MALADIES DU VER A SOIE
de la pébrine et capables de communiquer cette maladie aux vers sains élevés en même temps quVMix.
Aucun moyen ne se montra efficace pour guérir les vers pébrinés. Mais M. Pasteur établit qu'en élevant des graines exemptes de corpuscules, dans des locaux purifies et assainis, on était sûr d'éviter le pébrine.
En étudiant les papillons nous exposerons, avec quelque détail, la méthode de M. Pasteur. Dès à présent nous pouvons indiquer sonîmairemcnt quels points principaux elle comporte : on ne consacre à l'éducation que des graines pures, pondues en cellules, provenant de papillons sélectionnés au microscope et reconnus exempts de corpuscules. Les locaux sont désinfectés au moyen de fumigations de chlore, de lavages à l'eau de chaux ou au sulfate de cuivre. Les chambrées sont isolées autant que possible, mises à l'abri de la contagion pouvant être apportée par les personnes ou les feuilles, provenant de locaux où règne la pébrine. Enfin, les vers sont espacés suffisamment; si des sujets pébrinés se montrent dans l'éducation, il est possible, de la sorte, de les faire disparaître avant que la contagion ait pu prendre autour d'eux une extension trop considérable.
En employant cette méthode, dont les prescriptions entrent de jour en jour dans la pratique des éducateurs, la pébrine n'est plus à craindre. 11 est permis d'espérer que cette redoutable maladie, qui a causé tant de ruines, disparaîtra un jour, et que l'industrie séricicole retrouvera dans notre pays son ancienne splendeur.
Flacherie. — La fiacherie, ou maladie des 7noris fiats^ occasionne de grands ravages parmi les vers à soie. En général, les vers en sont atteints à leur dernière période, alors que leur croissance est terminée et qu'ils sont à maturité, ou même sur la bruyère (fig. 15). Sans cause apparente, on les voit devenir languissants, puis s'étendre dans une immobilité complète; la mort survient au bout de quelques heures. Les
45 L'ŒUls LK VER A SOIE ET LE COCON
vers morts flats deviennent mous, noircissent, puis exhalent rai)idement une odeur infecte. Souvent des chambrées entières périssent en un jour. Parfois la marche de la mala •
FiG. 15. — Vers flats, d'après L. Pasteur.
die est plus lente; les vers tissent même leur cocon et meurent à l'état de chrysalides qui se putrédent en salissant les cocons. En ce cas, la récolte se trouve beaucoup diminuée,
maladip:s du ver a soik
M. Pasteur a montré que les vers atteints de flaclierie n'accomplissaient plus leurs fonctions dig'estives. La feuille ingérée fermente par le fait du développement d'un organisme en chapelet de grains, dont chaque article n'a pas plus d'un millième de millimètre de longueur (llg. 16). Ensuite, la putréfaction survient, causée par des myriades de vibrions bacillaires, s'agitant avec vivacité au sein du liquide qui humecte la feuille non digérée, dans l'estomac du ver.'; Peu à peu le corps tout entier est atteint par cette putréfaction.
Tous les vers morts de fiacherie sont remplis de chape lets et de vibrions.
Le mal est éminemment contagieux: des vers flats mis en contact avec des vers sains ne tardent pas à leur communiquer la maladie. M. de Ferry de la Bellone a reconnu qu'en injectant à des vers sains quelques gouttes de liquide renfermant des chapelets de grains et des vibrions, on les fait mourir tous, sans exception, de la fiacherie.
On ne connaît aucun moyen de guérir la llacherie. Il n'existe pas non plus de méthode préventive sûre permettant, comme pour la pébrine, de se mettre à l'abri de la maladie. Si la cause de la fiacherie est connue, on n'a pu encore obtenir à volonté des vers réfractaires au mal des vers flats.
11 esta supposer que les germes des chapelets d'articles et des vibrions sont apportés par les feuilles, et que ces éléments se développent toutes les fois que les fonctions digestives du
Ftg. 16. — Organismes de la fiacherie (grossiss. ôOO).
A, ferment en chapelet de grains; B, vibrions.
/iS I/ŒUF. LK VER A SOIE ET LE COCON
ver, pour une cause ou pour une autre, par le fait de la débilitr ou de la maladie, ne s'accomplissent plus normalement. Aussi a-t-on reconnu que le moyen le moins imparfait, pour soustraire les vers à la flacherie, consistait à soiirner leur hygiène et leur propreté, à les espacer, à les pourvoir d'une quantité sufnsante d'air respirable.
Il n'est pas démontré que la flacherie soit héréditaire, toutefois on s'abstient de consacrer à la reproduction les chambrées atteintes de flacherie delà quatrième mue à la montée.
A la flacherie, on doit rattacher encore les maladies des vers arpians ou gattinés, des lucettes, des clairettes, qui sont encore mal connues, mais se manifestent avec des symptômes analogues. Des recherches sont encore nécessaires pour apprendre à caractériser ces maladies.
Leur cause véritable une fois fixée, on pourra entreprendre avec quelque chance de succès, la recherche de leurs moyens curatifs ou préventifs.
Grasserie. — De toutes les maladies du ver à soie la grasserie est de beaucoup la moins redoutable. On ne connaît pas son origine, on sait seulement qu'une atmosphère froide et humide, insufdsamment renouvelée, favorise son apparition.
La grasserie se déclare, d'ordinaire, au moment des mues, et surtout à l'approche de la montée. Les vers qui en sont atteints languissent et se meuvent péniblement. Leur peau, luisante et distendue, laisse échapper un liquide trouble qui salit les objets, feuilles ou vers sains, placés au contact du ver malade.
M. Belle a reconnu que le liquide trouble, recueilli à la surface de la peau des vers gras, remplit aussi la cavité générale de leur corps. Examiné au microscope, ce liquide se montre rempli d'une infinité de corps polyédriques, d'une dimension moyenne de 4 millièmes de millimètres; ces corpuscules ne paraissent pas organisés; quoique leur consti-
LA CHRYSALIDE 4g
tution cliimique soit encore mal connue, ils présentent, vis à-vis des réactifs chimiques, des réactions communes aux composés albuminoïdes.
La grasserie ne paraît être ni contagieuse, ni héréditaire. Néanmoins, on a vu un grand nombre de vers de la môme chambrée périr de la grasserie. Il est prudent, en ce cas, de traiter les cocons en vue de la production de la soie et de ne pas les consacrer au grainage.
En résumé, la grasserie est encore imparfaitement connue, et si son étude a été jusqu'à présent négligée, c'est qu'elle occasionne aux éleveurs de vers à soie des dommages relativement minimes.