‹ La soirée parisienneChapitre 32 sur 128 · MARQUISE · texte numérisé non relu

MARQUISE

12 février 1889.

Je ne crois pas que, depuis la soirée de la Patti à l'Opéra, on ait pu voir une plus belle chambrée que celle du Vaudeville hier au soir. Dans l'avant-scène de droite les deux Invernizzi, miss Clery; dans une baignoire, Théo, plus jolie que jamais, avec un habit en crêpe de Chine bleu ciel, fermé par un saphir gros comme une noix; avec elle M""" Samary; aux l'auteuils, Magnier, Bianca, Baretta, en grand deuil; Julia de Clery, Defresnes, Lavigne, Pierson, Depoix ; au balcon, Reichenberg, très entourée; Vrignault, Cerny, Marsy. Que vous dirai-je?... Toutes nos actrices les plus jolies et les plus aimées. Milton n'était pas dans la salle, sinon il se serait cru à l'Éden et aurait cru qu'il avait retrouvé son paradis.

On frappe un nombre incalculable de coups. Ça remplace l'ouverture que jouait jadis l'orchestre. Très joli décor. Vaste salon japonais avec une rosace vitrée qui ouvre sur un parc aux immenses perspectives; dans ce salon japonais, une marchande de sourires,

Lydie Garousse (Réjane). Robe d'intérieur à traîne sicilienne Ophélia ; tunique de drap garnie d'un galon d'or à jour sur ruban bleu turquoise. Je note au passage les mots qui portent le plus.

Le père de Lydie, vieux paysan normand, dit en constatant le luxe de sa fdle : « Tu es la joie et l'honneur de la maison. Jamais un garçon ne serait arrivé à ça. »

— « J'ai mangé quatre millions, dit le marquis Campanilla (Saint-Germain), j'ai dévoré un pore, un frère et plusieurs sœurs. »

Il explique que sa famille a été ruinée par la fm tragique de Murât.

— Ah! oui, dans sa baignoire, dit Lydie. Et une fois le marché du mariage conclu :

— Vrai, marquise, un Campanilla pour ce prix-là, c'est donné.

Impression du public après le premier acte : Ah! Ah!! Ah!!!

Deuxième acte. — Même décor, mais éclairé avec des lanternes vénitiennes. Illuminations dans le parc. Entrée du cortège nuptial. Cette fois Réjane nous montre une admirable robe de dîner, — une merveille que le public accueille par des applaudissements. Traîne de velours vert tendre sur un jupon satin rose pâle, garni de broderies japonaises mordorées. Sur la tête des plumes noires maintenues par une broche en diamant.

A signaler aussi la robe de velours mauve brodée d'argent de M"° Verneuil.

Gros succès pour l'entrée de la rosière accompagnée de pompiers. Cheveux rares et roux, profil faubou-

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