‹ La soie au point de vue scientifique et industrielChapitre 72 sur 151 · NO · texte numérisé non relu

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Ce dérivé, quand il est pur, est privé de toute coloration. Si Ton soumet la nitrobenzine à l'action de certains réducteurs, elle fournit de Tazcbenzol

corps magnifiquement cristallisé et coloré en rouge orangé intense. Mais Fazobenzol n'est pas une matière colorante ; pour faire naître cette propriété, il faut s'élever jusqu'à un sel d'un de ses dérivés de substitution, le chlorhydrate d'amidoazobenzol :

NH^HGl

On a pu aller plus loin encore dans cette voie. L'apparition des propriétés colorantes elle-même suit, dans beaucoup de cas, un ordre déterminé. A mesure qu'on s'élève dans l'échelle des condensations moléculaires, on voit, en général, apparaître d'abord la coloration jaune ; l'orangé, le roi:ge, le violet, le bleu se montrent ensuite successivement;

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l'intensité colorante telle que la perçoit notre œil, paraissant liée à rétat de condensation de la molécule génératrice. Il serait facile de citer des séries de matières colorantes homologues dans lesquelles les propriétés colorantes se succèdent dans Tordre que nous avons indiqué.

On conçoit, d'après les principes qui viennent d'être exposés, que le nombre de matières colorantes prévu par la théorie soit extrêmement grand ; un nombre relativement restreint d'entre elles est actuellement connu ; nous allons passer rapidement en revue les groupes chimiques principaux qui fournissent les matières colorantes employées à la teinture des soies.

Plicnols nitrès. — Cette classe comprend la première matière colorante artificielle employée dans la teinture de la soie ; o," e^iV acide pi cri que ou trinitrophénoL G«H2(N02)30H Ce produit teint la soie en jaune verdâtre. Le jaune de naphtol, dinitro a-naphtol, a (N02)20H

communique à la soie une couleur jaune d'or intense, assez belle, sans solidité ; il a été remplacé par le jaune naplitol S ou sel de sodium du dinitro-a-naphtol monosuifoné. oc Gl^H^(N02)2S03NaONa, qui donne des teintes jaunes assez solides. Groupe du triphhiylméthane, — Le triphénylméthane GH(G^H^)-'^

est un carbure solide, blanc, qui s'obtient par la réaction de la benzine sur le chloroforme en présence du chlorure d'aluminium. Les produits de substitution du triphénylméthane comprennent un très grand nombre de matières colorantes et parmi celles-là se trouvent la fuchsine et tous ses dérivés.

Les matières colorantes appartenant au groupe du triphénylméthane sont préparées par des méthodes indirectes au moyen de la benzine, du toluène, du phénol retiré du gou-

LES MATIÈRES COLORANTES î:7[

dron de houille. Par des réactions successives, ces corps permettent d'obtenir, en faisant intervenir des réactifs et des méthodes convenables, des matières colorantes rouges (fuchsine), violettes (violet de rosaniline, violet Hofmann, violet de Paris, violet cristallisé), bleues (bleus solubles, bleus alcalins, bleus de diphénylamine, bleu Victoria), vertes (vert méthjle, vert malachite, vert brillant, verts acides). La constitution chimique de ces matières colorantes est parfaitement connue. La plupart d'entre elles sont livrées en cristaux magnifiques ; elles possèdent en général un pouvoir colorant extraordinaire, à tel point qu'elles sont capables de communiquer une teinte très appréciable à cent mille fois leur poids d'eau.

Un groupe très important de matières colorantes se relie, par sa constitution chimique, au triphénylméthane ; c'est celui des pldalèmes. On les obtient par une réaction générale, en faisant réagir à une température convenable les phénols substitués ou non sur l'anhydride phtalique. Le plus simple des corps de cette classe est la phénolphtaléine

dont les solutions alcalines sont colorées en rouge ; mais la phénolphtaléine n'est pas encore une matière colorante, il est nécessaire de s'élever plus haut dans l'échelle des condensations moléculaires, tout en conservant le type primitif pour donner naissance aux propriétés colorantes. C'est ainsi que la rhodamine

G«H^/N(G2ff)2 Cnv/ \n ^N(G2IP)2,HG1

dont on pourra comparer la formule avec celle de la phénolphtaléine, est douée de propriétés colorantes remarquables.

Le groupe des phtaléines comprend toute une série de matières colorantes remarquables par l'éclat des nuances qu'elles sont capables de communiquer à la soie. Ces nuances varient du rouge jaune au rouge très violacé; on trouve dans le groupe des phtaléines, les différentes marques d'éosines, le hengale, la phloxine, la rodamine.

Les coloi^ants azoïques, introduits dans la teinture depuis Tannée 1875, forment actuellement une des séries les plus riches des matières colorantes artificielles ; il suffira d'énoncer leur mode de production pour en comprendre toute la généralité. Tout corps organique renfermant un groupement NPP lié directement à un noyau benzinique

est capable de donner, sous l'influence convenablement réglée de l'acide nitreux, un corps diazoïque de la forme:

N = N — Cl

(Chlorure de diazobenzol)

D'autre part, les corps diazoïques mis en présence des phénols, des aminés aromatiques, des produits de substitution de ces corps, fournissent des corps azoïques dissymétriques qui sont tous des matières colorantes.

L'application de ce principe a donné naissance à un nombre extrêmement grand de colorants azoïques. Leur fortune a été diverse ; beaucoup d'entre eux ne sont pas entrés dans la consommation parce qu'ils ne présentaient pas, au point de vue technique, d'avantages suffisants.

D'autres au contraire, remarquables par leur facilité d'application, l'extrême variété de nuances qu'ils permet-

LES MATIERES CÔLORANfËS 2*73

talent d'obtenir, sont de plus en plus employés dans la teinture de le soie. Parmi ceux-là, on distingue différentes classes.

Les couleurs amidoazoïqioes, caractérisées par la présence dans leur molécule d'un groupement NH^ qui leur donne un caractère basique, comprennent le^at^n^ d'aniline, la chrysoïdine, le brun de phénylène : ces matières colorantes se fixent en bain neutre ou renfermant un peu de savon. La soie est avivée après teinture.

Les couleurs amidoazoïques sulfonèes renferment les goupes substitués ou non , N et S 0^ H ; elles ont donc à la fois un caractère basique et un caractère acide ; généralement ce dernier domine. Le jaun& acide, le Jaune solide, lesjaiones ([q dimèthylaniline, de diphêny lamine, le Jaune de métanile, la citronine, le Jaune indien, appartiennent au groupe des couleurs amidoazoïques sulfonèes. 11 comprend aussi un groupe extrêmement important de colorants azoïques dérivés du diphényle, du ditolyle et du stilbène. Les matières principales de cette classe, le rouge Congo, la henzopurpurine, se fixent sur la soie en bain neutre j elles sont employées surtout pour la teinture du coton, sur lequel elles se fixent directement sans l'intermédiaire d'aucun mordant.

Les matières colorantes oxgazo'ïques possèdent toutes le caractère acide. Elles sont obtenues par la réaction des dérivés diazoïques sur les phénols^ et contiennent par conséquent le groupement OH. Les corps de cette série pré^ sentent des nuances jaunes, orangées, rouges, violettes et bleues. Les principales sont le Jaione de résorcine, les orangés de naphtol, la roccelline, les ponceauW de œylidine, les ècarlates d' amidoazohenzol^ les crocèines, les bordeauœ,les amaranthesj Vazobleu, etc.

Un certain nombre de matières colorantes artificielles ne rentrent pas dans les classes que nous avons examinées. C'est ainsi qneles s af ranines , donnant sur la soie de belles nuances rouges, constituent un groupe distinct devant être rattaché

aux phéiiazines; Y a.icramine, matière colorante jaune basique, dérive du diphénylméthane.

L'anthracène, carbure retiré du goudron de houille, est le point de départ de la fabrication de ^a/^^^^rm^; autrefois cette matière colorante était extraite de la garance ; actuellement, presque toute Talizarinc employée en teinture est d'origine artificielle. 1j alizarnue est le type des matières colorantes qui ne peuvent être fixées sur les textiles que par l'intermédiaire de mordants, en fournissant des teintes variables avec la nature des mordants employés. A ce point de vue elle se rapproche des matières colorantes naturelles ; elle offre avec elles, d'autres points de similitude ; c'est la solidité des teintes qu'elle permet d'obtenir. Toutes les couleurs artificielles que nous avons examinées jusqu'ici en effet, remarquables par leur richesse colorante, l'éclat de leurs nuances, n'offrent en général, à la lumière et surtout aux lavages, qu'une solidité limitée. L'alizarine au contraire appartient à la classe des couleurs grand teint, résistantaux savonnages et à l'action du soleil. Les couleurs d'alizarine, employées en très grande quantité pourla teinture de la laine et du coton en rouge solide, sont peu appliquées à la soie.

De r application des n.alières colorantes.

Les matières colorantes que nous venons de décrire forment, avec des colorants naturels, le savon, les tannins, les mordants, les matières premières employées pour teindre la soie et lui donner l'état physique, les qualités extérieures, la couleur, nécessités par le rôle qu'elle doit remplir dans le tissage.

Les modes d'application de ces différentes substances varient suivant les propriétés de chacune d'elles, ils se modifient sans cesse, nous l'avons vu, avec Tapparition de matières colorantes nouvelles, remplaçant les couleurs anciennes, soit parce qu'elles sont d'une application plus facile, soit

jamais employées seules ; dans chaque bain, le teinturier associe er: proportions convenables les matières colorantes, dont l'action résultante lui permet d'obtenir la nuance qu'il se propose de reproduire. Nous avons vu q^ie, pour être teinte, la soie était plongée dans un réservoir appelé barque, contenant la dissolution de matières colorantes ou bain de teinture, et que, afin de faciliter l'absorption uniforme des matières colorantes, la soie passée sur des bâtons était constamment remuée et lissée dans le bain.

On a imaginé des machines, dans lesquelles la soie peut être lissée mécaniquement dans le bain de teinture (Gorron , de Saint-Etienne, fig. 57). Il est possible ainsi, lorsqu'il s'agit de teindre en une même nuance une certaine quantité de soie, de réaliser sur la main-d'œuvre d'importantes économies.

Les opérations que comporte la teinture doivent avoir pour résultat, non seulement de préparer la soie, en genres crus, souples ou cuits, de lui donner une nuance déterminée, mais encore de développer en elle certaines qualités propres : l'élasticité, le brillant, la souplesse, et de lui conférer un état particulier qui s'apprécie par le toucher. On emploie dans ces opérations, qui constituent le finissage de la teinture, des moyens chimiques et des moyens mécaniques.

Les premiers consistent en l'immersion de la soie teinte dans certains bains qui parfois fixent les nuances, mais ont pour but principal de donner à la soie son toucher définitif. Cette opération porte le nom Ravivage : on distingue les avivages pour toucher craquant^ et les avivages pour toucher mou. Ces derniers ne sont usités qu'exceptionnellement pour des soies destinées à des articles devant servir à certains apprêts, tels que le moirage ; on les obtient en passant rapidement les soies dans un bain d'eau, additionné d'un mélange à parties égales d'huile d'olive et d'acide sulfurique.

Les avivages pour toucher craquant permettent .de donner à la soie ce toucher particulier qu'il est inutile de décrire. Tous les acides minéraux et organiques, mélangés

à Teau dans de très faibles proportions (1 pour 1000 environ, pour Tacide sulfurique), ont la propriété de développer le toucher craquant dans les soies teintes.

Les opérations mécaniques auxquelles la soie est soumise, soit après les opérations de teinture proprement dites, soit même dans certains cas au cours de ces opérations, sont de plusieurs sortes :

C'est d'abord le secouage. Les flottes de soie, passées sur un gros bâton lisse, fixé horizontalement dans un mur, sont

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