‹ La soirée parisienneChapitre 28 sur 128 · FANFAN LA TULIPE · texte numérisé non relu

FANFAN LA TULIPE

Demarsy, Darlaud, Colombier, Laus, B. Billy, Ludwig et toute la bande sonore de Marie Sasse, une série d'aimables personnes que l'on voyait encore avant-hier à la première de la Vénus cV Arles et que l'on appellerait le Royal- Varney, étaient montrées dans la salle parmi de braves gens en blouse ou en complet havane.

Le premier acte nous a semblé d'une décoration élémentaire; une table d'un mètre carré en constituait tout le mobilier. C'est là que Pimprenelle (le nom fleuri et printanier !) vint avouer son amour au grenadier Fanfan la Tulipe. M*'® Chassaing et ses compagnes portaient un amour de bonnet épingle de deux cocardes, de celles que M. de Labruyère fit distribuer dans les rues avec le premier numéro de la Cocarde. Cette manière de célébrer le triomphe électoral du général Boulanger a paru fort inspirée.

Le second acte représente un camp avec tentes, soldats couchés, cantinières aussi, — avec les distances décentes. Le favori de Pimprenelle est si séduisant que deux demoiselles se joignent à elle, et, costumées en nouvelles recrues, viennent jouer Trois Femmes pour un grenadier. Elles cèdent bientôt la place à six dames qui esquissent un pas militaire ; c'est là tout le corps de ballet du Château-d'Eau. Un incident a égayé ce ballabile ; une danseuse qui se fournit probablement de maillots chez le costumier d'Antoine a interpellé de sa jambe le public avec tant d'ardeur qu'un peu de chair rose éclaira le maillot décousu. Si le ballet avait duré dix minutes

de plus, comme la déchirure s'élargissait à chaque pirouette de la ballerine, je n*aurais point regretté le voyage de la rue de Malte.

Après ce divertissement, des Circassiens russes accoururent au galop de leurs chevaux — des steppes et manœuvrèrent ; l'un deux , tout comme un sultan, jetait le mouchoir et les autres le ramassaient en galopant. Ces scènes de Skobeleff, exécutées sur l'air de l'hymne national russe, ont paru insuffisantes à éclairer l'intrigue de Fanfan la Tulipe.

Le troisième acte représente le golfe de Zuiderzée où des fantassins (oui, monsieur, des fantassins !) attaquent un navire à la course ! L'enthousiasme, déchaîné par la Marseillaise fanfarée à l'orchestre, a fait passer cela.

M™« Chassaing a mimé tout son rôle avec un tel art que je la recommande au président du Cercle funambulesque. Les autres artistes, M. Badiali, M™^= Balanqué et Bonheur, ont fait résonner de fort belles voix.

Le croiriez-vous ? Je suis revenu sans contusion du Château-d'Eau ; et il ne m'est, hélas ! tombé sur la tête d'autre lustre que les deux séries de cinq années qui nous séparent de la première de Fanfan la TulipCy en 1879.

Page 1