateurs l'ont avancé, par un faisceau de fibrilles élémentaires excessivement ténues.
Etude sur la sécrétion de la soie et la structure du brin et de la bave dans le Bombyx mori, par M. Louis Blanc, Lyon, Pitrat aîné, 1889.
;;q I/ŒUF, MO VER A SOIE ET EE COCON
M. Blanc a ('tudié avec soin Torigine, la disposition, le rôle (lu givs et du pigment coloré. Par Texamen d'une série de coupes i)rovenant du réservoir des glandes soyeuses^ il a constaté que le grès n'était pas la seule substance ajoutée à la fibroïne pendant son passage à travers ce conduit : il s'y forme un nouveau produit, inconnu jusqu'à ce jour, que M. Blanc i)ropose d'appeler le mucus, ou mieux la mucoïdine.
Cotte substance se forme au moment où le réservoir comnu^ncc à diminuer de calibre. Entourant le cylindre formé de lil)r()ïno et de grès, et l'isolant des parois du tube excréteur, clic semble destinée à faciliter l'allongement et le glissement du brin dans le canal qu'il parcourt.
Certains expérimentateurs avaient émis l'idée que le grès se formait par oxydation de la fibroïne au contact de l'air ; MM. Raulin et Sicard ont montré qu'il préexistait dans les glandes soyeuses, mais que sa formation était postérieure à celle de la fibroïne. Pour Tinstant, nous n'entrerons pas plus avant dans l'étude du fil de soie ; cette question sera traitée spécialement, du reste, dans la suite de cet ouvrage.
Ce n'est pas seulement après la maturité que les glandes soyeuses se mettent à fonctionner. Peu de jours après l'éclosion, le ver émet quelques fils soyeux. Au moment des mues, il utilise ces fils comme amorces pour se glisser hors de sa dépouille ; mais ces émissions sont accidentelles et extrêmement réduites ; lors de la maturité, au contraire, au moment de la montée, les glandes démesurément développées, se vident presque en entier; M. Péligot a même observé que le poids moyen des cocons était supérieur à celui des glandes soyeuses à l'état sec. Cette augmentation de poids s'explique en admettant que la sécrétion de la soie continue pendant le tissage du cocon.
Nous avons vu, au moment de la montée, les vers chercher une paroi verticale pour s'y fixer ; à ce moment, les éducateurs placent sur les claies des rameaux de bruyères.
KiG. \, — Bruyère et cocon commencé.
délimitent Tespace devant être occupé par le cocon (fig. 4). Quelques vers, appelés tapissiers, perdent leur soie à garnir
FiG. 5. — Cocon terminé.
des surfaces planes et ne réussissent pas à entreprendre leur ouvrage; mais, dans la majorité des cas, le ver à soie ébauche