‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 50 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE MOULINAGE

La soie grège est formée d'un certain nombre de fils élémentaires soudés entre eux par le grès coagulé, suivant des directions à peu près parallèles. En cet état, elle pourrait être soumise au tissage, mais elle est incapable de supporter les opérations de la teinture en flottes. Ces manipulations, en effet, nécessitent l'immersion de la soie dans des bains dont la température atteint 100^. Sous l'influence d'un pareil traitement, le grès perdant sa consistance, pouvant même entrer en dissolution, les fils élémentaires auraient une tendance à se séparer les uns des autres, à former des boucles et des nœuds ; il serait impossible ensuite de les soumettre au tissage.

Pour donner à la soie grège plus de résistance, pour la transformer en un fil capable de subir le mieux possible les diverses manipulations qui lui sont imposées d'ordinaire avant d'être transformée en tissus, on la soumet au moulinage appelé aussi ouvraison; c'est-à-dire que dans certaines manufactures appelées moulins, on lui donne une série d'apprêts mécaniques consistant en torsions et en doublages.

Le moulinage, qui constitue une des préparations fondanaentales de la soie, comprend quatre opérations ;

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1« Dévidage des écheveaux delà soie grège, pour la transporter sur des bobines.

2° Torsion donnée séparément à chaque fil de grège provenant des bobines.

30 Doublage de deux fils de grège préalablement tordus, isolément ou non, torsion imprimée au double fil obtenu, et nouveau dévidage sur les bobines.

4^ Formation, par torsion nouvelle, des fils provenant de l'assemblage de deux ou d'un plus grand nombre de fils de grège préalablement tordus ou non; dévidage sur des guindres et mises en écbeveaux.

La torsion d'un seul fil de grège porte le nom de premier tors ou premier apprêt et donne un fil qui est désigné sous le nom de poiL

Deux ou plusieurs fils de soie grège tordus ensemble sans être tordus au préalable individuellement, fournissent un fil appelé trame.

Certains auteurs donnent aussi le nom de trame au fil provenant delà torsion de deux poils.

Enfin si Ton donne à deux ou plusieurs fils de grège tordus préalablement et individuellement de droite à gauche une torsion de gauche à droite après les avoir assemblés, on obtient des fils employés pour la chaîne des tissus et connus sous le nom iï organsins ; mais ces genres de torsion ne sont pas les seuls qui soient réalisés par les mouliniers, ils constituent seulement les genres les plus répandus. En réalité toutes ces opérations se réduisent à des torsions imprimées à des fils de grège isolés, ou assemblés entre eux.

Chaque torsion est définie par le nombre de tors, par mètre, c'est-à-dire par le nombre de tours complets autour de lui-même, que le moulinier a fait subir au fil simple ou composé.

11 est aisé de concevoir qu'en variant ces torsions, leur sens, leur intensité, l'ordre dans lequel elles se succèdent, il soit possible d'obtenir des fils de propriétés fort diverses .

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Avant de décrire les principales combinaisons qui peuvent être ainsi réalisées, examinons les modifications générales que la torsion fait subir aux propriétés physiques de la soie.

Plus une soie est tordue, plus son diamètre diminue ; en même temps sa longueur décroît, et son brillant subit une atténuation croissante. D'autre part la force de résistance ugmente.

En vue de la fabrication des différents tissus, les torsions doivent être combinées de façon à donner des fils aussi aptes que possible à subir les opérations du tissage.

Le mode et le degré de torsion produisent en effet sur Fétoffe des effets différents, qui lui donnent des apparences spéciales. Aussi ces apprêts sont-ils mis à profit pour varier à l'infini l'aspect et les qualités essentielles du tissu. L'art du fabricant de soieries consiste, en bonne partie, à déterminer le meilleur mode de torsion et d'assemblage des fils de grège, à fixer le mieux possible le moulinage des fils, qu'il devra utiliser ensuite dans la préparation de ses tissus.

L'opération du tordage de la soie grège est fort ancienne, et de tout temps on a dû reconnaître la nécessité de tordre la grège pour en faire un fil qui soit apte à être tissé.

Si Ton se réfère aux documents, on trouve dans des règlements anciens des données précises. M. Pariset rapporte que les filler esses de soie dont parle Etienne Boileau au treizième siècle, à Paris, étaient des ouvrières donnant à la soie grège, à l'aide de fuseaux, des torsions convenables.

La torsion de la soie grège a été obtenue primitivement à la main : de nos jours encore la grège simple et la grège doublée, sont tordues auTonkin, et dans plusieurs contrées de l'Asie, par des procédés analogues à ceux qu'emploient les cordiers.

Depuis le xiv^ siècle on emploie en Italie un moulin, appelé moulin rond à cause de sa forme ; cet appareil est encore usité de nos jours en Piémont. En France, on utilise le moulin ovale d'invention française.

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Mais avant de décrire ces deux appareils, examinons la série des opérations subies par la grège dans les usines qui pratiquent le moulinage.

Lèvidage. — Le dévidage a pour but de nettoyer la soie, de rattacher les lîls rompus, d'enlever les bouts et les inégalités pour obtenir un fil aussi régulier que possible. Cette opération occasionne nécessairement un déchet variable avec l'état de pureté et la qualité de la soie. Rarement inférieur à 2 pour 100, le déchet produit par ce premier dévidage atteint 8 pour 100, pour les soies inférieures; il peut exceptionnellement s'élever jusqu'à 30 et même 50 pour 100 lorsqu'on traite des soies exotiques très impures, et tirées très grossièrement.

Pour être dévidées, les soies grèges sont placées sur des tavelles, sortes de cadres très légers en bois de pin, dont les bras sont réunis par des fils de fer : les tavelles placées verticalement tournent sur un axe horizontal passant en leur centre; des roqicets ou bobines, tournant par friction, attirent et enroulent la soie, et font tourner les tavelles. Entre les tavelles et les roquets, est interposé un va-et-vient dont le mouvement alternatif règle l'égale répartition de la soie grège sur les roquets : les boucles du va-et -vient sont d'ordinaire garnies de drap, dont la friction fait subir à la grège un premier nettoyage.

Quand la soie est de bonne qualité, elle casse rarement, fournit peu de bourres, donne peu de voile, et produit par suite peu de déchet. On évalue la qualité d'une grège au point de vue du dévidage par le nombre de tavelles qui peuvent être surveillées par une seule ouvrière. On dit qu'une grège est d*un dévidage de quarante tavelles lorsqu'une ouvrière peut suffire à la marche de quarante tavelles.

L'usage s'est établi, pour les ventes de grèges, de faire indiquer par le vendeur le dé vidage, le nombre de tavelles : cette assertion est contrôlée expérimentalement dans les bureaux d'essais publics ; on y admet comme règle qu'une ou -

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vrière peut trouver et nouer quatre-vingts bouts en une heure avec une soie bien croisée.

Les meilleures soies grèges, la plupart des soies de Gévennés dévident à cent tavelles, et quelques-unes d'entre elles font un déchet inférieur à 1/4 pour 100. Les soies de Chine (tsat-lee) produisent de trois à cinq de déchet et dévident de quatre à dix tavelles.

Cette opération du dévidage, si simple qu'elle paraisse, n'en présente pas moins de réelles difficultés. Il faut d'abord trier avec soin les grèges, puis traiter chacune d'elles de manière à obtenir la moindre proportion de déchets. Dans ce but il faut tenir compte de l'état d'humidité des grèges, les mouiller au besoin, les lubrifier si c'est nécessaire avec une solution de savon, et régler le mieux possible la vitesse du dévidage.

Le nettoyage sommaire produit par le dévidage est complété par le passage des fils dans les purgeoirs,

La banque des purgeoirs reçoit le roquet chargé de grège provenant du premier dévidage ; le fil de soie est dévidé, guidé par son passage sur une roulette de verre ou de porcelaine, il traverse ensuite trois purgeoirs, et se distribue ensuite au moyen d'un va-et-vient sur un nouveau roquet.

Les purgeoirs sont ordinairement formés par des pinces garnies de drap, sur lequel frotte le fil, en abandonnant le duvet qu'il peut contenir. Lorsqu'une coste ou un bouchon se présente, les purgeoirs l'arrêtent au passage, l'ouvrière enlève le défaut et dégage le brin qui continue à se dévider.

Les purgeoirs de drap ne sont pas les seuls qui soient employés en filature. Ils ont l'inconvénient de perdre assez vite de leur efficacité à mesure que la bourre les garnit. Aussi a-t~on proposé pour les remplacer plusieurs modèles de purgeoirs en acier, se réglant avec beaucoup d'exactitude et fonctionnant avec une efficacité satisfaisante.

Après la purge les fils de grège, complètement nettoyés, peuvent recevoir différentes destinations. Quand ils doivent

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