LES SOIES ARTIFICIELLES
Est-il cliimorique de tenter la production artificielle delà soie ? Nous avons déjà dit, à propos de Tétude de la constitution chimique de la soie, qu'aucune raison ne s'opposait a f>riori, à la synthèse de ce textile. On doit même prévoir comme prochaine, la production artificielle des matières albuminoïdes, et Ton a vu que la soie appartenait, par sa nature chimique, à cette classe de corps.
Mais sans aborder le problème, dans toute sa difficulté, certains chercheurs se sont préoccupés de préparer artificiellement des textiles, qui, sans avoir la composition chimique de la soie, possédaient pourtant ses principales propriétés techniques : le brillant, la ténacité, Télasticité, la souplesse, l'aptitude à être blanchie teinte et apprêtée.
Un essai remarquable, autant par l'originalité de la méthode employée, que par les résultats obtenus, vient d'êtro tenté par M. de Ghardonnet.
Partant de celte observation, que la soie semi-fluide dans^ les glandes du ver se solidifie à la sortie des filières en donnant un fil continu : M. de Ghardonnet a réussi en prenant comme point de départ le collodion, dissolution de cellulose nitrique, dans un mélange d'alcool et d'éther, à engager cet tcî substance dans une filière, et à la solidifier au sortir de cet appareil, en un fil brillant, tenace et élastique et à l'enrouler sur des bobines.
M. de Ghardonnet a consigné le résultat de ses recherches dans un pli cacheté déposé au secrétariat de TAcadémie des sciences de Paris, en mai 1884. Ge pli fut ouvert sur sa demande, en séance de l'Académie, le 7 novembre 1887.
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Le 7 mai 1889, M. de Ghardonnet a adressé à TAcadémie des sciences une note qui a été insérée aux comptes rendus des séances, et dans laquelle nous trouvons d'intéressants détails sur l'application de sa méthode, pour produire une soie artificielle.
D'après M. de Ghardonnet, toutes les qualités qui distinguent la soie, ne peuvent s'obtenir qu'en filant une solution liquide. « La cellulose pourrait servir, mais elle n'a pas de véritable dissolvant. Il faut la nitrer, dissoudre la nitro -cellulose formée dans un mélange d'alcool et d'éther, filer le collodion obtenu, tout en le solidifiant en même temps, et le débarrasser ensuite d'une partie de son acide nitrique. »
L'auteur indique qu'on peut employer les diverses celluloses à condition qu'elles soient pures. Les essais ont porté principalement sur les cotons, et les pâtes de bois tendres traitées par l'acide sulfureux.
Ges matières ont été transformées en celluloses octonitriques et l'on a dissous 6,5 du produit obtenu dans un mélange de 38 parties d'éther et de 42 parties d'alcool.
Le collodion ainsi préparé est placé ensuite dans un réservoir clos, en cuivre étamé, muni à sa partie inférieure d'une rampe d'écoulement portant plusieurs tubulures en verre terminées par une portion capillaire. Une pression de plusieurs atmosphères est entretenue dans le réservoir de cuivre, au-dessus de la surface du collodion, afin de faciliter la sortie par les filières de cette matière visqueuse.
Les fihères ne débouchent pas dans l'air : elles sont enveloppées d'un manchon dans lequel circule de l'eau : c'est au sein de ce liquide que s'écoulent les veines du collodion. Elles s'y solidifient immédiatement, et prennent la forme d'un fil qui est saisi par une pince mue automatiquement et porté sur des baleines d'enroulement.
Les écheveaux obtenus sont ouvrés comme les soies de cocon 1 on les soumet ensuite à la dénitration. Pour obtenir ce résultat, les fibres sont soumises à faction d'un bain d'à-