‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 47 sur 151 · GO^)^ (N H2)2 2H« 0 = (G 0 0 H)2 + 2 N H · texte numérisé non relu

GO^)^ (N H2)2 2H« 0 = (G 0 0 H)2 + 2 N H

Oxamide Eau Acide oxalique Ammoniaque

De ces faits, M. Schutzenberger conclut que les différen ces des matières protéiques sont de second ordre, et qu'elles renferment toutes un noyau commun autour duquel viennent se grouper des termes moins importants tels que l'urée, l'oxamide, la tyrosine.

MM. Schutzenberger et Bourgeois ont appliqué à l'étude de la constitution de la fibroïne et de la -soie, la méthode de saponification par la baryte instituée par l'un d'eux.

Leurs recherches ont porté sur de la fibroïne préparée par M. Francezon, et sur des coques de cocons. Les résultats obtenus font dire à MM. Schutzenberger et Bourgeois, que la constitution du grès de soie n'est probablement pas très éloignée de la fibroïne elle-même. Quant à la fibroïne, elle appartient au même type que l'albumine, et ne se distingue de cette substance que par des différences d'ordre secondaire qui ont été nettement spécifiées.

La fibroïne répondrait à la formule : G^^ H^^^ N^^ 0^^

Les décompositions subies sous l'influence de la baryte s'expriment par les équations suivantes :

1 G"l Hi07 N 24 025 + 24 H20 = 0,5 (G2 H2 04) + C 0 ^2

Fibroïne Acide oxalique A. carbonique

+ 0,5(G2H4O2) + 3NH3

Acide acétique Ammoniaque |G68H141M21043

Mélange amidé

2 G68 Hi4i N2i O^'^ = Hi A N 03 + 7 (G2 N 02) + 7 (G3 N 02)

Mélange amidc Tyrosine Tyrosinc Alanine

2G4Hi>N02 + 4(G-*irN02)

Acide anùdo-butyrique Acide amidé

de la série acrylique

Les recherches de M. Schutzenberger appliquées à Tétude spéciale de la soie n'ont pas été reprises après l'année 1875, mais ce savant a publié depuis, sur les matières protéiques d'intéressants résultats que nous croyons utile de résumer ici. On a vu en effet qu'il existait entre l'albumine et la fibroïne de la soie des rapports évidents, que ces deux substances appartenaient au même type chimique, qu'elles étaient formées dégroupements moléculaires analogues ou très voisins, assemblés entre eux dans le même ordre et suivant des lois identiques. Tout progrès fait dans l'étude des matières albuminoïdes avance donc, du même coup, la connaissance de la constitution chimique de la soie.

En faisant varier la durée et la température de l'action de a baryte aqueuse de l'albumine, M. Schutzenberger est arrivé à graduer pour ainsi dire la rupture de la molécule de cette substance. Il a pu réduire à son minimum, l'action saponifiante de la baryte, et isoler les éléments les plus simples de la décomposition.

Nous ne pouvons décrire ici les expériences de M. Schutzenberger : nous avons trop peu de place à consacrer à l'étude chimique de la soie. Bornons-nous seulement à reproduire les conclusions.

Toute matière protéique traitée à chaud par la baryte fixe les éléments de l'eau et se dédouble en diverses substances : 1° Produits de dédoublement par hydratation de Turée et de Toxamide : ammoniaque, acide carbonique, acide oxalique ; à chaque molécule de l'un de ces deux acides correspondent généralement deux molécules d'ammoniaque.

2° Leucines, ou acides amidés du type G'' H^""^"^ NO^ ; ^ = 2 à 6.

3^ Leucéines, ou acides amidés G" NO^ ; n = 4 a 6.

Le mélange des leucines et des leucéines homologues, tel qu'on l'obtient par le dédoublement d'une matière protéique, donne à l'analyse élémentaire des nombres qui conduisent à une expression de la forme G'"H^"^ 0'* : on trouve, de

plus, que dans riiydratation complète d'une matière albuminoïdele nombre des molécules d'eau fixées esta Irès peu de chose près égal ou nombre dos atomes d'azote du corps initial.

Ces considérations permettent, dit jM. Schutzenberger, de mesurer la distance qui nous sépare de la synthèse des matières protéiques. On sait préparer dans les laboratoires, Turée, Toxamide, les leucines, et les leucéines, ces éléments constitutifs de toute m.atière protéique. Il faut maintenant les unir entre elles pour en reproduire le groupement protéique.

Il faudrait combiner d'abord une molécule de leucine avec une molécule de leucéine de manière à former un composé du type :

d'après l'équation :

Leucine Leucrinc

n -i- pz= m

Le groupement G^'ff'^-^N^O^ serait ensuite uni, avec élimination d'eau, à une quantité convenable d'urée ou d'oxamide.

Les méthodes que l'on peut chercher à utiliser pour atteindre ce but sont connues. Ce sont celles qui ont servi à effectuer la synthèse des éthers composés, des amides, des uréides, et en général, de tous les composés résultant de l'union avec élimination d'eau, de deux groupes plus simples.

Elles reviennent à chauffer le mélange des deux corps qu'on veut combiner, en faisant intervenir un agent qui favorise l'élimination de l'eau.

La relation des belles et patientes recherches de M. Schutzenberger sur les matières protéiques semble nous avoir détourné beaucoup de notre sujet. Ceux de nos lecteurs qui ont eu la patience de nous suivre acquerront pourtant cette

conviction que l'albumine d'œufetla soie ont entre elles (1*6troites analogies.

Leur étude constitue le problème le plus ardu de la cbimie moderne. Malgré ses diflicultés, la synthèse de l'albumine sera faite un jour, et celle de la fibroïne la suivra sans doute de près.

L'opinion que les matières engendrées par les êtres vivants ne peuvent êtres reproduites dans les laboratoires est en elFet abandonnée aujourd'hui. Les barrières, opposées aux efforts des chimistes par une théorie imparfaite, tombent de jour en jour. Toutes les substances, sont susceptibles d'être obtenues artificiellement, qu'elles proviennent du règne minéral, ou qu'elles soient produites par les animaux.

11 existe partout une limite, au delà de laquelle les efforts des chimistes resteront sans effets. C'est celle -qui sépare les substances mortes des corps organisés. Là où commence la vie la plus rudimentaire, doivent échouer les efforts de la synthèse.

IN'est- il pas remarquable que la science moderne soit arririvée à marquer le terme de ses entreprises, et qu'elle puisse, malgré les prodiges qu'elle a réalisés, déclarer insolubles les problèmes qui usaient les efforts des alchimistes ! La transmutation des métaux, la génération spontanée n'ont plus d'adeptes. Le culte de ces chimères a vu s'évanouir tous ses fidèles.

Les conclusions de M. Schutzenberger sur la constitution de la soie viennent d'être confirmées par des recherches récentes, entreprises suivant une méthode nouvelle, absolument différente de celles qui avaient été suivies jusqu'à ce jour.

M. P. Richard a pu démontrer, à la fin de 1888, la présence du groupe amidogOne dans la soie, par des expériences directes.

Ayant plongé de ia soie dans une dissolution de nilrite de sodium à 15 grammes par litre, additionnée de la quantité

d'acide chlorhydrique nécessaire pour mettre Tacide nitreux en liberté, l'auteur a constaté qu'au bout de vingt-quatre heures la soie avait pris une teinte jaune paille très caractérisée. En prélevant des échantillons de cette soie, et en les plongeant, après les avoir lavés, dans des solutions alcalines de divers phénols tels que le phénol ordinaire, la résorcine, le pyrogallol, Ta- et le p-naphtol, on constate que tous ces échantillons se revêtent de teintes foncées variables avec chaque phénol.

Sous l'influence de l'acide nitreux, la fibre a subi une modification qui la rend apte à se combiner avec les phénols pour donner des matières colorantes. Ces réactions sont tout à fait semblables à celles qui permettent d'obtenir des matières colorantes azoïques en mettant en présence les aminés diazotées et les phénols.

Il semble donc que l'acide nitreux, en réagissant sur la soie, ait formé une combinaison diazoïque, et il résulte de ce fait que la soie renferme un ou plusieurs groupes amidogènes.

Les expériences de M. Richard ont été appliquées à la laine et à la soie ; pour ces deux textiles, elles ont fourni des résultats identiques. La démonstration directe de la présence du groupe amidogène dans leur molécule concorde pleinement avec la fonction chimique d'acides amidés qui a été attribuée à la laine et à la soie.

Pour terminer l'histoire chimique de la soie, nous devons mentionner brièvement comment se comporte cette matière vis-à-vis des réactifs, des dissolvants et des différents agents physiques.

Quand on chaufle fortement la soie, elle se boursoufle en des vapeurs combustibles, en répandant l'odeur de corne brûlée, caractérisant la combustion des substances renfermant de l'azote. Elle fournit un charbon très volumineux, friable, cassant, qui finit par disparaître lui-même, lentement, sous l'influence de la chaleur rouge longtemps pro-

CONSlÎTUTiON CHiMÎQÙÉ i>E LA ÛOlË GRÈGË 146

longée ; on obtient comme résidu des cendres dont ncug avons étudié plus haut la composition.

En présence d'une solution ammoniacale d'oxyde de cuivre (réactif de Schweitzer), la fibroïne et la soie se dissolvent comme le coton.

L'oxj^de de nickel ammoniacal dissout la soie sans agir sur le coton.

Le chlorure de zinc basique à 60° Baumé peut dissoudre à froid ou plus rapidement à chaud, des quantités considérables de soie. La liqueur devient visqueuse et peut filer comme un sirop épais ; soumise à la diaWse après avoir été étendue d'eau acidulée à l'acide chlorhydrique, elle se prend en une gelée opaline semblable à l'empois d'amidon, lorsque la plus grande partie du sel a passé à travers le papier. Une solution plus étendue donne à la dialyse un liquide limpide qui, par l'évaporation, fournit un vernis couleur d'or et cassant. Ce produit desséché supporte une température voisine du rouge sombre avant de se décomposer entièrement, et auparavant, il prend une belle teinte rouge groseille fugace.

La solution alcaline froide d'oxyde de cuivre dans la glycérine dissout également la soie. Pour obtenir cette solution, M. Lœwe dissout 26^%72 de sulfate de cuivre pur dans 140 à 160 litres d'eau distillée; après avoir ajouté 8 à 10 grammes de glycérine de densité 1,24, il verse goutte à goutte de la soude caustique jusqu'à ce que le précipité d'hydrate de cuivre soit redissout. La solution filtrée se conserve sans altération. Plongée dans cette solution, la soie se gonfle presque immédiatement et se dissout bientôt en donnant un liquide épais. Par addition d'acide chlorhydrique, la soie se précipite sous la forme d'une gelée blanchâtre. Le pouvoir dissolvant de la solution alcalino-glycérique de cuivre ne s'étend pas au coton, au lin et à la laine, ce qui permet, d'après M. J. Lœwe ^ de séparer ces fibres delà soie.

^ Dinglers polyiechniïches Journal, i, GCXXII, p. 274. ' L. ViiiNON, La Soie. 9

146 CONSTITUTION CHIMIQUE l)K LA SOIE GRÈGE

Avec Tacide sulfurique concentré et froid, la soie donne un liquide visqueux, brun clair, devenant rouge, puis brun à chaud. Une addition d*eau ne la précipite pas de la solution sulfurique, mais la liqueur ainsi étendue précipite par une solution de tannin. Les acides chlorhydrique et azotique dissolvent également la soie, les alcalis la reprécipitent de ces solutions, Tacide azotique chaud la convertit en acide oxalique et en acide picrique.

Les dissolutions étendues de potasse ou de soude caustique agissant sur la soie grège dissolvent très facilement le grès ; si on prolonge leur action, la fibroïne elle-même peut être attaquée, perdre son brillant et sa souplesse.

Les alcalis caustiques concentrés dissolvent la fibroïne; Teau ou Tacide sulfurique étendu la précipitent, mais altérée. Chauffée avec Thydrate de potasse, la fibroïne se change en acide oxalique.

Toute cette partie de l'histoire chimique de la soie est très incomplète; il est à souhaiter que l'étude de la soie tente les expérimentateurs et qu'il soit possible de connaître Taction, scientifiquement étudiée, des principaux réactifs sur la soie grège et la fibroïne.

Ces lacunes mettent un terme à Thistoire des propriétés physiques et chimiques de la soie. Reprenant le cours de notre exposé, nous sommes amené à décrire les opérations qui ont pour but de former, avec la soie grège, les différentes qualités propres à être tissées. L'ensemble de ces opérations constitue le moulinage.

Mais avant d'aborder l'étude du moulinage, il convient d'énumérer les différentes sortes de soies grèges qui constituent les matières premières de cette industrie»

La soie du Bombyx mort, de beaucoup la plus belle et la plus abondante, n'est pourtant pas la seule qui soit soumise à l'opération du moulinage, dans les usines européennes. Depuis quelque temps, ces établissements commencent à utiliser les soies sauvages de provenance exotique ; comme la

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consommation des fils provenant de ces matières paraît aller en grandissant, nous consacrerons à leur description sommaire un chapitre spécial.

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