S EM I- CO N D U CTE U U S
OU DIELECTRIQUES
Etain.
Plomb.
Mercure,
Zinc.
Platine.
Fer.
Argent.
Cuivre. Or.
Charbons de bois et coke. Laine.
Acides. Soie.
Dissolutions salines. Vorre 2.
Eau de mer. Cire à cacheter.
Air raréfié ^. Soufre.
Glace fondante. Résine.
Eau pure, Gutta-percha.
Pierre. Caoutchouc.
Glace non fondante. Gomme laque.
Bois sec. Paraffine.
Porcelaine. Ebonite.
Papier sec. Air sec.
Grâce à ses propriétés isolantes, la soie est emplo^^ée pour recouvrir des fils de cuivre utilisés comme conducteurs électriques.
Dans ce cas, les fils de soie sont enroulés autour des fils de cuivre de manière à former une couche simple ou double, puis on les recouvre de paraffine ou d'un vernis isolant spécial.
Mais ce qui domine toutes les propriétés physiques de la soie, c'est sa faculté d'absorption pour une foule de substances. Gomme le charbon de bois, la soie absorbe les gaz, tels que l'ammoniaque, l'acide chlorhydrique, l'acide sulfureux. Elle fonctionne comme un corps poreux; néanmoins, examinées au microscope sous un fort grossissement, les sec tions transversales de grège ne laissent pas découvrir de solutions de continuité. Toutefois, malgré cette particularité, la constitution physique de la soie grège se rapproche de celle des corps poreux par ce fait que sa surface est très grande par rapport à son poids, et qu'elle peut ainsi présenter à
1 La place de l'air raréfié dans cette liste dépend du degré de raréfaction.
2 C ertaines variétés de verre bien sec isolent mieux que la guttaperchn.
Taction des gaz une zone d'action très étendue pour un poids relativement très faible.
Dans l'air, la soie grège fixe toujours une proportion très grande d'humidité. La quantité d'eau liygroscopique retenue par la soie peut varier suivant l'état d'humidité de l'air, de 10 à 25 pour 100; elle peut même atteindre 30 pour 100 sans que la soie, vue et touchée, paraisse mouillée ni humide.
MM. Bolley et Suida ^ ont déterminé, par des expériences directes, la manière dont se comportent, sous le rapport des propriétés hygroscopiques, la soie grège et la soie décreusée, c'est-à-dire dépouillée de son grès par l'action dissolvante d'une solution bouillante de savon.
Il était intéressant de savoir, en effet, si l'attraction puissante qu'exerce la soie sur l'humidité de l'air était due à la fibroïne ou bien au grès qui la recouvre.
Un même poids de soie écrue et de la même soie préalablement décreusée avec soin, après avoir été abandonné dans les mêmes conditions à l'influence de l'air atmosphérique, fut desséché et pesé.
La soie écrue perdit 9,99 pour 100 de son poids
La soie décreusés perdit. . . • 9,24 — —
Après avoir été abandonnés de nouveau pendant le même temps à l'air hun^ide, les deux échantillons furent pesés.
La soie grège ou écrue, avait augmenté de 12,586 pour 100 de son poids La soie décreusée, — 12,490 — —
Ces expériences montrent d'une façon fort nette que les propriétés absorbantes exercées par la soie sur la vapeur d'eau sont partagées à des degrés presque égaux par la soie grège et parla soie décreusée. C'est-à-dire que la fibroïne et le grès exercent sur la vapeur d'eau des actions attractives d'intensités sensiblement égales.
i Schweiz. polytechnische Zeitschr. , 1868, 2^ liv.
Cette propriété laisse incertaine la quantité de soie sèche contenue dans une soie grège ou ouvrée. Aussi, dans les transactions commerciales a-t-on reconnu la nécessité de doser cette humidité et de fixer une humidité moyenne. Cette question sera examinée en détail dans la deuxième partie de ce livre, au chapitre du conditionnement.
La soie ne fixe pas seulement les gaz et les vapeurs : immergée dans l'eau, ces propriétés absorbantes peuvent se manifester vis-à-vis de corps solides ou liquides contenus dans ce dissolvant, avec une remarquable intensité. C'est en utilisant ces propriétés que la soie peut être teinte et qu'il est possible de réaliser avec elle ces merveilleux effets décoratifs dus à la disposition des couleurs. A ce point de vue, les facultés absorbantes de la soie présentent donc la plus haute importance. Les ressources qu'elles donnent à l'industrie sont tellement précieuses qu'en les utilisant, la consommation de la soie a pu prendre toute l'importance qu'elle possède aujourd'hui et qu'elle augmentera encore dans l'avenir. Toute application nouvelle de cette propriété permet d'obtenir des efiets décoratifs nouveaux, et comme la soie, par son éclat, sa ténacité, constitue le plus beau des textiles, on conçoit combien le développement de sa consommation se trouve lié aux industries qui ont pour but d'exalter encore les qualités qui assurent sa suprématie.
Tous les textiles, il est vrai, possèdent, comme la soie, des propriétés absorbantes, mais à des degrés diff'érents. Il existe des rapports assez étroits, à ce point de vue, entre la soie et la laine qui sont toutes les deux des textiles d'origine animale, tandis que les fibres végétales ont un pouvoir absorbant notablement moins fort.
On ne connaît pas encore, d'une manière précise la théorie de ces phénomènes d'absorption, nous étudierons en détail leur application à Toccasion de la teinture de la soie. Leur cause doit-elle être attribuée à des forces chimiques ? C'est un phénomène encore incomplètement éclairé que nous
essayerons d'analyser en étudiant la constitution chimique de la soie.
Constitution chimique de la soie grège
L'état actuel de nos connaissances sur la constitution chi inique de la soie est encore peu avancé. Un nombre restreint d'expérimentateurs a appliqué ses efforts à l'étude chimique de la soie. De plus, la connaissance de la soie, au point de vue chimique, constitue un des problèmes les plus difficiles qui existent.
Dans l'impossibilité où nous sommes d'enregistrer des résultats définitifs, nous nous bornerons à résumer les recherches des chimistes qui ont étudié notre textile.
Rigaut de Saint- Quentin, l'abbé Gollomb, Beaumé soumirent la soie à certaines expériences dans le but d'améliorer les procédés en usage chez les teinturiers. Mais c'est à Roard, qui dirigeait en 1801 la manufacture des Gobelins, qu'on doit la première étude chimique de la soie. Cet expérimentateur a communiqué le résultat de ses recherches à l'Institut de France, le 12 août 18u7.
Il reconnut d'abord que la lumière solaire exerçait une action décolorante sur les soies grèges. Exposées au soleil, Ls soies provenant de cocons blancs acquièrent un blanc plus parfait. Les soies jaunes sont entièrement décolorées et deviennent aussi blanches que les plus belles soies retirées des cocons blancs.
Utilisant ensuite l'action de l'eau bouillante à laquelle Gollomb avait reconnu déjà la propriété de dissoudre le vernis de la soie, il chercha à déterminer les substances perdues par la soie dans cette opération. Puis il fit agir successivement l'alcool froid et l'alcool bouillant sur les soies grèges et fut amené à établir que la soie écrue devait sa roideur à une substance connue depuis longtemps sous le nom de gomme ou vernis. Cette matière est parfaitement la même dans les
soies ccrues blanches et dans les soies jaunes. Elle s'y rencontre dans la proportion de 23 à 24 pour 100.
D'après Roard, le vernis de soie comprendrait :
1° De la gomme très soluble dans Teau bouillante ;
2° De la matière colorante, soluble dans l'alcool froid, pour les soies jaunes seulement qui en renferment environ la soixantième partie de leur poids ;
3° Une substance analogue à la cire, soluble dans l'alcool bouillant; elle forme la deux centième ou la trois centième partie du poid de la soie.
Non content d'étudier avec précision les différentes substances composant le vernis de soie, Koard rechercha les meilleurs moyens de débarrasser la soie de son enveloppe extérieure. Ses recherches avaient pour but, à une époque où les travaux chimiques se proposant d'élucider et de perfectionner les opérations industrielles étaient rares, d'étudier le décreusage, c'est-à-dire la cuite des soies.
Le décreusage, disait Roard, est une opération par laquelle on rend les soies douces, blanches et brillantes en les traitant pendant plusieurs heures avec des quantités très variables d'eau et de savon. Cette opération peut être ejTectuée avec d'autres substances dissolvantes que le savon. L'eau bouillante, les dissolutions de soude amènent la séparation de la soie et de son vernis. Mais Roard constata que parmi tous les autres le traitement du savon donnait les soies les plus vives et les plus brillantes.
Mulderde Rotterdam, continuant les recherches de Roard, énonça, vers 1836, que la soie renferme plusieurs principes qu'il désigna sous les noms de flhroïne, albumine et de gélatine. Nous n'insisterons pas sur les recherches de Mulder. Si cet expérimentateur a établi, en effet, la composition centésimale de certains produits provenant du traitement de la soie par l'acide acétique bouillant, il est actuellement prouvé que ses interprétations ne sont pas légitimes. Il est démontré aujourd'hui que les substances appelées par Mulder fibrome,
gélatine et albumine ne préexistent pas dans la soie et proviennent de la décomposition do ce textile sous l'action trop prolongée de Tacide acétique bouillant. En outre, Tidentito établie par Mulder entre les produits de décomposition de la soie et la fîbroïne, la gélatine et Talbumine est erronée. Tout au plus existe-t-il entre ces produits des similitudes au point de vue de la composition centésimale et des propriétés physiques.
Les expériences de Sobrero ^ conduisirent à des résultats nouveaux sur la constitution de la soie. Ce chimiste reconnut d'abord qu'en desséchant la soie à 100° elle perd une quantité d'eau égale en . moyenne à 9 ou 11 pour 100 de son poids. Etudiant ensuite l'influence des solutions bouillantes de savon sur la soie, Sobrero constata que ce textile perdait de 2-4 à 26 pour 100 de son poids.
Ces résultats n'ont pas apporté, il est vrai, d'élément nouveau à la connaissance chimique de la soie; mais ils ont confirmé les conclusions de Roard et sont venus, en somme, apporter un contrôle précieux dans un sujet encore peu étudié.
Mais les recherches do Sobrero ont une originalité entière en ce qui concerne la détermination des matières minérales contenues dans la soie^. Ce côté de la question avait été, en efl'et, complètement laissée dans l'ombre.
Sobrero incinéra successivement au rouge vif dans une capsule de platine, pendant un temps suffisant, cinq échantillons de soie. En prolongeant l'opération pendant un temps suffisant il obtint des cendres parfaitement blanches, exemptes de charbon, dont les poids sont relatés dans le tableau suivant :
No 1 Gendres,
1 Ixépertoire de chimie appliquée, 1860, p. 97.
2 Voir Moniteur scientifique, 18ô0.
L'analyse de ces cendres a montré qu'elles étaient composées de chaux, de magnésie, de sesquioxyde de fer et d'alumine.
L'origine de ces matières minérales peut être attribuée à différentes causes que Sobrero ne tenta pas de démêler.
En 1880 M. P. Francezon^ reprenant l'étude commencée par Sobrero, détermina avec beaucoup de soin la proportion de cendres données par les coques de cocon et par la soie grège qui en provient.
Voici les résultats moyens obtenus :
Gendres de coques 1,<34 pour 100
Gendres de soie grége filée à Teau distillée. . 0,78 — Gendres de soie grége filée à Peau distillée chrysalidée 0,75 —
La coque du cocon renferme donc une proportion de matières minérales double de celle qu'on rencontre dans la soie grège. La moitié des matières minérales s'élimine pendant la fiature et cette perte ne diminue pas quand on file dans une eau déjà très chargée des sels terreux et des matières grasses des chrysalides.
L'étude des cendres de soie a montré à M. Francezon qu 3 les soies grèges renferment presque toujours de petites proportions de cuivre et de plomb. Ce fait s'explique si l'on réfléchit aux propriétés absorbantes de la soie. Le plomb formant l'enduit des bassines de terre employées parfois en filature, le cuivre constituant la matière même du tuyau amenant la vapeur, se dissolvent en petites proportions dans Teau des bassines portées à une température relativement élevée. C'est ainsi que la soie fixe une petite quantité de ces deux métaux. Leur présence, du reste, dans les limites ou elle se rencontre, ne paraît pas modifier d'une manière appréciable les propriétés delà soie ni sa valeur technique.
1 Notes pour servir à VEtude de la soie, par Paul Francezon, Lyon, imprimerie du textile, 1880.
M. Paul Francezon a complété ses études en expérimentant Taction de divers dissolvants sur la soie, au point de vue du dosage delà gomme et de la fibroïne.
Reprenant les travaux de ses devanciers, M. Francezon démontra d'abord Terreur des conclusions de Mulder, puis il proposa de doser, dans la soie, la fibroïne et le grès en employant successivement deux bains de savon bouillant, puis après rinçage à Teau distillée, Taction successive de deux solutions bouillantes d'acide acétique à 8<». Dans ces conditions, tout le grés de la soie se trouve éliminé, et l'on obtient de la fibroïne qui n'a pas été sensiblement attaquée par les réactifs employés.
Gomme application de sa méthode, M. Francezon présente les résultats qui lui ont été donnés par l'examen des coques de cocons jaunes.
Substances solubles dans l'alccol 3,27 pour 100
Grés proprement dit 22,89 —
Cendres totales 1,46 —
Fibroïne 72,38 —
On a soumis aux mêmes épreuves de la soie grège obtenue en filant dans l'eau distillée des cocons identiques à ceux qui avaient été examinés en nature.
M. Francezon a constaté les résultats comparatifs suivants :
JAUNE CRVENNES COQUES DE COCONS SOIEGaÈGE
Fibroïne (y compris 0,22 de sels). . . 72,38 75,18
Grès 22,89 2^,82
Corps extrait par l'alcool 3,27 1,44
Sels 1,46 0,56
Les résultats obtenus par M. Francezon marquent un progrès sérieux dans la connaissance de la composition immédiate de la soie. Reposant sur des méthodes rigoureuses, fournissant des données comparatives applicables à l'étude
des différentes soies, ils permettent de les classer entre elles et de contrôler les résultats industriels. Ajoutons que la concordance la plus parfaite existe entre les résultats de M. P>ancezon et ceux qu'obtiennent les teinturiers dans le traitement de la soie.
Résumons en quelques mots les résultats définitivement acquis. La soie grège se compose essentiellement en chiffres ronds de :
75 pour 100 de fibroiiie.
25 pour 100 de grès j ^^^^'^^^^ "^^^^^^
Le grès se distingue de la fibroïne en ce qu'il est facilement soluble dans des solutions bouillantes de savon. On rencontre aussi dans la soie grège une faible proportion de corps gras, de substances mal définies analogues à la cire et, dans certains cas, de matières colorantes. L'ensemble de ces corps ne dépasse pas 1 et 1/2 pour 100 du poids de la soie.
Les recherches qui viennent d'être résumées s'appliquent toutes à l'analyse immédiate de la soie grège, c'est-à-dire qu'elles ont eu pour résultat d'isoler les différents corps chimiques définis formant, par leur assemblage, la soie grège. D'autres expérimentateurs se sont appliqués, à leur tour, à étudier la constitution chimique des différents éléments, fibroïne, grès, dont le mélange constitue la soie écrue.
Le plus ancien en date est G. Staedeler qui publia, en 1859, une série de travaux sur la fibroïne, la spongine, la chitine et le mucus animal.
Ce chimiste se procura d'abord de la fibroïne, en faisant tremper, pendant dix-huit heures environ, de la soie jaune dans une lessive de soude froide à cinq centièmes. Après avoir exprimé et lavé la soie avec une liqueur acide formée d'une partie d'acide chlorhydrique fumant et de vingt parties d'eau,
A Annalen der Oliemic und Pharmacie^ t. CXI, p. 12 (nouvelle série, t. XXXV).
Staedeler obtint de 42 à 50 pour 100 d'une matière blanche présentant, au microscope, la forme de la soie décortiquée, mais facile à réduire en une poudre ténue et légère. Elle ne laissait, à la combution, qu'une trace de cendres.
Staedeler envisageait ce corps comme de la fibroïne ; nous savons déjà ce qu'il faut penser de cette affirmation. La fibroïne de Staedeler n'est évidemment qu'un produit d'altération de la fibroïne technique nettement définie par les recherches de Roard et de Francezon.
Staedeler voulut comparer, avec les matières protéiques et les substances qui s'en rapprochent, le corps qu'il appelait fibroïne ; il le soumit, dans ce but, à l'action de l'acide suhfurique étendu. Ce réactif donne avec le tissu élastique, un seul produit cristallisablcjlaleucine; avec le tissu gélatineux, de la leucine et du glycocolle ; avec les matières protéiques, de la leucine et une très petite quantité de tjrosine.
Par l'action de l'acide sulfurique sur la fibroïne, Staedeler obtint un mélange de leucine et de tyrosine ; il conclut de ce résultat que la fibroïne se rapprochait, par sa nature, de la substance cornée et du mucus et qu'elle diff'érait de la substance fibreuse constituant les éponges.
C'est à ce point que s'arrêtent les recherches de Staedeler. Emile Cramer a publié, en 1865 \ d'intéressants résultats que lui donna l'étude chimique de la soie.
Reprenant l'étude de la fibroïne, Cramer prépara ce corps en traitant la soie par l'eau, sous pression, dans la marmite de Papin. Il obtint ainsi une matière jaune pâle, douée d'un grand éclat, représentant 66 pour 100 de la soie employée.
Soumise à l'analyse élémentaire, cette fibroïne se montra composée de :
Carbone 48,39 pour 100
Hydrogène 6,51 —
Azote 18,40 —
Oxygène. 26,70
^ Journal fur praktische Chemie, XCVI, 76. L. ViGNON, La Soie. 8
13i CONSTITUTION CHIMIQUE DE LA HOIE GRÈGE
D'après Cramer, la composition cle la fibroïnc pourrait être représentée par la formule :
Conformément aux conclusions de Staedeler, la fibroïne traitée par l'acide sulfurique étendu fournit de la tyrosine et de la leucine. Cramer a trouvé, en outre, le glycocolle dans les produits de la réaction.
Les recherches de Cramer ont porlé principalement sur Tétude de la matière gélatineuse de la soie. Cette substance, que l'auteur nomme séricine, est très voisine du grès si elle ne se confond pas avec lui. Obtenue en dissolution dans l'eau ayant agi sur la soie pendant trois heures à l'ébuUition, la séricine est obtenue pure par des précipitations successives, par l'acétate de plomb, puis Talcool.
La séricine est une poudre incolore dont la composition répond à la formule :
D'après cette expression, la séricine différerait de la fibroïne par une molécule d'eau et un atome d'oxygène en plus.
Soumise à l'action de l'acide sulfurique étendu, la séricine produit une petite quantité de leucine, environ 5 pour 100 de tyrosine, aucune trace de glycocolle, et 10 pour 100 d'un corps cristallisable que Cramer nomme sérine.
L'analyse de la sérine a conduit à la formule : C^ N 03
Elle diffère donc de l'alanine par un atome d'oxygène. Comme cette dernière substance, elle se combine aux oxydes et aux acides. Sa solution dissout à rébullition 1 hydrate de cuivre, et la liqueur bleu foncé qu'on obtient donne, par le refroidissement, des cristaux très colorés de sérine cuivrique, ressemblant au glycocolle et à l'alanine cuivrique ; sa combinaison argentique est difficile à obtenir pure, elle est altérable par la lumière.
Les faits découverts par Cramer présentent une grande
importance au point de vue do la détermination de la constititution chimique de la fibroïne et du grès de soie.
La serine, en effet, obtenue par l'action de l'acide sulfurique étendu sur la séricine, montre d'étroites analogies de constitution avec l'alanine ; voici, en effet, les formules de ces deux corps :
Sérine: IF NO^ Alanine : G^^ li" NO^
Or, l'alanine est une substance dont la constitution chimique est parfaitement connue ; on Ta préparée par l'action de l'acide cyanhydrique en présence de l'eau et de l'acide chlorhydrique sur l'aldéhydate d'ammoniaque ^ Elle a été obtenue aussi en partant de Facidc lactique, et plus simplement encore, par l'action d'une solution alcoolique d'ammoniaque sur l'acide bromopropionique ^.
Soumise à l'action de l'acide nitreux, l'alanine donne de l'acide lactique, tandis que dans les mêmes conditions, la sérine aboutit à l'acide glycérique, proJuit de l'oxydation de la glycérine.
11 est donc très probable que, de môme que l'alanine représente de l'acide lactamidique, la sérine n'est autre chose que de Tacide glycérique monoamidé.
Les formules suivantes montrent clairement ces relations :
, /GOOH /GOOH il \0H ^ \NIP
Acide lactique Alanine Acide glycérique Sérine
Des recherches toutes récentes de Th. Weyl ^, il résulte
4 GH3. GOH.NH3 + CNH + HGI+H20
= G-iH7N02 + NH4GI
2 GH^ GHBr. GO OH + 2N ^ G-^H^OS + N H^Br
3 Berichte der Beutschen chemischen Gesellscliafft^i. XXI, p. 1407 et 1529.
qu'on peut isoler de la solution chlorhydrique de la soie, un compose que l'auteur a appelé sèricoïne et qui ne paraît différer de la fibroïne que par sa moindre teneur en azote.
En faisant agir Tacide sulfurique étendu, à TébuUition, sur la soie décreusée, Weyl a trouvé comme produits de décomposition :
De la tyrosine 5,2 pour 100 du poids de la soie
De Ta-alanine 15 — — —
Du glycocolle 7,5 — — —
Quoique l'étude des produits de décomposition de la sèricoïne par l'acide sulfurique ne soit pas encore terminée, Th. Weyl annonce cependant qu'il a constaté déjà la présence de la tjTosine et du glycocolle.
Toutes les substances obtenues par Staedeler, Cramer, AVeyl comme produits de décomposition de la soie grège, de ses produits composants ou très voisins (séricine, sèricoïne) possèdent un caractère commun d'une extrême importance. Elles ont les mêmes fonctions chimiques et sont toutes constituées par des acides monobasiques monoamidés. Cette relation commune ressort avec évidence de l'examen des formules respectives de ces corps ; on a, en effet :
Glycocolle G <^ N ^
Acide amido-acélique
a-alanine CH^ . GH <(^^^?^
Acide a-amido-propionique
Leucine GH3.(GH2)3. GH<^^2?^^
Acide a-amido normal caprolque
Tyrosine COH^gJ. GH<S^?«
Acide oxy-phcnyl-a-amido-propionique
Sérine G^H^O<^^^^^
Acide amido ghcéiique (?)
Les recherches que nous venons de résumer ici nous ont conduit à un résultat fort important. Elles ont démontré la possibilité de rattacher la constitution des principes immédiats composant la soie, tels que le grès et la fibroïne, à celle de principes chimiques dont les propriétés et les modes de formation sont parfaitement connus; mais seulement un coin de voile nous cachant la vérité a été soulevé.
Il faut dire que la connaissance de la constitution chimique de la soie apparaît comme un des plus redoutables problèmes de la science moderne.
Par analogie d'origine, nous devons ranger la soie à côté des productions épidermiques, telles que la corne, les cheveux, la laine. Ces substances, elles-mêmes, sont voisines des matières collogènes, gélatine, osséine, tissus des cartilages, chondrine, et doivent différer peu de Talbumine et des matières albuminoïdes proprement dites, c'est-à-dire de la caséine, de la fibrine, etc.
Toutes ces substances qui forment la base de l'organisme vivant, ont été soumises, par M. Schutzenberger, professeur au Collège de France, à Tapplication d'une méthode générale que nous décrirons plus loin. Ce savant chimiste a trouvé qu'elles donnaient des résultats sinon identiques, du moins de même ordre, et assez comparables pour qu'il soit permis d'affirmer qu'elles possèdent, comme les corps gras neutres, une constitution analogue, qu'elles sont toutes bâties sur le même modèle, d'après les mêmes principes et avec des matériaux de même nature ^
L'œuvre entreprise par M. Schutzenberger depuis 1874, conduite sans interruption et non encore achevée, est, on le voit, d'une importance capitale.
^ Voir Comptes rendus de V Académie et Sciences. IS'ÎS, t. LXXX, p. 212, — 1875, t. LXXXI. p. 1108. — 1875, t. LXXXI, p. 1191. — 1876, t. LXXXII, p. 202. — 1877, t. LXXXIV, p. 124. — 1878. t. LXXXVl. — 1885. t. CI, p. 12Ô7. — 18t0, t. GIl, p. 129'J. — 18S8 t. GVI, p. 1407.
Partout OÙ la vie apparaît avec une certaine intensité, les matières albuniinoïdcs, dont les principes immédiats du blanc d'œuf et du sérum du sang représentent les types les plus parfaits, se révèlent en proportions notables. Or c'est par Tétude attentive des transformations chimiques des matières protéiques dans Torganisme vivant que Ton peut espérer atteindre la solution de la plupart des problèmes posés par la biologie.
Mais des travaux fructueux ne peuvent être dirigés dans cette voie, que lorsqu'on aura acquis une idée nette et précise sur la nature intime, sur la structure moléculaire de ces corps et les dédoublements auxquels ils p euvent se prêter.
La constitution chimique des matières protéiques domine la chimie biologique et la biologie tout entière. L'étude de la soie, se trouve donc liée, on le voit, à celle des corps composant presque exclusivement les tissus des animaux d'ordre supérieur.
Aussi, pour la clarté de l'exposition, ne pouvons-nous nous borner à résumer seulement les résultats qu'à obtenus M . Schut zenberger concernant la soie. C'est par l'étude comparative de la soie et les matières protéiques que nous pourrons établir des déductions précises.
M. Schutzenberger a cherché à briser, ou plutôt à cliver, par des moyens convenablement choisis, les molécules si complexes et si élevées de l'albumine, de la fibroïne, de la soie grège. Il a étudié ensuite les fragments de constitution de ces corps, plus simples et plus abordables. Cette "méthode analytique est du reste celle qui a permis maintes fois aux chimistes modernes d'élucider la constitution intime des corps soumis à leurs recherches.
D'autres expérimentateurs avaient déjà tenté de dédoubler les matières albuminoïdes et leurs congénères, en composés plus simples. Staedeler et Cramer, par l'action del'acide sulfurique étendu d'eau, avaient pu obtenir avec la soie des produits bien définis, la leucine, la tjrosine, le glycocolle.
CONSTITUTION CHIMIQUE DE LA SOIE GRÈGE j 39
Mais il n'était pas possible de formuler avec ces recherches, une théorie précise et complète. Tantôt la réaction étudiée, telle que Toxydation, était trop destructive et susceptible d'interprétations variées et multiples; tantôt comme dans les dédoublements par hydratation effectués par Staedeler et Cramer au moyen des acides, on n'obtenait qu'une fraction assez faible de termes définis (15 à 20 pour 100) accompagnée d'un abondant résidu sirupeux ou'incristallisable, dont la nature restait aussi mal connue que la substance initiale.
M. Schutzenberger a choisi une méthode expérimentale connue, ayant déjà fait ses preuves. C'est celle qui a permis à Chevreul de fixer la constitution des corps gras. C'est la méthode par saponification ou par dédoublement accompagnée d'une hydratation.
Les matières étudiées ont été soumises à l'action de l'eau et del'hydratede baryteavec le concours delà chaleur. L'hydrate de baryte ofi*re l'avantage de pouvoir être éliminé facilement à l'état insoluble, sous forme de carbonate et de sulfate de baryum, lorsque la réaction est terminée.
Les termes de la réaction ont été poursuivis dans leurs moindres détails par l'analyse qualitative et quantitative. M. Schutzenberger a pu ainsi construire au moyen des seules données expérimentales et sans le secours d'aucune hypothèse, une équation dans laquelle figurent, en premier membre, la matière albuminoïde, plus de l'eau, et en second membre tous les produits de la décomposition.
Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de la méthode employée par M. Schutzenberger; bornons nous à en faire connaître les résultats. Sous l'action de la baryte toutes les matières protéiques fournissent de l'ammoniaque libre, de l'acide carbonique et de l'acide oxalique, de l'acide acétique, et enfin un mélange de divers acides amidés.
La quantité d'ammoniaque et celle des acides carbonique et oxalique sont toujours dans un rapport constant; c'est ainsi que pour toutes les matières protéiques, on obtient, pour
140 CONSTITUTION CriIMIQUE DE LA SOIE GRÈGE
chaque molécule d'acide carbonique ou oxalique, deux molécules d'ammoniaque.
Cette observation est importante, car ce sont précisément les proportions de dédoublement de Turée ou deToxamide.
G0(NH2)2-|-H2O = GO2-h2NH3
Urée Eau A. carbonique Ammoniaque