‹ La soirée parisienneChapitre 38 sur 128 · DE LA RUE KOCIIECPIOUAKT A L'AMBIGU · texte numérisé non relu

DE LA RUE KOCIIECPIOUAKT A L'AMBIGU

20 février 1889.

Mercredi dernier, pour cause de première aux Variétés, nous n'avions pu nous rendre à l'invitation de M. le commandant Vallée nous conviant à l'inauguration de son Théâtre libre ancien. Ce soir, nous étions relativement libre, sinon ancien... et cependant il y avait l'Ambigu..., l'Ambigu qui organisait une représentation de gala de la Porteuse de pain pour les boulangers et les meuniers..., c'était bien tentant.

Alors, j'ai été héroïque, et comme il pleuvait, je me suis décidé à aller aux deux endroits.

D'abord, rue Rochecliouart, aux Fantaisies- Parisiennes ; cela commence par Deux lettres très pressées y une simple parade jouée devant le rideau, comme Tabarin devait en représenter sur le Pont-Neuf. C'est primitif et curieux. J'ai seulement noté un Gille qui, payant sa lettre au facteur, lui donne cinquante centimes. Déjà!... Ce doit être des centimes additionnels. Ensuite, la Jalousie de Barbouillé, dans laquelle l'ami Galipaux en docteur a fait preuve d'une faconde

88 LA SOIREK PARISIENNE

bien amusante. Les Deux diables ou la Surprise surprenante nous ont fait applaudir une très jolie femme, M^^® Vernock, dans le rôle d'Isabelle. Il m'est juste resté le temps de savourer les vers de Catulle Mendès : Avertissement au public, récites par une ravissante Gillette, mais ([nant h Isabelle grosse par vertu, je constaterai son accouchement une autre fois.

A dix heures et demie, j'arrive à l'Ambigu. Tout le monde est en fête. Les contrôleurs ont des bouquets. La salle est bondée de dames élégantes, d'hommes en frac et en cravate blanche. Ah çà! où sont mes meuniers et nos boulangers? Jadis M. Bertrand, aux Variétés, avait eu une idée semblable pour les Charbonniers de Costé, mais il avait exigé que tous les fouchtras vinssent en tenue de travail, si bien que certain soir, on aperçut une galerie noire de charbonniers. Ah! bougri de bougri!

Mais ce soir, rien de tel. Au balcon, j'aperçois le président du syndicat de la boulangerie, M. Cornet, puis le chef des prudhommes avec ses insignes et son grand cordon de moire noire. Partout règne une suprême élégance. Talma jouait devant un parterre de rois, — je suis sûr qu'ils étaient moins pschutts que mes boulangers de ce soir. — 800 bouquets ont été distribués. Sur la scène, le vin de Champagne coule à flots afin d'arroser un gâteau dit Maman Louison pour cent personnes. Dans la salle circule un jeune mitron porteur d'un véritable pétrin avec des petits fours qu'il offre gracieusement au public. On en remplit le chapeau de Sarcey... C'est le châtiment. Bref, la fête est complète. Et les mots portçnt, et l'on applaudit Fugère et Pougaud dans leurs rôles de Cricri et de Tête-en-Buis!

Page 1