‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 63 sur 151 · ANALYSE CHIMIQUE · texte numérisé non relu

ANALYSE CHIMIQUE

ralité commerciale fort différents, on ne s'étonnera pas, que l'essai de ce précieux textile ait été, à juste titre entouré de si grandes garanties.

Par surcroît, la soie, par ses propriétés physiques se prête le mieux possible à toutes les adultérations qu'on veut lui faire subir; elle absorbe complaisamment une foule de matières, se montrant ainsi complice inconsciente de ses pires ennemis.

Lorsque les substances ajoutées à la soie sont d'origine végétale ou animale, quand leur nature est organique, elles ne résistent pas à l'action du savon bouillant, elles sont entraînées en même temps que le grès. Mais si ces matières sont inorganiques ou minérales, le décreusage est impuissant à en débarrasser la soie.

11 est vrai, que le nombre des matières minérales pouvant être employées à charger la soie est relativement limité : la fraude se préoccupe de chercher des substances résistant au décreusage, et compromettant le moins possible la couleur et le brillant de la soie décreusée, mais même dans ces conditions, l'imagination fertile des fraudeurs a su trouver des matières minérales résistant au décreusage, et laissant à la soie cuite une surcharge parfois considérable.

D'après des recherches que nous avons entreprises dans le cours de l'année 1875, toute soie chargée avec une substance minérale peut être reconnue par l'incinération. Après décreusage, on incinère un échantillon de 5 grammes de soie environ, soigneusement pesé au milligramme, en le chauffant au rouge pendant deux heures dans une capsule de porcelaine. Après refroidissement les cendres sont pesées sur une bonne balance donnant le milligramme. Le quantum de cendres obtenu, permet de décider si la soie a reçu une charge minérale.

Nous avons vu, que les cendres de la soie grège ou ouvrée, d'après les expériences de Sobrero et les déterminations de M. Francezon ne dépassaient pas 0-^80 pour 100 grammes

de matière; nos essais ont confirmé pleinement ces résultats. Ils ont permis d'établir en outre que toute soie chargée, même avec une matière minérale très solubledans Teau, telle que l'azotate de sodium par exemple, donnait à l'incinération des chiffres notablement plus forts que 0,89 pour 100. Ce fait est explicable par l'intensité des propriétés absorbantes de la soie : ce textile en efft- 1, malgré les traitements au savon bouillant, malgré les rinçages prolongés, retient toujours une certaine quantité de matière minérale qui se retrouve dans les cendres. L'incinération est donc le moyen le plus sur de déceler les charges minérales.

Mais en opérant sur la soie décreusée, l'incinération ne permet pas de doser les matières minérales ajoutées comme chargé, car la majeure partie peut avoir été entraînée par les opérations du décreusage on n'obtient par cette méthode, qu'une simple indication, demandant à être complétée par des essais quantitatifs.

Partant de ces données nous pouvons décrire sommairement la marche qui doit être employée pour la recherche des charges minérales dans une soie grège ou ouvrée.

La soie écrue, pesée à l'absolu, sera soumise à l'incinération jusqu'à ce que les cendres ne contiennent plus de parties noires : le poids de cendre obtenu ne devra pas excéder 0,85 pour 100; s'il est supérieur c'est que les soies ont reçu une charge minérale.

On examinera alors les cendres qualitativement et quantativement suivant les règles de l'analyse chimique. Certaines matières minérales volatiles (sels ammoniacaux, sels mercuriels) disparaissent pendant l'incinération : on doit donc les rechercher spécialement : on y parvient en faisant macérer dans 50 centilitres d'eau distillée, tiède, pendant une heure, 5 grammes de soie écrue. Dans la solution aqueuse on recherche ensuite le chlore, Tacide sulfurique, l'ammoniaque, le mercure, par les procédés usuels : il faut observer toutefois que les cendres de soie contiennent parfois, ainsi que l'a

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montré M. Francezon, de petites quantités de cuivre, provenant des bassines et des tubes de vapeur employés en filature. On ne peut donc pas conclure, de la présence d'une petite quantité de cuivre, à l'existence d'une charge minérale.

Le résultat de nos recherches sur l'incinération de la soie et sur son application à la recherche de surcharges minérales dansée textile fut communiqué au mois de décembre 1875 à M. Perret, qui était alors directeur de la Condition des soies de Lyon.

S'inspirant de nos idées, M. Perret organisa à la Condition un service d'analyse chimique des soies qui fonctionna à partir de 1877. Les analyses sont effectuées sur la demande spéciale des intéressés.

La place nous fait défaut ici pour examiner en détail tous les cas qui peuvent se présenter dans l'analyse des soies grèges ou ouvrées; en dehors des matières minérales, décelées par l'incinération, il peut être nécessaire dans certains cas, de déceler et de doser certaines matières organiques entraînées dans le décreusage, et comptées comme grès : c'est par des lavages effectués sur la soie écrue au moyen de dissolvants tels que l'eau distillée, l'alcool, l'éther, la benzine, le sulfure de carbone, qu'on arrive à isoler et à doser le sucre, le glucose, les matières grasses, les hydrocarbures solides tels que la vaseline et la paraffine, et une foule d'autres substances ajoutées frauduleusement à la soie. Nous avons voulu indiquer seulement le principe des méthodes employées; elles doivent être du reste, assez nombreuses et assez variées, pour déjouer les inventions sans limites des fraudeurs. Là, comme partout, s'est établie une lutte constante entre la falsification et le consommateur qui réclame de légitimes garanties : ce n'est que par des efforts sans cesse renouvelés, par une attention toujours en éveil, par la mise en pratique de toutes les ressources et de tous les perfectionnements de l'analyse chimique, que les conditions pourront assurer à leurs essais un

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bon renom d'exactilude, et qu'elles parviendront à enrayer la fraude.

Conditionnement, décreusage, analyse chimique, telles sont en résumé les épreuves physiques et chimiques pratiquées par les conditions.

Titrage des soies. — Le complément nécessaire des épreuves de conditionnement et de décreusage est donné par des opérations mécaniques qui ont pour but d'apprécier la grosseur et la régularité des fils de soie. Ces opérations constituent y essai ou le titrage.

Les premiers essais de titrage, d'après M. Rondot, auraient été pratiqués à Turin vers 1775; à la fin du siècle dernier, les méthodes italiennes de titrage pénétrèrent à L3^on et se généralisèrent peu à peu.

Jusqu'en 1858, l'industrie privée pratiquait seule le titrage de la soie ; il était de règle, au début, que la soie employée au titrage était acquise à Tessayeur pour la rémunération de son travail.

Un décret du 25 juin 1856 autorisa la création du Bureau public de titrage annexé à la Condition des soies, mais laissa en même temps toute liberté à l'industrie privée du titrage.

Deux moyens peuvent être employés pour classer entre eux, et par rapport à une certaine unité, des fils degrosseur différente; on peut déterminer le poids d'une certaine longueur, ou inversement mesurer la longueur d'un poids conventionnel d'un fil à titrer. C'est la première méthode qui a prévalu.

Nous devons exposer brièvement ici les anciens procédés de titrage, car leurs indications perpétuées par l'usage sont encore usitées. Le titre de la soie s'exprime encore^ dans bien des cas, en deniers ; on prélevait autrefois, pour l'essayage, 80 fils de 120 aunes de longueur soit au total OOOJ aunes. Cette longueur de fil était pesée en deniers ; le chiffre obtenu représentait le titre. Un mécanicien de Turin, nommé Mathey,

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construisit des appareils permettant d'opérer avec 400 aunes seulement ; le poids de cette longueur de lîl était exprimé en grains. Or, comme le grain était la vingt -quatrième partie du dernier, de même que les 400 aunes employées par Mathey représentaient également la vingt-quatrième partie des 9600 aunes prélevée» antérieurement, le nouveau titre se confondait avec Tancien ; le nombre de grains pour 400 aunes correspondait évidemment au nombre de deniers pour 9600 aunes. Mais tout en acceptant le prélèvement de 400 aunes, le commerce conserva le mot de denier, représentant en réalité des grains ; de telle sorte que pendant très longtemps, le titre usuel de la soie était représenté par le poids en grains (0«^,0531), qu'on appelait deniers, d'une longueur de 400 aunes de fil ou 476 mètres.

Les inconvénients de cette nomenclature sont évidents ; on ne tarda pas à les signaler. Néanmoins, ce n'est que depuis peu d'années que des tentatives efficaces furent faites pour amener leur disparition. Des congrès internationaux se réunirent en 1873 à Vienne, à Bruxelles en 1874, puis à Turin en 1875, pour étudier la question du numérotage des fils.

Aux textiles autres que la soie, on appliqua comme base du numérotage, le principe de la longueur exprimée en mille mètres pour un kilogramme de fil ; pour la soie, au contraire, on conserva le principe d'une longueur fixe pour un poids variable. Le titre de la soie fut défini par le poids exprimé en grammes d'une longueur de dix mille mètres. Il fut convenu que le titre serait déterminé en prélevant vingt flottilles de 500 mètres, en les pesant séparément au milligramme ] la comparaison de ces vingt poids permettrait d'apprécier la régularité des fils, leur somme exprimée en grammes et fractions de gramme représentant le titre.

Malgré le progrès incontestable réalisé par cette décision, le titre du denier s'est maintenu à côté du titre nouveau • on les fait figurer tous les deux, côte à côte, sur les bulletins de

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