L'OMBRE D'OSCAR. — RÏQUET A LA HOUPE
3 décembre 1889.
Les directeurs sont pour nous pleins d'attention. Ils se sont dit que c'était bien de nous amuser pendant les actes, mais que ce serait mieux de nous occuper même pendant les entr'actes. Alors ils donnent leur première le même jour ; et en faisant la navette d'un théâtre à l'autre, nous avons le plaisir de nous promener toute la soirée. C'est une innovation très heureuse. Ce soir, Déjazet s'était arrangé avec les Folies- Dramatiques ; rien que la place du Château-d'Eau à traverser. C'est dommage qu'il fasse un peu froid... Enfin commençons.
Première promenade. — J'ai commencé par Déjazet, parce que c'était une primeur, tandis que Riquet n'est qu'une reprise. Je trouve une salle bien garnie, bien chauffée ; dans l'avant-scène : M"® Netty, la gracieuse Gillette, et M"« Hadamard. Sur la scène, Regnard a endossé la casaque jaune du domestique Florestan ; Hélène (M"° Reman) est très bien en veuve consolée. La belle-mère d'Oscar (M'"® Régner)
a une catapultueuse robe rouge, et Foiigucrel a revêtu la blouse de M. Thivrier.
Si je comprends bien le plan machiavélique de tous ces gens-là, il s'agit de turlupiner Octave Papillon (Dupuy-Couder), qui a eu le tort d'épouser la veuve d'Oscar. Très élégant, M. Dupuy-Couder, dont le nom rappelle deux noms aimés du public. Sa mère était Charlotte Dupuy du Gymnase, et son père l'amusant Couder des Variétés, celui qui créa le général Boum et Brididi.
Voilà tout le monde à table, ça va bien. Filons aux Folies-Dramatiques.
Deuxième promenade. — Brrr ! ça pince décidément sur la place. J'arrive avec le nez un peu gelé. Jolie salle également. Nini Buffet elle-même, les sœurs Invernizzi, M"® de Fehl, Suzanne Pic, etc., etc. Ah ! si mon nez n'était pas si gelé !... Enfin, j'arrive pour le deuxième acte de Riquet à la Houppe. J'ai manqué le prologue et le premier acte ; mais je vous les ai déjà contés par le menu au mois d'avril. Gobin a conservé son rôle d'Apollon, et fait toujours la joie des galeries supérieures avec ses grimaces, son déhanchement et sa bosse, qui disparaît à volonté.
Huguet (le prince Riquet) barytonne toujours aussi agréablement ; mais si à la création il s'était fait trop laid, cette fois il est trop joli, et la pièce perd en vraisemblance (!?!). La princesse Bécassine devait être jouée par la gentille Blanche Marie ; mais tombée malade au dernier moment, elle a été remplacée au pied levé par M"^ Wittman, qui a appris le rôle en trois jours. Ça ne se voit pas trop. Leriche est une Pétimia très gaie, Vernon une fée Bichette fort